‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 34 sur 65 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

SA SIXPLIGITi.

La simplicité est d'aatant plus estimaUe entre ceux qui fontpro* fession de suivre les maximes de Jésus^rist , qu'elle est moins estimée parmi les sectateurs de la vaine et fausse sagesse du monde : c'est cette vertu qui nous découvre les sratiers de la vraie justice , et qui nous fait marcher par des voies droites qui oondui* sent au rojaume de Dieu i ou , pour parler encore mieux avec saint Grégoire : c La simplicité est comme un jour serein de l'àme chr6« < tienne , qui n'est point troublé ni obecurci par les nnages de la € fraude , ni du mensonge ^ ni de l'envie , ni par les déguisemens et f artifices ; mais qui emprunte sa lumière de la vérité même , et « qui est éclairé des splendeurs de la présence de Dieu ' • i

Or, cette vertu a été tant estimée par les plus grands saints de l'Église , que saint Âmbroise , dans l'oraison funèbre qu'il fit à la louange de saint Satyre son frère, la met au rang des principales vertus , et dit que ce grand personnage , quoique d'ailleurs d'une condition fort illustre dans le monde, avait néanmoins un tel amour pour cette vertu , qu'il semblait être devenu comme un rafant en simplicité , la faisant paraître en ses moours et en ses acti(His, et toute sa vie étant un parfait miroir d'innocence '•

Nous pouvons donner la même louange à samt Vincent de Paul, avec d'autant plus de raison , qu'ayant vécu dans on siècle très corrompu , et s'étant trouvé engagé fort avant dans le commerce du monde, et même parmi les grands de la cour, il a néanmoins toujours conservé une parfaite innocence , droiture et implicite

* Coidli tlmpllcilu Teint dtot «il , qatm fram bob otanbllti , imd obCeftclmt aendâclan f non obtcnrat Invidia , non oMiHoat dobM » qoMB las toriuilt iUnmiail « «i pnaentis di? ins clarllas IUaslrat« Gr$g. in PmL 4* PœtUUHt^

* SimpUclUtem adeocoIuU/ut convenus Id pnerum, i iropUciUite nlaiis iUiua InnoxJa, p^ifoeUB ttrinila M^9 ei qaodam innoecnifum mornm apecnlo rilieorol. Àmkroi» oraU d9 phitu Satyti fralHs.

de vie ; eo sorte que son corar a été eonmie une mère perle, la^ quelle , qnoîqu'environnée et couverte des eaux de la mer , n'en reçoit pourtant aucune goutte, et ne se nourrit que de la rosée du ciel.

Saint Bernard avait grand sujet de dire que c'est une chose bien rare que l'humilité conservée parmi les honneurs ' : mais nous pouvons ajouter avec raison qu'il est autant et peut-être encore plus rare de trouver une vraie simplicité de cœur , qui se main* tienne en sa droiture et pureté, parmi les tracas et les intrigues des aflhires et du commerce du monde. C'est pourtant ce qu'on a vu et admiré en la personne de ce grand serviteur de Dieu , qui a paru comme un lis en candeur et simplicité parmi les épines et les ronces dont le monde est tout couvert.

Il disait que c la simplicité nous fait aller droit k Dieui et droit à c la vérité, sans faste, sans biaisement ni déguisement, et sans c aucune vue de propre intérêt et de respect humain ; > et il pratiquait parfaitement ce qu'il disait, en sorte qu'il y a sujet de croire , que cette vertu de simplicité qu'il possédait en un très excellent degré, a grandement contribué aux heureux succès de ses saintes entreprises, attirant sur lui labàoiédiction de Dieu et l'approbation des hommes ; parce qu'il n'y a rien qui plaise tant à Dieu, et qui gagne davantage TaiTection de toutes sortes de personnes, que la droiture et simplicité dans le cœur, dans la vie , et dans les paroles. Or, comme il avait une estime particulière pour cette vertu , il tâchait aussi de l'insmuer dans l'esprit des siens , auxquels parlant un jour sur ce que Jésus-Christ recommandait h ses disciples, d'être simples comme des colombes , il leur dit : c Ce divin Sauc veur, envoyant ses apêlres pour prêcher son Évangile par tout le

< monde , leur recommande particulièrement cette vertu de sim

< plicité , comme une des plus importantes et nécessaires pour c attirer en eux les grâces du ciel , et pour disposer les cœurs des c habitans de la terre k les écouter et h les croire. Or, ce n'est pas « seulement à ses apôtres qu'il parlait, mais généralement & tous f ceux que sa Providence destinait pour travailler k la prédica- € tion de l'Évangile, et k l'inslruction et conversion des âmes ; et € par conséquent c'est k nous que Jésus-Christ pariait , et qu'il € recommandait cette vertu de simplicité , laquelle est si agréa-

* R«ra Tirlos humililai honorait. Bemwé,

ble ^ Dieu : cum simplicibus sennocinaiio ejus. Pensez , mes Frères, quelle consolation et quel bonheur pour ceux qui sont du nombre de ces véritables simples , lesquels sont assurés par la parole de Dieu que son bon plaisir est de demeurer et de s'en* tretenir avec eux.

c Notre-Seigneur nous fait encorebien connaître combien la simplicité loi est agréable, par ces paroles qu'il adresse à Dieu son Père : ConfUeor tibi , PiUer, quia abscondisti liœc à sapiefir tibus et prudentibus, et revelasti ea parvuUs. Je reconnais, mon Père, et je vous en remercie, que ladoctrine que j'ai apprise de vous et que je répands parmi leshommes n'est connue que des petits et des simples , et que vous permettez que les sages etles prudens du monde ne l'entendent pas , et que le sens et l'esprit de cette divine doctrine leur soit caché. Certainement si nous faisons réflexion sur ces paroles, elles doivent nous épouvanter, nous , dis-je , qui courons après la science , comme si tout notre bonheur en dépendait. Ce n'est pas qu'un prêtre et qu'un missionnaire ne doive avoir de là science , mais autant qu'il est requis pour satisfaire k son ministère , et non pas pour contenter son ambition et sa curiosité : il faut étudier et acquérir de la science , mais avec sobriété, comme dit le saint Apôtre. Il y en a d'autres qui affectent l'intelligence des affaires, et qui veulent passer pour gens de mise , pour adroits et capables en tontes choses : c'est à ceux-lk encore que Dieu ôte la pénétration des vérités et des vertus chrétiennes , aussi bien qu'k tous les savans et entendus dans la science du monde. Et à qui est-ce donc qu'il donné l'intelligence de ses vérités et de sa doctrine ? C'est aux simples, aux bonnes gens, et plus ordinairement même au pauvre peuple; comme il se vérifie par la différence qu'on remarque entre la foi des pauvres gens des champs , et celle des personnes dans le grand monde ; car je puis dire que l'expéfieace depuis long-temps m'a fait connaître que la foi vive et pratique , et l'esprit de la vraie religion , se trouve plus ordinairement parmi les pauvres et parmi les simples. Dieu se plait de les enrichir d'une foi vive : ils croient et ils goûtent ces paroles de vie éternelle que Jésus-Christ nous a laissées dans son Évangile : on les voit ordinairement porter avec patience leurs maladies, leurs disettes et leurs autres afflictions sans murmurer, et même sans se plaindre que peu et rarement. D'où vient cela

c'est que Dieu se pltit de répandre et de faire abonder en eu le don de la foi , et les antres grâces qu'il refuse aux riches et anx sages du monde.

c Ajoutons à cela que tout le monde aime les personnes simples et candides, qui n'usent point de finesse ni de tromperie, qui vont bonnement , et qui parlent sincèrement, en sorte que leur bouche s'accorde toujours avec leur.cœur. Ils sont estimés et aimés en tous lieux, et même à la Cour quand il s'y en trouve, et dans les compagnies réglées chacun leur porte affection et prend confiance en eux ; mais ce qui est remarquable , est que ceux-lk même qui n'ont point la candeur et la sim{dicité en leurs paroles, ni en leur esprit, ne laissent pas de l'aimer dans les4iutres. Tâchons donc , mes Frères, de nous rendre aimables aux yeux de Dieu par cette vertu, laquelle par sa miséricorde nous voyons reluire en plusieurs de la petite compagnie , qui par leur exemple nous invitent de les estimer, c Or, pour bien connaître l'excellence de cette vertu, il faut savoir qu'elle nous approche de Dieu , et qu'elle nousrendsemblables k Dieu , dans la conformité qu'elle nous fait avoir avec lui , en tant qu'il est un être très simple , et qu'il a une essence très pure qui n'admet aucune composition : si bien que ce que Dieu est par son essence, c'est celaméme que nous devons tâcher d'être par cette vertu, autant que notre faiblesse et misère en est capable. U faut avoir un cœnrsimple , un esprit simple , une intention simple, une opération simple ; parier simplement, agir bonnement, sans user d'aucun déguisement ni artifice, ne regardant que Dieu , auquel seul nous désirons plaire, c La simplicité donc comprend non seulement la vérité et la pureté d'intention, mais elle a encore une certaine propriété d'éloigner de nous toute tromperie, ruse et duplicité. Et comme c'est principalement dans les paroles que cette vertu se fait paraître , elle nous oblige de déclarer les choses par notre langue comme nous les avons dans le cœur, parlant et déclarant simplement ce que nous avons à dire , et avec une pure intention de plaire k Dieu. Ce n'est pas toutefois que la simplicité nous oblige de découvrir toutes nos pensées; car cette vertu est discrète, et n'est jamais contraire à la prudence, qui nous fait discerner ce qui est bon à dire d'avec ce qui ne l'est pas, et nous fait con« naître quand il se faut taire, aussi bien que quand il faut parier.

Si j'avance, par exemple, on propos qni soîi kon en sasobtlaiice et en toutes ses circonstances , je le dois exprimer tout simplement : mais si parmi les choses bonnes qM j'aî k dire, il se rencontre quelque circonstance vicieuse ou inutile , alors il la faut retrancher , et généralement Ton m doit jamais dire les choses que Ton sait lorsqu'elles vont contre Dieu oo contre le prochain , ou qu'elles tendent k notre propre leoommai»dation , ou k quelque propre commodité sensMlle ou tempes relie ; car ce serait en même temps pécher oontre plusieurs autres vertus.

t Pour ce qui est de la simplicité gui regaide les «étions, elle a cela de propre qu'elle fait agir bonnemeot , droitement, et toujours en la vue de Dieoi , soit dans les affaires , ou dans les emplois et exercices de piété, k Texclusion de toute sorte d'hypocrisie , d'artifice et de vaine prétention. Une personne , par exemple, qui fait un présent k quelque autre , feignant que c'est par affection , et néanmoms elle fait ce présent afin que l'astre lui donne autre chose de plus grande valeur, quoique selon le monde cela semble permis , c'est toutefois contre la vertu de simpUeité, qui ne peut souffrir qu'on témoigne une chose et qu'on en regarde une autre : car comme cette vertu nous fait parler selon nos sentimens intérieurs, elle nous fait aussi agir de même dans une franchise et droiture chrétienne, et le tout pour Dieu, qm' est Tunique fin qu'elle prétend : d'où il faut inférer que cette vertu de simplicité n'est pas dans les personnes qui par respeet hu« main veulent paraître autres qu'elles ne sont; qui font des actions bonnes extérieurement pour être estimées vertueuses; qui ont quantité de livres superflus pour paraître savans ; qui s'étudient k bien prêcher, pour avoir des applandissemens et des louanges , et enfin qui ont d'autres vues dans leurs exercices et pratiques de piété. Or je vous demande , mes Frères , si cette vertu de simplicité n'est pas belle et désirable, et s'il n'est pas juste et raisonnable do se garder avec grand soin de tous ces déguisemens et artifices de paroles et d'actions ? Mais pour l'acquérir il la faut pratiquer, et ce sera par les fréquens actes de la vertu de simplicité que nous deviendrons vraiment simples , avec le secours de la grâce de INeu , que nous devons souvent lui demander. »

Nous avons rapporté un peu au long ce discours que M. Vincent

et» MT ^

a ftût an riens sur le sujet de cette ?erta , parce qne noaa avons cm ne ponvoir mieux représenter sa simplicité que par ses propres paroles : car il était lui-même td qu'il voulait persuader aux autres de devenir; et celui qui entendait ses paroles pouvait connaître son cœur, qnll portait toujours sur ses lèvres. De sorte que Ton peut dire avec vérité qu'il possédait cette vertu en un tel degré , par le secours de la grîce de Notre-Seigneur , que les puissances de son âme en étaient toutes remplies , et que tout ce qu'il disait et faisait provenait de cette source , conformant toqours son exté* rieur k son intérieur , et ses actions h ses intentions , qui tendaient toutes à ce qui était de plus parfait. A ce propos il disait que c de faire paraître des choses bonnes au dehors , et être tout autre t au dedans , c'était faire comme les Pharisiens hypocrites y et i imiter le démon qui se transforme en ange de lumière. » Et c'était une de ses maximes que c comme la prudence de la chair et t l'hypocrisie régnaient particulièrement en ce siècle corrompu , c au grand préjudice de Tesprit du christianisme , l'on ne pouvait

< aussi mieux les combattre et les surmonter que par une vérita«* t ble et sincère simplicité. »

Sa fidélité k la pratique de cette vertu s'est fait voir en toutes rencontres , jusqu'aux moindres choses. Entre plusieurs exemples, Ton a souvent remarqué que la grande quantité et diveisité d'af^ faires auxquelles il était continuellement appliqué , lui en faicant oublier de fois k autre quelques petites , comme de parler k quelqu'un , de répondre k quelque lettre , ou de faire quelque autre chose qu'on lui avait recommandée , il ahnait mieux franchement avouer ses défauts , quoiqu'il lui en dût arriver de la conrusion , que de les couvrir par quelque excuse ou artifice d'esprit; et il disait qu'il s'était toujours bien trouvé de déclarer les choses comme elles étaient, parce que Dieu y donne sa bénédiction. ISur quoi il dit encore une fois ces paroles remarquables : < Dieu est très simt pie , ou plutôt il est la simplicité même ; et partant, ouest la sim-*

< plicité , Ik aussi Dieu se rencontre ; et comme a dit le Sage , ce^ t lui qui marche simplement marche avec assurance ; comme au c contraire, ceux qui usent de cautèles et de duplicités sont dans « une appréhension continuelle que leur finesse ne soit découverte,

< et qu'étant surpris dans leurs déguisemens on ne veuille plus se « fier k eux. »

Envoyant un jour un de ses prêtres dans une certaine province ,

où fldon le bruit eonunmi on osait de finesse, il loi doaiia cet excellent avis : c Vous allez dans on pays où Ton dit qae les habilans € sont ponr la plupart fins etrusés : or si cda est, le m^lleur moyen c de leur profiter est d'agir ayec eux dans une grande simplicité; « car les maximes de TÉvangile sont entièrement opposées aux c façons de faire du monde : et conmie vous allez pour le service € de Notre-Seigneur , vous devez aussi vous comporter selon son € esprit , qui est un esprit de droiture et de simplicité. » Ce fut dans ce même esprit que quelque temps après , comme on eut fait en cette province rétablissement d'une maison de sa Congrégation, il y envoya pour premier supérieur un prêtre en qui reluisait une grande simplicité.

Or, comme il portait les siens , autant qu'il était en lui , k c^te vertu de simplicité, il ne. pouvait aussi souflrir. en ^ix, soit en leurs paroles ou en leurs actions, aucune chose qui lui fût contraire , ou même qui semblât s'éloigner tant soit peu de la seule vue de Dieu , qu'il voulait qu'ils regardassent en toutes choses , sans anêter leur pensée ni leur affection aux créatures. Voici ce qu'il répondit sur ce sujet à l'un de ses prêtres qui lui mandait par une lettre qu'il lui avait donné son cœur : c Je vous remercie de vo-

< tre lettre et de votre cher présent. Votre cœur est trop bon pour ff être mis en si mauvaises mains que les miennes ; et je sais bien ff aussi que vous ne me le donnez que pour, le remettre à Noirec Seigneur , auquel il appartient, et k l'amour duquel vous voulez

< qu'il tende incessamment. Que cet aimable cœur donc soit unic quement dès cette heure k Jésus-Christ , et qu'il y soit pleinec ment , et toujours, dans le temps et dans l'éternité : demandezc lui , je vous prie , qu'il me donne part k la candeur et k la simc plicité de votre cœur, qqj sont des vertus dont j'ai un très grand c besoin, et dont Texcellence est incompréhensible. »

Et écrivant k un autre des siens qui témoignait agir par quelque vue d'intérêt ou de respect humain : c Vous avez sagement fait , t lui dit-il , de vous mettre bien avec les personnes que vous me

< nommez ; mais de dire que c'est afin qu'ils nous soutiennent , et c qu'ils nous défendent , c'est un motif bien bas et bien éloigné de

< l'esprit de Jésus-Christ , selon lequel nous devons regarder Dieu c purement, et faire servir toutes choses k l'amour que nous lui

< devons : et vous au contraire ayant en vue nos intérêts , vou8

< voulez employer l'amitié de ces personnes pour conserver

notre rëputatioâ v ^i est une chose yainé si elle n*est fondée sur la yerto , et si elle n'est établie sur un tel fondement. Pour* quoi craignez-vous? Vous m'écrivez encore une autre chose qui ne ressent pas moins son respect humain , c'est k savoir, que quand dans vos lettres vous me dites du bien de quelques personnes, je fasse en sorte que leurs amis le sachent, afin qu'ils leur en donnent connaissance. Hélas! Monsieur, à quoi vous amusez-vous? où est la simplicité d'un missionnaire , qui doit aller droit k Dieu? Si vous ne reconnaissez pas du bien en ces personnes, n*en dites point; mais si vous en trouvez , pariez-en pour honorer Dieu en elles , parce que tout bien procède de lui. Notre-Seigneur reprit un homme qui l'appelait bon , parce qu'il ne le faisait pas k bonne intention : mais combien plus aurait-il sujet de vous reprendre , si vous louez les hommes pécheurs par complaisance, pour vous mettre bien auprès d'eux, ou pour quelqu'autre fin grossière et imparfaite , quoique cette fin en ait une autre qui soit bonne ? car je suis assuré que vous ne cherchez k vous procurer l'estime et TafTection d'aucun que pour 'avancer la gloire de Dieu : mais souvenez vous que la duplicité ne plaît point k Dieu , et que pour être véritablement simple , nous ne devons considérer que lui. i Hais si M. Vincent portait ainsi les siens à pratiquer la vertu de simplicité en toutes sortes d'occasions , il les exhortait plus particulièrement de la faire paraître dans les prédications et instructions qu'ils faisaient aux peuples. A ce sujet , leur pariant un jour de ce désir de louange et d'estime qui se mêle si souvent dans l'esprit de plusieurs prédicateurs , il leur dit : c L'on veut éclater et faire parler de soi ; l'on aime d'être loué et d'entendre que l'on dise qae nous réussissons bien , et que nous faisons merveilles : voilk ce monstre , et ce serpent infernal , qui se cache sous de beaux prétextes , et qui infecte de son venin mortel le cœur de ceux qui lui donnent entrée. 0 maudit orgueil , que tu détruis et corromps de biens , et que tu causes de maux ! Tu fais qu'on se prêche soi-même , et non pas Jfésus-Ghrist , et qu'au lieu d'édifier , on détruit et on ruine. J'ai aujourd'hui été présent k l'entretien qu'un prélat a fait aux ordinans ; après lequel étant allé dans sa chambre , je lui ai dit : Monseigneur , vous m'avék aujourd'hui converti. A quoi m'ayant répondu : Gomment cela? C'est, lui ai-je répliqué, que vous avez déclaré tout ce que

vQot avax dit ù bonnemeot et si «mplemeat, <pe céU m> semblé fort toachant, et je n'ai pa qae je n'en aie loué et béni Dieu. Ah ! Monsieur , m'a-t-il dit , je dois ^ous confesser avec la même simplicité <iue j'aurais bien pu dire quelqu'autre chose de plus poli et de plus relevé ; mais j*aurais offensé Dieu , si jeTavais fait. Voilà, Messieurs, quels ont été les sentimens de ce prélat , dans lesquels doivent entrer tous wna. qui cherchent vraiment Dieu, et qui désirent procurer le salut des âmes : et faisant ainsi , je vous puis assurer que Dieu ne manquera point de bénir ce que vous direz , et de donner force et vertu k vos paroles. Oui , Dieu sera avec vous , et opérera par vous , car il se plait avec les simples, il les assiste , et il bénit leurs travaux et leurs entreprises : au c<mtraire, ce serait une impiété de croire que Dieu veuille favoriser on assister une personne qui cherche la gloire des hommes, et qui se repait de vanité, comme font tons ceux qui se prêchent euxHnêmes , et qui dans leurs prédications ne parlent point ni avec simplicité ni avec bamilité; car pourrait-on dire que Dieu veuille aider un homme k se perdre ? c'est ce qui ne peut entrer dans la pensée d'un chrétien. 0 que si vous saviez combien c'est un grand mal que de s'ingérer dans Toflice de prédicateur pour prêcher autrement que Jésus -Christ n'a prêché, et autmnent que ses apôtres et que phisiem» grands saints et serviteurs de Dieu n'ont prêché , et ne prêchent encore k présent, vous en aunes horreur. Dieu sait que jttsqu'k trois fois, pendant trois jours consécutifs , je me suis prosterné k genoux devant un prêtre qui était pour lors de la compagiûe, et qui n'en est plus, pour le prier avec toute l'instance qui m'a été possible de voidmr prêcher et parler tout simplement, et de suivre les mémoires qu'on lui avait donnés , sans avoir jamais pu gagner cela sur lui. Il faisait les entretiens de l'ordination, dont il ne remporta aucun fruit; et tout ce bel amas de pensées et de périodes choisies s'en alla mfumée; car en effet ec n'est point le £sste des fàaraJes qui p^sofite aux âmes^ mais la simplicilé et l'humililé , qui attire et qui porte dans les cœuDs la grâce de Jésus-Christ. Et si nous voulons reconnaître et confesser la vérité, qui-est-ce, je vous prie^ qui attire en ce lieu ces messieurs les ordinaus , ces théologiens , ces bacheliers ^ et licenciés de Sorbonneet de Kavaire? Ce n'est j^ la science ni la doctrine, qu'on leur débite ; c«rila en out plw fue nous {

mais c'est rhumilité et la simplicité avec laquelle nous nous étudions, par la miséricorde de Dieu, d'agir envers eux. Ils viennent ici seulement pour apprendre la vertu , et dès lors qu'ils ne la verront plus reluire parmi nous , ils se retireront de nous. C'est pourquoi nous devons souhaiter et demander k Dieu qu'il lui plaise faire la grâce k toute la compagnie , et k chacun de nous en particulier , d'agir simplement et bonnement , et de prêcher les vérités de l'Évangile en la manière que Notre-Seigneur les a enseignées , en sorte que tout le monde les entende , et que chacun puisse profiter de ce que nous dirons. > Nous finirons ce chapitre par le témoignage que le supérieur d'une des maisons de la Mission a rendu touchant cette vertu de simplicité qui régnait dans le cœur de ce saint homme , et qui reluisait dans ses actions et dans ses paroles, c Gomme M. Vincent, dit-il , parlait d'une manière humble et simple , quoique très forte et très efficace , aussi nous recommandait-il très particn** lièrement cette humilité et simplicité dans ses discours publies et particuliers ; voulant qu'on en bannit entièrement le faste ec tout ce qui peut ressentir l'esprit ou la vanité du monde : et poui< nous le mieux persuader , entre plusieurs autres raisons qu'il en apportait , il disait que , comme les beautés naturelles ont bîea plus d'attraits que les artificielles et fardées , de même les discours simples et communs sont mieux reçus et trouvent mie ploa favorable entrée dans les esprits que ceux qui sont aflfee^ et artificieusement polis. Le désir qu'il avait de mon avancement lui a fait prendre le sohi de me façonner en toutes choses ; et le grand nombre de mes imperfections m'ont donné cet avantage, de recevoir de lui plusieurs avis et salutaires instructions. Je me souviens que pendant mes études de théologie il faisait prêcher tous ceux de sa maison qui travaillaient k acquérir cette divine science ; et comme mon jour fiit venu , et que j'eus débité en sa présence tout ce que j'avais préparé , avec beaucoup d'é* tude et de soin , croyant avoir fait merveille , il mit dès le soir mon discours sur le tapis , et en fit faire l'anatomie par plus de vingt personnes que j'honorais comme mes maîtres ; et il conclut ensuite , avec une charité qui me relevait le courage , qu'il fallait que je m'étudiasse k prêcher comme Jésus-Christ avait fait ; que ce divin Sauveur pouvait , s'il eût voulu , dire des merveilles de nos plus relevés mystères , ave<^ des QmoùgiiQW ei

des termes qui lear fussent proportionnés , étant Ini-méme le Verbe et la sagesse du Père étemel , et que néanmoins nons savions de quelle manière il avait prêché , simplement et haniblement, pour s'accommoder au peuple , et nous donner le modèle et la façon de sa sainte parole. >

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