‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 61 sur 65 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DK SA CHASTETÉ.

Comme l'impureté est souvent une suite de l'abondance, aussi la chasteté ne se peut séparer de la pauvreté volontaire ; il ne faut donc point s'étonner si M. Aimeras, ayant aimé la pauvreté au point que nous l'avons vu , a aussi excellé dans la pratique de la chasteté. Déjà il avait manifesté son amour pour cette vertu dans le monde en refusant d'écouter les propositions qu'on lui avait faites d'un honnête mariage ; et quoique sa naissance , ses biens , ses grandes qualité et sa charge de grand conseiller au grand conseil lui donnassent un sujet légitime de se promettre un parti considérable , il ne voulut point néanmoins avoir d'autre épouse que la continence; ne voyant point de beauté sur la terre comparable aux attraits de cette char-

-semante vertu; Pour la cooaerver mviolablement , il a'est él^gné avec grand soin de la conversation dès femmes « il ne leur parlait que dans la nécessité, et pendant ce temps il parlait avec un maintien si grave et un eitérieur ai recueilli, que son abord inspirait de la pndenr; il ne se rendait dans ces sortes de conversations qu'accompagné d'un témoin de sa conduite ; et s'il n'avait point avec loi quelque officier ou une antre personne de la maison , il envoyait demander un séminariste au directeur du sémi* naire. Un d'eux qui fut envoyé pour l'accompagner a rapporté qu'une vertueuse dakne Tétant venu voir pour être consolée en son afOiction, on ne l'eût pas plus lAt averti qu'on le demandait qu'il descendit pour la venir trouver ; mais le séminariste ne se rencontrant pas assez tôt, il entra seul avec elle dans le parloir, laissant la porte à demi ouverte ; et le séminariste étant venu bientôt après, demeura k la porte, n'osant entrer dans la chambre où ils étaient , soit par crainte ou pour ne pas entendre ce qu'ils disaient; mais H. Âlméras venant à sortir et le trouvant là , il lui fit une bonne réprimande en présence d0 cette dame, ftgée d'environ au moins soixante ans, et hn persuada qu'il avait fait une grande faute 4e n'être pas entré avec eux : ceci arriva un ou deux ans avant sa mort.

Sa pureté a non seulement paru dans son éloignement de la conversation des femmes, mais dans les entretiens qu'A a eus avec toutes sortes de personnes : on ne lui a jamais entendu dire aucune parole ni vu faire aucune action qui pût tant soit peu offenser la modestie ; et si on Isiasait échapper en sa présence quelque mot capable de donner quelque petite impression contraire h la pureté et préieiter k Timaglnalion quelque idée mohas honnête, ce jamais impunément : il prenait toujours la liberté

d'en avertir et de témoigner qu'il avait cela pour désagréable. Comme il savait qu'on ne peut être chaste sans éviter les occasions, il les fuyait avec tout le soin et la diligence possible ; il avait dqo torpeur très grande pour l'oisiveté et l'intempérance, qui sont les nourrices de l'impureté ; ses yeux étaient si pudiques et sa conscience si délicate sur ce point qu'il ne pouvait souffrir en sa chambre des images de piété qui portassent quelque ombre d'indécenoe , et il en ftt ôter pour cette raison nqe de sa chambre qu'un frère ï qui elle paraissait estrèmement bien faite y avait mise. Il ae se contentait pas d'avoir cette vertu dans une extrême recommandation pour son égard , nais il la désirait et la recommandait beaucoup k tous ceux de sa Congrégation.

11 voulait que les prédicateurs de la compagnie expliqua»» seul le sixième commandement de la manière la plus he^néte possible , sans trop descendre dans le détail, de peur de laisser de mauvaises impressions dans l'esprit des auditews , et quelques mois avant sa mort il prit la résolution d'adresser une prédicaticm touchant oe eeramandon ment , pour l'envoyer ensuite ï toutes les maisons de sa compagnie, afin de servir de modèle et de faire voir aux prédicateurs jusqu'où ils pouvaient s'avancer sur cet im« portant sujet. Veilk quel sacrifice il a ftiit k Dieu de son eorps ; voyons maintenant celui qu41 a fait de son esprit, la vertu d'obéissance.

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