‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 47 sur 65 · LA CONDUITE DE M. VINCENT · texte numérisé non relu

LA CONDUITE DE M. VINCENT

Quoique la conduite de M. Vincent paraisse assez dans tout ce qui a été rapporté de sa vie et de ses vertus , et que l'on puisse reconnaître par les choses qui ont été dites combien ce serviteur prudent et fidèle s'est conduit droitement et saintement en toutes ses voies ; néanmoins , comme cela est répandu généralement sur tout cet ouvrage , nous avons pensé que, pour la plus grande édification et satisfaction du lecteur chrétien , il était expédient de recueillir dans un chapitre particulier ce qui a été jugé plus digne de remarque sur ce sujet.

Et premièrement si l'on considère quelle a été la fin que H. Vincent s'est proposée, soit k l'égard des autres, ou de lui-même , elle n'a été autre que la plus grande gloire de Dieu et l'accomplissement de sa très sainte volonté ; c'était Ik l'unique but auquel ce bon serviteur de Dieu a toujours visé en tous ses desseins et en toutes ses entreprises ; c'était Ik où tendaient toutes ses pensées , tous ses désirs et toutes ses intentions ; et enfin c'était Ik qu'il s'efforçait de porter les autres par ses avis, conseils, exhortations , et par toutes les assistances spirituelles et temporelles qu'il leur rendait ; il ne prétendait en tout et partout , sinon que le nom de Dieu fût sanctifié , son royaume augmenté , et sa volonté accomplie en la terre comme au ciel : voiïk où son esprit regardait , et où son cœur aspirait incessamment.

Or, pour parvenir k cette fin , le moyen principal et le plus universel qu'il a employé a été de conformer entièrement sa conduite k celle de Notre-Seigneur Jésus-Cbrist ; ayant très sagement jugé qu'il ne pouvait marcher ni conduire les autres par une voie plus droite ni plus assurée que par celle que celui qui est le verbe et la sagesse de Dieu même lui avait tracée par ses exemples et par ses paroles , lesquelles pour cet effet il avait toujours présentes en son esprit , pour se mouler et former en tout ce qu'il disait et faisait sur cet original de toute vertu et sainteté. Il avait son saint Evangile gravé dans son cœur , et il le portait en sa main comme une belle lumière pour se conduire ; en sorte qu'il pouvait dire avec le prophète : c Votre parole , mon Dieu , est comme un c clair fland)eau pour éclairer mes pas, et pour me faire connaître c le chemin que je dois tenir pour aller k vous, t

Cheminant donc k la faveur de cette divine clarté , il s'est proposé avant toute autre chose de travailler avec le secours de la grâce k son propre salut et k sa propre perfection , par l'imitation des vertus de son divin Maitre. Il avait appris de son Evangile qu'il ne servirait de rien k l'homme de gagner tout le monde s'il venait k perdre son âme , et que la règle la plus juste et la plus assurée de l'amour que nous devions k notre prochain était le véritable amour que nous étions obligés d'avoir pour nous-mêmes.

Après ces premiers soins qui regardaient son salut et sa perfection , il a jugé qu'il ne pouvait mieux faire que de se conformer k son divin Sauveur , en se donnant entièrement pour procurer le salut et la sanctification des âmes qu'il avait rachetées au prix

de son sang et de sa mort t et c'est pouf cela qti'il n'a épargné ni son temps , ni ses peines , ni sa vie qu'il a consumée dans les divers emplois de charité , dont il a été amplement parlé dans toutes les (rois parties de cet ouvrage ; mais il s'y est comporté avec une conduite si parfaite et si sainte , qu'il a bien paru qu'elle venait de Dieu , et que le Saint-Esprit en était l'auteur et le directeur : ce qui se connaîtra encore mieux par la considération des excellentes qualités et propriétés de cette conduite.

Car en premier lieu elle a toujours été accompagnée d'une très grande humilité , qui était comme la première et la plus fidèle conseillère de M. Vincent ; lequel, bien qu'il eût un esprit fort capable et fort éclairé , se défiait néanmoins toujours de ses propres pensées : et pour ce sujet il recourait ï Dieu en toutes sortes d'affaires , pour lui demander lumière et assistance ; après quoi il recherchait encore et recevait bien volontiers le conseil des autres , même de ses inférieurs , et il exhortait souvent les siens de se comporter de la sorte dans les affaires, t

Voici ce qu'il écrivit un jour sur ce sujet au supérieur d'une des maisons de sa Congrégation: c Tant 's'en faut, lui dit-il, qu'il soit mauvais de prendre avis des autres , qu'au contraire il est expédient et même nécessaire de le fiiire , quand la chose dont il s'agit est de considération , ou lorsque nous ne pouvons seuls nous bien déterminer. Pour ce qui est des affaires temporelles , on prend conseil de quelques avocats ou d'autres personnes du dehors qui soient intelligentes ; et pour Celles qui regardent le dedans de la maison , on confère avec les officiers destinés pour cela , et aussi avec quelques autres de la communauté , quand on le juge à propos. Pour moi Je confère souvent même avec nos Frères , et je prends leurs avis sur les choses qui regardent leurs offices : et quand cela se fait avec les précautions requises, l'autorité de Dieu, qui réside dans les supérieurs, n'en reçoit aucun détriment ; mais au contraire lé bon ordre qui s'en ensuit la rend plus digne d'amour et de respect. Je vous prie d'en user ainsi , et de vous souvenir que lorsqu'il s'agit de changemens , ou d'affaires extraordinaires , on les propose au supérieur général. >

Et dans une autre rencontre , exhortant un autre supérieur d'en user de la même façon : • Vivez entre vous, lui dit-il, cor- < dialement et simplement ; en sorte qu'en vous voyant ensemble.

on ne puisse pas juger qui est celui qui porte la qualité de supérieur. Ne résolvez rien qui soit tant soit peu considérable dans les affaires sans prendre leurs ayis , et particulièrement de vo* tre assistant. Pour moi , j'assemble les miens quand il faut résoudre quelque difficulté de conduite , qui regarde les choses spirituelles ou ecclésiastiques. Et quand il s'agit des affaires temporelles j'en confère aussi avec ceux qui en prennent lé soin. Je demande même l'avis des Frères en ce qui touche le ménage , et leurs offices , à cause de la connaissance qu'ils en ont. Cela aide beaucoup le supérieur k se déterminer , et Dieu bénit davantage les résolutions qu'il prwd ensuite. Cest pourquoi je vous prie de vous servir de ce moyen pour bien réussir en votre charge. * Or, après avoir pris conseil et arrêté de la sorte ce qu'il fallait faire , il était ferme et constant dans l'exécution , et n'écobtait plus les pensées contraires qui lui pouvaient venir en l'esprit. Depuis que nous avons recommandé quelque affaire k Dieu^ dit-il un jour k quelques uns des siens sur ce sujet , et que nous avons pris conseil , nous devons nous tenir fermes k ce qui a été résolu ; rejetant comme tentation tout ce qui nous pourrait venir contre, avec cette confiance que Dieu ne l'aura point désagréable et qu'il ne nous en reprendra point , pouvant lui dire pour une légitime excuse : Seigneur , je vous ai recommandé l'affaire , et j'ai pris conseil , qui est tout ce que je pouvais f^re pour connaître votre volonté. L'exemple du pape Clément VIII fait fort bien k ce propos. On lui avait proposé une affaire de grande importance , qui regardait tout un royaume. On avait député vers lui plusieurs courriers , et un an s'était passé sans qu'il y eût voulu entendre , quoi qu'on lui eût pu représenter. Il recommandait cependant la chose à Dieu , et il en conférait avec ceux auxquels il avait plus de confiance , et qu'il estimait les plus capables et les plus éclairés : enfin , après plusieurs consultations , il prit une résolution avantageuse pour l'Église. El néanmoins , ensuite de cela , il eut un songe dans lequel il lui semblait que Notre-Seigneur lui apparaissait avec un visage sévère , lui reprochant ce qu'il avait fait , et le menaçant de l'en punir. A son réveil , étant fort effrayé d'une telle vision , il déclara la chose au cardinal Tolet, lequel, ayant considéré le tout devant Dieu \ lui dit qu'il ne s*en devait mettre en aucune peine,

« que ce n'était qu'une illusion du diable , et qu'il n'avait aucun

< 5ujet de craindre, puisqu'il avait recommandé l'affaire k Dieu ,

< et pris conseil , qui était tout ce qu'il pouvait faire ; et ce bon

< pape s'étant arrêté à cet avis ne ressentit plus aucune peine c sur ce sujet. •

Quoique M. Vincent se servit ainsi des lumières et des avis des autres , il ne se croyait pas pour cela dispensé d'employer de son côté toute l'attention et vigilance possible pour détourner le mal, et procurer le bien de ceux qui étaient sous sa conduite. Il avait toujours l'œil ouvert pour connaître ce qui se passait parmi les siens , et pour ordonner, disposer, et pourvoir à tout ce qui pouvait être requis de ses soins : mais il se comportait en cela avec une très grande prudence et circonspection , qui était une autre propriété de sa conduite en laquelle il a particulièrement excellé. Tous ceux qui l'ont connu ont pu remarquer combien il était sage et considéré en tout ce qu'il disait et faisait , principalement quand il était question de la direction et conduite des autres , ou lorsqu'il était obligé de dire son avis sur quelque affaire : car il était fort retenu et circonspect en ses paroles, ne déterminant point pour l'ordinaire absolument les choses par lui-même , maJs proposant simplement ses pensées , comme les soumettant en quelque façon au jugement de ceux qui lui demandaient conseil. < Il c me semble , disait-il , que l'on pourrait prendre cette affaire de c cette manière; • ou : c Peut-être ferions-nous bien d'agir de cette c sorte; < ou : i Si vous trouviez bon de vous servir de ce moyen, c il y a sujet de croire que Dieu le bénirait ; » et autres semblables termes , dont il se servait ordinairement pour proposer ses sentimens , évitant les paroles trop fortes et les manières de s'exprimer qui pouvaient ressentir l'esprit de suffisance , ou la présomption d'avoir bien rencontré dans ses avis. Il ne disait jamais absolument : c levons conseille de faire telle et telle chose; > et fort rarement : c C'est Ik mon avis , ou mon sentiment ; » maissimplement et humblement : c Voilà ma pensée; » ou bien : c Voilk ce

< qui m'en semble. » Néanmoins lorsqu'il avançait quelque proposition , ou quelque avis , dont la résolution fût expressément contenue dans les maximes du saint Évangile , en ce cas-là il n'hésitait point , mais il s'en tenait absolument à cet oracle de vérité.

Il tenait pour maxime qu'il y avait k craindre qu'un avis donné sur-le-champ ne fût plutôt de son propre esprit particulier que

de l'esprit de Bien ; et il estimait qu'il le fallait toujours consulter avant que de parler ou de répondre. Il est bien vrai qu'il y a certaines occasions où l'on ne peut pas différer de donner son avis sur quelque affaire pressante , et de répondre sur-le-champ à ceux qui le demandent ; et M. Vincent en a quelquefois usé de la sorte , quoique rarement en chose d'importance : mais outre qu'il ne le faisait jamais sans élever son esprit k Dieu , et lui demander intérieurement lumière et assistance , il ne donnait pour l'ordinaire aucune résolution qu'il ne l'appuyât sur quelque passage de l'Écriture sainte , ou sur quelque action du Fils de Dieu rapportante au sujet sur lequel il était consulté. •

Ayant besoin de faire choix d'une personne propre et capable pour exercer le consulat de Tunis en E^barie , il jeta les yeux sur M. Husson, avocat au parlement de Paris, qui demeurait pour lors h Montmirail en Brie , lequel avait pour cet emploi toutes les bonnes qualités qu'on pouvait souhaiter : il lui proposa la pensée qu'il en avait , par une lettre en laquelle il lui exposa amplement le pour et le contre , sans le lui persuader autrement , laissant à sa liberté de se résoudre, c Or , pour connaître ce que Dieu voulait de moi; dit cet avocat, je m'en allai trouver M. Vincent. Ma plus grande peine naissait de l'appréhension que j'avais de quitter Montmirail trop légèrement , ou d'y demeurer trop opiniâtrement. Et pour éviter l'un et l'autre de ces dangers, il fallait être certain de ce que Dieu demandait. J'avais donc recours à M. Vincent pour me déterminer : lui de sa part souhaitait fort que je prisse résolution par un autre conseil que le sien. Mais comme j'insistai k ne prendre résolution que de lui , voici enfin de quelle manière il me parla, le jour de Pâques 4655 : J'ai offert à Notre- Seigneur, me dit-il, en célébrant la sainte Messe, vos peines, vos gémissemens et vos larmes ; et moi-même , après la consécration , je me suis jeté à ses pieds , le priant de m'éclairer : cela fait , j'ai considéré attentivement ce que j'eusse voulu k l'heure de ma mort vous avoir conseillé de faire ; et il m'a semblé que si j'eusse eu ^ mourir au même instant , j'eusse été consolé de vous avoir dit d'aller à Tunis pour les biens que vous y pouvez faire, et eusse eu au contraire un extrême regret de vous en avoir dissuadé. Voilà sincèrement ma pensée. Vous pouvez toutefois ou aller, ou ne pas aller. > f J'avoue, poursuit le même avocat, que ce procédé si désinté-

M ressé me fit voir clftirement qae Dieu me parlait par sa boaf che. Et lai se montra si pea attaché à son sentiment et à Tavis f qa'il m'avait donné, qae la chose fut encore mise en délibéra-

< tion : et il n'assista à la résolution qui m'en fut donnée , qu'à

< cause que je l'en suppliai fort instamment, i

Il ne voulait point destiner par soi*méme les missionnaires qu'il envoyait aux pays éloignés : il ne prenait que ceux qui avaient eu auparavant mouvement de Dieu et disposition intérieure pour ces missions extraordinaires , et qui avaient même demandé plusieurs fois d'y aller ; jugeant prudemment qu'un homme appelé de Dieu fait plus de fruit que beaucoup d'autres qui n'ont pas une pure vocation.

A cette prudence et circonspection dont il usait dans sa conduite , il joignait la force et la fermeté pour maintenir l'exactitude et la régularité. Il disait sur ce sujet que les personnes qui avaient charge des autres devaient tenir ferme dans les observances , et se donner surtout de garde d'être cause du relâchement par le défaut de fermeté ou d'exactitude ; et qu'entre tout ce qui peut faire déchoir les communautés de leur bon état , il n'avait rien vu qui fût plus dangereux que lorsqu'elles étaient gouvernées par des supérieurs ou autres officiers trop mois , et qui désiraient complaire aux autres et se faire aimer. U joutait que , comme les mauvais succès d'une guerre s'attribuent ordinairement au général de l'armée « ainû les défauts d'une compagnie venaient ordûiairement des manquemens du supérieur; et qu'au contraire le bon état des membres dépendait de la bonne conduite du chef : qu'il avait vu une communauté des plus régulières qui fussent dans rfiglise déchoir en moins de quatre ans par la nonchalance ^ Ucheté d*un supérieur. D'où il concluait par ces paroles : « Si donc f tout le bien d'une communauté dépend des supérieurs , certaif nement on doit bien prier Dieu pour eux, comme étant chargés , t et ayant k rendre craipte de tous ceux qui sont sous leur con- « duite, »

Quelques personnes de diffiénentes dispositions « dont les unes étaient moins réglées , et lea autres fort exactes et vertueuses, s'é- Unt trouvées dans une même maison, H écrivit au supérieur, qui se plaignait de tous , la lettre qui suit ; < Je suis affligé avec vous, c et non sans raison , du procédé du prêtre et du Frère dont « m'écrivea : Dieu leur fasse la gr&ee d'ouvrir les yeux pour voir

le danger o& ils sont de suivre ainsi les mouvemeiis de la nature rebelle, qui ne s'accorde jamais avec l'esprit de Jésus-Christ. Oh! qu'il est difficile, dit rÉcriture, que ceux qui tombent, après avoir été éclairés , se relèvent ! Certes ils ont grand sujet de craindre de s'égarer malheureusement s'ils quittent la voie où Dieu les a mis : car comment feront*ils leur devoir dans le monde, s'ils ne le font pas en la condition où ils sont, y étant aidés par tant de grâces de Dieu , et de secours spirituels et temporels , qu'ils n'auront pas hors de leur vocation ? 11 ne faut pas néanmoins s'étonner de voir ainsi des esprits qui chancellent et s'échappent ; il s'en rencontre dans les plus saintes compagnies ; et Dieu le permet pour montrer aux hommes la misère de l'homme , et pour donner sujet de crainte aux plus fermes et plus résolus ; c'est aussi pour exercer les bons , et pour faire pratiquer aux uns et aux autres diverses vertus. Vous me mandez, k l'occasion de ces deux personnes déréglées et mécontentes , que la vertu de Messieurs N. N. est un peu k charge aux antres , et je le crois ; mais c'est à ceux qui ont moins de régu* larité , et de vigilance pour leur propre avancement, et celui de leurs frères. Oui , Monsieur, leur zèle et leur exactitude font de la peine k ceux qui n'en ont pas , parce que leur ferveur condamne leur lâcheté. J'avoue que la vertu a deux vices k ses côtés, le défaut et l'excès; mais l'excès est louable en comparaison du défaut , et doit être plus supporté. Ces deux bons m»sionnaires portant leur vertu k un degré où les autres ne peuvent atteindre, ceux-ci s'imaginent qu'il y a de l'excès, et devant Dieu il n'y en a pas. Us trouvent k* redire k leur manière d'agir, parce qu'ils n'ont pas le courage de les imiter. Dieu nous fasse la grâce de trouver tout bon en Notre-Seigneur de ce qui n'est pas mauvais. »

Il écrivit encore k un de ses prêtres qui était en mission , en ces termes : c Vous aurez soin , Monsieur, de la direction de ceux qui € sont en votre compagnie : et je prie Notre-Seigneur qu'il vous f donne part k son esprit et k sa conduite. Entreprenez donc cette c sainte œuvre dans cet esprit; honorez la prudence, la préc voyance , la douceur et l'exactitude dé Notre-Seigneur. Vous f ferez beaucoup si vous faites observer le règlement comme il c faut , parce que c'est ce qui attire la bénédiction de Dieu sur f tout te r«ste. Commencez donc pv l'exactitude wx hewea du

lever et da coucher, k Toraison , k l'Office divin , aux antres exercices. 0 Monsieur, que l'habitude formée de ces choses est un riche trésor, et que le contraire tire d'inconvéniens après soi ! Pourquoi donc ne mettrez-vous pas peine à tous acquitter de ces devoirs pour Dieu , puisque nous voyons que les personnes du monde observent pour la plupart si exactement l'ordre qu'elles se sont proposées dans leurs affaires? On voit rarement les gens de justice manquer à se lever, k aller au Palais et en revenir aux heures qui leur sont ordinaires ; non plus que les marchands k ouvrir et fermer leurs boutiques : il n'y a que nous autres ecclésiastiques qui sommes si amateurs de nos aises , que nous ne marchons que selon le mouvement de nos inclinations. >

M. Vincent ne recommandait pas seulement l'exacte observance du règlement dans les maisons de sa Congrégation , et dans les missions où les siens travaillaient ; mais il voulait encore qu'ils fussent gardés autant qu'il était possible dans les voyages qu'ils faisaient ; de quoi la plupart de ses prêtres peuvent bien rendre témoignage. Nous rapporterons seulement ici ce que l'un d'eux a déclaré sur ce sujet par écrit en ces termes : c Ayant reçu ordre t de M. Vincent pour aller avec un autre prêtre de la compagnie c en une province éloignée , il nous retint fort long-temps tous

< deux dans sa chambre , la veille de notre départ sur le soir, € nous avertissant de ce que nous avions k faire pendant le voyage, c qui devait être de onze ou douze jours , en compagnie du mes-

< sager de Toulouse, qui menait avec lui bon nombre de personnes c de toute condition. Entre plusieurs autres choses, il nous en rec commanda particulièrement quatre : la première , de ne manc quer jamais k faire l'oraison mentale , même k cheval , si noos c n'avions pas le temps de la faire autrement ; la seconde, de cé-

< lébrer tous les jours la sainte Messe autant que faire se pourrait ; c la troisième , de mortifier les yeux par la campagne , et parti-

< entièrement dans les villes , et la bouche aussi par la sobriété c dans les repas parmi les gens du monde ; la quatrième , de faire c le catéchisme aux serviteurs et servantes des hôtelleries, etsurc tout aux pauvres, t

Quoique sa conduite fût exacte jusqu'aux moindres choses , et qu'il se montrât ferme poiur maintenir cette exactitude , il accompagnait toutefois cette fermeté d'une grande douceur et suavité ;

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imitant en cela la condnite de Dien même , lequel , comme dit le Sage , < atteint fortement à ses fins, et dispose suavement tontes

< choses ponr y parvenir. > C'est de quoi le supérieur d'une msû" s(m de la Congrégation a rendu le témoignage suivant en ces termes:

< M. Vincent était très rigoureux à soi-même , et fort exact , c mais plein de douceur et de charité pour les autres, lesquels il c tâchait de contenter en tout ce qu'il pouvait raisonnablement, t Lui ayant demandé un jour permission d'aller à la ville , il c me la refusa, bien qu'avec peine , et me dit (quoique je ne dusse c point exiger d'excuse de sa part , sa seule volonté me tenant lieu c de loi ) que c'était parce que plusieurs autres étaient sortis , et

< que je pouvais être utile à la maison. Néanmoins comme il crut c m'avoir mortifié , k cause que je lui avais témoigné quelque emc pressement, il m'envoya quérir le lendemain , et me pria d'aller c en ville , où je désirais ; car c'était son ordinaire de se servir c toujours de paroles fort obligeantes , n'employant point le mot c de commandement , ni autres semblables , qui fissent paraître

< son pouvoir et son autorité ; mais usant de prières , et disant : ( Je vous prie , Monsieur , ou mon Frère , de faire ceci ou

< cela, etc. >

Il avait cette coutume de faire venir en sa chambre ceux qu'il envoyait en mission ou en voyage , le soir avant leur départ ; et Ik il leur parlait en véritable père , et à leur retour il les recevait k bras ouverts avec une cordiale affection. Voici ce que l'un d'eux en a dit , et tous les autres pourraient dire le même : c Je ne puis ff assez admirer la charité et bonté de ce grand cœur. Quand c j'allais en voyage, ou que j'en revenais, je me trouvais comme

< tout embaumé de ses embrassemens , et du cordial accueil qu'il c me faisait. Ses paroles, toutes pleines d'une certaine onction spic rituelle , étaient si suaves , et néanmoins si efficaces , qu'il faisait « faire tout ce qu'il voulait sans aucune contrainte. »

Lorsqu'il était obligé de refuser quelque chose , il voulait qu'on s'en aperçût , sans qu'il fût obligé de le déclarer ouvertement , de peur de faire peine. Quelqu'un des siens l'ayant une fois pressé de consentir k quelque chose qu'il lui proposait , et qu'il ne trouvait pas k propos , il lui répondit en ces termes : < Je vous prie € de m'en faire ressouvenir une autre fois. >

Écrivantkun autre qui portait avec peine le départ de quelqu'un n« 34

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qai tn^lMl avec lui : < Je ne doole p» , loi éMU , qoe la sépac falioQ de ce cher eompagDOA et de ce fidèle ami ne Toas soit c sensible : mais 8oa venez-vous, Mon«ear« que Notre*Seigneur f fl6 sépara de sa propre mère, et que ses disciples, que le Sainte c Esprit avait si parfaitement unis , se séparèrent les uns des anc très pour le service de leur divin Maître. •

Un supérieur se plaignant 2i lui des difficultés qu*il trouvait en sa charge, et de la peine qu'il avait k contenter ceux du dedans et du dehors , il lui écrivit en ces termes : « Je compatis aux pônes « que vous souffrez ; mais vous ne devez pas vous étonner des difc ticukés , et encore moins vbus laisser abattre : car on en renff contre partout; c'est assez que deux hommes demeurent c ensemble , pour se donner de lexercice ; et quand bien vousc demeureriez seul , vous seriez k charge k vous-même , et vous c trouveriez en vous de quoi exercer votre patience : tant il est vrai c que notre misérable vie est pleine de croix. Je loue Dieu du bon c usage que vous faites des vôtres , comme je me le persuade. J*ai c trop reconnu de sagesse et de douceur en votre esprit , pour c qu'elle vous manque en ces rencontres fâcheuses. Si vous ne € contentez pas tout le monde, il ne faut pas pour cela vous mettre ff en peine; car Notre-Seigneur lui-même ne Ta pas fait: combien c s'en est*il trouvé , et combien s'en trouvera-t-il encore , qui ont c trouvé k redire k ses paroles et k ses actions ? »

Il avait aussi cette coutume de pressentir les dispositions des siens pour les emplois difficiles , et pour les lieux éloignés où U avait dessein de les envoyer, pour le service de Dieu. < Je vous écris, dit-il k un de ses prêtres, pour savoir l'état de votre santé, et quel mouvement Dieu vous donnera sur la proposition que je m'en vais vous faire. On nous appelle k N. pour un établissement ^ et dans le dessein d'y envoyer quatre ou cinq missionoaires. Nous avons jeté les yeux sur vous pour en prendre la conduite. Cest pourquoi , Monsieur, il ne reste sinon de vous élever k Dieu , pour écouler ce qu'il vous dira sur ce sujet, et je vous [ prie de me mander aussitôt votre disposition , tant du corps que de l'esprit, pour cette sainte entreprise , suppliant Notre-Seigneur qu'il nous fasse k tous la grâce de répondre toujours, et en tous lieux, k son adorable volonté. »

Il agissait k peu près de même envers ceux qui étaient présens , mi» toujours différemment, selon la diwosîttQA «t !« nttVNl d'ut

AdM» ; MpM)rlVy»difiaârêilteg|É'€ii»icirmetti^ Mlôiilê cordiale. Cnvoid tm exemple. YodMii oa jeor envoyer un de «es HtienonaaireB à Rotte , il loi demanda Vil était homi^e' k faire on graad voyage pour la aervicé de Dieu , saiia lai dira eir quel lien. A qaoi i) répond quMl j était disposé. « Mais e'est honr < da royauaiie, t ajouta M. Vinaent. t 11 n'importe, » répliqua t'aii'» tfê. ê Mais il faut pa$ser la mer, » dit-il eBoore. t Ce m'est tout • un, répondit le miasionnaire, d'aller par larre ou par mer. » c Maisr « il y a douae ccma qoarts de lieoe loin , » dit encore M. Viaeenr en sôuriaiit, le pr^aranl ainsi gaiement à faire ce voyage : et il en osait de même ponr l'ordinaifeenvers tous iea aiena, quoique aoua d'autres termes , pour Iea dispoa^ pbis auavement k i^ûre les chose? que Dieu demandait d'euiL pour son aervice.

SECTION I

COimNUATION nu MÊMB SCJST.

La eooduile de M. Vincent étant telle que nous avons vu en ta chapitre , voii^i l'ordre qu'il y tenait. Promièrement , il travaMait k détruire le péché, ^ tous les défants et déréglemans dans Iea per^ sonnas et dans les maisons dépendantes de sa conduite. Pour celsr il obligeait cent qui voulaient être admis en sa Congrégation i'én* trer dans un séminaire interne, établi exprès, comme dans one école de vertu, pour extirper les vices et les mauvaises iochnitionsi parla pratique de l'homilité, delà mortificatiop , de Tobéiasanae, de l'oraison, et des autres exercices de la via spirituelle ; et aprèa y avoir demeuré le temps nécessaire , s'il y eu avait quelques una qui eussent besoin d'étudier en théologie, ou même en phileao* pbie, il les y appliquait : mais craignant que l'acquisition de ces sciences ne vint à ralentir leur première ferveur, ou que le désir ioqnodéré de savoir et la curiosité ne se mêl&t dans leura é|udea Yoici les avis remarquablea qu'il leur donnait :

« Le passage du séminaire aux études , disait^il , eat un pas» c sage très dangereux , auquel [dusieun font naufrage ; et s'il y ff a aucun temps auquel on doive prendre garde à soi , c'est celdi < dea études : car il est très périllouj^ do pMer d'uue exti^nûié à

»h SSIÈ ^

l'autre; comme le yenre qui passe de la chalear da fourneau en un lieu.froid conrt.risqae de se casser : et par ainsi il importe grandement de se maintenir dans sa première ferveur , pour conserver la grâce que l'on a reçue , et pour empêcher la nature de prendre le dessus. Si k chaque fois que nous éclairons notre entendement , nous t&chons aussi d'échauffer notre vdonté , assurons-nous que l'étude nous servira d'un moyen pour aller à Dieu , et tenons pour une . maxime: indubitable qu'à proporUon que nous travaillerons k la perfection de notre intMeur, nous nous rendrons plus capables de produire du fruit envers le prochain. C'est pourquoi, en étudiant pour servir les âmes, il faut avoir soin de remplir la sienne de piété , aussi bien que de science , et pour cet effet lire des livres bons et utiles , et s'abstenir de la lecture de ceux qui ne servent qu'k contenter la curiosité : caria curiosité est la peste de la vie spirituelle , et c'est par la curiosité de nos premiers parens que la mort , la peste , la guerre , la famine et les autres misères sont entrées dans le monde; et par conséquent nous devons nous en donner de garde comme d'une racine de toutes sortes de maux. > Il ne bannissait pas seulement de sa compagnie la curiosité , mais il.en voulait aussi exclure la sensualité, c Malheur, disait-il , k c cdiui qui cherche ses satisfactions! Malheur k celai qui fuit les c croix! car il en trouvera de si pesantes qu'ellesl'accableront. Ce* c loi qui fait peu d'état des mortifications extérieures, disant que c les intérieures sont beaucoup plus parfaites, fait assez conc naître qu'il n'est point mortifié , ni intérieurement ni extérieuc rement. >

, f . J'ai rraiarqué, disait-il en un autre rencontre , en la plupart c de ceux qui font banqueroute k leur vocation , du relâchement c en deux choses : la première est le lever du matin , auquel ils ne c sont point exacts; et la seconde, l'immodestie des cheveux , n les laissant trop croître , et se portant insensiblement k d'autres € sûnblidbles vanités. • A ce propos 0 voulait que tous les ecclésiastiques de sa Congrégation portassent les cheveux fort courts ;

et quand il les voyait k quelqu'un couvrir tant soit peu le collet , il y portait sa main , et les lui tirait un peu en riant , lui faisant ent^dre par ce signe qu'il se souvint de les faire couper : ou bien , U le lui disait en paroles expresses , même en présence des autres , parce que ce défaut est tiaà>le k un chacun.

Gomme il savait que parmi les personnes spirituelles ^ et surtout dans les communautés , il y avait certains vices qui étaient plus.k craindre que les autres , particulièrement Témulation et la médisance , pour en donner plus d'horreur aux siens , il leur disait entre autres choses que c les traits de Tenvie et de la détraction ou- < trepercent premièrement le cœur de Jésus-Christ, avant que ( d'atteindre les personnes à qui Ton en veut. »

n employait encore un autre moyen pour bannir les vices et les déréglemens des maisons , et des personnes qui étaient sous sa conduite ; c'était la correction fraternelle : mais il assaisonnait ce moyen , qui d'ailleurs est un peu amer au goût de la nature , avec tant de douceur et de grâce , qu'il a vérifié en lui la parole du Sage , qui dit que « les blessures de celui qui aime sont meilc leures et plus désirables que les baisers trompeurs de l'ennemi ' . > Pour cet effet il ne faisait pas ordinairement les corrections surle-champ , et jamais par un mouvement de nature ; mais toujours par esprit de charité , après y avoir pensé devant Dieu , et considéré les dispositions de celui qu'il voulait corriger , et les moyens de lui rendre la correction utile et snlutaire. Dans cet esprit , ayant une fois \k faire quelque avertissement à une personne assez fautive et assez difficile i recevoir correction , il fit trois jours de suite son oraison mentale sur ce sujet, pour demander \k Dieu plus de lumière , afin de mieux connaître de quelle façon il devait agir.

Lorsqu'il faisait quelque avertissement , c'était toujours avec une grande bonté , et néanmoins avec fermeté , mêlant ensemble l'huile et le vin , k l'exemple du bon Samaritain , et d'ordinaire il y procédait de la sorte :

En premier lien , il témoignait quelque estime de la personne qu'il voulait avertir , et même la louait de quelque bonne qualité qu'il reconnaissait en elle , et par ce moyen il s'insinuait dans son cœur ; ensuite , il lui faisait voir sa faute dans tonte son étendue , exagérant , autant qu'il était nécessaire , les circonstances de It personne , du lieu , du temps et autres semblables ; puis il y ap* portait le remède : et pour le faire recevoir plus volontiers , il se mettait toujours de la partie , et , selon que l'espèce de la faute le requérait, il disait : c Monsieur , ou mon Frère, nous avons vous et « moi besoin de travailler à acquérir l'humilité, de nous exercer k

' H eliom smit TUlnerâ dilfgettiU quàu friadiiUiila omuU «dieBlU. fron,, 99.

e la patieiMset d6 j^raliqu^rexactitudei » et aânâ des antres vertus q«*Q.Yoalait recommander.

Il pr enail garde , antaot qu'il élail en lui , de rendre son a^err Hflsefiient non seulement utile , mais aussi en (pielque façon agréar JMe k celui qu*il voulait corriger : surtout il usait de toutes )es précautions possibles pour ne découvrir jamais cpii était celui qui lui avait donné avis de sa faute ; et il eût plutAt omis d'avertir le coupable que de lui donner sujet de se défier de quelqu'un : tant il était persuadé que la paix et l'union dans les communautés étaft préférs^le k tout autre bira.

Fusant un jour aux siens pour les éloigner du désir des charges^ il leur At entre autres choses : c Que celui qui conduit les autres est « responsable de leurs manquemens, s'il ne les en avertit quand c il faut ^ et dans l'esprit d'humilité , de douceur , et de charité, c Que la première fois qu'on avertissait quelqu'un , il fallait le f faire avec grande douceur et bonté , et prendre bien son temps ; « la seconde , avec un peu plus de sévérité et plus de gravité , qui c fût néanmoins accompagnée de douceur , se servant de prières i et de remontrances charitables ; et enfin la troisième , avec sèle 4 et fermeté , témoignant même au défaillant ce qu'on sera obligé c de faire pour dernier remède. »

Voulant un jour faire quelque correction k un des siens , il loi demanda auparavant s'il aurait agréable qu'il lui fit un avertissement : k quoi l'autre répondit qu'il y était disposé , et cette manière d'agir lui gagna tellement le cœur , et lui demeura si fort dans l'esprit, qu'il a depuis assuré qu'elle eut grand effet sur lui , et que rarement est-il depuis venu k retomber d^s cette faute , qu'il se se soit souvenu de la précaution de cet avertissement que ce sage supérieur lui avait fait avec tant de bonté.

Un missionnaire étant pour le service de Dieu dans un emploi assex dangereux pour lui , et fort di£Qeile pour les personnes avec lesifiieHes il avait k traiter , M. Yincwt lui prescrivit prudeouneat ce qn'il avait k faire et k ne pas faire. Mais au lieu de s'arrêter k ceh y il passa outre plusieurs fois ; et Dieu permit que« pour avoir fkit ces fautes , il s'en trouva en peine. Sur quoi M. Vincent lui fit une paternelle correction , lui faisant voir par l'expérienee mèoM les inconvénîem qui arrivent d'aller contre les ordres de ses sapé* rieurs ; et puis il finit sa lettre en ces termes : c Je vous supplie ,

Heosieur , agréez la simplicité avec l^imtteîs vous pairie y et

.€ ne yaw eo attrisMz pas , s'il tous plait ; mm faites comme ces « bons pilotes qui , se trouvant agités de la tempête , redonbleut -€ leur courage , et toumeot la pointe de leurs taifôean contre f les flots de la mer tes plus furieux qui semblent s'élever pour 4 les engloutir. •

Le supérieur d'une maison n'exécutant pas un ordre que M. Vinrent lui avait plusieurs fois réitéré , qui était d'envoyer un prêtre M Une autre maison , il se vit obligé de le presser , et tout ensem* bh de lui faire connaitre sa faute ; ce qu'il fit , mais de la plus douce manière qu'il était possible ; car, au lieu de lui écrire qu'en hli résistait il résistait k l'cdiâssance, il lui dit seulement ces mots : ff II me sembla , Monsieur , que j'entrevois dans votre retarda 4 ment l'ombre de la désobéissance. »

11 corrigeait avec me douée force ceux qu'il surprenait en quelque défaut ; et quand ils s'en humiliaient , il les en coogratu» lait , pretiant cette humitiatira pour un bon signe ; et jamais il ne leur reprochait ni remettait devant les yeux une fiiate dont ils s'étaient déjà humiliés.

Un supérieur d'une des maisons de sa Congrégation ^ pensant qu'on avait écrit à son désavantage k M. Vincent , le pria de Ta*vertir de ses manquemens ; mais M. Vincent, voyant qu'il soup« çonnait quelqu'un sans sujet , l'en avertit d'une manière extrême^ ment douce : c Vous pouvez penser , dit-il , que si j'avais qudquo

< correction à vous fsdre , je vous la ferais tout simplement : mais c grâce à Dieu , vous marches de bon pied , et votre conduite ff me paraît bien bonne. A ce propos , je vous dirai que )e ne me i ressouviens pas qu'on m'ait fait aucun rapport de vous conf traire à cela. Et quand on le ferait , je vous connais trop bien

< pour craindre que l'on m'en fasse accroire. Selon cela , vous ff devez vous garder du soupçon, autant que vous pourrez , et aller ff droit à Dieu, i

Voici comme il avertit un supérieur qui s'était plaint à lui du d^ portement d'un inférieur qui lui parlait avec peu de respect , et l'avait choqué en quelque rencontre. La lettre est toute de sa matn ,et des plus remarquablea , cOHtenaut de bons avis pour la conduite:

ff Je participe h la peine que vous a donné siqet d'avoir eelut c duquel vous m'écrivez. Je veux croire qu'il a fait cela bonne-» c ment : mris j'estime, quand il aura fait réfleiion aur toutes le?

< circoÉstances qui se pMsèfeni en cette rencontre , qu'il verra

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bien qa'il n'y fuit pas retourner soaveni ; et qne vous aussi , Monsieur , reconnaîtrez que c'est un petit exercice que Notre- Seigneur vous a envoyé , pour tous façonner à la bonne conduite des personnes qui vous sont conunises. Cela vous fera comme entrevoir combien grande a été la bonté de Notre-Seigneur k supporter ses apôtres et ses disciples , lorsqu'il était sur la terre , et combien il a eu à souffrir des bons et des mauvais. Cela même vous fera voir que les supériorités ont leurs épines , comme les autres conditions , et que les supérieurs qui veulent bien faire leur devoir de parole et d'exemple ont beaucoup à souffrir de leurs inférieurs , non seulémait des di»coles , mais encore des meilleurs. Suivant cela , M<Misieur , donnons-nous k Dieu pour le servir en cette qualité , sans prétention d'aucune satisfaction du côté des hommes. Notre-Seigneur nous en donnera assez , si nous travaillons comme il faut à nous rendre plus exacts k l'observance des règles et k l'acquisition des vertus propres aux vrais missionnaires, surtout k celles de l'humilité et de la mortification. Et il me semble, Monsieur, que vous ferez bien de dire k ce bon prêtre , lorsqu'il vous fera sa communication , ou en quelque autre rencontre , que vous le priez qu'il vous avertisse de vos manquemens ; puisque dans l'emploi où vous êtes , il ne se peut que vous ne fassiez bien des fautes , non seulement en quaUté de supérieur , mais aussi en celle de missionnaire et de chrétien ; qu'il ne se rebute pas , encore que la nature d'abord semble pâlir ou rougir, ou qu'il vous échappe quelque parole d'impatience ; c'est ce qui arrive pour l'ordinaire dans le premier mouvement aux plus grands saints ; l'animalité toujours vivante en l'honmie prévenant ainsi la raison, laquelle, aidée de la grâce, tire des avantages indicibles des avertissemens qu'on nous fait. Il me semble , Monsieur , que vous ferez bien aussi de déclarer de temps en temps k votre famille que non seulement vous trouvez bon d'être averti par celui de votre maison qui est destiné pour vous faire cette charité , mais que vous auriez peine s'il ne vous avertissait pas , ^ s'il s'abstenait d'écrire au supérieur général , selon l'usage de toutes les compagnies bien réglées : et vous les assurerez que que vous ne verrez point les lettres qu'ils m'écriront , ni cdies que je leur écrirai. 0 Monteur , que la misère humaine est grande , et la patience nécessaire aux si^^érieurs ! Je finis en

©■* ôôi ^■xS

< me recommandant à vos prières , qne je tous prie d'ofRrir k c Dieu , afin qu'il me pardonne les fautes incomparables que je « commets tous les jours dans la qualité qne j'ai, qui en suis le plus c indigne de tous les hommes , et pire que Judas envers Notre-

< Seigneur. »

Un autre supérieur , peu satisfait de quelques uns de ceux qu'il avait en charge , ayant écrit à M. Vincent qu'U aimerait mieux conduire des bètes que des hommes , ce saint homme lui fit une réponse aussi judicieuse que cette expression était indiscrète : c Ce que vous me mandez , lui dit-il , souffre explication : car ce que vous dites est vrai en ceux qui veulent que tout ploie sous eux ; qne rien ne leur résiste; que tout aille selon leur sens; qu'on leur obéisse sans répUque ni retardement, et, par manière de dire , qu'on les adore : mais cela n'est pas en ceux qui aiment la contradiction et le mépris ; qui se regardent serviteurs des autres ; qui conduisent en la vue de la conduite de Notre-Seigneur , lequel supportait de sa compagnie la rusticité , l'émulation, le peu de foi, etc., et qui disait qu'il était venu pour servir, et non pour être servi. Je sais. Monsieur, que , grâce à Dieu , ce même Seigneur vous fait agir avec humilité , support , douceur et patience, et que vous n'avez usé de ce terme que pour mieux exprimer votre peine, et me persuader votre décharge. Aussi tâcherons-nous d'envoyer quelqu'un k votre place. > Ce supérieur, qui était un bon serviteur de Dieu , trouva cette épouse de son père si k propos , qu'il lui repartit : c J'ai admiré et admire votre réponse aussi belle qu'énergique; je la chéris, je la respecte, je me l'applique, etc. » M. Vincent l'ayant envoyé relever de charge , lui écrivit ces mots : t Nous envoyons un tel en votre place , après les instances que vous nous en avez faites : j'espère que la famille verra en vos exemples la soumission et la confiance que chacun doit k son supérieur. > II lui numdait cela , parce qu'il devait encore demeurer en la même maison. Et il est k remarquer que , retirant de charge les supérieurs , il les laissait assez souvent inférieurs dans la même famille, pour les exercer k une plus parfaite humilité et obéissance.

Un prêtre de la Mission , régent dans un séminaire , qui était fort pieux et zélé , qui avait naturellement un esprit un peu aigre > et pour cela ne traitait pas les séminaristes avec toute la douceur

coiitttiia)lé , donna sujet à M. Vincent dé loi écrire ta lettré suivante : c Je croiSy lai dit*il, ce qne vous me mandez, plas que les choses mêmes que je vois ; et j'ai trop de preuves de votre affection à procurer le bien du séminaire pour la révoquer en doute. Cela fait que je suspens mon jugement sur les plaintes qu'on m'a faites de votre conduite trop sèche , jusqu'à ce que vous m'ayez vous-même mandé ce qui en est. dépendant, je vous prie de faire réfleiion sur votre façon d'agk , et de vom donner à Dieu pour corriger avee sa grâce ee qie vous y trou- Y&tez de mal gracieux : car outre que sa divine Majesté en est offensée , quoique vous ayez une bmme intention , il en arrive encore d'autres inconvéniens. Le premier est que ees messieurs qui sortent mal conlens du séminaire peuvent se dégoàter de la vertu , tomber dans le vice , et se perdre pour être sortis trop tAt de cette sainte école , faute d'y avoir été traités doucement. Le second est qu'ils décrient le séminaire , et empêchent que d'autres n'y entrent , qui sans cela y viendraient, et y recevraient les instructions et les grâces convenables ^ leur vocation. Et en troisième lieu, le mauvais prédicament d'une maison particulière tombe sur la petite compagnie , laquelle perdant une partie de sa bonne odeur , reçoit un notable préjudice au progrès de seg fonctions, et voit diminuer le biai qu'il a plu k Dieu fiire par elle.

t Si vous dites que vous n'avez point remarqué ces défauts en vous , c'est un signe que vous avez bien peu d'humilité : car si vous en aviez autant que Ndtre-Seigneur en demande d'uir prêtre de la Mission , vous vous réputeriei le plus imparfait de « tous, et vous vous estimeriez coupable de ces choses , et attribueriez ï quelque secret aveuglement de ne pas voir ce que tes autres voient , surtout depuis que vous atei été averti. Et h propos d'avertissement , on ma encore mandé que vous ahrea peine à souffrir qu on vous en fasse. Si cela est, d Monsienr ! que votre état est ï craindre, et qu'il est éteigne deeelai des saints, qui se sont avilis devant le monde , et recuis quand on leur a montré les petites Uches qui étaient eti eux! C'est mal imiter le le Saiot des Saints , Jésus-Christ, qui a permis qu'on lui ait r»* proche publiquement le mal qui) n'avail pas flil , et qui it^ |As dit un mot pour ae mettre à couvert de cttte i^OAfu^faM^ Appte** Bons de tni, Monsieur, k être doux et humblee^de costr. €e sent

• l88 TMm que vous et wèqUM devoM demandsr îpwwmmmt^ t aui quilles nowdefiNis î^ifemèsdioù partieiitîère, pcMirnenoiis t pas laisser emporter aux piMions eoatraires, qai détriii«eirt «d'âne tamYéàiiet spnritiièl que r^utre bâtit. Plaise k ee Hiéme i Seigneiir de nom éclàBrer 4e BO0 esprit ^ pour voir ies ténèbres â> Al n6lite , et pour le soQtmttna i eeex qu'iU proposés pour nous t conduire, et de oonsaiiitoeir de sa douceur infinie^ a£n qu'elle

• se répande sur nos paroles et sur nos actions ^ pour être agréa* « :blesetutH6sa«|ArOêhain. >

, Parlsmt nn jour k sa coitununauié sur le mène sujet , et bii don^ nani im avetâsseuenl de très grande Importance , avec son bumi*' Hté ordinaire : « Je déclare, dit-il, que couat qui r^narquent des ■M défauts qui vont à la ruine et au dérèglement de la compagnie ^ c et qui n'en avertissent pas, sont coupables de la ruineetdu dérér t g^ement de la même compagnie* Sinvant cela, je drâ trouver t bon d'être moinnème averti ; en sorte que si je ne me corrigeais « pas de quelque défaut scandaleux qui apportât désordre et des^ « tmction k la Cïongrégati<Mi , ou bien si j'enseignais ou soute^ i nais quelque chose contraire a la doctrine de l'Église , la Con<f grégation assemblée devrait me déposer , et puis chasser. >

Une autre fois répondant à nn supérieur d'une de ses maisons mâchant les avertissemens qu'il pensait être obligé de faire devant la communauté : t En deux ou trois cas , lui dit-il , l'on doit avertît la communauté de la faute d'un seul : premièrement « quand le mal est si invétéré en celui qui en est coupable ^ que Ton juge qu'un avertissement particulier lui serait inutile : et c'est pour cette raison que Notre^Seigneur avertit Judas en la fi^ésence des antres apditest en lermes couverts, disant qu'un de ceux qui mettaiœt la main au plat avec hû le devait trahir. Secondement, quand ce sMtdes esprits faibles qui no peuvent porter «ne correction 4 pour douce qu'elle soit , bien qu'au reste ils soient bons : car avec cette bonté qu'ils ont , une recommandation en général, sans les nommer, leur suffit pour les re^ dresser. Et en troisième lieu , lorsqu'il y a danger que d'autres se laissent aller k la mtoe faute , si on la reprend. Hors de ces cas j'estime que l'avertissement se doit faire k la personne seule.

t Quant aux fautes qui se commettent k l'égard du supérieur » f il est Uen vrai qu'il en doit avertir l'inférieur ; mais en ^bs^r^

« vant deux ou trois choses : premièrement , qne ce ne soit jamais « sur-le-champ sans quelcpie nécessité particulière ; secondement ,

< que ce soit doucement etkpropos; troisièmement, que césoitpar f forme de raisonnement , lui représentant les inconvéniens de sa f faute , et cela d'une telle manière qu'il puisse connaître que « le supérieur ne lui fait pas cet avertissement par humeur ni

< parce que la chose le regarde , mais pour son bien et pour ce- « lui de la communauté. »

M. Vincent ne se contentait pas de remédier au vice et aux défauts des maisons et des personnes qui étaient sous sa conduite , mais il faisait tous ses efforts pour y établir la perfection et la plus exacte régularité. Pour cela, le premier et le plus efficace moyen qu'il y employait était le bon exemple qu'il y donnait luimême , se rendant imitateur dé son divin Maître , lequel , comme dit le saint Évangile , commença premièrement k faire , et puis se mit k enseigner. Et en effet, ce sage et zélé supérieur était si exact aux exercices de sa communauté , et particulièrement k l'oraison du matin , qu'il se levait comme les autres k quatre heures, quoiqu'il eût fort peu reposé la nuit , pour avoir été incommodé de la fièvre , ou pour quelqu'autre empêchement ; et de plus , les jours auxquels il devait être saigné , ou prendre médecine , et le lendemain même de ces jours-la , même en sa vieillesse , il ne se donnait aucun relâche , et ne laissait pas de se trouver k l'oraison avec les autres. On ne saurait croire combien les exemples de ferveur et d'exactitude de ce charitable père avaient de force sur ses enfans pour les porter k faire le même k son imitation , et l'on peut dire que son exemple a été. l'une des causes les plus efficaces de ce bel ordre qu'on a toujours vu et admiré dans la maison de Saint-Lazare depuis que les prêtres de la Mission y ont été établis, et qui a donné tant d'édification aux personnes du dehors. Il voulait aussi que les supérieurs fussent toujours les plus exacts )i observer le règlement , et qu'ils se trouvassent des premiers aux exercices de la communauté , autant que leur santé et leurs occupations le pourraient permettre. Il disait sur ce sujet, parlant des prêtres de sa Congrégation , c qne ceux qui n'étaient point t dans cette exactitude , particulièrement k se lever le matin , et c k faire leur oraison au lieu et au temps que les autres la font , < quoiqu'ils eussent d'ailleurs beaucoup de talens et de capacité « pour la conduite , n'étaient pourtant point propres pour être su-

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€ périeurs des maisons, ni directeurs des séminaires. > Et il ajoutait « que quand il s'agit d'établir des supérieurs , on doit bien < prendre garde si ceux qu'on choisit pour ces offices sont réguc liers et exemplaires , parce qu'autrement il leur manquerait une c des principales qualités requises en ceux qui sont chargés de la c conduite des autres. >

Voici ce qu'il écrivit un jour sur ce même sujet au supérieur d'un séminaire , pour lui faire jconnaitre de quelle façon il se de-* ait comporter envers les ecclésiastiques qui étaient sous sa charge : Je loue Dieu , lui dit-il , du nombre des ecclésiastiques que M. l'évêquedeN. vous envoie : vous n'en manquerez pas si vous prenez la peine de les élever dans le véritable esprit de leur condition y qui consiste particulièrement en la vie intérieure , et en la pratique de l'oraison et des vertus ; car ce n'est pas assez de leur montrer le chant , les cérémonies , et un peu de morale ; le principal est de les former ^ la solide piété et dévotion. Et pour cela , Monsieur , nous en devons être les premiers remplis , car il serait presque inutile de leur en donner l'instruction , et non pas l'exemple. Nous devons être des bassins remplis, pour faire écouler nos eaux sans nous épuiser ; et nous devons posséder cet esprit dont nous voulons qu'ils soient animés : car nul ne peut donner ce qu'il n'a pas. Demandons-le donc bien à Notre- Seigneur, et donnons-nous à lui, pour nous étudier à conformer notre conduite et nos actions aux siennes : alors votre séminaire répandra une suavité dedans et dehors le diocèse , qui le fera multiplier en nombre et en bénédictions ; et au contraire , ce serait un grand empêchement à ce bien-lk de vouloir agir en mai-' très envers ceux qui sont sous notre charge; ou de les négliger, ou mal édifier: ce qui arriverait, si nous voulions trop nous polir et nous ajuster , nous bien traiter , nous faire considérer et honorer , nous divertir , nous épargner , et tious communiquer par trop au dehors. Il faut être ferme , et non pas rude dans la conduite , et éviter une douceur fade qui ne sert à rien. Nous apprendrons de Notre-Seigneur comme la nôtre doit être toujours accompagnée d'humilité et de grâce, pour lui attirer les cœurs, et n'en dégoûter aucun. >

Écrivant h un autre supérieur , il lui dit : «Ma grande espé-^ rance est que vous contribuerez beaucoup, avec la grâce de Dieu , à sauver ces peuples j et que vos exemples serviront ï vos con^

9k (H»^ fières pour s'affecUoimer k ceUe hwom oNivre , ev i^oiur g'; gppU^ef aux Ueui , aux temps et en ta lottûèr^-^iH leM( sert prescrite par tous , qui consulterez Dieu conune un autre Mon se , et qui recevrez la loi de lui pour la doon^ ii ceux que vou^ conduirez. Souvenez-vou^ que lia ç^^dui^ <|e ce saint paJriar^ che était douce , patiente , supportante , buuible et charitable ; et qu'en celle de Noue-Seigœujr c€# vejrtu? w\ pi^naen teur perfection , afiq que nous nous y conforn|ion«, • Le supérieur d'une de ses maisons lui aysipt écrit pour lui demander que sa charge fût remise k un autre , il lui fit cette réponse : « Pour la décharge , lui dit-il j que vous demandez , je vous prie de n'y pas penser , mais d'espérer que sous les cendres de cette humilité qui vous fait désirer de vous soumettre à un autre , est caché l'esprit de Notre-Seigneur , qui sera lui-même la direction de votre conduite , votre force en votre faiblesse^ votre science en vos doutes , et votre vertu en vos besoins. De votre côté , Monsieur , donnez-vous k lui pour n'être ï p^e k personne , pour traiter un chacun avec douceur et respect , pour user toujours de prières et de paroles amiables, et jamais de mots rudes ou impérieux : rien n'éuntsi capable de gagner \es coeurs que cette manière d'agir humble et suave , ni par conséquent de vous faire parvenir k vos lins , qui sont que Dieu soit servi , et les âmes sanctifiées, i

Écrivant k un autre sur le même sujet : < Tant s'en faut , lai dit-il , que les raisons que vous apportez pour vou^ exempter de la supériorité nous fassent jeter les yeux sur un autre , qu'elles nous confirment plutôt dans la résolutiop de vous la donner. La vue que vous avez de vos défauts et de votre incapacité se doit employer pour vous humilier ^ et non pour vous décourager. Notre-Seigneur a assez de vertu et de suffisance pour lui etpoor vous : laissez-le donc agir , et ne doutez point que si voua demeurez dans les humbles sentimens dans lesquels vous êtes , et dans une humble confiance en lui , sa conduite ne sanctifie la vôtre. J'espère bien de sa bonté , et du bon usage que vous fai: tes de ses grâces , qu'il en sera ainsi ; et dans cette espérance je vous envoie la lettre qui vous constitue supérieur de votre communauté : vous lui en pourrez faire lectiure, afin qu'elle vous regarde désormais en Notre-Seigneur , et Notre-Seigneur en voua % W^ V^ l^ ^'^^ V^^* * .

Avant que de finir de chapitre , nous inséreroiis encore ioi l'ex»trait dune lettre de M. Yincent ii une Fille delà Charité, qui cop-tient quelques a^vis dignes de remarque touchant sa conduite , pour l'entrée de celles qui étaient reçues en la compagnie de ces bonnes Filles , ou qui en sortaient.

c La réponse , lui dil-il , que vous ferez k cette bonne Fille , laquelle pour entrer en votre compagnie veut être assurée pour sa vie, est de lui dire que cela ne se peut ; qu'on n'a pas encore donné cette assurance à aucune , et qu'on ne la donnera à personne , de crainte que quelques unes , se relâchant aux exercices , ne deviennent scandaleuses , et se rendent indignes de la grâce de leur vocation : car si ce malheur arrivait à quelque esprit mal fait , ne serait-il pas raisonnable de retrancher ee membre gangrené^ afin qu'il ne gâtât pas les autres? Vous savez néanmoins , ma Sœur , que Ton ne met personne dehors , que rarement , et seulement pour des choses notables , et jamais pour des manquemens communs, ni même extraordinaires, s'ils DjB sont fréquens et considérables; encore le fait-on le plus tard qu'on peut , et après avoir long-temps supporté les ehates d'une telle personne , et employé vainement les remèdes propres k sa correction. On use surtout de cette patience et charité envers celles qui ne sont pas tout-h-fait nouvelles , et encore plos envers les anciennes : de sorte que s'il en sort quelques unes, c'est que ce sont elles-mêmes qui s'en vont, ou par légèreté d'esprit, ou parce qu'ayant été lâches et tièdes au service de Dieu , Dien même les vomit et les rejette avant que les Bupérieures pensent aies renvoyer. De dire que celles qui sont fidèles k Dieu , et soumises li la sainte obéissance , sortent de la compagnie , c'est ce qui n'arrive pas , grâce k Dieu , ni â l'égard de celles qui se portent bien , ni envers celles qui sontinflrmes. On fait ee qu'on peut pour les conserver toutes , et on prend tous les soins possibles des unes et des autres , jusquesà la mort. Si donc cette bonne Pille se veut résoudre d'entrer chez vous , et d'y mourir , elle y sera trailée de même avec grande charité. Mais ditcfi-lni , s*il vous platt , que ce sera h elle d'assurer sa vocation par bonnes œuvres , selon le conseil de l'apôtre saint Pierre ; et pour cela, qu'elle se doit appuyer en Dien seul, et espérer de lui la grâce de la persévérance. Que si elle en veut

4U0 Manrée de la part des homniee , il y a apparence qu'elle

et* 544 -«e

ff cherche autre chose que Dieu; il la faut laisser Ik, et ne s*en c plus mettre en peine. »

SECTION II

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