SECTION UNIQUE
GOlfTINUATION DU MÊME SUJST.
Pour ce qui est de la mortification extérieure de M. Vincent, Ton peut dire avec vérité qu'elle allait d'un pas égal avec l'intérieure, c'est-k-dire qu'il la pratiquait parfaitement , et presque sans aucun relâche : car il a toujours traité son corps avec une très grande rigueur , jusqu'au temps de son extrême vieillesse , et même dans ses plus grandes infirmités ; et outre ses pénitences et mortifications ordinaires , dont nous parlerons ci-après , il embrassait et recherchait toutes les occasions qu'il pouvait rencontrer de faire souffrir son corps , dont nous avons vu divers exemples an premier livre , et particulièrement en sa manière de vie pendant tout le voyage qu'il fit en l'année 1649, âgé de plus de soixantedix ans , où les abstinences , les veilles , la violence du froid et toutes les autres incommodités auxquelles il s'exposa lui causèrent cette grande et fâcheuse maladie qui lui survint k Richelieu. Sur ce sujet il disait que c l'on pouvait pratiquer la mortification en tou- € tes sortes de rencontres , tenant son corps dans quelque posture < qui lui soit pénible , sans pourtant blesser la modestie ; privant
4 661 Mtts eiLtériMn dee^hoBes qui Idtur pourraient donner qnelqne t «itifl&etiôn , et Bouffraol yolontieni les intempéries et incommodtt tés de l'air. * C'est cè qu'il savait fort bien pratiqner lui-mèode , étant bien aise d'en trouver les occasions ; et on a sooyent pris garde que durant les plus grandes rigneurs de Thiver , il eiposait ses mains au froid ^ qui en paraissaient quelquefois tontes noirftunes ; et les autres parties de son corps partieipalaot k cette même ineommodîté t ne voulant point prendre d'autres chaussares ni d'autres \è- Cèmens pour rtairer que pour l'été.
Durant las grandes nécessités et extrêmes misères de la Lorraine, il disait fort souvent : < Voici le temps de la pénitence , puisque < Dieu aflligo son peuple. N'est-ce pas k nous autres prêtres d'èe tre aux pieds des autels pour pleurer leurs péchés ? Gela est d'oc bligation ; mais de plus , ne devons-nous pas retrancher quelque c chose de notre ordinaire pour leur soulagement ? > Gomme en effet pendant les trois ou quatre premières années de celte désolation , il réduisit sa communauté de Saint-Lazare à ne manger que du pain bis ; et auparavant pendant le siège de Gorbie , au commencement des guerres entre les deux couronnes de France et d'Espagne , il fit retrancher une petite entrée de table que l'on avait donnée jusqu'alors , qui n'a pas été rétablie depuis. < N'est-il pas ff juste, disait-il, que nous retranchions quelque chose, pour comc patir et participer aux misères publiques ? >
Ayant retiré une demoiselle du danger de perdre son honneur , il la mit en lieu d'assurance, et par charité il pourvut pendant deux ans à tout ce qui lui était nécessaire, étant résolu de continuer, et lui disant qu'on faisait tout ce qu'on pouvait pour son bien, que cela la devait contentçr, et qu'elle se gardât bien de s'exposer k offenser Dieu : mais au bout de ce temps ayant été séduite par quelques mauvais esprits , elle s'en alla ailleurs ; et comme on vint dire après à M. Vincent qu'elle s'était perdue misérablement , il répondit : t II me t semble que nous avons fait tout ce que nous avons pu pour em-* i pécher ce malheur ; resté k prier Dieu , et h flaire pénitence pour f elle ! Oh! il flaut qu'il m'en coûte ! »
L'infirmier de la maison de Saint-Latare a dit que quoique les maladies de M. Vincent fassent fréquentes dès le commencement de l'institution de sa compagnie , même depuis qu'elle fut établie k Saint-Latare , et que Aent fois Tannée il fftt attaqué de la fièvre quarte , néanmoins il Ue demandait rien pour son soulage^
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ment, etàe laissait pas de travaiUer ; et bieB qu'il aût en pltoûMn fois les jambes enflées eitraord&iaireBieiit , il ne laissait pas dé mardier à pied : ce qa'il a continué jusqu'à ce que l'impuissance Ta contraint de se serTir d'un chevaL
Il arrivait souveiit que par infirmité , ou par quelque autre empéelieinent , 11 se trouvait pendant la journée attaqué et presque accablé de sommeil : mais au lieu de réparer ce défaut par quel» qM peu de repœ , il en prenait soufent occasion de se mortifier , se tenant debout ^ ou se mettant en quelque posture contrainte « et se iUsant d'autres violences pour s'empêcher de dormir. L'on a Remarqué qu'il n'a jamais rien rabattu de ses veilles pour son grand ige , se levant toujours k l'heure ordinaire de la communauté « quoiqu'il fût le dernier couché ; et avec cela , on le voyait des premiers h l'église en quelque temps que oe f&t » où il se tenait à genottt stir la terre pendant l'oraison , sans jamais avoir voulu permettre qu'on lui mit une natte sous ses genoux : et pour l'or** diuahre il passait tous les matins plus de trois heures i en partie dans l'église , même durant la rigueur des plus rudes hivers i poui y ftlre son oraison et pour y célébrer la sainte Messe ; et en par* tie dans la sacristie , pour y faire ses préparations et actions de grftces avant et après la célébration de la Messe. Il est bien vrai qu'il n'avait pas sujet d'aimer beaucoup le lit , puisqu'il ne cou* ehait que sur une rude paillasse , sans matelas, et sans rideau ni tour de lit , et dans une chambre sans feu : ce qu'il a pratiqué toute sa vie , même dans ses plus grandes infirmité , h la réserve des trois ou quatre dernières années qu'on l'obligea de prendre une petite chambre où il y avait une cheminée « parce qu'il avait besoin de feu pour panser ses jambes ; et depuis il souffrit qu'on lui mit un petit rideau autour de son lit , continuant néanmoins toujours de coucher seulement sur la paille*
Enfin , il était tellement ennemi de son corps , que feu M. le ear^ dinal de la Rochefoucauld, connaissantsa manière de vie, lui manda un jour qu'il le priait de se modérer en ses pénitences et austérités pour conserver sa santé et sa vie , Dieu voulant se servir de M pour le bien de son Église.
Pour ce qui est de la mortification de ses sens ^ il la pratiquait presque continuellement , et en toutes sortes d'occasions. Lorsqu'il allait par la ville, ou qu'il faisait voyage, au lieu d'égayer sa vue sur les champs ou sur la diversité des objets qu'il rencontrait , il tenait
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ordiiiairement ses yeox arrêtés sur un cracifix qu'il portait , ou il les tenait fermés , pour ne voir que Dieu.
Passant un soir d'un corps de logis de Saint-Lazare k un autre , il aperçut en l'air des fusées et autres feux artificiels volans , qui étaient des effets d'une réjouissance publique de la ville de Paris ; mais aussitôt il en détourna ses yeux , et passa outre en disant : Dieu soit béni.
On ne lui a jamais vu cueillir une fleur, ni en porter aucune, pour se récréer par son odeur ; mais au contraire , quand il se rencon« trait en quelque lieu où il y avait des senteurs mauvaises, comme dans les hôpitaux , ou chez les pauvres malades , le désir qu'il avait de se mortifier lui faisait trouver agréable cette incommodité.
Comme il n'employait sa langue que pour louer Dieu , recommander la vertu , combattre le vice , instruire , édifier et consoler le prochain ; aussi n'ouvrait-il ses oreilles qu'aux discours qui tendaient au bien , ayant peine d'en entendre d'autres; et il évitait, autant qu'il pouvait , d'écouter des choses inutiles , et de prêter l'oreille k tout ce qui pouvait délecter l'ouïe , et qui ne nourrissait point Tâme.
Pour le goût , il l'avait tellement mortifié , qu'il ne témoignait jamais k quelle sorte de viande il avait plus d'appétit : il semblait même aller k regret prendre sa réfection , ne le faisant que pour satisfaire k la nécessité , et y gardant toute la bienséance possible , mangeant les choses qui lui étaient présentées , en la vue de Dieu et.avec beaucoup de modestie : k quoi il avait tellement habitué les siens par son exemple , que plusieurs externes de toutes sortes de conditions qui ont mangé en son réfectoire , en ont été grandement édifiés , comme ils l'ont déc|aré eux-mêmes , admirant que dans une action qui de soi semble porter k la dissolution , on y gardât une telle recollection et une si grande modestie et retenue.
Il ne sortait jamais de table sans s'être mortifié en quelque chose, soit au boire , soit au manger , ainsi qu'il recommandait aux autres de faire. Et il était si peu attaché k ce qu'il prenait pour sa nourriture, qu'un jour étant retourné fort tard de la ville , et le cuisinier s'étant déjk retiré, on lui présenta par mégarde deux œufs tout crus qu'on trouva dans la cuisine auprès du feu , pensant qu'ils fussent cuits, lesquels il prit, sans faire semblant de s'en aperce-
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voif , bioD loin de s'en plaindre , on de les renvoyer ponr les faire cuire. Et on n'aurait jamais sa cela, si le cuisinier n'eût demandé le lendemain au Frère qui était demeuré pour attendre M. Vincent y s'il avait fait cuire les œufs qu'il avait laissés auprès du feu? A quoi il répondit que non, d'autant qu'il croyait qu'ils fussent d^a cuits. Et parce que dans son extrême vieillesse on le pressait de prendre les matins quelque bouillon, comme l'un de ses prêtres faisait grande instance un jour pour lui en faire prendre un qu'il lui présentait: «Vous me tentez, Monsieur, lui dit-il; n'est-ce point le dé- « mon qui vous porte k me persuader de nourrir ainsi ce misérac ble corps et cette cbétive carcasse? Cela est-il juste? Dieu vous c le pardonne. > Il consentit néanmoins depuis ce temps-lk de prendre le malin, par forme de médecine, un certain bouillon fait exprès , non avec de la viande , mais avec de la chicorée sauvage fort amère, et un peu d'orge mondé, sans graisse, ni beurre, ni huile. Et en un mot, il se traitait si mal pour sa nourriture , qu'il est arrivé plusieurs fois que , pour en avoir pris trop peu , il tombait la nuit en défaillance par le besoin de manger , et qu'on était obligé de lui porter un morceau de pain sec, parce qu'il ne voulait point autre chose, pour subvenir k la simple nécessité.
Pour ce qui est des autres austérités et mortifications extérieures dont il usait , il les a toujours cachées autant qu'il a pu ; mais l'on s'est néanmoins bien aperçu qu'il exerçait de très grandes rigueurs sur son corps : le Frère qui lui rendait service pendant sa maladie a trouvé quelquefois dans sa chambre des cilices , des haires , des bracelets et ceintures de cuivre k pointes , qu'il tenait cachées , et dont il se servait souvent ; et outre cela il prenait tous les jours une rude discipline en se levant : ce qu'un de la compagnie, qui avait sa chambre près de la sienne, dont elle n'était séparée qu'avec des ais de sapin , a témoigné avoir ouï chaque jour l'espace de douze ans ou environ. Mais non content de cette discipline ordinaire et réglée , il en faisait souvent d'extraordinaires pour diverses occasions : comme une fois, entre plusieurs autres, qu'on lui rapporta quelque espèce de désordre arrivé dans une maison de sa Congrégation , il prit pour ce sujet durant huit jours deux fois la discipline chaque nuit ; et ensuite s'étant appliqué aux moyens d'y remédier , il y réussit fort heureusement ; ce que luimême déclara depuis k une personne de confiance , lui alléguant
W^ 402 ^'S c hasardât jamais de toacher ni fille ni femme sous quelque préc texte que ce fût. i II était rigoureux en cette matière, quoique condescendant à toute autre chose.
U écrivit un jour à un Frère de sa Congrégation de s'abstenir de fréquenter une personne de l'antre sexe , quoiqu'k bonne intention , c parce , ditril , qu'en tels entretiens particuliers s'il n'y a pas du c mal il y a toujours siyet d'y en penser , et que d'ailleurs le moyen c de conserver la pureté est d'éviter les occasions qui la peuvent < flétrir, i
Un autre Frère , souffrant des tentations contre la chasteté i cause de la vue des objets qui se présentaient k lui allant et vaiant pour les affaires de la maison , eut en pensée t pour se rédimer de ces peines d'esprit, de sortir de la Congrégation de la Mission, et de se faire religieux solitaire; et en ayant écritàM. Vincent, voici la réponse qu'il lui fit : c D'un côté , j'ai reçu consolation de votre lettre , voyant votre candeur k découvrir ce qui se passe en vous ; mais , d'un autre , elle m'a donné la même pône que saint Bernard reçut autrefois d'un sien religieux qui , sous prétexte d'une plus grande régularité , voulait quitter sa vocation pour passer k un autre ordre ; quoique ce saint abbé lui dit que c'était une tentation , et que l'esprit malin ne demandait pas mieux que ce changement, sachant bien que s'il le pouvait ôter du premier état il lui serait facile de le tirer du second , et après de le précipiter dans le désordre de la vie , comme il arriva. Ce que je vous puis dire, mon cher Frère, est que si vous n'êtes pas continent en la Mission , vous ne le serez point en lieu du monde , et de cela je vous en assure. Prenez garde qu'il n'y ait quelque légèreté dans le dé«r que vous avez de changer ; et en ce cas, le remède, après la prière , qui est nécessaire en tous nos besoins, serait de considérer qu'il n'y a condition sur la terre en laquelle il n'arrive des d^oûts , et parfois des désirs de passer en d'autres : et après cette considération estimez que , Dieu vous ayant appelé en la compagnie où vous êtes, il y a vraisemblablement attaché la grâce de votre salut , laquelle il vous refuserait ailleurs , où il ne vous appelle pas. Le second remède contre les tentations de la chair est de fuir la ccHnmunication et la vue des personnes qui les excitent , et de les communiquer aussitôt k votre directeur, lequel vous donnera d'autres remèdes. Celui que je vous conseille encore
Tenu , et combien elle élah nécessaire k ceni qui étaient oMigée de s'employer an bien spiritael des autres ^ et de traiter souvent avec le prochain, tels cpiesont les missionnaires, aussi leurdon»nait^il divers avis salutaires sur ce sujet : il leur disait entre autres choses que t ce n'est pas asses aux missionnaires d'exceller en 4 cette vertu , mais qu'ils doivent encore faire tout leur possible , 4 et se comporter de telle sorte que personne n'ait ëujet de con- 4 oevoir k leur égard le moindre soupçon du vice contraire : c parce que ce soupçon , quoique très mal fondé , nuisant k leur é réputation , serait plus préjudiciable k leurs saints emplois que é tous les autres crimes qu'on pourrait faussement leur imposer, c Selon cela^ ajoutait^il^ ne nous contentons pas d'oser des 4 moyras ordinaires pour prévenir ce mal , mais employons*! les t extraordinaires si besoin est, comme de s'abstenir parfois de I faire des actions qui d'ailleurs seraient licites, et même bon^ t nés et saintes , telles que sont d'aller visiter les pauvres mala^ t des , lorsque , an jugement de ceux qui nous conduisent , ces f choses pourratrat donner quelque lieu k ces soupçons. >
Un prêtre qui faisait les fmiotions curiales dans une paroisse lui proposa un jour sur cette matière une question qui fait voir d'un cÂté la naïveté de ce bon prêtre, et de l'autre l'exactitude de M. Vincent : il lui demanda s'il était k propos de toucher le pouls d'une fille on d'une femme fort malade , pour voir si elle était proche de la mort, afin de lui donner le dernier sacremoit, ou pour dire les prières de la recommandation de l'âme. A quoi il répondit i qu'il fallait bien se donner de garde d'user de cette pratique , et que le malfai esprit se pouvait bien servir de ce prétexte pour tenter le vivant et la mourante même ; que le diable en ce passage fait flèche de tout bois pour attraper une ftme ; que la vigueur de l'esprit peut rester , quoique celle du oorps soit affaiblie : qu'il se souvint de l'exemple de ce saint qui étant malade ne voulut point que sa femme le touch&t , après l'avoir quittée par un mutuel consentement , criant avec ce qui lui restait de voix qu'il y avait encore du féu sous la cendre; qu'au reste s'il voulait connaître les symptômes d'une prochaine séparation de l'ftme d'avec le corps , qu'il priât quelque chirungten ou autre personne qui se trouverait Ik de lui rendre cet office , y ayant moins de danger ; ou bien qu'il s'ioform&t du médecin ce qu'il en pensait : mais, quoiqu'il arrivât, qu'il ne se
an boire et au manger, U trempait ai fort $on ^ia , qu'aoe persomie de piété et Irèa digne de foi , qui Ta remarqué , a'est étonnée sou^ vent qa'on vieillard comme lai se soit passé d'en boire ai peu « même en T&ge de quatre-vingta ans et pins.
Il tenait tout ses sens dans une grande retenue , particulière^ ment la vue j ne regardant ni légèrement ni curieusement , ni hors de pr^^HW, ni d'un regard fixe les personnes de l'autre sexe ; il ne leur parlait point seul k seule y mais it la vue d'autres personnes , ou la porte ouverte.
Il n'allaît jamais voir les dames de aon assemblée en leurs mai* sons sans nécessité , non pas même mademoiselle Le Gras, supé* rieure des Filles de 1$^ Cbarité qu'il a instituées. Voîcâ ce qu'il loi écrivit un jour sur ce sujet pendant qu'elle demeurait au village 4e la Chapelle, ^ un quart de beue de Paris : < Je dois aller tantôt « k la Chapelle ; s'il est besoin que j'aille obez vous , vous me le < manderez , s'il vous plait ; je sius bien aise de n'; aller point auf tremcnt, selon la résolution que nous en avons prise dès le com^ f mencement. > Et par une autre lettre écrite en un temps oii cette demoiselle était malade : < Sa vous déurea que j'aie le bien c de voqa voir fn votre maladie , mandez«le moi ; je mesms ims posé la loi de ne vous ^r voir san» être mandé pour chose né- 9 cessaire ou fort utile. 9
Il était pourtant obligé de parler quelquefois h cette vertueuse demoiselle et à ses filles en partiqulier , et de conférer de leur conaci^nce , o<mme lorsqu'elles faisaient leurs refaites annuelles, e^ en d'autres occasions , en étant rinstitutew fît le père; mais il l'en Calait prier et prewer plusîenis fois anparavavvt, et il n's allait que le moins et le plus tard fu'it pouvait* Il {aiaait entrer son conpagncm dans la môme chambre oà il entrait, et ne voulait point qu'il en sortit avant lui, le faisant seulement reûrer uq peu h l'écart. Il voulait toiijoftrs des témoins qua«d il parlait h qui que ce fut de ce sexe» afin de se rendre par ce mojfen impassible roccasîon du péché t et de mettre sa verMt bans des atteintea de la médisance en ce point, auquel les esprits faibleaet malins soup« (Quneat facilement , et en qnoi la calomnie tefuit davantage la réputation des phis gens de bien : c'est pour<|iiKH Notre-Seigneur n'a pas permis que , lorsqu'on lui a faussement rep0O(4)é d'anum crimes » on ait osé toucher à sa virginale pureté ^ qui était plus brittante que la lunûàre dn
M, VîAeent «'enteâmil m jour pour mettre la paix daos une famille de Paris , où le mari et la femme étaient en divorce; la fenune, encore jeune et bien faite , étant hors la maison du mari , ejiposée au danger. Comme M, Vincent parlait k elle au parloir de Saint-Laxare , le Frère qui était auprès de lui , pour ne pas entendre ce qu'ils disaient , sortit et tira la porte sur soi ; ce que M. Vincent ayant aper«u, 9I l'appela aussitôt et lui dit de laisser la porte ouverte , ce quil fit. Il en usait toiyours de même lorsqu'il était obligé de pitfler k des personnes de ee sexe.
Il alla un jour en ville pour parler li une dame de médiocre condition , séparée aussi de biens et d'habitation d'avec son mari , pour quelque affaire qui requérait un long discours ; mais l'ayant trouvée encore au lit , il lui parla de cette affaire k la vue de plusieurs pei*^ sonnes si brièvement et en si pev de mots , que ^n compjigiion qui était présent, et qui avait connaissance particulière deraffaira, en fut tout étonné , et m&sm édifié , vqyaqt bien qu'il avait ainsi tranché court k cause qu'elle était au lit , quoiqu'il fût pour lors Igé de plus de soixante-dix ans.
L'affection toute singulière qu'il avait pour cette vertu , l'a porté en tout temps k retirer quantité de filles et de femmes des occasions du vice contraire. Premièrement dans les missions , les séparant et les éloignant des personnes qui les incitaient au mal.
Secondement dans les provinoes déaolées par les guerres , faisant assister d'habits et de nourriture celles que la nécessité mettait en péril des'abandonner, particulièrement en Lorraine; d'où^ipème il fit venir à Paris plusieurs troupai de filles bien faites qui étaient les plus exposées k la eajolerie des gens de guerre ; et , par l'entremise des Dames de la Charité, il les fit mettre en condition , et autant qu'il se pouvait chez des personnes de connaissance et de piété.
Troisièmement, par le moyen de mademoiselle Poulaillon , qui non seulement était du nombre des Dames de la Charité de Paris , mais qui était en outre sous la direction particulière de M. Vincent, et laquelle, par ses avis, sa conduite et son assistance, a retiré un grand nombre d'honnêtes filles du péril de se perdre ; ce qui est connu de tout Paris. Cette vertueuse demoiselle vint voir un jour M. Vincent accompagnée d'une de ces filles âgée de quar torze on quinze ans , qui était fort belle , k qai M. Vincent dît t (pi'elle était beaucoup obligée k Dieu de l'avoir nûse éum non
c maison de piété et entre les mains d'une personne si charitable , t qui prenait soin de son honneur et de son saint ; qn^elle en dec Tait être fort reconnaissante , et beaucoup estimer le bonheur t qu'elle aTait d'être ainsi k couTcrt ; qu'elle usât bien de cette c grâce , et que Notre-Seigneur lui en ferait d'autres , parce qu'il c aime les vierges , et qu'il veut en être toujours accompagné parc tout où il va ; de quoi elle se devait réjouir. >
Quatrièmement, par le moyen de mademoiselle Le Gras, sa fille spirituelle , ayant fait en tout temps recevoir chez elle plusieurs filles et femmes sollicitées au mal , ou-» danger d'y tomber , afin de les en tirer, de leur donner quelques avis , et leur faire faire la retraite spirituelle en attendant qu'on les pût mettre en un lien de sûreté.
Nous avons vu ailleurs ce qu'il a fait en faveur des filles de Sainte- Madeleine. Un bourgeois de Paris a rendu encore ce témoignage que M. Vincent lui avait dit , peu avant sa mort, qu'il eût bien désiré qu'il y eût un hôpital a Paris pour y renfermer les femmes et les filles abandonnées , surtout celles qui s'emploient à débaucher les autres. Ils en parlèrent ensemble diverses fois ; et quoique M. Vincent vit de grandes difficultés en l'exécution de ce dessein , il avait néanmoins donné quelque commencement au projet de cette sainte œuvre avec quelques autres personnes de piété ; et il y a apparence que s'il eût encore vécu quelque temps , son zèle pour la chasteté en serait venu à bout , comme il a fait de tant d'autres œuvres où il amis la main. Depuis sa mort, les mêmes personnes qui contribuaient avec lui k ce bon dessein l'ont tellement avancé , qu'il est sur le point d'être enfin achevé*