‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 60 sur 65 · CHAPITRE Vni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vni

M SA PAUYBETlS BT DK SON AllOim 90I7II LES BAUYRBS.

La pauvreté évangélique étant une vertu très nécessaire à ceux qui sont appelés k une vie apostplique et qui ont pour but de travailler au salut des pauvres de la campa-

ÎU6 , M. Aimeras Ta pratiquée exeeDemmentsnr le modèle u Fils de Dieu , le premier de tous les missionnaires , et sur l'exemple de M. Vincent , son très honoré p^re. Ce fut dans cet esprit qu'ayant quitté les commodités temporelles dont il jouissait dans sa maison > il se priva dans la Congrégation , dès qu'il ; fut entré, de toute sorte de délicatesses , et passa d'une grande abondauce à une pauvreté rigoureuse. Monsieur sou père, pendant quelques années , lui fit une pousion; il ne la voulait voir ni toucher, la laissant entre les mains du procureur de la maison et k la disposition des supérieurs. Il eût bien pu , sans blessa le devoir de sa professiou> disposer de ce reveuù avec la permissioA du supérieur, soit pour acheter des livres ou faire d'autres bonnes ouvres ; mvs cette conduite ne lui paraissait pas assez pure et assez détachée, et il appréhendait de n'user pas des choses qu'il aurait ainsi achetées avec la même indifférence et dégagement d'affection que des autres choses de la communauté. Desorte qu'il voulut non seulement être pauvre , mais de plus s'éloigner des occasions et des périls capables de donner quelque légère atteinte à celte vertu. U était merveilleusement circon-

speot pour ne rien souffrir en soi ni hors de soi qui ne portât des manines de l'amour qu'il avait pour la pauivreté, $9 nourriture était fort frugale, et il a été plusieurs année» qu'il ue mangeait presque que d'une seule viande , jusqu'il ce qu'on l'obligeât , pour ses grandes infirmités , de souffrir qu'on lui donnât quelque petite particularité ; mais s'il consentit qu'on eût en cela quelque égard k ses infirmités très graves , ce fut pour avoir moins que les autrès t soit pour le boire , soit pour la nourriture et pour le reste de ses besoins. Il ne changeait d'habit que le plus tard qu'il pouvait ; et étant supérieur général de la Congrégation, on lui en a vu de percés et rapiécés, et il foU lait employer beaucoup de prières pour lui faire prendre une soutane neuve.

On voyait reluire la pauvreté de ce serviteur de Dieu en toutes les choses destinées à son usage. Lorsqu'il était assistant de la maison de Saint-Lazare , il n'avait ordinaire* ment qu'un livre ou deux pour étudier ; il ne se servait que d'une chaise de pallie, d'un vieux chandelier, d'une mauvaise écritoire , de pauvres lunettes avec un éini de bois que de bien moindres que lui auraient dédaignées. Son lit k la vérité était entouré de rideaux , h cause de son infirmité; mais ils étaient tout simples, d'une étoffa simple et sans façon ; on y avait mis une petite garniture autour ; mais son esprit de pauvreté ne te put soufflrir, pas plus qu'un buffet façonné qu'on avait porté en sa chambre et qu'il fallut àier pour le contenter ; en mit en place de simples tablettes de planches tout à jonr, comme en ont les pauvres gens des champs pour mettre leur vaisselle ; il ne voulait pas même souflVir une petite paire de chenets de fer tout simples k sa cheminée , parce qu'y» éiaint neufe el tant soit peu jolis; il en fit mettre d'tures plus grossiers et plus conformes k cet es-

â feite de 1« niBilteure )^&nië de sM reverniv mab per^ Botane B*ii Vu peur t^eie tlkniiMier la cfterité de H. Ahné^ rfts: H recevait toujours némie Éombre d'enrcitaM et Misait les mëoÉes aum^iies; il a ceuttooé trè^ exactement te saiate pratique q^e feu M. Vinceot a introduite de fbîre Hiènger tous les jolirs deux pauvfee d^ns le réfectoire , àyaftt soin de les instruire en même teiiips des vérités ée te religion ; il les allaît néne vtiMr chec eux loisqÉ'ik Cw»* baient malades , tout iniraie qli'il était IttiHuéttie^ biea qu'il lui falMt faiire un efaealin assee long avec beauettuf^ de peine à plusieurs pauses et reprises. Les ^Hscéurs fill fiûéait à ces bennes fens ne respiUafent qu'amour; il leM* parteit de ^abondance de sob c<êur., et plÉsieun pauvies de l'hApital du noÉà de Jésus ^\l avait eitretenis k sua erdinaik^ uVant que de les y admettre ont tous ténoifné être ravis de joie ^ et tous consoMlft et attendris par iés fémoigilages extérieurs qu'il lear donnait de sa bonlë. Des pareils il en venaft aux dfets^ il a fak donner tous lés aés deux cents (Vsnos ë te trésoriète de te Chanté de Saint-Lailrent poulr te sèulagonient des patt*vres de la paroisse; et lorsque les hivers étâent fàebèux poteir les pauvres fens el ^e te paînétaU eher^ il envoyait un officter de te inMson par tes faubom^ de Ssint-LaBare et de fiaint-LaureOt avec des frères pour connaitio te nécessité dés pauvres à q^ il faisait donner un pain à Vtm , te moitié k l'autre^ et ainsi du reste selon te besoin de chacun ; en un seul hiver il teur êi distribtfw six cents ou sept cents fagoto de la provision de te maison. Il teisait sÉssi donner du pâte k la porte è tous tes pauvres passans j et leur faisait iiuelquefois faire du feu pour se chauffer, et faisait donner aux pauvres honteux quelque aident ; il avait peine k renvoyer ameun pauvre sans au^ mtee, et les portiers ^mt remarqué qu'ils m se sont pria*

que jamais adrefiftéft ^ loi saû3 obtenir quelqUf cluMéé Aqsô U confiance qu'iU. ^valent en aa charité Im postait à s'adresser directement k lui poor le secours des miaén^ Ues y étant persuadés qu'il avait un cœur capable de loger tous les misérables et des mains toutes bienfaisantes pour les secourir. Sa charité n'était point bornée et limitée k un certain nombre de pauvres; de sorte que si raumdne ordinaire ne suflisait pas pour en donner à tous les néces-» siteox qui en demandaient, il la faisait augmenter h pro" portion du nombre ; c'est le témoignage qu'a rendu de lui un frère portier, lequel lui ayant représenté que le pain qu'on donnait d'ordinaire aux pauvres ne suffisait pas pour la moitié de ceux qui en dema»daient. M» Aimeras lui ordonna d'en donner encore une fois autant :

< Oui I mon Frère i dit-il , je le veux bien , non seulement

< que vous donniez deux , trois, quatre pains « mais tout

< autant qu'il en faudra, t C'est ainsi qu'il élargissaii son c<nur h proportion que le nombre des misérables s'attg» mentait , et qu'il réglait les aumônes plutôt par la quantité des pauvres que par les revenus de la maison , étant persuadé qu'il ne pouvait faire un meilleur usage des biens de la communauté que de les mettre entre les mains de Dieu , dont ils procèdent , par celles des pauvres qui les reçoivent en son nom. Entre les œuvres de miséricorde dont M. Aimeras s'est acquitté si dignement^ la visite des prisonniers tint un des premiers rangs; leur état touchait d'une vive compassion , et cette compassion n'était pas stérile en lui , mais elle passait du cœur au dehors ; il ai* lait souvent les visiter , et on a remarqué qu'il y est alU quelquefois quatre ou cinq fois par jour, et sans doute il n'y allait pas les mains vides , et accompagnait l'aumtae oorporelle qu'il leur faisait de la spirituelle , parlant des choses de leur salut et les exhortant k faire des confi

sioDft gé&érales. Sa charité a paru d'une eicellente manière envers un de ces pauvres misérables: c'était un jeune honune qui avait quitté ses études et qui s'était enrôlé dans une compagnie de gens de guerre; il déserta quelque temps après , et étant ensuite contraint par la nécessité , il fit quelques vols , pour lesquels il fut mis en la prison du bailliage de Saint-Lazare. M. Aimeras Tétant adlé voir, fut touché de son malheur; considérant qu'il ne pouvait éviter de passer par les armes, et dans le désir de lui sauver la vie , il s'informa du nom de son capitaine qui , par bonheur, était neveu d'un des amis de la Congrégation ; d'où il prit occasion d'envoyer prier cet ami d'obtenir de son neveu la grâce de ce jeune homme, ce qu'en effet il obtint ; mais non contedt de cette faveur signalée qu'il avait procurée ^ ce jeune homme , il lui fit porter en prison à dîner et à souper pandant huit Jours, &k attendant sa sortie ; et lui ayant fait faire une confession générale, un sergent le vint prendre pour le conduire au rendez-vous , afin d'y faire quelque sorte de réparation , et ensuite le capitaine lui donna son congé par écrit, dont il vint rmiercier quelque temps après son bienfaiteur, confessant qu'il lui était redevable de la vie. Si H. Aimeras s'est montré si miséricordieux et si bienfaisant pour des misérables qui, par leuis crimes, s'étaient attiré leurs misères , combien plus a-t-il fait paraître sa charité à l'égard des pauvres volontaires, dont la pauvreté n'est pas un châtiment de leurs crimes, mais un effet et comme une récompense de leur vertu , j'entends des reUgieux pour qui ce serviteur de Dieu conservait des sentimens d'estime et d'amour très particuliers : nous en avons un exemple très remarquable entre lés autres en la personne des très révérends pères Récolléts, vo»ins de Saint* Lazare. M. Vincent leur avait dit autrefois que quand

ils aaraient besoin de quelque chose ils Tentoyassent quérir : et ii ne manquait pas en toute occasion de fournir k leurs besoins. M. Aimeras a suivi en ce point Texemple de son charitable père , et même en quelque façon surpassé , car non seulement il ne leur a jamais refusé de ce qu'ils lui ont demandé, mais il leur a donné si abondamment que s'ils ne demandaient qu'une demi-douzaine d'œufs il leur en faisait donner une douzaine , et quelquefois dans le cours de Tannée il leur envoyait quelque provision, surtout dans le carême , du beurre et du poisson , et d'autres fois du pain et du vin. On peut inférer de tout ce que nous venons de dire que M. Aimeras a été un grand amateur des pauvres et de la pauvreté.

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