LA COMPAGNIE
Il n'y a personne daq;» la Congrégation qui ait pratiqué M. Âlméras qui n'ait en même temps remarqué la charité toute paternelle qu'il avait pour ses inférieurs : on était particulièrement édifié du bon accueil qu'il leur faisait, les recevant d'un visage riant et avec une douceur toute cordiale , même au plus fort de ses incommodités , lorsqu'il semblait que l'excès du mal le dût abattre et Tempécher de réfléchir aux autres choses. Il les écoutait pour l'ordinaire fort patiemment et s'entretenait avec eux Îl cœur ouvert , leur donnant liberté de lui déclarer tout ce dont ils avaient besoin ou qui leur pouvait faire peine, et les prévenant même quand il croyait qu'ils désiraient quelque chose ou qu'elle leur serait agréable.
Un frère de la Congrégation l'étant allé voir après la fin de son séminaire pour lui demander sa bénédiction et le remercier de la charité qu'il lui avait faite de le recevoir au nombre de ses enfans , ce charitable supérieur le reçut avec tant de bonté que ce frère en resta tout édifié et d'autant plus encouragé à persévérer dans sa vocation : c 0 mon cher frère I lui dit M. Aimeras , soyez le bien c reçu, j'en ai une joie tout-k-fait grande , soyez le très c bien reçu. Voilà tout ce que je vous puis dire. » Ensuite il lui donna sa bénédiction et l'embrassa tendrement, qum»
qu'il fût fort incommodé et eût même été saigné ce jourlà ; puis l'ayant fait couvrir et asseoir auprès de lui : « Vous voilà , lui dit-il , notre frère , c'est pourquoi il c nous faut vivre en véritables frères de la Mission ; vous € voilà mort au monde , vous n'y devez pins songer, ni à c ses plaisirs qui passent et s'évanouissent comme la fu- < mée , mais vous appliquer à la pratique des vertus qui c donnent des contentemens durables : il y a sujet d'esc pérer que Dieu vous fera la grâce de passer votre vie c dans la compagnie avec édiGcation. >
Il lui proposa ensuite l'exemple de quelques frères des plus exemplaires de la Congrégation pour le porter à les imiter ; et ayant remarqué sur la fin que ce frère n'avait point encore le collet que portent ordinairement ceux qui sont agrégés à la compagnie , par un trait de charité toutà-fait obligeant , il lui en fit prendre un blanc qu'on lui avait apporté pour mettre ce jour-là , ce qui gagna tellement le cœur de ce bon frère qu'il dit depuis qu'il lui semblait que Dieu lui avait mis au cou un heureux cadenas par la main de M. Aimeras , pour l'attacher à son service tout le temps de sa vie dans sa chère vocation.
Cette tendresse et cordialité étaient encore plus grandes et plus sensibles à l'égard de ceux de ses enfans qui lui avaient rendu quelque service , pour petit qu'il fût ; il leur en témoignait sa reconnaissance dans les occasions , leur faisant connaître qu'il n'oublierait jamais la charité qu'ils avaient eue pour lui. Lorsqu'il fut élu supérieur général , il .en donna avis à un frère qui était dans une province éloignée où on l'avait envoyé pour l'assistance des pauvres / ei il lui adressa la même lettre circulaire qu'il envoya aux autres maisons de la Congrégation , s'estimant obligé de
lui rendre ce témoignage d'affection et de reconnaissance pour l'assistance qu'il lui avait rendue dans une maladie.
Le soin ei(traordmaira qu'il avait pour (kîfe poonroir aux besoins de s^ inférieim et pour la comervation de kur $anté était ausai une ioar<iue de Vaffisctioa patmaelle (f^% avait pour eu ; rien n'^bappaît k sa vigiitoee : ^ant remaripié qn'un de sea prêtres pouyait 6tre inoominodé du froid k cause de quelque petite owrertore qui était dans sa chambre , il mena lui-même les maçons sur le lieu , et demeura quelque tempe k les toit trayaiUer.
Ses indiepoaitioiiB ayaut été plus grandes pendant les dernières années de sa vie , Ton faisait coueher un frèra dans sa chambre pour le seryîr et Tassisler en quelque chose dont il O&t eu besoin pendant la nnît; maie M. Ahnéras ayant remarqué qu'en toussant il éveillait ce firère, il l'obligea d'siler couiÂer dans la ehamhre voisine afin'de mieux dormir, et de temps k antre il lui daman* dait s'il ne l'empèehait pas encore de se bien reposer ; il aimait même mieux souffrir que d'intenrompre ion som* meil I ne l'appelant point si ee n'était pour quelque besoin pressant.
Voici une autre marque de Tapplication qu'i\ avait au besoin des autres , et de la charité qui le portail k s'incommoder pour les soulager : pendant qu'il était assistant de la maieon de Saint-Lazare , il fut envoyé k cheval k d^uxe ou quKDie lieues de Paris avec un frère qnilniser* vait de compagnon, et qui pouvait aisAnent £ske le ehe* min k pied. M. Âhnéras néanmoins ne le pitt senffirlr et le fit monter en eroupe , passant comme cela k trtvem des bourgs et des villages sans se mettre en peine de oe qu'on en pouvait dire.
Il avait sur toutes choses un grand soin de ftm bien traiter les infirmes et de les visiter loinnéme jwqu'Mx moindres frères , et lorsqu'il n'y pouvait aUer il y envoyait qndqu'un de sa part ; mais il était particulièrement