SECTION UNIQUE
.CONTINUATION DU MÉMB SUIfiT.
Nous avons déjk remarqué que M. Vincent tenait cette maxime, lorsqu'on lui demandait conseil sur quelque affaire, de ne rien précipiter , pesant mûrement toutes les circonstances de la chose sur laquelle il fallait délibérer : pour cet effet , quand il n'y avait rien qui press&t , il prenait ordinairement du temps afin d'y penser devant Dieu plus k loisir, et pour y apporter une plus attentive considération , dont voici quelques exemples , entre plusieurs autres.
Une personne de sa connaissance souhaitant fort qu'un jeune avocat eût entrée dans une grande maison , pour en avoir l'intendance et pour en négocier les affaires, pria M. Vincent» qui y pou* Tait beaucoup , de s'employer pour cela ; k quoi il répondît : t Nous i y penserons , mais avant que d'y travailler nous garderons le si* c lence un mois entier sur cette affaire , pour écouter Dieu-> et pour c honorer le silence que Notre-Seigneur a gardé si souvent sur la
< terre. > Il voulut ainsi réprimer l'ardeur qui paraissait en cette personne , et l'empressement qu'elle témoignait avoir sur cette affaire , et consulter la volonté de Dieu. Mais après avoir différé quatre ou cinq mois , il fit en sorte que cet avocat f&t reçu dans cet emploi. En quoi sa manière d'agir était fort opposée k lapro* cédore ordinaire du monde , qui veut promptement et sans aucun délai employer toutes sortes de moyens , et remuer ciel et terre , comme Ton dit, pour faire réussir ses desseins.
Lorsqu'il fut question de donner des règles k sa Congréga* tion, sans lesquelles il savait bien qu'elle ne pouvait subsister, quoique son cœur fftt grandement pressé de mettre la dernière main k un ouvrage qui lui était si cher , comme la chose néan* moins était d'une extrême conséqumce , il attendit trente^trois ans avant que de les donner ; les faisant cependant pratiquer par ceux de sa compagnie : ayant ainsi jugé, par une maxime de trèi haute prudence, que pour rendre ces règles non seulement parfaites , autant que cela dépendait de lui , mais encore stables et de durée , il fallait commencer à les pratiquer avant que de les écrire, et faire en sorte qu'elles fussent gravées dans les cœurs de tous les siens , avant même qu'elles fussent tracées sur le papier.
Il était extrêmement retenu et circonspect en ses paroles, non seulement pour ne rien dire ni répondre qui pût causer aucun ombrage ou défiance , ou qui donnât sujet de peine à personne , mais même pour ne rien avancer qui ne fût mûrement considéré et digéré en son esprit ; et il y a sujet de croire que c'est pour cela qu'il parlait peu , et fort posément.
t II disait que c'était un effet de prudence et de sagesse , non t seulement de parler bien et de dire de bonnes choses, mais aussi € de les dire k propos , en sorte qu'elles fussent bien reçues , et
< qu'elles profitassent k ceux k qui l'on parlait : que Notre^Sei*
< gneuren avait donné l'exemple en plusieurs rencontres, et par*
€ ticvlièrêoieiit loTWiue, parlant ti la Samaritaifiê , il prit occasion c de Veau qu'elle venait pniser pour lui parler de la gr&ce , et lui c inspirer le désir d'nneparraite conversion. »
Allant par la campagne , et rencontrant un jeune prêtre de village qui lui était inconnu , et qui tenait un livre ï la main , sa prudence et sa charité lui firent prononcer ces paroles en le saluant : I 0 Monsieur! qoe voilk qui est bien de vous entretenir ainsi c avec Notre-Seigneur par cette bonne lecture ! vous m'édifiez c beaucoup , et votre exemple montre bien comme il se faut en* c tretenir de bonnes pensées. • M. Vincent ne savait pas si ce livre que tenait cet ecclésiastique était bon ou mauvais ; néanmoins , par un trait de prudence et de charité tout ensemble, supposant qu'il fût bon, il voulut employer ces paroles en le congratulant, pour lui persuader par cette gracieuse approbation de faire quelque bonne lecture.
Un curé célèbre de Paris , ayant dessein de prendre pour vicaire un ecclésiastique, lequel, après avoir demeuré quelque temps dans la Congrégation de la Mission , en était sorti , écrivit à M. Vincent , le priant de lui faire savoir pour quel sujet il était sorti de sa compagnie 9 comment il s'y était comporté , et s'il jugeait qu'il fût propre pour l'emploi auquel il le destinait. M. Vincent se trouva en peine touchant ce qu'il devait répondre ; car il ne voulait pas nuire ii cet ecclésiastique , duquel néanmoins il savait les défauts , pour lesquels il ne jugeait pas qu'il pût réussir dans la condition de vicaire ; il ne voulait pas aussi tromper le curé , ni lui faire croire les choses autrement qu'elles étaient ; c'est pourquoi pour ne tomber ni en l'un ni en l'autre de ces inconvéniens , sa prudence lui suggéra un moyen , qui fut de faire la réponse suivante au curé : € Je ne connais pas assez, Monsieur, l'ecclésiastique duquel € vous m'écrivez, pour vous en pouvoir rendre aucun témoii gnage , quoiqu'il ait demeuré assez long-temps parmi nous. > Un prêtre ancien de la compagnie était présent lorsque M. Vincent dictait cette réponse ; et comme H n'en pénétrait pas le secret , il l'interrompit pour lui dire que ce curé aurait sujet de s'étonner s'il lui mandait qu'il ne connaissait pas assez un prêtre qui avait demeuré un temps notable dans sa compagnie , et sous sa conduite. A quoi il repartit : < Je vois bien cela ; mais puis-je c mieux faire que Notre-Seigneur , qui dit des réprouvés qui ont c prophétisé en son nom qu'il ne les connaît pas ? ce qui s'en-
c tend d'une connaissance d'approbation. Tronvez donc bon qne ff je suive son exemple et sa façon de parler. »
Comme il n'avait point d'antre vue en la distribution des bénéfices , pendant le temps qu'il fut employé dans les conseils de Sa Majesté » sinon de procurer le plus grand bien de l'Église , il n'usait point aussi d'autres artifices pour les faire donner k ceux qu'il en jugeait les plus dignes, qne de représenter leur vertu et leur mérite , avec les avantages qui en arriveraient au service de Dieu et au bien du public, sans jamais diminuer la bonne opinion qu'on pouvait avoir des autres prétendans , pour ne leur faire aucun tort. En quoi il était obligé d'user d'une très grande prudence et circonspection en ses paroles , pour soutenir l'intérêt de l'Église, et ne blesser ni la vérité ni la charité.
Mais surtout il faisait paraître une merveilleuse prudence quand il était obligé d'avertir ou de reprendre quelqu'un , en telle sorte qu'il n'en fût point contristé ni aigri , et qu'il fit un bon usage de l'avertissement ou de la correction qui lui âait faite. Voici comme il se comporta sur ce sujet en quelques rencontres, d'où l'on pourra juger des autres.
Ayant un jour appris de bonne part qu'un ecclésiastique savant et grand prédicateur, qui le venait souvent voir pour quelque dessein , n'avait pas de bons sentimens de la foi ; et en ayant d'ailleurs quelque conjecture plus que probable, il usa d'une adresse non moins prudente que charitable dans la correction. fratemelie qu'il lui fit, en la manière suivante, selon le récit qu'il en a lui-même rédigé par écrit sous un nom emprunté :
c Considérant devant Dieu , dit-il , ce que je devais faire en cette rencontre , je pensai que , selon la règle de l'Évangile , je devais dire la chose k Damasus en secret , et par manière de parabole. Traitant donc un jour familièrement avec lui , je lui dis : Monsieur , comme vous êtes un grand prédicateur, j'ai un conseil à vous demander touchant une chose qui nous arrive à nous autres missionnaires, quand nous allons travailler à la campagne , où nous trouvons quelquefois des personnes qui ne croient pas aux vérités de notre religion ; et nous sommes en peine de quelle façon nous devons agir pour les leur persuader ; c'est pourquoi je vous prie de me dire ce que vous jugez que nous puissions faire en ces rencontres pour les porter k croire les choses de la foi. A quoi Damasus me répondit avec quelque émotion :
Poiir(iaoi me demandez*yous cela ? Je loi répliquai : C'est, Monsieur, que les pauvres s'adresseut aux riches pour quelque assistance et charité ; et comme nous sommes de pauvres îgnorans » nous ne savons pas de quelle façon il faut traiter les choses divines , et nous nous adressons à vous pour vous prier de nous instruire sur cela. Damasus , s'étant remis tout aussitôt , me répondit qu'il voudrait enseigner les vérités chrétiennes , premièrement par la Sainte Écriture; secondement, par les Pères; troisièmement, par quelque raisonnement; quatrièmement , par le commun consentement des peuples catholiques des siècles passés; cinquièmement, par tant de martyrs qui avaient répandu leur sang pour la confession de ces mêmes vérités ; sixièmement , par tous les miracles que Dieu avait faits en leur confirmation. Après qu'il eut achevé, je lui dis que cela était fort bien , et je le priai de mettre toutes ces choses par écrit tout simplement et sans façon , et de me les envoyer; ce qu'il fit deux ou trois jours après, me les ayant apportées lui-même : de quoi je le remerciai , lui disant : Je vous suis bien obligé, et je recois une joie particulière de vous voir dans cesbons sentimens , et de les apprendre de vous-même ; car outre le profit que j'en tirerai pour mon usage particulier, cela me servira même pour votre justification. Vous aurez peut-être peine de croire ce que je vais vous dire , qui est néanmoins très véritable ; c'est qu'il y a des personnes qui sont persuadées, et qui disent que vous n'avez point de bons sentimens toudiant les choses de la foi : voyez donc , Monsieur, d'achever ce que vous avez si bien commencé ; et après avoir si dignement soutenu votre foi par votre écrit , donnez-vous k Dieu pour vivre d'une manière non seulement éloignée de l'apparence de ce qu'on dit de vous, mais aussi qui puisse être Si édification au public. Je lui ajoutai que , d'autant plus qu'une personne était de grande condition , comme lui , elle était aussi plus obligée de s'adonner k la vertu ; que c'était pour cette raison que ceux qui ont écrit la vie de saint Charles Borromée disaient que la vertu était d'autant plus vertu qu'elle se trouvait dans une personne de plus grande qualité ; et qu'il en était comme d'une pierre précieuse , laquelle avait un éclat bien plus brillant étant enchàBsée dans qu^que bague d'or que si cette bague n'était que de plomb. Ce que Damasus ayant approuvé, et témoigné que dorénavant il vou-
< lait en nmr de la sorte, il se retin, et me lûiit fèrt SittofUt de c le voir dans une si bonne résolution. >
Étant un jour en la compagnie de plusieurs personnes de grande condition , il arriva qu'un d'entre eux , par une vicieuse habitude qu'il avait contractée depuis long-temps, s'échappa de dire € que le diable l'emportât, » et quelques autres semblables impré-» cations : ce que M. Vincent ayant entendu , il s'approcha aussitôt de lui , et l'embrassant de bonne grâce , lui dit en souriant : c Et moi , Monsieur, je vous retiens pour Dieu. > Ce qui étifia beaucoup toute la compagnie , et servit d'ue correction douce et efficace h celui qui se laissait emporter à proférer ces paroles ; en sorte que, confessant qu'il avait tort, il promit de s'abstenir de semblables façons de parler.
Un vertueux eccl^iastique a témoigné qu'il lui vit fkire un jour une semblable action, quoiqu'en un si^et fort différent, h l'égard d'un grand prélat qu'il rencontra dans lafue, auquel, après quelque civilité , il dit fort gracieusement : f Monseigneur , je
< vous prie de vous ressouvenir de la bague. $ A quoi ce prélat répondit en riant : « Ahl Monsieur, vous m'y prenex. » Cet ecclé^ siastique , qui était présent, lui ayant demandé l'eiplication de cette bague, il lui dit < que ce bon prélat, qui lui témoignait beau« ff coup d'amitié , lui avait plusieurs fois protesté que jamais il ne c changerait son épouse , c'est-à*dire son église , pour une autre, c quelque belle et riche qu'elle pût être ; > lui montrant fc cet effet la bague qu'il portait k la main droite , et ajoutant ces pa« rôles du P&almiste : Oblivioni detur demtera mêa > ai non meminera tui ; et il est k remarquer que pour lors l'on parlait d'un riche archevêché pour ce même prélat. Il se trouve dans le cours de la vie de M. Vincent un nombre presque innombrable d'autres actions semblables k celle-ci , lesquelles , bien qu'il les fit comme en riant , partaient néanmoins d'une très grande prudence , et produisaient ordinairement de très bons effets.
C'était encore un effet de sa prudence d'user d'une telle cir*» eonspection en ses paroles, qu'il ne contristait jamais personne , et ne renvoyait jamais aucun mécontent d'auprès de lui. c Pour € mon particulier , dit le supérieur d'une de ses maisons , je n'ai t jamais eu l'honneur de l'approcher , que je n'en aie retiré toute t la satisfaction que je pouvais prétendre , soit qu'il m'accordât , f ou qu'il me refusât ce que je lui demandais ; et même la veille
da jpnr que je ptrtis de Paris pour flUér oà il m'envoyiit , je demeurai avec lui assez loog^temps , pendant lequel plusieurs personiies vinrent lui parler, et j'admirai , comme j'avais toiqours fait , de quelle manière il renvoyait un chacun content. On lui vint demander deux choses entre plusieurs autres : la pre* mites fut la délivrance d'un criminel qui avait fait un meurtre sur le grand chemin de Saint-Denis dans le détroit de la jurisdictiott de Saint-Laaare. Il reçut fort cordialement un ecclésiastique qui lui en vint parler, et lui témoigna toute la hienveillance poss8>le : mais comme la chose ne dépendait pas ahsolument de lui , il lui fit connaître quelle était la conduite de Dieu dans les eflèts de sa justice , aussi bien que dans ceux de sa miséricorde , et qu'il fallait respecter les uns aussi bien que les autres; il lui parla ensuite des eirtonstances du meurtre qui avait été commis, et de la justice des châtimens que Dieu avait établis pour de semblables crimes ; ce qu'il fit avec tant de griice , que cet honnête ecclésiastique se retira content, n'ayant rien à répliquer k ce qu'il venait d'entendre. La seconde chose fut qu'un sécu-* lier vint bn demander de l'argent k emprunter ; sur quoi M. Vin* cent lui fit mille excuses de ce que la maison n'était pas en état d'en pouvoir prêter , et qu'il était bien marri de ne pouvoir le servir en cette occasion , et lui paria enfin avec tant de douceur et de prudence , que son refus n'eut aucun mauvais effet dans l'esprit de ce séculier, lequel se retira fort content, t Dans le voyage qu'il fit en l'année 1649 il visita plusieurs de ses maisons, et entre les autres un séminabre qui avait été établi dans une ville épiscopale dont le siège était vacant : il est vrai qu'il y avait un évéque nouvellement nommé qui n'avut pas Mcore ses bulles, auquel M. Vincent avait été contraire en sa promotiim k cet évéché , de quoi ce prélat avait ftdt de grandes plaintes. Or s'étant pour lors trouvé en cette ville-lk , contre l'attente deM. Vln^* cent, il se mit k penser de quelle façon il se comporterait envers lui :
< Car, disait-il) si je le vais saluer, vraisemblablement il en sera sur* € pris , et peut-être ému et touché ; de lui envoyer demander s'il i aura ma visite agréable, je ne sais pas comment il recevra ce com-
< pliment ; de n'y aller et de n'y envoyer pas , ce bon seigneur au« « rait raison de s'indigner davantage contie moi , et c'est ce qu'il
< faut éviter. Que ferai-je donc T » Voici ce que la prudente humilité de ce sage prêtre lui suggéra dans cette rencontre. Il envoya vers
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ce prélat le supérieur dé la maison avec un autre prêtre, pour lui dire qu'il venait d'arriver en son diocèse, qu'il n'osait y faire ancun séjour sans sa permission , et qu'il le suppliait très humblement d'agréer qu'il demeurftt sept ou huit jours chez les prêtres de la Mission. Cet humble compliment fut fort bien reçu de ce prélat , et il en eut une telle satisfaction , qu'il lui manda qu'il consentait très volontiers qu'il y demeurât autant de temps qu'il voudrait , et que s'il n'eût eu une maison en cette ville-lk il lui eût ottart la sienne. M. Vincent voulut prendre sujet d'une réponse si obligeante d'aller remercier ce prélat, et lui rendre ses respects, pour tâcher de l'adoucir entièrement; mais il ne lui en donna pas le loisir , étant parti le même jour inopinément pour s'en aller en quelque autre lieu.
Or M. Vincent tenait cette grande maxime en toutes ses délibérations, conseils et résolutions, deconsultertoujours et avant toute autre chose l'oracle de la divine vérité, c'est«â-dire, devoir «tcon* sidérer ce que Notre-Seigneur avait dit et avait fait qui eût quelque rapport k la chose dont il était question , pour se conformer k ses exemples et se soumettre k ses enseignemens ; c'était comme la fontaine d'oili il puisait tous les plus sages conseils qu'il donnait aux autres , et toutes les plus saintes résolutions qu'il prenait pour lui-même : après quoi il ne faut pas s'étonner s'il agissait avec une si grande prudence , et s'il réussissait avec tant de bénédiction, puisqu'il allait k la source de la sagesse même, qui est la parole divine incamée , et que l'on pouvait bien dire que , selon le souhait du sage , cette divine sagesse Tassistait , le conduisait , et opérait avec lui en toutes ses entreprises. A ce propos , demandant un jour avis k un de ses prêtres sur un doute où il se trouva, et ce prêtre lui ayant dit qu'A fallait faire la chose , k cause des suites fâcheuses qui lui arriveraient s'il ne la faisait pas; M. Vincent le reprit , lui disant qu'il ne fallait pas tant prendre garde aux suites comme k la substance de la chose et au rapport qu'elle pouvait avoir avec les paroles et les exemples de Jésns^ Christ.
Dans la même vue de se conformer k ce divin exemplaire , il tenait cette autre maxime , de faire toute chose k petit bruit , sans faste et sans éclat; choisissant les œuvres et les voies les [dus humbles , aussi bien que les plus charitables , pour ne pas exciter l'envie , ni la contradiction des hommes ; et quand le démon en
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a suscité quelques unes , il n'a point employé d'autres armes pour les surmonter , que l'humilité , la patience , la pénitence et la prière ; ne s'étant jamais voulu défendre ni justifier pour repousser la médisance et la calomnie , ni se servir d'aucune force ni autorité temporelle pour réussir dans ses bons desseins : jugeant prudemment que par ce moyen il triompherait de cet ennemi, comme il a fait.
Enfin , M. Vincent a fait paraître la pureté et la solidité de sa prudence et de sa sagesse en ce qu'il a toujours cherché de suivre et d'accomplir en toutes choses la très sainte volonté de Dieu , par préférence à tout le reste , et sans avoir aucun égard aux intérêts temporels, qu'il méprisait et foulait aux pieds quand il s'agissait des intérêts du service et de la gloire de Jésus-Christ. C'était le grand et Tunique principe sur lequel il fondait ses résolutions , et par lequel il exécutait fidèlement et constamment ce qu'il avait résolu ; préférant souverainement et incomparablement la volonté de Dieu et ce qui regardait sa gloire et son service à toute autre cliose , sans en excepter aucune.
Pour conclusion de ce chapitre , nous rapporterons ici le témoignage qu'un très vertueux eccl^astique a donné par écrit touchant la prudente et sage conduite de M. Vincent , principalement dans ses réponses k ceux qui le consultaient et qui lui deman* daient ses avis ; car voici l'ordre qu'il tenait, selon ce que cet ecclésiastique a dit l'avoir souvent remarqué :
c Premièrement et avant toute autre chose , il élevait son esprit h Dieu pour implorer son assistance , conviant ordinairement ceux qui venaient lui demander conseil de faire le même ; et par une courte et fervente prière qu'il faisait avec eux , il demandait lumière et grâce pour connaître la volonté de Dieu dans les choses dont il fallait délibérer. Secondement, il écoutait fort attentivement ce qu'on lui proposait , le considérant et pesant à loisir, et , s'il le jugeait nécessaire , il en demandait de plus grands éclaircissemens, pour en connaître mieux toutes les circonstances. Troisièmement, il ne précipitait jamais son avis ; et même , si le mérite de la chose le requérait , il demandait du temps pour y penser, exhortant de la recommander cependant k Dieu. Quatrièmement, il était bien aise qu'cm prit conseil des autres, et lui-même le demandait bien volontiers , et déférait toujours , autant que la justice et la charité le lui pou*.
valent permettre , aux ayis d'anlnii , qa'il suivait plus voloiitien que les sieos propres. Cinquièmement enfin , lorsqu'il était obligé de proposer ses sentimens , il le faisait d'une manière si judi* eieuse , et néanmoins si humble , qu'en faisant voir ce qn'Û estimait de plus expédient , il laissait k la personne k se déterminer elle-même ; disant par cet exemple : Il y a teUe et telle raison qui semble convier a prendre une telle résolution ; ou bien si on le pressait absolument de détenoniner et dire son avis , il le proposait d'un même style , disant : Il me semble qu'il serait bon , ou qu'il serait plus expédient de faire une telle chose , ou de se comporter d'une telle façon. Après quoi 11 <rf»ervait deux choses : l'une, de tenir sous le sceau du secret les affaires sur lesquelles on le consultait, sans en parler jamais, sinon avec l'agrément de la personne qui l'avait consulté , et pour quelque évidente nécessité ou utilité ; l'autre , de demeurer constant dans les résolutions qu'il avait pfwes : car après quil avait une fois connu la volonté de Dieu , il ne variait plus , mais il tenait pour maxime qu'il en fallait venir k l'exécutiM , et se garder du vice de l'inconstance, qui est fort opposé k la véritable prudmce, et qui ruine les plus saintes et te phis solides réso« lutions. »