SA PRUDENCE
Nous joignons ici la prudence à la simplicité , parce que Notre- Seigneur Jésus-Cbrist les a mises ensemble dans son Évangile, lorsqu'il instruisit ses apôtres, et en leur personne tons les fidèles, particulièrement ceux qui devaient être employés à la conduite des autres ' : parce que ces deux vertus ont une telle connexion ensemble que Tune sans l'autre , comme dit saint Augustin , n'est peu ou point du tout profitable : car la simplicité sans prudence passe pour folie , et la prudence sans la simplicité dégénère en astuce et finesse* : et comme il est indigne d'un chrétien d'user de tromperie, il ne lui est pas aussi convenable ni expédient de se laisser surprendre et séduire par les artifices des méchans *. C'est ce que M. Vincent savait fort bien , et ce qu'il a excellemment pratiqué , ayant uni en son âme ces deux vertus dans un très haut degré de perfection.
Nous avons déjà vu au chapitre précédent quelque crayon de sa simplicité; nous considérerons en celuisci quelques traits de sa prudence.
Entre les autres vertus de ce fidèle serviteur de Dieu, celle-ci a paru avec tant d'éclat, qu'il a passé dans l'estime commune pour Tun des plus sages et des plus avisés de son temps. C'est ce qai
> Bftote, tnquU Chrlsios , pradentet sicnl serpentef , et fimplieet ticut coIobiImb. H«e enlm duo lit eonnexa rani ad intieem , vi mivm sine idioro param a«i liUl ont- ■Ido profieiat. ÀuguêU f«rm. 4. «d Frmi, in Erêtw.
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faisait qn*on recourait à lui de tons côtés pour le conseil , qu'on le priait de se trouver aux assemblées où il fallait délibérer des choses les plus considérables touchant la religion et la piété, et que l'on voyait presque tous les jours aborder k Saint-Lazare des personnes de toutes sortes de conditions, qui venaient exprès pour recevoir ses avis dans leurs doutes et difficultés'. MM. les nonces Bagni et Piccolomini lui ont fait l'honneur de venir plusieurs fois conférer avec lui sur divers sujets importans au bien de TÉglise. Quantité d'ecclésiastiques, curés, chanoines, abbés, et même divers prélats de grand mérite l'ont très souvent consulté par écrit , lorsqu'ils ne le pouvaient faire de vive voix. Plusieurs religieux aussi se sont adressés à lui pour prendre son conseil touchant lesréformes et autres principales affaires de leurs ordres. Diverses personnes séculières de condition et de vertu , qui d'ailleurs étaient estimées des plussages et des mieux sensées delà ville de Paris , n'ont point fait difficulté de venir k Saint-Lazare rechercher ses avis. Enfin l'on peut dire avec vérité que de son temps il ne s'est guère traité d'affaires de piété dans Paris, qui fussent de quelque conséquence, auxquelles il n'ait eu part , et souvent même aussi en celles qui se traitaient dans les autres provinces , sur lesquelles il était consulté par lettres.
Et certes ce n'était pas sans raison qu'on avait conçu cette estime de M. Vincent ; car outre qu'il avait un esprit fort éclairé et capable de grandes choses, 'comme il a été remarqué au premier livre , il avait encore reçu de Dieu diverses lumières et grâces particulières qui donnaient un merveilleux surcroît ii sa prudence acquise , et qui attiraient la bénédiction du ciel sur les conseils qu'il donnait k ceux qui avaient recours k lui.
Mais avant que de produire des exemples plus particuliers de sa prudence , il ne sera pas hors de propos que nous l'entendions parler lui-même de cette vertu , et nous en tracer les traits , tel que le Saint-Esprit les avait formés dans son âme. C'est dans un entretien qu'il fit un jour aux siens sur ce sujet , où il leur parla de la prudence en ces termes : < C'est le propre de cette vertu de régler et « de conduire les paroles et les actions : c'est elle qui fait parler c sagement et à propos , et qui fait qu'on s'entretient avec circon-
■ Non maltùiii dittal In tIUo , Ttl decipere posse , Tel decipi Chrif tiaoam* Bifron* «ptfi. 15. ad PûMUn. d9 tmiU. Mon-