‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 57 sur 65 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DB SA PlÉri.

Nous comprenons sous le nom de piété, après siônt Augustin , toutes les vertus qui règlent nos devoirs envers Dieu, comme la foi , la confiance et la charité, et nous dirons en peu de mots commmt M. Aimeras les a pratiquées. Il savait que l'homme n'est rien en soi-même, et qu'il n'y a que la piété qui lui fasse trouver en Dieu un être véritable et la vie surnaturelle de la grftce, sdon ces paroles du prophète : Substaniia mea apud te eet. C'est pourquoi il s'est toujours appliqué singulièrement k l'exercice des vertus qui ont Dieu même pour objet , il les a préférées k toutes les autres: la première est la foi^ qui l'avait réduit dans les choses de la religion k l'état des enfans ; car encore qu'il eût naturellement l'esprit pénétrant

et enclin k raisonner sûr tout , néanmoins ceux qui l'ont connu savent qu'en matière de foi il ne raisonnait point, mais embrassait avec une admirable simplicité toutes les vérités de la religion , et qu'il en était aussi fortement persuadé que s'il les eût vues de ses propres yeux. I)e Ik vient que les raisons qu'il avait de pratiquer les vertus étaient ordinairement des vues simples ou de nos divins mystères, ou des maximes de l'Évangile , comme il parait dans quelques petits écrits où il a marqué les lumières et les senti^ mens c(ue Dieu lui donnait pelidant ses retraites ; mais ses vues étaient d'autant plus efficaces qu'elles étaient spirituelles , et c'est k ce principe qu'il faut attribuer la fermeté de ses résolutions dans le bien qu'il s'était une fois proposé ; car les âmes qui se conduisent par cette loi de la foi simple sont ordinairement constantes, et imitent la vérité qu'elles adorent , laquelle est toujours la même et ne change jamais ; il savait que le glorieux nom de disciple est le premier que les chrétiens aient porté , et en comprenait le sens; c'est dans le même esprit que saint Augustin a écrit que nous ne sommes pas appela raisonnables , mais fidèles : non rationabiûs , sed fidèles ; il disait lui-même ces belles paroles, qui exprimaient parfaitement ce qu'il était : € Je veux être disciple de Notrec Seigneur, et je serai heureux qnand je pourrai dire : c Jam incipio esse Christi disdptUus , c'est maintec nant que je commence à être disciple de Jésus-Christ , c encore que ce soit dans les soufirances et les humiliac tions. • Selon cette lumière, il frâait consister la vraie piété k se remplir de l'esprit du christianisme , et dans ce désir, il se proposait ordinairement de vivre en chrétien, comprenant en ce seul mot plus que nous ne pouvons dire : c Je dois t&cher, disait-il, d'exprimer par mes actions t et mes paroles l'idée d'un vrai chrétien ou même d'un

c Qinit. » Ce 4q11 lîmiuit aaw donti dans la penite r^q^Hre Qna JémMSifiil <kii étvt tant en toos, et qn'tt s'e»t fait noire ttgaateat notre Mnotî&eatian , c'eslnMife, conuna l'aiidîqM aiiit Jàrôoa, qu'il a'Mt faii non am wila vécu ^ mais trataa )aa veitiii* pour noua anaaîgner à fa» Imkar tantea » ato d'acquérir la parfiictàM de Veapiit « Quand il venait daa peiaonnei pauvrM, nûaérahleaat abandonnée!: < Caa^it» dîtaîtrUt ti» peraonnaa qui , aelon le c ebriiKianiaine, sont lianiainaa, et teor état eitdipied'a»* f yie* I Nais ai Im grandi al leaiiahes avaîoat part à oei aëprît ebrétieu^ ^'(^\ unîqnement « qn'il eatiaiait an ani. Un j wr qnilqn'un lui rappoiuink «q qni t'était pa«aé dam nne viiite qn'il avait mndaa k nn oonatiller d'état : i Vona • avez va, \m répondit» on bon fkMen , » onbliant laa antreaqualitéadeeapafsaamaia, paroi qu'alloine IviaiDH blaient rien en c<niQ>araiipn de eellerik; pnii il qjoota qu'il ne eon?eraaitia9iaia avec loi qu'il ne (ût aobiaaé da l -ardeur dont il animait aea diadonra, et bnmilié en méaie leaipa, i paroe q«e y disait*il^ le profond mépria qu'il Ail « dttmondeetdal^hauteeit»oqu'iladeBverUia»nM(o«i I voir mçu peu de foi, et que je ne aoia èkrétian fu'k < den)i. MianM.Ahinéraaayaptuna&inetontechrAieiini dana aea penaéea , dana saa aeutlmena et dana aea nelîana, il aoubaitait auasi que ceux fue Ton admet dana la Gon* grégation a'étaUiaae^ d*ahord dans te praiM|tte aoUde des vttPtna ebréliennea, et qu'on lea éterât dani l'amaïur et Tabjeetion , dana la mortîiontion dea paaaiona et dea aana, dana l'abnégation d'enx-méaMa; étant peiauadé, 9:^^ beaneoup de raiaon, que ee fondement éîaît néeesaaupe, et que les vertus éclatantea qni Ont ponr olyet In aatnt dna lonea en préauppoaent d'autraa seûrètea dont nnna anm- «ea nona*méqiea Totijet , qoe le aèla do aalut des &naes doit étae préaédé du tète de aa propre perfiaetfon, et que

Notre-Seigneur s'étant retiré dans le déaert pour y jeûner, c'était , comme dit saint Thomas , pour nous enseigner par cet exemple qu'on ne pouvait utilement s'appliquer aux fonctions apostoliques sinon après aYQir soumis la chair k l'esprit, et après avoir dompté les passions, po$t subactam carnçm et domita^ pas$ione9 : < C'est , dic sait-il , le défaut de cet esprit chrétien qui ferait la ruine c de notre Congrégation ; > de quoi il était si convaincu qu'il disait souvent au directeur du séminaire : t Monsieur, ■ que nous ayons des chrétiens , que nous ayons de boiM c chrétiens. > Il recommandait la même chose au directeur des séminaires externes , parce qu'il ne croyait pas qu'on pûtinspirer aux ecclésiastiques l'esprit de leur sainte profession s'ils n'étaient remplis de l'esprit chrétien.

Or, l'esprit chrétien étant celui des enfans , parce que nous n'avons pas reçu un esprit d'esclaves pour servir Dien dans la crainte , mais l'esprit des enfans par lequel nous invoquons Dieu, qui nous a adoptés, et l'appelons notre père, on ne s'étonnera pas que M. Aimeras ait eu une confiance filiale en Notre-Seigneur , et qu'il ait laissé ces belles paroles écrites de sa main au milieu de la multitude de ses souffrances et de ses affaires : c Je suis entre les mains c de mon Dieu ; en tout état je suis en lui , qui est ma vie et c ma force ; ma confiance est en lui, qui est très bon, très t sage et tout-puissant père* > Cette confiance produisait sa sainte gaité et la paix qu'il conservait dans ses infirmités et dans les rencontres les plus fâcheuses. Jamais il ne désirait d'être délivré de ses maux ; et quand il arrivait quelque perte ou quelque autre accident , ou que quelque difficulté extraordinaire faisait douter du succès d'une affaire importante t il entrait dans un saint recueillement auquel il s'était accoutumé ; il recommandait paisiblement la chose k Dieu> et demeurait en repos^ c Pour moi« disait*ilf je

c me confie en Notre-Seigneur; c'est luiqnî a formé noc tre Congrégation , il la conservera, et quoique je doive c mes soins et tonte mon application k maintenir cette œuc vre, mon Dieu! vons protégerez cette Congrégation. > Et en effet il la protégea et bénit sous son gouvernement et en beaucoup d'occasions. Lorsque sesinfirmités le tenaient attaché k son lit ou k sa chambre sans en pouvoir sortir pour vaquer k des affaires de grande conséquence où toute son application et sa présence paraissaient nécessaires. Dieu seul a tout fait , et M. Aimeras , accablé de maladies , a obtenu par sa confiance ce qu'il n'aurait peut-être pu faire dans sa meilleure santé avec beaucoup de soin et de peine. Sans cette confiance on ne l'aurait jamais décidé comme l'on fit k se charger de la Congrégation ; mais après toutes les résistances , }es larmes et les prières qu'il employa pour rejeter ce fardeau , qu'il jugeait trop pesant , voyant qu'il offenserait Dieu s'il s'opposait k ses desseins , il espéra en quelque façon contre toute espérance en Notre-Seigneur, qui l'a conduit par une voie parfaite et a si bien ménagé les forces qu'il lui donnait pour bien gouverner la Congrégation , qu'il lui a toujours laissé, avec de grandes occasions de patience , de puissans motifs de confiance.

Les grandes pertes que la compagnie a souffertes depuis douze ans ont aussi fourni une ample matière k sa confiance. La maison de Saint-Lazare se trouvait dans la gène , mais il ne voulut pas qu'on retranch&t rien des grandes dépenses qu'il faut faire nécessairement pour soutenir lés missions de campagne, les exercices des ordinans, les retraites fréquentes des externes et toutes les antres œuvres que la Congrégation a embrassées pour le salut des âmes, tl ordonna aussi que Ton continuât les aumônes ordinaires aux pauvres honteux ; et comme quelqu'un lai

représentait qu'on y devait apporter plus de modération :

< Non, non, répondit-il avec zèle, il faut ou que nous

< renoncions au christianisme , ou que nous assistions les « pauvres. » Oh ! que ce digne supérieur avait raison de parler de la sorte , puisque la piété chrétienne est un trésor inépuisable, et qu'étant animée d'une sainte confiance elle n'a pas un moindre fonds que celui de la Providence , où elle puise infailliblement dans tous ses besoins. Aussi ajoutait-il ces paroles bien dignes d'un disciple fidèle de Notre-Seigneur et d'un successeur de M. Vincent, que Dieu , dont la bonté s'étend k faire du bien aux méchans, aurait un soin particulier de cette maison pendant que les missionnaires qui l'habitent soulageraient les pauvres dans leur misère , et consumeraient leurs biens et leur vie pour la conversion des pécheurs.

Je passe de la confiance à l'amour : ce grand amour que M. Aimeras avait pour Dieu parut en quatre choses principalement que nous ne ferons que toucher dans ce chapitre : la première est la ferveur avec laquelle il em* brassa la vertu ; la seconde est la pureté d'intention qui lui fit chercher Dieu en toutes choses; la troisième , son application à conserver le souvenir de sa présence; la quatrième, la conformité de sa volonté avec la volonté divine. Après que M. Aimeras eut suivi le conseil de l'Évangile, de quitter son père, sa mère , ses biens et généralement toutes choses, pour être disciple de Jésus-Christ; après qu'il se fut dépouillé de sa charge et qu'il se fut revêtu de l'abjection de Notre-Seigneur dans la Congrégation , comme un voyageur & qui on a ôté un pesant f arr deau, il conmiença à marcher à grands pas dans la voie de la perfection , où il devança bientôt tous les autres. Jamais on n'a remarqué dans un autre tant de pronapUtudc k tous les exercices, où il semblait voler plutôt quf

marôber ; Jamais on ne vit plus de fidélité aux plus petites choses ; car si celui qui craint Dieu ne néglige rien , ii plus forte raison celui ^i Taime. Il est certain que son exactitude fut presque inimitable, et qu'il avait tant de respect pour toutes les règles et pour tous les usages de lu Congrégation , qu'il ne Tonlut pas en omettre un iola m même un point ; en quoi je ne sais si on doit plus admirer son amour, qui ne voulait rien négliger, que riiumilité qui soumit si facilement son esprit h tant de choses si peu estimées par les gens du grand monde dont il ne fai* sait que de sortir. Il continua jusqu'à la mort dans cette fidélité itfvîolable à ses règles et k ses pratiques de pan» ▼reté 9 d'abjection , d'oraison , de modestie , ne laissant rien que ce que ses infirmités lui rendaient impossible. Hais je ne puis omettre une peine qu'il souffrit dans les commencemens et que lui-même raconta un jtmr i celai qui écrit ceci : cette peine ne fut pas de dompter ses passions 9 parce que la victoire qu'il remporta d'abord sur lui* même , en quittant le monde , lu! donna un très grand avantage pour les assujettir bientôt k l'esprit ; elle ne con* Bista pas non plus, comme il le disait lui-même, dans les scrupules qui attaquent souvent les commençans , parce son grand cœur, qui fut d'abord possédé et comme dilaté l^ar Tamour de Notre^Seigneur, ne fbt pas capable de ces angoisses qui procèdent pour l'ordinaire de la petitesse de cœur, qui n'est autre que celle de l'amour; mais cette peine procéda de cet amour fervent ^'il avait pour Dieu, car, ne sachant pas encore la condition h la- . quelle l'homme est assujetti pendant qu'il est pèlerin sur hi terre ^ il s'imaginait que les effets suivraient aussitôt ses désirs , et qu'il ne commettrait plus de fautes parce qu'il les avait toutes en horreur, même les plus petites , mais parce que les surprises de la nature lui étaient inévitables ,

conuw tHss Tout M «lULptas gnadi wmtB: il m po«« vfit pleurer ni s'hvnflier «Mn.poar Ici expier; et dans le doute OÉ il se troinrat cpielqeefoie enr ce qoi poimdt elfe oontnêre k la perfeetin, ne aeelmt que fttirei peree ^'il étail rfeoia d'enknaser en tonfee diesee ce qu'il j a de pk» parfait pour raaiiMr de Notr^-Seigneur^ il eouffrail des inqniéludes ù grandes qn'eUefe loî caveaient uw espèce de nartyre^

Nous sommes Tesns însênsiblemeDl à pet 1er de la pu-* relé de cœnr aTOc laqoeUe il coDunença k servir Dien. Sa» ehani dont eé qae dii rApAtre^ que la plus eicellente ¥Oie est celle de k charké, il tâchait de faire tontes ces aeliotts par Tempire et le BMmtenieDl de oOlte divine Tortn, et il disait ce pea de paroles^ qoi expriment parlai* tement la dispeshicB où Ton a to^oor» tq son àme : i Tout par amonr* » Qnesi IndMrité chaise la crainte dn camr où eUe règne, on • sn}et de croire fne l'amonr de Notre-Seigttenr a possédé seul cehd de M« AbnëraSf qoi n'était presque pas sensible aux mouTemeos de cette crainte terrile dont il n^avait presque plus de besoin ^ et qiî la paraîMait trop imparfaite peur servir m Dietf si <ygne d'être aimé. La pureté de son Ime était si grande qu'il ne voulait pas même aimer la vertu avec quelque retour vem kn«»mAme ^ quoique permis et lonaMe ; par exemple , pour être vertueux ou pour jouir de la eon^ solation d'une bonne cmiscience: t II faut« disait^âl,

< désirer de se corriger et de se perfectimmert afin de ne t d^laire point k Dieu^ pour l'amour de lui seul et non

< pas pour ne se déplaire point k soi-même. » C'est par ce principe du pur amour de Dieu qu'il demeurait touîows en sa sainte présence sans être dêtoumé par ses infirmi* tés « bien qu'eiks attirent toutes les pensées de l'esprit aux besoins du corps ; il pratiquait ce saint exercice kttoins par

la conndération qae pfltr l'amear, parée que 5 eMune dâi saint Augostin, c'est l'amoiir qui cherche et qui trouve, c'est l'amour qui demande et qui reçoit, c'est enfin Tamour qui frappe k la porte et c'est k Vamour que l'on ouvre. Néanmoins son amour n'était pas impétueux et ne se portait pas à Dieu par des élans , mais par un doux acquiescement k son bon plaisir, faisant toujours tout ce qae Dieu demandait de lui , et unissant en toutes choses sa volonté à la sienne, ce qui renferme sans doute une très grande perfection. Or, afin de n'interrompre point une occupation si utile , ayant à converstf avec le prochain , il regardait Dieu en lui, et, tout pénétré de l'impression divine qui réside dans les âmes , il disait avec admiration : c Oh ! que Dieu est grand , et que c'est une grande chose c de servir tout ce qui est k lui! > Dans toutes ses affaires et même dans les plus petites difiicultés il avait recours k Dieu et lui demandait conseil; ceux qui le voyaient tous les jours peuvent en être de fidèles témoins. Enfin , pour n'en perdre jamais le souvenir, même dans l'accablement de ses maux , il tenait ordinairement son crucifix entre les mains , le contemplant avec attention dans le même temps qu'on lui parlait d'affiaires, et baisait de temps en temps les plaies des pieds et des mains, représentant ainsi , comme sans y penser, l'union qu'il avait avec Notre-Seigneur crucifié.

Ce fut en cette école de Jésus-Christ crucifié et dans la croix même que M. Aimeras apprit à n'avoir plus de volonté qui ne fût conforme à celle de Dieu , et à ne pas sacrifier seulement les désirs de la chair, mais quelquefois ceux de l'esprit; non seulement ceux dont la cupidité est une source féconde , et qui tendent vers la terre, mais ceux que la grâce produit et qui se portent vers le ciel. On a quelquefois entendu M. Aimeras deman-

der h dissoliition de son corps k Dieu et Feirtière liberté de son àme; anssi âait«il diffidle qne, se voyant k la veille de son bonheur, il ne lui arrivât de ces saints empressemens qu'on t remarqués dans toutes les âmes qui ont un grand amour; mais aussitét que ces paroles lui étaient éch^ffées , ccMume s'il eût eu en cela quelque imperfection , il se corrigeait et disait à Dieu : < Non , non , c Seigneur, si vous voulez que je souffire encore douze c ans , quinze et ringt ans, je veux, enfin je veux souflnr c aussi long*temps qu'il vous plaira , et je me soumets < en tout à votre adorable volonté. >

Ce sacrifice que M. Aimeras faisait k IMeu de lui-même pour vivre et pour mourir, et tous les autres sentimens d'amour et de confiance qu'il avait pour lui , étaient accompagnés d*une fidélité inviolable k ses exercices de piété , particulièrement k ceux qui étaient marquéspar les règles , observant ce que l'ApAtre recomman^ k Timothée : Exerce tèmetipsum ad pietatem.

Pendant que Dieu lui conserva les forces , il ne passa jamais un seul jour sans célébrer le saint sacrifice de la messe ; il ne se contentait pas d'y apporter les préparations ordinaires et d'y ajouter les actions de gr&ces que l'Église ordonne, mais il célébrait ces divins mystères avec des diq>ositions d'autant plus saintes qu'elles le rendaient plus conforme k Notre-Seigneur crucifié : l'une est qu'il ne montait k l'autel que comme Notre-Seigneur monta sur le calvaire, je veux dire chargé de la pesante croix de ses infirmités , qui le réduisaient k un état de ne pouvoir faire cette action qu'avec des peines extrêmes , jusque-lk qu'il était nécessaire que des personnes le soutinssent de peur qu'il ne tombât , et qu'il s'est trouvé quelquefois si faible et si destitué de force , qu'il était en quelque danger de mourir k l'autel ; l'autre disposition

était ffumam iniérieiiri, mm m« TifOM a|ifHrkie iê sa boiche : c'est qa'sprès avoir consaeré le eerpa et le sang de Notre-Seignaar, îi s'aaissait lai<«tiiCaie k cette hostie adonble, renoatelsBl l'aUîaDce qu'il avait faîte avec Diev et les promesses par lesqariles il était nart a» monde pour titre à Diea seul et le sertir daos la Goiigt4* gatioD^ pOtttant ainsi dire atee le prophète : Immotor super sacrificium.

La eireonstanee da moment où il falsaît cette rénota* tien de ses promesses est encore fort remarqnaUe , ayant choisi pour cela le Memenio où le prêtre prie pour les morts , comme protestant h Motre-Seigoeor qu'il était mort entièremMl aui eréâtares , afin de titre de celte tie qui est cachée en Dieu^ avec ié8us*43irist. Outre le mérite qu'il atait dans une pratique si sainte, il en rstirail de grands fruits , mais surtout cet ardent amour qu'il avait pour ^ toeation « et cette toloaté constants d'y demeurer jusqu'à la mort dans l'obéissance k la tolonté de Dieu : il jugeait donc que si le aang des tictimes avait pu affBrmir raucien Testament et que si le sang du Fib de Dieu % rendu le nouteau Testament étemel : Sangms nom et œiemi TestamenH, ce méhie sang d'un Dieu répandu sur nos autels rendrait aussi comme immuable le pacte ou l'alliance que nous atons ftite avec lui , surtout si die était souvent renouvelée en cette action par les promesses qui nous ont heureusement engagés h le sertir. Âtant cet aceabiement d'ioâmiités, après qu'il atait dit la sainte messe , il atait cette sainte coutume d'en sertir une autre, encore qu'il fût un des principaux officiers de la maison et que le rang qu'il y tenait joînt h ses occupations semblait le dispenser de ce detoir de piété ^ auquel on applique ordinairement led plus jeunes et les oommençana ; mais il toulait en quelque msnière imiter Notrfr^ignew»

lequel 9 en inititaàiit la saisie EvehiriBtie, joignit k tt gloire de son dhrin sacerdoce nue bwnilit^ profonde, qni l'abaissa jusqu'à verser de Teati dans un bassin et li laver les piedsde ses apAtres, ain que nous suivissioas ceteiem^ pie. Mais quand M« Ahnéras fut obligé par ses ÎDflnnitës k s'abstenir de dm la sainte messe ^ sa consolation fut de l'entendre tous les jours et d'y communier, s'unissant ainsi le plus souvent qu'il pouvait à Notre-âdgneur dans ce sacrement f comme pour être attaché à une mémo croix. Néanmoins ayant laissé, dans le peu d'écrits que nous avons de lui , qu'il regardait le sacrifiée de la messe comme le bonheur des Ames qui aiment Dieu sur la terre, parce que ce n'est que par ce sacrifice qu'elles peuvent rendre k Dieu toute la gloire qu'elles désirent et qui luf est due , il lui restait toujours un sujet d'affliction de se voir privé d'honorer Dieu si parfaitement dans cet état d'imperfection où nous vivons ; c'est ce qu'il témoignait quelquefbb , mais avec des paroles qui marquaient égale* ment son humilité et sa résignation au bon plaisir de Dieu. Ce n'est pas seulement en ces manières qu'il fit voir sa dévotion envers le très saint sacrement de l'autel , il ajou^ tait les fréquentes visites qu'il a continuées aussi longtemps qu'il a pu soutenir son corps languissant; et comme ces Hébreux 2élés que la captivité empêchait de se transpoHer dans le temple de Jérusalem se tournaient vers ce lieu saint peur foire leur prière, ainsi , étant retenu dans sa chambre par ses maladies , on le trouvait souvent tourné vers l'autel oA repose le Saint-Sacremeniet tenant son cruci-» fix )i la mam. Il se satisfaisait en quelque façon aveol'image de celui dont il ne pouvait posséder Taimable présence. Il souhaitait avec ardeur que tous les chrétiens rendissent à Notre^eigneur de semblables devoirs ; et lorsqu'il était employé i^ la direction dea Missions, U s'opposait avec un

grand zèle au névéreiiees que Tm commel dans les églises, el ne poaTatt sodErir cet abaDdoonemoil où Ton Toii quelquefois le Fib de Dieu quand on le porte aux malades; et il en pariait dans ses préiKcations avec tant de ferveur et reprenait si efficacement ses andîleuis de cette indérotion , qu'au lieu que pour l'ordinaire posomie ne suivait le très Saint*Sacrement on y voyait après cela jusqu'à soixante et même cent personnes, comme mi le remarque surtout dans la misâon qu'il fit k Fontaindileaii. On peut rappcNTter k cette dévotion qu'il avait pour le très Saint-Sacrement les soins qu'il prit de régler les cfrémonies de la sainte messe et des autres offices divins dans toutes les églises desaCcMigrégatioD; il savait quesaintPaul, après avoir parlé de la sainte Eucharistie et marqué les choses qu'il faut observer i>our communier, ajoute ces paroles : Cœteracum venero dUponam, que saint Augustin explique des cérémonies, disant que lorsque le Fils de Dieu institua l'Eucharistie il n'ordonna point aux ap6tres la manière dont on l'honorerait , mais qu'il leur réserva cette autorité, les ayant destinés au gouvernement de l'Èg^; et en ce même lieu il reconnaît que cette autorité des aqiêties et des conciles est très uUle aux fidèles. C'est pour ces raisons que M. Aimeras n'oublia rien pour faire observer ces saintes cérémonies que TÉglise a instituées par le pouvoir qu'elle en a reçu de son époux , qu'il fit composer un livre sur ce sujet où dles sont fidèlement recueillies et nettement expliquées. Après av<Hr établi quantité de conférences de personnes capables et intelligaites en cette matière, auxquelles il assistait lui-même aussi souvratqu'il pouvait, faisant ensuite consulter à Rome sur lesdiflicultés que l'on n'avait pu résoudre^ afin qu'après avoir fait exercer ces mêmes cérémonies pour remarquer dans la pratique ce qu'on y avait pu omettre, il procurât une seconde édi-

tion de ce livre plas ample et plus exacte pour les mettre dans toute la perfection possible*. C'est ainsi que M. Aiméras y qui adorait Dieu par tant d'exercices intérieurs que nous avons rapportés , fit néanmoins consister la piété dans le soin des saintes cérémonies de l'Église, selon ces paroles que l'Esprit saint a proférées par la bouche de Salomon : Virtutis meditatar pietcUem exercebit et pa-^ rato sacerdotio , curam sacrorutn locorum et cœre-

moniarum geret

Il avait aussi une singulière dévotion envers la très sainte Vierge et une grande confiance en son intercession; de quoi il a laissé des marques étemelles , voulant que la Congrégation de la Mission lui fit une oblation irrévocable d'elle-même et qu'elle se dédiât parfaitement k son service : ce qu'elle exécuta avec une grande joie par un acte public que les missionnaires firent dans toutes leurs maisons le jour de l'Assomption de cette incomparable mère de Dieu , qu'ils choisirent pour leur reine et leur souveraine , se proposant de lui porter k jamais un respect singulier et de publier la gloire de son nom par toute la terre , et la priant amoureusement de leur faire la grâce d'imiter ses vertus et celles de son adorable Fils , de s'employer toujours efficacement au salut des pauvres gens de la campagne et k la sanctification de l'état ecclésiastique, enfin de conserver à jamais l'esprit de leur vocation. C'est par cet acte , institué dans la Congrégation de la Mission , pour être renouvelé tous les ans , que M. Ahnérasadonné à la sainte Vierge autant de serviteurs zélés pour son honneur que cette Congrégation aura de sujets. Le joor solennel de l'Assomption était le plus propre qu'il pouvait choisir pour cette action , puisqu'il est juste que les hommes honorent cette glorieuse mère sur la terre pendant que Dieu la couronne dans le ciel, et que ce jour étant

celui de $co âévttioii , eUQ imite 9 selop ssunt Bernard « les U>éf9tUtéa que soa Fils exerça envers le$ hommes le ]Our de son asceosioa triomphwte , et ci^mme lui elle leur fait sea largesses et les comble de ses dons : tiçUfit e/ ipm quoque dona hominibus.

Sa dévQtioQ envers la sainte Vierge n'était pas mmos grande dans son particulier quelle paraissait en public ; il Taimait et Tbonorait de tout son cœur, et comme dit saint

Bernard : Totis meduUis cordis , toth pr(BçordiQrvm affçctibw et votis omnibus; et pour donner quelque marque de ce respect, il portait le chapelet k sa ceinture et le récitait souvent ^ même dans ses infirmité», oii il avait tant de peine k appliquer son esprit* Il l'invoquait avec confiance dans tous ses besoins, et les prières qu'il faisait ordinairement pour implorer son seooors étaient ou ces paroles de TÉgl^ ; Maria mater grmùe : Marie mère de gr&ce , mère de miséricorde, défeodei-nous contre nos ennemis , et recevez-nous entre vos bras k Vbeute de notre mort; ou ces autres paroles de la même ÉgUse : Mémento sadutis auçtor : souvenez- voua, 6 iésna! aA« teur de notre salut, que wissant dans le monde vous vous êtes revêtu d'un corps mortel comme nous. Par l'une de ces prières, M. Aimeras marquait le besoin qu'il avait du secours de la sainte Vierge, et par Vautre la confiance filiale qu'il avait en sa protection , croyant que c'était assex de faire souvenir Notre-Seigneur qu'il était fils de c^te mère pour obtenir de lui tout ce qu'on lui demande par son intercession.

Mais, dans tous les e:(ercices de piété que M. Alméias n

pratiqués, rien n'est plus digne d'admiration que sa por^

' sévécûnoe dans l'oraison , qu'il n'a jamais quitta dans ses

infirmités, bien qu'il fût si souirent épuisa dç forces ^ q»0

l'on çraigpait qu« la plu» petite occupation ne fôt cspsble

d'avancer m mort. U aamUe que Dieu l«i avait accordé la griioe de cette espèce d'orai^ioa de recueillemeirt , selon que lui-même l'expliquait ; car k peine s'était-il mis en la présence de Dieu dans le dessein de prier, que toute son attention se tournait facilement vers Notre-Seigneur , jouissant d'un doux repos et pratiquant cette méditation que saint Augustin , après le prophète David , appelle la méditation du cœur, parce qu'elle consiste plus dans un amour tranquille de la volonté unie à Dieu que dans les raisonnemens de l'esprit , qui le cherche et ne le possède jamais en cette vie. 11 la faisait deux fois le jour, demeurant long-temps dans la chapelle de l'infirmerie en ce saint exercice ; et si , la faisant quelquefois dans l'infirmerie même 9 il était interrompu , il arrêtait le sable qu'il avait proche de lui afin de ne rien diqûnuer du temps qu'il y avait destiné. Il s'acquittait avec la même fidélité des examens particuliers et de l'examen général ; et quoiqu'il aoufirit beaucoup en tout temps ^ ses souffrances n'étaient pas capables de le dérégler et ne l'empêchaient pas de faire k peu près chaque chose en son heure comme dans la meilleure santé. Il a continué de la sorte ju^qu'k la fin; et peu de temps avant sa mort « étant attaché k son lit comme k une dure croix où il devait bientôt expirert on a remarqué qu'il gardait encore k peu prèii le même ordre, prenant sea heures accoutumées pour se taire et se recueillir, et ses heures pour traiter et parier avec ceu3^ de la maison ou avec les externes qui le visitaient. C'est ainsi que ce serviteur fidèle a joint l'obéissanoe au sacrifice, et que I continuant jusqu'k la mort les exercices de piété que nos saintes règles nous prescrivent , il a laissé k tous les missionnaires un grand exemple de ne se point relâcher, montrant aux infirmes qu'ils peuvent plus qu'ils ne

pensent, et k ceux qui se portant bien qu'ils seraient inex-

ensables s'ils ne faisaient pas dans la santé au moins ce qn'il a fait si long-temps dans ses maladies continuelles.

Page 1