CHAPITRE XYIÎ
SA lUSnCB BV S4 GBATITUDB.
Nous ne penons pas ici le mot de justice au sens qae les saintes «turcs l'emploient quelquefois, pour signifier la gràee qui jus* et sanctifie les imes, ou l'état de justice et de sainteté : nais nous entendons une vertu particulière , et l'une des plus exceUentes entre la morale , laquelle , comme enseigne saint Ambroise , rend k
chacun ce qui lui appartient , et qui non seulement ne s'attribue pas le bien d'autrui , mais même abandonne ses plus légitimée intérêt» quand l'équité commune le requiert pour cgnMrver ceux
»H 447 ie
de son {urochûn ' • Et e*eet en ce sens qae nous pouvons vraiment dire qoe M. Vincent a possédé cette vertu en un degré très excellent, et qu'il a su la réduire parfaitement en pratique dans toutes les occasions qui se sont pr^ntées.
Il avait souvent dans la pensée et dans la boucbe cette parole de Jésus-Christ : < Rendez k Dieu ce qui appartient k Dieu , et à
< César ce qui appartient k César. » Et selon cette divine règle , il a soigneusement rendu k Dieu tous les devoirs de religion auiquels il était obligé en qualité d'homme raisonnable , de chrétien , de prêtre et de missiMuaire. Il a semblablement rendu k son pro* chain en général > et k chacun en particulier, selon son rang et sa condition , tout ce que la justice pouvait désirer de lui , sans se détourner jamais en aucune façon du droit sentier de cette vertu . Sur ce sujet il disait souvent aux siens , particulièrement dans les consultatioBS qu'il faisait avec eux : t Messieurs , ayons égard aux t intérêts d'antrui comme aux nôtres ; allons droit , agissons loyale^ f ment et équitablement. « Et il avait une telle affection de s'acquitter des moindres obligations de la justice, qu'il croyait les devoir préférer k toutes les autres. Ce fut dans cesentiment qu*é* crivant k une personne de confiance il lui dit : c Souvenez-vous c ^particulièrement de prier Meu pour moi, qui, me trouvant hier t obligé en môme temps d'accomplir une promesse que j'avais c faite , ou d'exercer une action de charité k l'égard d'une per^ i sonne qm nous peut fkire beaucoup de bien ou beaucoup de
< mal, et ne pouvant satisfaire k l'un et k l'autre, j'ai laissé l'acte c de charité pour accomplir ma promesse , dont cette personne € est restée fort mal contente : mais je n'en suis pas tant fâché c comme de ce que j'ai, ce me semble, trop suivi mon inclina- Y tion en faisant cette action de justice. »
Il prenait un grand soin que la communauté satisfit promptement k ce qu'elle devait , et avait peine que ceux k qui l'on devait quelque chose fassent obligés de venir plusieurs fois le demander; et quand ces personnes s'adressaient k lui , il les priait de ne se point donner la peine de revenir, promettant de leur envoyer en leur maison l'argent qui leur était dA. L'on a vu aussi diverses fois qoe lorsqu'on lui apportait des lettres de change qu'il devait
> JaiUila , q«c }di sanm cniqae (rlbuK , tlienam non tiodicaC , olUiUMm proprUm fti|llflt, m CMurasen «qattalMi wuMkiU Àmbr, H OffU,, Hh,îf9, S4«
ae<|ai(ter , il prenait nn mémoire de la demeure de ceux auxquels il fallait faire le paiement; et aussitôt que le temps était expiré, il envoyait exprès quelqu'un de la maison pour leur porter l'argent : et comme on lui représentait qu'il fallait attendre qu'ils vinssent, ou envoyassent quérir leur argent , sans se mettre en peine de le leur faire porter, il témoignait n'approuver pas un tel procédé, estimant qu'il n'était pas juste de leur donner la peine de revenir pour demander une chose qui leur était légitimement due.
Un jour le cocher, reculant son carrosse près la porte Saint-Denis , renversa quelques pains de la boutique d'un boulanger , dont un ou deux furent un peu salis de la boue ; aussitôt M. Vincent se montra si juste , que, craignant que ces pains en fussent peut-être moins vendus, il les fit payer au boulanger au prix qu'il voulut, et les fit apporter k Saint-Lazare.
Un autre fois le même cocher reculant contre une grande portecocbère , qui était fermée par dedans avec une vieille barre de bois demi-pourrie , cette barre se rompit fort facilement. Or personne ne demeurait pour lors en cette maison , qu'un homme pour la garder , qui pouvait fermer cette porte d'une autre manière ; néanmoins M. Vincent de son mouvement envoya le frère qui l'accompagnait quérir le menuisier pour faire une barre toute neuve, laquelle il paya , et elle coûta trois ou quatre fois plus que l'autre ne valait.
S'il croyait avoir contristé quelqu'un par quelque parole ou action qu'il n'estim&t pas tout-k-fait juste , il ne manquait pas non plus de lui en faire satisfaction.
Le gouverneur d une ville considérable le pria un jour de lui rendre un bon office k la cour, et l'assura qu'il soutiendrait les missionnaires de la même ville contre plusieurs personnes puissantes qui s'opposaient k leur établissement et qui faisaient contre eux leurs eflbrts au parlement. M. Vincent lui fit réponse que s'il pouvait le servir, il le ferait ; mais qu'il le suppliait de laisser l'affaire des prêtres de la Mission entre les mains de Dieu , et de la justice pour en juger; ne désirant point être en aucun lieu par la faveur ni par l'autorité des hommes.
Dans les procès un peu considérables que sa compagnie était obligée d'avoir , il allait ou envoyait quelquefois voir les juges , non tant pour leur recommander la cause de sa compagnie que pour les prier de n'avoir égard qu'k la justice. Et l'on pouvait bien
dire de lai , qu'il élait le soUidtenr de U justice , et non pas de 6es intérêt». Il n'était ni pour ni contre peraonne ; mais il sollicitait également pour le demandeur et pour le défendeur ; parce qu'il né demandait autre chose sinon qu'il f&t rendu k chacun ce qui se trouverait lui appartenir ; il ayait même peine de s'en mêler. Et comme un jour un Fr^e de la maison de Saint-Lazare qui en faisait les affaires lui représenta , au sujet d'an procès qui était prêt à juger, qu'il était à propos qu'il allât voir ses juges pour leur recommander le droit de la compagnie, il témoigna répugnance à cela, disant qu'il fallait laisser faire la providence de Dieu et la justice, et qu'il ne croyait pas que les recommandations fissent beaucoup , surtout k l'égard de certaines personnes , et que lai-mème, lorsqu'il était employée pourvoir aux bénéfic^ , n'avait aucun égard aux recommandations qu'on loi faisait, msôs qu'il regardait si la chose demandée était juste et à la plus grande gloire de Dieu , et qu'en cette vue il l'appuyait sans s'arrêter aux sollici-
Une* autre fois il dit au même Frère qu'il fallait avoir pour maxime , lorsque l'on consultait une affaire , d'alléguer toujours tout ce qui fanait pour la partie adverse , sans en rien omettre , de même que si eUe était présente pour déduire ses raisons et se défendre, et que c'était ainsi qu'il fallait faire en matière de consultation.
Les missionnaires qui ont quelque bien dans les provinces oili
ils sont établis ant beaucoup k souffrir de la part des fermiers , et autres personnes qui leur doivent , lesquels , sachant qu'ils ne sont pas pour les maltraiter, abusent de leur patience , et étant faits k la chicane du pays, ne se soucient pas beaucoup de plaider devant leurs juges naturels. Pour cela les supérieurs de quelques maisons de la Congrégation ont souvent importuné M. Vincent de leur obtenir un committimus , afin d'intimider ces personnes qui ne veulent se réduire kla raison ; mais cet homme de Dieu les a ordinairement divertis de cette pensée, leur disant qu'ils fissent comme ils pourraient. Il avait même peine que la maison de Saint-Lazare , qui a ses causes commises aux requêtes de l'Hôtel , et aux requêtes du Palais k Paris, fît assigner ceux qui étaient éloignés , particulièrement s'ils étaient pauvres, k cause que cela leur coûterait davantage devenir plaider k Paris, t Cela est-il juste, disait-il, de c faire venir ces pauvres gens-lk plaider si loin? »