‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 54 sur 65 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

»Ba EMPLOIS qu'il A BUS I^AlfS LA COmBÉiOànOn AYANT d'bN ATRE iLU SCPÛUBDll-OtoÉAAL.

Le progrès que M. Aimeras fit dans la perfection durant les deux ans de son séminaire fut si considérable que H. Vincent vit avec juste raison qu'il ne fallait pas plus long-temps le tenir caché dans la retraite et le silence y mais le mettre en état d'employer utilement au salut des jUnes les grâces et les talens dont Dieu l'avait enrichi. Dans ce dessein, il lui fit recevoir les ordres sacrés, aux* quels il apporta toutes les dispositions qu'on pouvait attendre de sa piété, et il en reçut aussi l'esprit avec plénitude, comme il a paru clairement dans la suite de sa vie par les bénédictions particulières que Dieu a donnée» aux divers emplois où il a été appliqué.

11 commença en même temps k le disposer aux principales fonctions de la Congrégation , auxquelles il travailla depuis sous la conduite des plus anciens de la Congrégation. En ayant bientôt acquis une parfaite connaissance ^ il se rendit en peu d'année» capable de conduire et de diriger les autres ; c'est pourquoi , dès l'année 1641 , M. Vincent l'établit directeur du séminaire interne, où , par l'exemple de ses vertus , par ses ferventes et fréquentes exhortations, et par sa vigilance et son exactitude, il ^leva k la perfection chrétienne et k l'esprit de la Mission grand nombre de bons sujets , fiû ont toiqours depuis

conservé pour loi une affection toute particulière. Aussi se comportait-il de telle sorte envers tous , que chacun croyait être singulièrement chéri de lui , ce qui est un merveilleux secret pour gagner le cœur des inférieurs et les porter ensuite à faire tout ce qu'on leur propose : il faisait tous les jours de dimanche et de fête des exhortations publiques dans le séminaire , où , non seulement les séminaristes , mais encore les autres personnes de la maison qui pouvaient y assister ne manquaient pas de se rendre; et ayant pris pour texte pendant dix-huit mois ou deux années ces paroles de Notre-Seigneur : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait , il traita des vertus chrétiennes et propres aux missionnaires avec tant de gr&ce et d'énergie que ses discours étaient reçus de ses auditeurs, ainsi qu'un d'eux l'a rapporté, comme une céleste et manne comme un festin délicieux.

Une des choses qu'il inculquait fort souvent aux séminaristes , et en particulier et en public , c'était de ne pas s'arrêter à l'apparence extérieure de la vertu , mais de passer k l'intérieur et de s'appliquer k une vertu solide , fondée sur une entière abnégation de soi-même, qu'il disait être fort rare, même parmi ceux qui aspirent à la perfection ; il usait de diverses industries pour les conyaincre de cette vérité, et n'omettait point d'occasions pour la leur faire pratiquer. Un jour entre autres il leur ordonna de s'appliquer dans l'oraison «à penser devant Dieu quelle était la vertu la plus nécessaire à un séminariste , afin de s'y affectionner et de s'y résoudre efficacement ; et le lendemain , faisant conférence avec eux sur ce sujet, il demanda k tous l'un après l'autre, jusqu'aux frères, leur sentiment lk«dessus, et écrivit en même temps sur un papier les vertus que chacun lui montra ; et ayant après remarqué quelle vertu avait eu plus de voix ,

il tromra que c'était la mortification : d'où il prit sujet de les eihorter k la pratique de cette yerta fondamentale dn christianisme , et il se conraincre par le sentiment de la phipart d'entre enx et par d'antres pnissans motift k s'y adonner avec fenrenr et persévérance.

Il employait ainsi divers moyens ponr les instrmre et exciter k se mortifier en tontes choses ; c'est ce qu'S a fort recommandé anx directeurs qui ont été après lui appHqués k cet empM , leur enseignant les moyens de faire avancer les séminaristes par l'exercice de la mortification dans la vertu solide et dans le véritable esprit du christianisme, dont il avait une très haute idée et une très ardente affection.

Quoique ce seul emploi de la direction du séminaire fût suffisant pour occuper entièrement un directeur, surtout en ce temps-lk , où il lui fallait dresser les statuts et réglemens de tous les offices du séminaire dans le bon ordre que Ton y voit encore maintenant, outre les exhortations plus fréquentes , son assiduité k l'office dans le chœur et d'autres exercices qu'il ajoutait aux fonctions ordinaires du directeur, néanmoins tout cela n'étant comme rien k l'ardeur de son zèle , il était toujours prêt k embrasser tous les travaux que l'obéissance lui proposait souvent par-dessus cette pesante charge; car M. Vincent connaissant l'étendue et la capacité de son esprit , et les grands dons que Dieu avait mis en lui pour tous les emplois de la Congrégation, lui confiait d'ordinaire les plus importans et les plus difficiles : il le fit donc encore assistant de la maison de Saint- Lazare , dont l'emploi seul , comme l'on sait , occupe un homme tout entier; il l'appelait aussi k son conseil ponr toutes les choses qui se présentaient k résoudre et l'en- Toyait souvent traiter avec les persognes du ddiois ées

principales affaires qui requéraient un homme éclairé comme lui ; sur quoi M. Vincent disait quelquefois qu'il était assuré que M. Aimeras ne passerait rien de tout ce qu'il lui commettrait , tant il était assuré de sa prudente conduite en toutes choses.

Il s'appliquait encore en ce temps-lk à diriger les missions les plus considérables , et il s'en acquittait toujours avec une grâce singulière ; car d'un côté il maintenait les ouvriers qui travaillaient sous sa conduite dans une observance exacte du règlement , mais beaucoup plus par son exemple que par ses paroles ; et, pour ce qui regarde le peuple , il savait fort bien , k l'imitation de saint Paul , se faire tout à tous pour les gagner tous à Dieu ; il prêchait, selon l'esprit de la Mission, d'une manière simple , claire et intelligible à un chacun , mais solide et rigoureuse, et propre à persuader tout ce qu'il voulait k ses auditeurs ; il n'avait pas une moindre grâce à toucher les cœurs et â les porter â une parfaite contrition dans le tribunal de la pénitence , k réconcilier les ennemis , â accorder ceux qui étaient en procès et k remplir jtous les exercices qu'on pratique en mission, parce que toutes ses paroles et toutes ses actions étaient non seulement animées d'un grand zèle , mais aussi accompagnées d'une rare prudence et d'une douceur et patience inaltérables ; nous en rapporterons ci-après quelques actes particuliers en parlant de ces mêmes vertus. Il fut encore souvent appliqué dans ce même temps k la direction de personnes delà plus haute qualité, tant ecclésiastiques que laïques, qui venaient faire la retraite spirituelle a Saint-Lazare , comme aussi k la conduite des ordinans durant leurs exercices. Il possédait si bien l'ordre de ces exercices et tout ce qui est requis pour les faire réussir k la gloire de Dieu, qu'il en a dressé la plupart des réglemens ; de Ik vient

qu'il s'apercevait de9 mpiAdcea manqueneiM qm kg officiers subalternes y conuneitaieut, dont il ne manqiuait pa3 de les avertir aussitôt » ce qui obligeait ou chacun k être fort soigneux de s'acquitter de son office; et ce qui est plus digne d'admiration toucbani son exactitude en ce point, c'est qu'il l'a pratiquée jusqu'à la lin de sa vie > même au plus fort de ses occupations et de ses souffrances.

Ayant ainsi continué quelques aonées lu es^ercer l'office de directeur du séminaire avec le soin de toute la maison en qualité d'assistant , et tous les autres emplois que noiw venons de rapporter , il succomba enGn par un épmse« meut de forces, sous le poids de tant de travaux aussi bien que des pénitences extraordinaires qu'il faisaii en même temps; c'est ce qui obligea M. Vincent, Tan 1646, de lui donner pour successeur dans la direction du séminaire M. Utmbert , un des plus anciena prêtres de la com* pagnie , et un des plus vertueux de son temps , a&n de compenser la privation d'un si excellent directeur par 1^ choix du plus digne successeur qu'il lui pouvait donner* Qr depuis ce temps-là M. AUnéras ne put jamais se rétablir dans une parfaite santé , et il fut toujours jusqu'aux derniers momens de sa vie dans de continuelles souffrance$, comme il l'a déclaré à quelques personnes de coa* fiance ; mais ce qui nous doit faire admirer ici la conduite de Dieu sur son fidèle serviteur, c'estque l'ayant voulusancr tifiei: par cette longue croix des infirmités corporelles, dont la durée a été de plus de vingt^septans, il a suppléé de telle sorte aux défauts des forces du corps par ceUefi de l'esprit , qui étaient animées de la grâce , qu'il n'a paa laissé toute sa vie de travailler à procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes dans les plus grands et lee pluft import ans emplois de la Congrégation. En efiet, à peine

fuUil Uni soit pea soulagé de soa épuiseinent, qae M. Vincent l'employa k faire la visite de quelques maisons des provinces éloignées, et il s'acquitta de cette commis* sion avec un très grand fruit et une singulière satisfaction de tous : ce qu'il a fait encore depuis en diverses provinces avec la même bénédiction ; et M. Vincent était tellement persuadé de la grâce qu'il avait pour réussir dans cet emploi , qu'il a dit quelquefois que pour rétablir une maison déchue de l'observance exacte des règles, il ne fallait qu'envoyer M. Âboaéras, et qu'il la remettrait bientôt en son premier état.

Après les premières visites qu'il termina h Gènes, M. Vittcait l'envoya delkkRome, et l'y établit quelque temps après supérieur de la maison , où sa présence apporta beaucoup de bénédictions tant spirituelles que temporelles : c'était un nouvel établissement qui avait commencé depuis peu d'années, oii Ton n'avait encore qu'une maison de louage ; ce qui était un grand obstacle au progrès de la Congrégation et de ses fonctions dans ce payslà , et une occasion de beaucoup d'embarras par les changemens de demeure auxquels on était sujet par la volonté des propriétaires. M. Âlméras ayant vu le grand besoin qu'on avait d'une maison stable et assurée, le représenta h M. Vincent par lettres, pour le porter k chercher led moyens d'y pourvoir au plus tôt ; mais quoique ce sage supérieur louât le zèle qu'il lui témoignait en cela pour la gloire de Dieu et l'avancement de la Congrégation , néanmoins ayant pour max^ne inviolable de sa conduite de suivre pas k pas , comm^ il disait , l'adorable Providence de Dieu , sans la devanceKamais , et ne voyant pas encore alors qu'elle lui ouvrit le ck^min et présentât les moyens pour l'exécuter , il se contenu de lui répondre que l'heure n'était pas encore venue; que les œuvres de Dieu ne se

font pas quand nous le souhaitons, mais lorsqu'il lui plait, et que c'était une bonté particulière de sa part sur nous de nous donner cette occasion d'honorer la pauvreté de Notre-Seigneur, qui n'avait point eu de logement en propre sur la terre. M. Aimeras ne perdit point courage pour toutes ces difficultés; au contraire, prévoyant les grands biens que la Congrégation ferait dans cette première ville de la chrétienté pour le service de Dieu si elle y avait une maison assurée , crut qu'il ne devait rien omettre de ce qui dépendait de lui pour faire réussir ce pieux dessein. Il se résolut donc, avec le consentement de H. Vincent, d'employer k l'achat de cette maison une somme considérable de la succession de madame Fayet, sa grand'mère; et lorsqu'il l'eut reçue, il employa tous ses soins et toute sa diligence pour trouver une maison propre pour les fonctions de la compagnie , sans en pouvoir toutefois rencontrer aucune proportionnée aux moyens que l'on avait pour cela; mais l'on reconnut visiblement depuis que les divers obstacles que l'on rencontra dès lors dans l'exécution de cette œuvre étaient un effet particulier de la divine Providence sur cette maison naissante, parce que, ayant été privée de son revenu quelque temps après par les guerres civiles qui survinrent en France , elle ne subsista pendant deux ou trois ans que par le secours de cet argent, dont elle consomma une partie dans son extrême nécessité ; et nonobstant la diminution notable de celte somme destinée k l'achat d'une maison , Dieu disposa si bien des choses quelques années après, qu'on trouva une maison conunode d'un prix raisonnable, laquelle on acheta avec le reste de cet argent et l'assistance de quelques bienfaiteurs que la divine Pro« vidence suscita à propos pour l'accomplissement de cette œuvre importante k sa gloire. Cependant, comme toutes

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choses réussissent au bien de tous ceux qui aiment Dieu parfaitement, M. Aimeras, qui était extrêmement animé de cet amour, tira un grand profit de tous ces retardemens et accidens fâcheux par beaucoup d'actes excellens d'une entière soumission au bon plaisir de Dieu, qu'il pratiqua dans une telle perfection, qu'étant retourné en France avant l'achat d'une maison , il laissa l'argent entre les mains de celui qui lui succéda depuis , sans s'en mettre en peine et sans faire connaître qu'il eût jamais apporté aucun bien k la maison de Rome. Mais l'on ne doit pas s'étonner qu'après s'être donné lui-même sans réserve à la compagnie il fit si peu de cas du présent , quoique très considérable , qu'il lui avait fait de ses biens. H. Aimeras étant donc retourné en France en 1651 , fut établi quelques mois après supérieur de Saint-Charles dans un temps très fâcheux à cause des ravages et pillages que le^rangers faisaient pour lors aux environs de Paris , et auxquels cette maison , qui ^t hors des faubourgs de Paris, se trouvait exposée. Mais comme M. Vincent savait par expérience que Dieu favorisait partout d'une spéciale protection ce digne missionnaire , il jugea prudemment qu'il ne pouvait donner à cette maison, destituée de tout secours humain , un plus puissant appui que celui qu'elle pouvait recevoir par les mérites et la prudente conduite d'un tel supérieur. En eflet, son espérance ne fut pas vaine, car Dieu protégea en diverses rencontres cette maison au milieu des dangers , ce qui parut entre autres dans une occasion particulière , dont M. Vincent écrivit en ce temps-lk au supérieur de Gênes en la manière qui suit:

t Vous me faites donc espérer vos prières pour la paix c de ce royaume : je vous en remercie ; jamais le besoin < n*en fut plus grand , il n'y a que trois ou quatre nuits

qiie nous avions une armée entière antonr de notre enclos; mais, parce qu'elle était poursuivie par celle da roi , elle (ila dès le matin en grande hftte, et l'arrièregarde Tut attaquée derrière le séminaire de Saint-CSiarles: Ce séminaire courut bien risque d'être pillé^ les soldats y étant entrés dans ce dessein voulurent maltraiter M. Aimeras, qui leur offirait la table et de l'argent , pourvu qu'ils ne fissent point de mal ; mais ils allèrent dans les chambres et rompirent des cofllres , et se chargèrent de ce qu'ils trouvèrent de meilleur; et sur le point qu'ils sortaient chargés de butin , un suisse et un cocher de M. le duc de Bouillon passant par \k virent ce désordre et mirent la main k l'épée contre eux , et , après leur avoir fait rendre ce qu'ils avaient pris , les mirent dehors et demeurèrent le jour et la nuit dans la maison pour empêcher que d'autres voleurs n'y entrassent. Ce sont des hommes qui ne nous connaissaient point et qui se sont portés k notre défense par compassion. Il faut avouer que Dieu est admirable de nous les avoir adressés si k propos. Nous les avons reçus et considérés comme deux protecteurs venant de sa part; ils se retirèrent le lendemain , qui était mercredi dernier, assez satisfaits de nous. > L'extrême désolation que les guerres civiles causèrent en diverses provinces de France, particulièrement en Picardie et en Champagne, excita la charité de plusieurs dames de Paris k procurer le soulagement des peuples qui y étaient dépourvus de tout secours humain, et M. Vincent, pour correspondre k leurs pieuses intentions, envoya, dès Tan 1650, plusieurs missionnaires qui furent employés k pourvoir aux nécessités spirituelles et corporelles d'une infinité de pauvres abandonnés. Mais comme la continuation de ces guerres, qui durèrent dix ans, re-

noavela en ëlrerB lieux de semblablei; misères , M. 'Ymeent eontinaa toujours aiisi^ les roèmeê assistances , par lé secours de ces charitables dames : il envoya , entre autres ouvriers propres à ce dessein , M. Aimeras dalis la ville de Laon et aux lieux circonvoisins, Tan 1654, et il s'acquitta de cette coamisston avec tant de prudence, de charité et d'édificaiion d'un chaena, que les piètres et les peuples le vénéraient pour un samt , et plusieurs In qniliflaient de ce nom en pnrlant de lui. Il assemblé les pasteurs et les prêtres de te campagne qui étaient dans les villes, et leur fit diverses conférences spirituelles pour les exciter h rendre k leurs peuples abandonnés tes secours dont iH avaient besoin ; et comme il ne les avait quittés que par le déCaut des moyens nécessaires pour subsister dans leuie paroisses, il leur fournît à tous des babils, des omemeni sacrés et des pensions réglées qui leur étmnt données de tempsentempsselon lanéeessitédechacun, etpar cemoyen il rétablit le culte divin et l'administration des sacrsméne dans un grand nombre d'églises désertes ei dépouillées de toutes sortes d'omemens. Il procura , avec le secours d'un frère qui l'accompagnait, l'aMistance corpoieOe d'un grand nombre de pauvres de tout &ge et de toute condi* tien , et pourvut k la retraite des pauvres Allés dont Vet^ trème pauvreté mettait le salut en danger. Mais sa cha^ rite l'ayant engagé dans ce teittps-lk k des travaux qui surpassaient de beaucoup ses forces , il tomba malade au même lieu et f^t bientôt réduit k l'extrémité. Cependant, le firère qui travaillait sous sa conduite au soulagement des pauvres aux environs de Laon étant accouru h son se« coum , il lui témoigna qu'il ne pouvait souffrir que , pour sa eonttdération, il s'éloignàttantsoit peu des pauvres dont il avait le soin , et lui disait souvent : Mon frère , ailes \ vos pauvm et me lateset M; et quoiqu'il ftt en danger de

mort, il ne voulait pas non plus pmnettre qu'il le veillât la nuit, de peur de rincommoder : sa charité le rendant plus sensible aux nécessités des pauvres et de ses frères qu'à ses propres besoins. Il plut enfin à Notre-Seignenr de lui rendre la santé qu'il avait si généreusement consommée au service de ses membres; et après avoir mis un bon ordre au soulagement des pauvres qui avaial encore besoin de secours, il fut rappelé à Paris par M. Vincent, lequel l'envoya quelque temps après ^ Sedan pour remédier h de certaines difficulté qui se rencontrèrent pour lors dans la conduite de la paroisse par l'opposition d'une personne puissante; et lorsqu'il se fut acquitté avec beaucoup de prudence de cette commission , il revint k Paris, où il exerça derechef l'office d'assistant dans la maison de Saint*Lazare, nonobstant ses infirmités ordinaires, qui ne l'empêchaient pas néanmoins de s'employer k h direction des ordinans et d'autres personnes particulières qui venaient faire la retraite spirituelle, et h d'autres semblables occupations. Cependant, c(mmie M. Vincent ne désirait rien Miettre de ce qui pouvait contribuer k le rétablir dans une santé plus parfaite , il l'envoya , l'an 1657 , par l'avis des médecins , prendre les eaux de Bourbon ; mais au lieu d'y trouver quelque soulagement k ses infiitnités, il y tomba malade, par une conduite particulière de la divine Providence, et fut réduit au danger évident de la vie; il fut même désespéré des médecins, mais non pas de M. Vincent, qui écrivit à un prêtre de la compagnie, qui était auprès du malade, la lettre suivante» qui fait voir également l'estime et l'affection qu'il avait pour un si digne fils : c La maladie , dit-il , de M. Almé- « ras nous a tous consternés, et je ne sais si j'ai jamais c été plus affligé que je le suis, dans l'appréhension que < nous n'eu soyons privés en punition de mes pécliés.

I J'espère néanmoins de la bonté de Dieu qn'avee le f temps et les remèdes, la santé lui sera rendue. Je sais i que Yons y employez toute votre industrie et celle des

< autres avec une grande confiance en Dieu. Oui, il n'y i en a pas un qui ne s'estime bien heureux d'assister ce f cher malade ; mais n'y ayant que vous et le bon frère f Gauthier qui lui soyez présens, nous nous en reposons t tous sur votre affection et sur vos soins; nous nous

< contentons de compatir k vos communes peines et de « les offrir k Dieu avec vos personnes. >

Enfin , Dieu ayant égard aux prières de M. Vincent et de tous ses enfans, rendit la santé à M. Aimeras et lui rendit de plus , contre toute apparence humaine , comme autrefois k Ëzéchias , encore quinze ans et demi de vie pour toute la Congrégation , comme nous verrons dans la suite. Étant donc retourné k Paris après quelques mois d'absence 9 il y continua Tofiice d'assistant de la maison jnsqu'k l'année 1660, en laquelle M. Vincent renvoya en la maison de Richelieu, dont il avait été établi visiteur quelques années auparavant, aussi bien que des autres maisons de la compagnie de la province du Poitou.

II s'y trouva k l'arrivée de la cour qui revenait de Guienne après la conclusion de la paix générale ; et ayant rendu ses devoirs k leurs Majestés au nom de la maison , il y fit la visite après le départ de la cour ; et se disposant pour son retour a Paris, suivant Tordre de M. Vincent, il tomba malade au point de faire craindre pour ses jours , Dieu prenant ainsi plaisir k éprouver souvent la patience de son fidèle serviteur, non seulement par ses infirmités ordinaires , qui étaient continuelles , mais encore par de grandes et fréquentes maladies, pour accroître ses mérites par le bon usage qu'il faisait de ces rudes épreuves. Sa maladie continua plusieurs semaines , quoique par intervalles

il en resatatli quelles dnninutîoiis. M. Vineent kd éôri* vil pendant ce temps-là ploriein lettres toutes remplie^ de sentimens eitraordûMîres d'estime et d'amour pouf lui, comme pouf le pins digne de ses enf^M et le ploè terne appui de sa Congrégation. Nous en rapporterona iei quelques extitils comme de tris fidèles et très assurés témoigMiges de rraeeilwee de la teitn et du mérite de M* Aimeras.

c Tonte cette maison , lui dit4l dans une dé ses let- < très , ressent vivement votre mal ; eHe redouble ses in- « sluctB auprès de la divine bonté pour votre conserva- I tion ^ et je ne puis vous eiprimer la part que j'y prends t en particulier ; mais vive la volonté de Dieu et qu'il soft t à jamais loué de toutes ses dispoMtions sur nous, t Certes , j'anrais bien de la peine i les porter, si je les « regardais hors du bon plaisir divin , qui ordonne tout k pour le mieux. Je ne pensais pas qu'un tel accident t vous dAt arriver quand je vous envoyai à Richelieu , t mais je ne le ferai plus quand vous et mol vivrions t quim^e ou vingt ans ; la compagnie soufflre de la privac tion de votre présence, et je serai plus consolé 2i votre t retour que je ne le saurais être par quelque autre snjet A qui me pût survenir. •

Les autres lettres sont pleines de semblables sentimens; mais , pour abréger « nous ajouterons seulement ce qull hi mande par sa dernière, environ un mois avant sa mort , après avoir appris qu'il se portait un peu mieux : » Quand sera-ce , Monsieur, lui dit-il , que nous aurons t la consolation entière de vous savoir remis? Oh ! que je « le souhaite ! oh ! que Dieu nous fera une grande gr&ce ! t je la lui demande souvent , non seulement pour mon V intérêt particulier, qui n'est pas petit, puisqu'étant « plein d^eètime et de tendreme pour vous, je suis te pre«

n mi6rqdiMftredeT0trêi&al6tdeT0treidMeBe6;Bn^

< encore pour le bien de la compagaie , laquelle , ayant t re^ de voua par la gr&ce <te Dieume grande édifica* t tion , a encore besoin de votre secours et de vos eien^c pies. Je vons dis ceci , Monsieur, avec un sentiment de c reconnaissance envers Dieu et envers vous, et je n'M

< dis pas davantage , parce que cela suffit pour la fin

< que je prétends, qui est de vous montrer que vous « ferez une chose agréable k Dieu de vous conserver c et vous guérir par le repos et les remèdes qui sont en c votre pouvoir, et surtout par le secours de Dieu, qui ne

< vo» refusera pas les forces de corps et d'esprit né* « cessaires au dessein qu'il a dans la compagnie « sî vous c les lui demandez par son Fils Notre-Seigneur» lequel , c ayant suscité la compagnie pour son service , vous y a « aussi appelé si utilement par sa grâce. N'épargnez donc i rien de ce qui peut contribuer à votre santé et k Tavan* « cernent de votre retour, après lequel nous soopiroas. »

H. Aimeras ayant reçu cette dernière lettre , partit de lUchefieu , tout indisposé qu'il était , couché sur un bran«« card , et il arriva k Paris le 24 septembre 1660 , trois jours seulement avant la niort de H. Vincent. Il était si abattu delà fatigue du chemin , qu'il le fallut d'abord porter K l'infirmerie sans pouvoir alors parier k M. Vincent ; mais ce charitable père , extrêmement joyeux du retour de ce très digne fils , le prévint dès le lendemain malin , s'étant fait porter dans l'infirmerie. Après avoir entendu la messe , il s'entretint long^temps avec hii en particulier, et, comme l'on peut croire, il l'instruisit des choses les plus importantes pour le bon ordre de sa Congrégation \ après quoi il se fit rapporter dans sa chambre, et voyant tous ses souhaits accomplis sur la terre par la présence de celui qu'il croyait devoir hii succéder, il ne pMsa plM

qa!ï s'unir parfaitemMt b Dieu par une entière séparation de toutes les choses de ce monde , et par la délivrance de la longue prison de son corps. C'est ce que Dieu lui accorda bientôt , étant dès le lendemain tombé en agonie et ayant terminé sa sainte vie par une heureuse mort, le matin du jour suivant, le 27 septembre.

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