DB SON OBÉISSANCE
Les personnes qui ont l'avantage d*étre consacrées k Dieu et les communautés ecclésiasliques se doivent considérer comme ces hosties de l'ancien Testament qu'on appelait holocaustes, lesquelles étaient entièrement brûlées et consumées par le feu, sans qu'il en restât rien ni pour le prêtre /ni pour celui qui les offrait. C'est ainsi que M. Aimeras s'est toujours considéré ; car, après avoir sa« crifié ses biens et son corps k Dieu par la pauvreté et Ja chasteté, il s'est de plus dépouillé de son esprit par l'obéissance et en a fait un pr^nt k la divine Majesté par nne pratique très exacte de cette vertu. Il était toujours prêt k partir au moindre signe de la volonté de M. Vincent; il n'avait aucun attachement pour les lieux et emplois, quels qu'ils fussent; il quittait tout sans hésiter au moindre ordre : on l'a vu ^ quand il était directeur du séminaire et assistant de la maison, en sortir souvent pour aller aux Bons-Enfans diriger les ordinations, traiter des affaires qui lui étaient commises en divers lieux et faire des visites dans les maisons de la compagnie, quoiqu'il semblât que cette multiplicité doccupations fût un empêchement pour bien faire ses principaux offices. Il était souple et exact même aux ordres les plus difficiles: en un mot, il prenait l'obéissance pour règle de tous les mouvemens de son cœur et de son corps , sans jamais s'en départir. En voici deux témoignages illustres et qui font voir jusqu'k
quel point il était mort k sa propre ToloBtë. On a vu qu'il a quitté Paris pour faire des voyages même hors dn royaume, en danger de n'y plus revenir, sans prendre congé de ses parens , pas même de son père ; mais ce qui fait encore mieux voir la perfection de son obéissance , c'est qu'il sembla sacrifier sa vie plutôt que de manquer k cette vertu , à l'exemple de Notre-Seigneur, de qui saint Bernard a dit : Maluit perdere vitam quàm obedien" tiam. En effet M. Vincent l'envoya visiter les maisons de la compagnie en 1646, et étant arrivé k Marseille il jugea aussi nécessaire de l'envoyer à Rome. M. Aimeras, qui était fort incommodé pour lors , ne s'excusa point sur les fatigues et les longueurs du voyage qu'il entreprenait, sur le grand péril auquel il s'exposait de mourir en chemin ; mais il se mit en voyage et sou£Grit de très grandes infirmités sur les chemins, qui Tobligèrent de consulter par lettres les médecins de Paris et de prendre les remèdes qu'ils lui ordonnèrent, sans discontinuer son voyage. Etant arrivé k Rome, ses infirmités loin de diminuer augmentaient ; ce qui n'empêcha pas qu'il n'acceptât cette maison de Rome dont M. Vincent le chargea ; mais comme il devenait dans ce pays de plus en plus infirme, il reçut ordre de revenir k Paris, k quoi il acquiesça et se mit en voyage; et comme on lui représentait le danger auquel il s'exposait : < Non , dit-il , il faut aller. Dieu sera mon t guide. > Après son retour en France, M. Vincent lui fit faire plusieurs autres voyages que ses incommodités lui rendaient très fâcheux et diflSiciles, mais que son obéissance lui faisait paraître doux et agréables; enfin le dernier fut celui de Richelieu , où il fut envoyé en partie pour se trouver au passage de la cour, qui revenait de Rayonne, et où, comme nous avons remarqué ci-dessus, il tomba malade avec une telle
faiUeBse et aliatt^mèiit que 11. ViacMt» qui dépmU eiM^ mement ie tw, n'osa pas lui manto de Btvew- Il ne put néanmoins lai caeher la peine qu'il éprouvsiit 4e %o^ absence et le repentir de l'avoir envQjé ; il ^'en fallut pas davantage à M. Aimeras peur le faire partir de mette* Reu même au pl^s fort de son maU prenant la.ieUre d^ M. Vincent et les termes dans lesquels elle ^tait qobqqq peur un témoignage sufiisant de sa volonté. \\ Qt faire uq brancard où l'on mit un matelas, et on le coucha dewnsj oe qui n'empdoha pas qu'il n'endurât de très grandes in« commodités par les chemins ; mais enfin il arriva k Paris un vendredi ; il eut encore le jour auîvaat la consolation de recevoir les avis de H. Vincent , lequel tomha le dimanche dans une défaillance qui le rédniait k l'agonie et lui ût renApe l'àme le jour suivant. La mort dq M. Vincent, qui mit in b ses peines, occasionna tti surcroît de tra?ail à M. Atanéras qui , souhaitant de vivre sens rob^iainee% se vit par cette mort ohargé de la conduite généf aie de la Congrégation ; et c'était avec grande raia^n qne M- Vincent le choisit pour coBunandeTt puisqu'il avait ai bien an obéir. 11 est vrai que sa charge de supérieur nq le dispenaa pas de Tobéissanee. Il obéit k M. Vincent m^n apràs sa mort , et se oondoîiit en toutes choses par aon esprit dent n était rempli et par lequel il gonvernait la compagnie* On ne peut eiprimer le aoin qu*il a pria d« suivre paa ^ pas les sentimens de ce premier supérieur : non content d^avoir fait mettre en lumière sa vie , où sont déwtea lea qualités de sa conduit^i^ il a cru de pins devoir les re* chercher dans ses lettres , où il semble qu'il % «eipnm gravé son esprit , ses maximes et son earantève sur une infinité de sujets, parfamt k toutes sortes de peranou^s- ^ cette fin il en a fait faire les extraits et Us a Uéi dann trsiae en quatorze mains de papier, rtmtrquant les tfaîM
de pradenee dont il se servait, les sages tm quil donnait anx supériean et ain entres, de qnetle manière il oonso* hit les affligés, relevait le conrege des ftdbles, et conî* geait ceni qni étaient tombés en quelque faute » dans le désir qu'il avait de suivre en tontes choses les ordres et les instmetions dont ils auraient besoin ; il les iit ranger quelques mois avant sa mort , selon les diverses matières, et transerire proprement dans de gros livras reliée, comme nn précieux trésor pour la compagnie. M. Aimeras par la fréquente lecture de ces lettrei était devenu un si parfait imitateur de M. \incent, qu'il n'eAt voulu pour rien du monde se départir de sa conduite. Nous avons un exem» pie rraiarquable de ceci oitre plusieurs : un Crère de la compagnie étant sorti par le mouvement de sa propre vo» lonté , après s'être rendu digne d*en être ohasié par plur sieurs d^obéissances considérables, ne fut pas long-temps sans ouvrir les yeux à son malheur ei sans connaître sa fiante; étant donc pressé des remords de sa conscience, il demanda h rentrer dès le temps de M. Vincent, qui ne voulut point lui accorder cette grâce. Ce frère ne se re» buta point de ce reflis , et après la mort de M. Vincent H rscommença ses poursuites auprès de M. Aimeras; il prie, il sollicite » et presse et fait mille instances ; il emploie Tent remise de personnes considérables, mais le toutinu* tilement, parce que M. Aimeras s'appuyait sur le reftis de M. Vincent, comme sur une pierre ferme, et ne jugeait pas qu'il dût ouvrir une porte que son très digne père avait fermée. C'est ainsi qu'il s'est comporté en plusieurs autres rencontres , oi il a fait voir sa parfaite soumission aux sentimens de son premier supérieur. 11 n'y a doQO pae lieu de s'étonner si , ayant pratiqué si excellemment l'obéissanee , il était si sélé pour recommander aux autres cette vertu , et si clairvoyant pour déeounir et oof-
riger ce qni ne portait qne l'ombre de la désobéissance. C'est ce qu'on remarquera dans l'exemple suivant : an des principaux officiers de Saint-Lazare se tenant , au sortir de l'église , la tète nue pendant un long temps pour satisfaire à plusieurs personnes qui l'abordaient, fut averti de II. Aimeras de ne le plus faire , de peur d'en être incommodé. Cet officier obéit pendant quelque temps; mais ayant ensuite oublié l'avis qu'il lui avait donné , il y manqua quelquefois ; ce qui étant venu à la connaissance de H. Aimeras, il prit son temps, et l'ayant fait parler un jour dans une conférence qui était de l'obéissance, après l'avoir écouté il lui mit devant les yeux cette faute , et la loi dépeignit avec des couleurs si vives et des expressions si touchantes , que toute la compagnie en demeura surprise et étonnée, tandis que l'officier se tenait humblement ï genoux.
Si M. Aimeras pariait avec tant d'énergie de l'obéissance , c'est que son cceur en était plein ; il la possédait dans toute son étendue , ne se contentant pas d'obéir aux supérieurs ecclésiastiques ; mais de plus il voulait qu'on fût soumis aux magistrats , et surtout k la personne du roi , pour qui il avait une estime et une vénération extraordinaire : il le fit particulièrement connaître lorsque Sa Majesté réunit k sa couronne ses domaines aliénés ; la plupart du monde s'en plaignait hautement ; mais quoique la maison de Saint-Lazare y ait perdu un revenu fort considérable et sans lequel il semblait qu'elle ne pouvait se soutenir, néanmoins on n'a jamais entendu de la bouche de ce serviteur de Dieu aucun mot de murmure ; au contraire il a justifié la conduite du roi et confessé qu'il se faisait justice et qu'il ne leur faisait point tort, puisqu'il remboursait les sommes pour lesquelles ses ^miûnes étaient engagés.