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dant s'il était licite de payer le tribut k César : car d'un c6té il voalait maintenir riionneur de son Père et ne faire aucun pr^ judice k son peuple , et de l'autre il ne voulait pas s'opposer aux droits de César , ni aussi donner sujet à ses ennemis de dire qu'il favorisait les exactions et monopoles ; qu'est-ce donc qu'il leur répondra pour ne rien dire mal à propos , et pour éviter toute surprise? U demande qu'on lui montre la monnaie du tri; but ; et oq^prenant de la bouche même de ceux qui la lui faisaient toir que c'était l'image de César qui était gravée dessus , il leur dit : Rendez donc à César ce qm appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. La simplicité parait en cette réponse , par le rapport qu'elle a avec l'intention que Jésus- Christ avait dans le cœur de faire rendre au Roi du qiel et à celui de la terre Thonneur qui leur convient ; et la prudence s'y rencontre aussi , lui Aûsant éviter sagement le piège que ces méchans lui tendaient pour le surprendre. < C'est donc le propre de la prudence de régler les paroles et les actions ; mais eUe a encore outre cela un autre office , qui est de choisir les moyens propres pour parvenir k la fin qu'on se propose , laquelle n'étant autre que d'aller à Dieu , elle prend les voies les plus droites et les plus assurées pour nous y conduire. Nous ne parlons pas ici de la prudence politique et mondaine , laquelle ne tendant qu'à des succès temporels , et quelquefois injustes, ne se sert anssi que de moyens humains fort douteux et fort incertains ; mais nous parlons de cette sainte prudence que Notre*Seigneur consdlle dans l'Évangile , qui nous fait choisir les moyens propres pour arriver k la fin qu'il nous propose, laquéUe étant toute divine, il faut que ces moyens y aient du rapport et de la proportion. Or nous pouvons choisir les moyens proportionnés k la fin que nous nous proposons , en deux manières : ou par notre seul raisonnement , qui est souvent bien faible ; ou bien par les maximes de la foi que Jésus-Christ nous a mseigoées, qui sont toujours infaillibles, et que nous pouTons employer sans aucune crainte de nous tromper : c'est pourquoi la vraie prudence assujettit notre raisonnement k ces maximes , et nous donne pour règle inviolable de juger toujours détentes choses comme Notre-Seigneur en a jugé ; en sorte ^e dans les occasions nous nous demandions k nous-mêmes : Comment est-ce que Notre-Seigneur a jugé de telle et telle chose f
Comment s'est-i) comporté en telle on telle reneontre? Qtt'a4-3 dit , et qu'a-t*il fait snr tels et tels sujets? Et qu'ainsi nous ajustions toute notre conduite selon ses maximes et ses exemples. Prenons donc cette résolution , Messieurs , et marchons en assurance dans ce chanin royal dans lequel Jésus-Christ sera notre guide et notre conducteur; et souvenons-nous de ce qu'il a dit, que le ciel et la terre passeront, mais que ses paroles et ses vérités ne passeront jamais. Bénissons Notre-Seigneur , mes Frères , et tâchons de penser et de juger conune lui , et de faire ce qu'il a recommandé par ses paroles et par ses exemples. Entrons en son esprit pour entrer en ses op^ations ; car ce n'est pas tout de faire le bien , mais il le faut bien faire , k l'imitation de Notre-Seigneur, duquel il est dit : Benè omniafecii, qu'il a bien fait toutes choses. Non, ce n'est pas assez de jeûner , d'observer les règles , de s'occuper aux fractions de la Mission ; mais il le faut faire dans l'esprit de Jésus^rist , c'est-k-dire avec perfection , pour les fins et avec les circonstances que lui-même les a faites. La prudence chrétienne donc consiste à juger, par* 1er et opérer, comme la sagesse étemelle de j)ieu revêtue de notre faible chair a jugé , parlé et opéré. > Yoilk quels étaient les sentimens de H . Vincent touchant la vertu de prudence , et voici quel a été l'usage qu'il en a fait Première* ment , lorsqu'il était question de délibérer de quelque affaire , ou de donner quelque conseil ou résolution , avant que d'ouvrir la bouche pour parler , et même avant que de s'appÛquer k penser aux choses qu'on lui proposait , il élevait toujours son esprit k Dieu , pour implorer sa lumière et sa grâce : on lui voyait ordinairement alors élever les yeux au ciel , et puis les tenir quelque temps fermés , comme consultant Dieu en lui-même avant qoe de répondre : que s'il s'agissait de quelque affaire de conséquence , il voulait toujours qu'on prit du temps pour la reconmiander à Dieu , et pour invoquer le secours du Saint-Esprit : et comme il s'appuyait uniquement sur la Sagesse divine , et non sur sa prudence particulière , aussi recevait-il du ciel des grâces et des lumières qui lui faisaient quelquefois découvrir des choses que le seul esprit humain n'eût jamais su pénétrer. Il disait â ce propos que c là c où la prudence humaine déchéait et ne voyait goutte, là com- « mençait k poindre la lumière do la sagesse divine. > Un certain personnage lui demandant conseil s'il devait se re->
Bi* 457 «« tirer d'un emploi , afin qu'il pât vaquer avec plus de soin k son salut , il lui répondit qu'il ne devait point écouter cette pensée , et que ce n'était qu'une tentation. Ayant été encore importuné , par trois diverses fois , de la même personne , poiur sortir de son emploi , il lui repartit toujours que c'était une tOAtation , et que s'il voulait se donner un peu de patience , et y résister avec un peu de courage , il en serait victorieux. Et en effet y ayant suivi son conseil, il a reconnu et avoué depuis que c'était Tesprit malin qui le tentait ; auquel ayant résisté , et s'étant soumis au sentiment de M. Vincent , toutes ses peines s'étaient évanouies.
Une dame de condition ayant embrassé un état de vie contre le sentiment de M. Vincent, fut obligée quelques mois après de l'abandonner , et reconnut bien qu'elle eût beaucoup mieux fait de s'arrêter aux avis d'un homme si sage et si éclairé.
Sa prudence allait jusqu'à une prévoyance toute singulière des choses qui devaient arriver : de sorte que lorsqu'on lui proposait quelque affaire qui paraissait bonne , utile , et même en quelque façon nécessaire , son esprit perçait dans l'avenir, et en prévoyait les suites et les inconvéniens. C'est ce qui a paru en plusieurs occasions, dans lesquelles il a fait connaître la force de son esprit et les lumières dont il était éclairé ; et Ik où les autres ne voyaient aucune difiBculté , sa prudence lui en faisait prévoir plusieurs , et juger par avance ce qui était le plus expédient de faire ou de ne pas faire.