‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 63 sur 65 · DE SON HUMILITÉ · texte numérisé non relu

DE SON HUMILITÉ

On doit juger de la profondeur d'un bâtiment par son élévation : plus on le veut éleyer, plus on creuse avant pour poser la première pierre ; c'est la charité qui donne à rédifice spirituel la hauteur, mais il appartient à Thunû- Uté d'en être la base et le fondement. On ne peut donc douter que M. Aimeras n'ait été très humble, puisque sa charité, ainsi que nous avons vu , a été si excellente et si sublime. Néanmoins, pour en demeurer plus persuadés, voyons avec quel courage et quelle fidélité il a pratiqué cette vertu. Son entrée dans la Congrégation a été, comme nous l'avons vu au commencement, un effet de son humilité ; car s'il a fait choix de cette compagnie naissante et Ta préférée aux autres plus éclatantes et plus considérahles , c'a été par le mouvement de cette vertu qui lui a fait considérer cette petite communauté comme un tombeau où il voulait se cacher et dérober aux yeux du monde , ou comme une terre en laquelle il voulait mourir ainsi qu'un grain de blé , pour y fructifier davantage et se rendre plus féoond en bonnes œuvres. On ne peut douter que ce n'ait été un grand abaissement pour lui de descendre de son tribunal souverain , oii son mérite lui donnait un rang très considérable , pour venir dans un pauvre séminaire , composé de jeunes clercs , se faire semblable k eux , quitter toute la politesse qu'il avait dans le monde pour vivre dans la simplicité , la soumission et d^endanee ; se cou«

Trir d'une grosse toile , balayer la maison et laver la vaisselle ; et te qui était plus admirable , c'est qa'il ne se livrait point 2i ces emplois bas et humilians par une espèce de routine , et seulement pour se conformer k l'exemple des autres, mais il lès faisait par un véritable amour de sa propre abjection , dans une sincère connaissance de son néant, et convaincu du besoin qu'il avait de la vertu d'humilité ; il la prit aussi dès lors pour sa chère vertu , poor M pratique partlcidière, et il en conlintia depuis rexerclce avea tant de eonstaiice t#tti le reste de sa vie, qu'il ne se présentait aucune occasion de s'hiutayier qu'il ne l'emiNrassât courageusement. On le voyait souvent demander pardon des fautes dont mteae il n'était point coupable, at an jour U le fit dans le séminaiire , mais avec une tetta iiomilité qne tous ceux qui se tronvèremt présens en tarant vivement touchés i» au poini que se mettant euinmèmes tons k genaui , îfe vetaèrent beanconp de lamas. Om Ta entendu pkttienrs fuis faire raccnsation pafaliqne tt générale des fantes de aa vie passée , siunnantant ainsi la népugnance naturdie qne h» hommes ressentent de déconvrkr leurs fantes.

Il ne s'est pas mains montré génèrent pocv vaincre les respecis knmains et les vaines> craintes de dépfaâra an monde ; plul^enrs ont éié témoins «qu'ayant été enva^ ponr nettoyer la vaisselle lorsqu'il était au séminaire, il les alla trouver <lana le même équipage qu'il était , avec nne vieiHe casaqnn de toile, les maîas «aies et leur demaot ainsi le bon jonr^ les remerciant de lenr visite, et tes priant de l'excuser s'il ne les entretenait pas plaa long^ temps ^ i^égaant qn'il avait aiaira oe javr-lk î laver la vaisseUe. Moasienr aan père^ lorsqu'il veMît k Saint-*Ln* aare pour le vair« k rencontrait âonveitt avec one pauvre casaque, le balai k lamain^ et lui demandait oè il aHail;

•1 ioî réf^oiHkit ftÛDpteaieiit qu'il s'en allait balayer» et f«fe passait Mtre sans s'arrêter. Celte ferveur n'a pas éiè en loi eomme un éclair qui passe en un moment ou comme me dévotion de commençans qui ne dure que le temps de le«ir épreuve: on a remarqué qu'il a toujours eoDûiitté dans ces pratiques humiliantes « et on l'a vu plusiears fois après la sortie du séminaire faire les mêmes exercices d'humilité à la vue des externes qui venaient ï la maison ; et bien que l'humilité honorée soit bien rare , et que les honneurs changent d'ordinaire les mœuirs^ on a remttqné que toutefois ce serviteur de Dieu avait porté cette vertu au plus haut point. Plus M. Vincent l'honorait tf9i3t les emplois considérables qu'il lui donnait , plus il s'abaissait et s'humiliait. Depuis qu'il eut été établi directeur du séminaire» il redoubla sa ferveur en la pratique de cette vertu , se voyant obligé de donner l'exemple aux autres. On l'envoya un jour à Forges avec un ancien prêtre de la Congrégation et avec deux ou trois jeunes élèves du séminaire; cet ancien prêtre fut obligé par une princesse» dame du lieu» de prêcher plusieurs fois pendant le s^our qu'ils y firent» et M. Aimeras eut Thumilité de lui servir de compagnon et de tenir le sable : t'était l'usage alors dans les missions de régler le temps des sermons avec un sablier sur les degrés de la chaire , k la vue de tout le monde, pouvant aisément faire pratiquer cette action basse par un des clercs du sémimnre dont il était directeur; mais ce qui était plus remarquable» c'est qu'il fit cette action en présence de cette princesse, qui connaissait sa famille et qui avait ouj parler de lui pendant qu'il était dans le monde» et de pins en présence d'un gentilhomme qui avait fait le voyage d'Italie avec lui avant qu'il fût missionnaire^ qui sont autant de droonstances par lesquelles on peut juger combien Q

était mort k lai-même et fortement établi dans le mépris du jugement des hommes. Ayant été nommé par H. Vincent dans Toffice d'assistant de la maison de Saint-Lazare, outre la direction du séminaire qu'il exerçait en même temps , il ne relâchait rien de son humilité : on l'a va plusieurs fois, nonobstant les grandes et eontinaelles occupations que ces deux emplois lui fournissaient , s'appliquer aux exercices les plus humbles de la maison , comme de balayer les salles et les chambres , revêtu d'une casaque de toile , et demandant auparavant k celui qui avait soin du séminaire où il voulait qu'il allât travailler, comme s'il eût été le moindre des séminaristes, lui qui en était le directeur et le premier officier de la maison après M. Vincent. Il a fait en ce temps-lk l'office de lecteur de la première table, qui est l'emploi ordinaire des élèves , s'acquittant comme eux de cet office pendant toute la semaine en laquelle il avait commencé de Ure ; et ce qui est beaucoup plus remarquable , c'est qu'il allait prévoir la lecture k la même heure que les séminaristes y vont d'ordinaire : celui d'entre eux qui avait le soin de la faire prévoir lui disait la manière qu'il fallait observer soit pour le ton, soit pour la prononciation, et M. Aimeras suivait en cela, par un effet singulier de son humilité, non pas ses propres lumières, mais celles d'un jeune clerc nouvellement reçu dans la Congrégation et qui était sous sa conduite. Afin de joindre ensemble la soumission de son jugement et de sa volonté à l'exercice de sa propre abjection , on l'a vu encore pour lors faire l'office d'acolyte aux messes solennelles et beaucoup plus souvent aux messes basses , ce qu'il faisait toujours avec une dévotion et une modestie qui édifiait merveilleusement tous ceux qui le voyaient; il s'abaissait même au-dessous des frères, et un jour, au sortir d'une retraite , son humilité le porta k les

aller chercher tous dans leurs offices pour leur baiser les pieds et leur demander pardon. Il a essuyé volontairement la même humiliation depuis qu'il a été supérieur général envers le frère qui avait soin de lui rendre quelque petit service, ce qu'il observait généralement envers tous ceux qu'il croyait avoir tant soit peu contristés par quelque parole un peu forte. Comme ces emplois bas et humilians faisaient le repos du cœur humble de ce serviteur de Dieu , les emplois honorables, et surtout la supériorité, étaient sa croix et son martyre; c'est pourquoi il eut une très grande peine de se voir établi supérieur de la maison de Rome ; il représenta k M. Vincent tout ce que son humilité lui suggéra pour en être déchargé , et voyant qu'on rappelait en France M. D'Horgny, il prit cette occasion pour redoubler ses instances afin d'obtenir sa décharge ; mais il n'eut pour réponse qu'uae lettre d'encouragement dont voici un extrait :

< Si la maison de Rome est orpheline comme vous di-

< tes par l'absence de M. D'Horgny, Motre-Seigneur en c sera le père , le conseil et le procureur, n'en doutez c point ; mais redoublez votre confiance en sa bonté , et c laissez-le faire , il sera cet homme de grâce et d'indus*

< trie que vous estimiez devoir être mis en votre place.

< Vous savez , Monsieur, que le succès des affaires dépend

• tout de lui, et je sais que, s'il eût dépendu de vous, ce

• que vous avez entrepris eût très bien réussi , d'autant

< que vous y avez mis toute la précaution et toute la di-

< ligence qu'on pouvait attendre d'un homme de vertu ; c la défiance de votre conduite est bonne, mais il faut se

• confier en Notre-Seigneur et le laisser faire , puisque

• c'est lui qui conduit et non pas nous. >

Si cet humble prêtre a témoigné tant de peine k être supérieur d'une maison particulière , combien plus k être

•upéneur général 4e ta Gongrégatimi; on ne saurtit ezpri* ntr le déplaisir qu'il en C(m^nt , les larmes qa'il répandit IotmIqHI fui élu ; mais ne pouvant rérâter b la volonté de Dieu qui avait été si clairement manifestée dans le choix de sa personne, il Ait contraint de baisser les épaules sous cette charge que son humilité lui représentait extrè-p mènent pesante et difficile k supporter. Voici ce que cette profonde humilité lui faisait dire dans la circulaire par laquelle il annonçait son élection : • Notre-Seigneur a i voulu y en donnant un si pauvre guide à la compagnie , • la laisser presque comme si elle n'en avait pas , afin de « se rendre lui-même son supérieur et son guide; il veut f que Ton sache que c'est lui-même qui la gouverne , afta f qa'on n'attribue qu'k lui seul le progrès et le flruit « qu'avec aa grâce elle pourra faire, t C'est par l'effet de cette même vertu qu'il forma le dessein , quelques an« nées après , de faire son possible pour en être déchargé ; il convoqua k cet effet une assemblée générale, oh , après qu'on eut traité de plusieurs affaires qui regardaient le bien de la Congrégation et qu'on eut élu un admoniteur h la place du dernier qui était décédé , il se plaça au-dessous de tous les députés, et tenant sa démission en main qu'il avait auparavant écrite en ces termes :

< Je , René Aimeras , supérieur général de la Congrégation de la Mission , me reconnaissant très incapable ei très indigne d'exercer cet office , tant k cause de mes cmitinuelles infirmités que pour mes misères spirituelles très grandes et en très grand nombre qui me rendent insupportable , et font que je donne des sujets de scandale et de mortification à ceux de la compagnie en toutes rencontres ; je me démets librement et volontairement de ladite charge de supérieur général de la Congréga* tion de la Mission, entre les mains de l'assemblée gé»

• nérala qui »e tient préMotement , et la suppbe trèa hom-i i blement d'y pourvoir par Télection de quelque autre, qui i répare les fautes ionombrablee que j'ai conuniaes , pont c lesquelles je lui demande pénitence, et à Dieu pardon et

< miséricorde. En foi de quoi j'ai signé la présente déclara^ t tion et démission du susdit office , et l'ai scellée de notre

< sceau k Saint-Lazare. Paris , vingt^unième jour d'aoftt c 1068. Signé Aimeras et scellé du sceau. > Il dit ensuite: c Vous voyez , Messieurs , qu'il s'agit de faire une élec^

< tion plus importante que celle que vous venez de faire,

< c'est d'élire un autre supérieur général ; voici ma déi mission en bonne forme , chacun sait assez combien je « suis fondé en raison et en justice pour la faire; il est c visible que je suis incapable d'exercer celte charge, c la compagnie a besoin d'un homme tout autre que je

< ue suis. I Et ayant ajouté plusieurs autres choses qui tendaient ï faire connaître les prétendus défauts de sa conduite , il sortit de l'assemblée et se retira dans sa cham» bre. Les députés furent bien surpris de cette action , et envoyèrent les principaux d'entre eux pour l'aller trouver et lui protester qu'ils ne recevraient point sa démission , qu'il serait leur supérieur général jusqu'à sa mort , qu'ils le suppliaient de l'avoir ainsi pour agréable; mais n'ayant pu rien gagner sur lui , l'assemblée fut obligée de l'aller trouver pour lui réitérer la même protestati<m qu'elle n'aurait jamais d'autre supérieur général que lui pendant qu'il vivrait, et qu'elle le priait de le trouver bon. Cet humble prêtre répliqua avec larmes et gémissemens tout ce qu'il put pour les porter k choisir un autre supérieur; et voyant que toutes ces raisons ne pouvaient rien gagner sur leur esprit, il en fut touché d'un si vif sentiment de don^ leur, qu'il en fut sur l'heure notablement incommodé et affaibli ; tous les députés furent aussi extraordinairement

touchés de compassion de la peine qu'ils le voyaient sout frir, et plusieurs versèrent en cette occasion beaucoup de lannes; enfin il fallut que Thumilité de ce digne supérieur cédât k sa charité , il fut obligé de se rendre aux remontrances de ses enfans^ et d'accepter de nouveau la charge de supérieur. Mais quoiqu'il agit extérieurement en qualité de supérieur envers ses inférieurs', pour maintenir l'ordre et la discipline nécessaire dans la maison de Dieu, il se mettait néanmoins aux pieds de tout le monde dans sa propre estime et dans les vues que Dieu lui donnait de son néant. • Je suis venu, disait-il au directeur du sémic naire quelque temps avant sa mort , pour être sous les

< moindres Frères de la compagnie , et je regarde toutes

< mes peines, mes douleurs, mes humiliations et tous mes

< autres maux comme des châtimens dus à mes péchés. » Et ce même directeur lui ayant dit que quelqu'un dessémi* naristes communiait tous les jours pour demander k Dieu sa conservation , il en fut fort surpris, et lui repartit avec étonnement : c Quoi ! on fait des prières pour ma conservation ? i 6 Monsieur, que cela né se fasse plus , on doit plul6t def manderkDieu qu'il augmente mon mal, et qu'il meretire

< de cette misérable vie , où je ne fais que du mal k la com-

< pagnie, par mes scandales et ma mauvaise conduite. • C'est cet humble sentiment qu'il avait de lui-même

qui lui donnait beaucoup de défiance de ses propres lumières, et qui le rendait extrêmement exact et ponctuel pour assembler ses consulteurs, afin de délibérer sur les moindres dificultés ; il demandait même k d'autres leurs pensées sur des choses dont ils pouvaient avoir connais* sance, ne voulant rien résoudre de lui-même ni sans beaucoup de précaution , mais tout avec délibération et conseil. Il avait tant k cœur cette pratique, quil ne se lassait point de reconmiander de vive voix et par

lettres 2i tous les sapériears des maisons de la Congrégation , reprenant ceux qui agissaient autrement et leur iai* sant voir par son exemple combien elle était utile ; et il écoutait aussi très volontiers tous les avis qu'on lui donnait , sans même les avoir demandés ^ dans le désir qu'il avait de se bien éclairer^ et que rien ne se flt que dans l'ordre ; et quoique les choses semblassent déjk résolues, il en faisait quelquefois suspendre l'exécution, pour en délibérer de nouveau si cela le méritait, et faisait quelquefois recommander la chose k Dieu en particulier et en général ; en mille autres occasions il a fait voir une docilité de jugement merveilleuse accompagnée néanmoins d'une fermeté rigoureuse pour faire exécuter les choses résolues , et d'un discernement exquis, pour discerner le vrai d'avec le faux , et les raisons solides d'avec celles qui n'avaient que de l'apparence. Cette conduite si humble de M. Âlméras a sans doute attiré sur la compagnie les grandes bénédictions que Dieu a versées sur elle, et sur ses emplois pendant qu'il en a été supérieur : aussi s'en montrait-il très reconnaissant k sa divine bonté , et très lidèle pour lui en attribuer la gloire; il admirait la bonne union , la paix et le bon ordre que Dieu y a toujours conservés , la lidélité qu'elle a eue à ses fonctions , et les fruits qui en ont réussi. Mais il faisait remarquer en même temps k ceux qui avaient le bonheur de l'approcher que ces sortes de biens étaient au-dessus de l'industrie humaine, que Dieu seul en était l'auteur, et qu'il ne devait s'attribuer que les manquemens qu'il y voyait ; qu'il n'était propre qu'a gâter, et qu'il y avait k s'étonner de ce qu'on le voulût souiTrir. Ses actions répondaient k ses paroles , et la pratique oii il était de demander pardon k ses inférieurs, faisait voir clairement qu'il se considérait comme un homme qui ne servait qu'k donner aux autres

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matière de patience et de support , bien que ceux qtn le voyaient ainsi humilié à leurs pieds ne pussent découvrir autre sujet que son humilité qui le portait k se donner le blâme de plusienns choses oti nul autre que lui ne voyait de défaut. Ou a su aussi du frère qui avait soin de lai donnera manger danssa chambre lorsqu'il ne pouvait aller au réfectoire , qu'il s'est souvent jeté k ses pieds pour la! demander pardon des peines qu'il lui donnait.

C'était encore par ce même effet d'humilité qu'il se croyait mdigne de vivre dans la mémoire des hommes : il n'a jamais permis qu'on tirât son portrait, dont on n'a pu avoir qu'un essai imparfait après sa mort , ne voulant pas laisser à la postérité l'image d'une personne qu'il estimait digne d'un éternel oubli. Il ne pouvait même souf* frir que son nom parût imprimé dans quelque livre ; et quoique dans la vie de H. Vincent il y eût œcusion de parler de lui , il n'a jamais voulu y être nommé; et lorsqu'il a été absolument nécessaire d'en dire quelque chose , il a voulu que ce fût seulement sous le nom de successeur de M. Vincent. On peut assez reconnaître par toutes ced marques quelle a été l'humilité de ce serviteur de Dieu ; mais ce qui suit en est une preuve plus convaincante, puis* qu'il est vrai que la patience dans les contradictions e^tla pierre de touche qui fait le discernement de la vraie hamilité d'avec la fausse. Voyons donc comme M. Aimeras s'est comporté en semblables occasions , qui ne lui ont manqué, ni au dedans, ni au dehors de la maison. En voici des exemples : Un jour une personne qui lui était de beaucoup inférieure, lui ayant dit des paroles peu re^ctueuses , et même fait des réprimandes non moins piquantes qu'injustes, M. Aimeras les souffrit avec un ad« mirable repos et égalité d'esprit, sans faire paraître auemie émotion , et ne lui opposa que des paroles d'une

grande doQoeiir et efaarité, se seaTeniiDt de ce qu'il est dit dans les proverbes , qu'il faut éteindre le (bu de la colère dans Teau d'une réponse douce; il se comporta nie la même manière k l'égard d'un autre qui lui dit des pa^ rôles impertinentes, qui méritaient une bonne pénitence : néanmoins comme la faute le regardait , bien loin d'uaer de ch&timent envers lui , il recommanda au Frère cuisismer de lui donner tout ce qu'il loi demanderait. Telle a été sa conduite en plurieurs autres actions envers cent de sa Congrégation , s'il arrivait qu'ils vinssent k s'oublier du respect qu'ils lui devaient. Mais à l'égard des externes , voyons comment il s'est comporté en de semblables oûc»sions. 'Ayant été envoyé à deux lieues de Paris pour y faire mission , après plusieurs instances que fil M. le ouré, qui ne voulait point entendre parler de mission , enfin fl se laissa gagner , et permit aux missionnaires de la Mn quand ils voudraient. M. Almà*às, étani allé pour anuontir œtte mission , convint avec lui de l'heure qu'il préeherait : ce curé fut d'avis qu'il prêchât le matin k la mesie après le Credo , et le soir k Vêpres après Magnificat ; M. Aimeras se soumit k tout ce qu'il voulut, il ne mailqua pas de monter en chaire le matin , k l'heure qui Itit avait été prescrite , et commença son sermon qu'il conti* nua jusqu'k VAve Maria. Mais comme il se relevait pour continuer, M. le curé commença k chanter la préface de la messe, laquelle on poursuivit jusqu'k la fin. Cependant M. Aimeras demeura* en prière dans la chaire jusqu'k ce que , la messe étant finie , il continua sa prédication sans paraître aucunement ému de l'affront qu'il avait reçu ; et bien loin d'en faire aucune plainte, il dit tant de bien de ce ôuré , qui d'ailleurs était de bon exemple , que tous les paroissiens en furent merveilleusement édifiés , ne se pouvant assez étonner de la manière obligeante dont il trai*

tait celai qui en avait usé si mal envers lui. Cette conduite le mit en réputation et attira k Vêpres on plus grand con« cours de peuple ; mais il souffrit un second affront sem* blable au premier , car étant monté en chaire après le Magnificat, et ayant commencé comme le matin sa prédication jusqù'k VAve Maria, le curé commença à chanter Compiles. Certainement un homme immortifié serait après cela descendu brusquement de la chaire , et aurait pris congé des paroissiens sans dire adieu k ce curé , puisqu'il recevait si mal celui qui n'était venu que pour le secourir ; M. Aimeras n'en usa pas ainsi , et, sans écouter ce que la nature suggère en de semblables occasions , il reprit ses armes accoutumées de la patience et de l'humilité, et demeura, comme il avait fait le matin, la parole en bouche dans la chaire , jusqu'à ce que Compiles fussent achevées, et il continua son sermon avec une joie et une paix admirable , sans faire paraître aucun mécontentement , apprenant k tous les prédicateurs la disposition où ils doivent être de se taire lorsqu'on leur impose silence ^ aussi bien que de parler lorsqu'ils en ont ordre. Tous les habitans n'en furent pas moins édifiés de la patience et de l'humilité de M. Âlméras , que piqués et offensés de l'humeur fâcheuse de leur curé , et ne pouvant retenir l'indignation qu'ils avaient conçue contre lui, ils s'emportèrent jusqu'à le vouloir maltraiter; mais M. Âlméras désirant rendre le bien pour le mal, et s'intércssant autant pour ce curé que s'il en eût reçu dé très bons services , calma cet orage et rétablit une parfaite paix entre le pasteur et le troupeau, ayant gagné entièrement le cœur des paroissiens et attiré par cet exemple de patience et d'humilité de très grandes bénédictions sur cette mission. C'est ee qu'on a remarqué en d'autres missions dont il a eu la conduite , et dont les commencemens ont été traversés de

plusieurs contradictions; il en est toujours heureusement venu k bout en s'humiliant et en s'abaissant. Non seulement il ne s'effrayait point des contradictions et persécutions • mais il les recevait avec des senlimens d'amour et d'estime comme des gages très assurés de notre bonheur et de fidèles marques de notre prédestination ; comme au contraire il se défiait beaucoup d'une grande quiétude , et cette paix et tranquillité extérieure , en laquelle plusieurs vivent , k l'abri des mépris , des afflictions et des traverses de cette vie. C'est pourquoi , quand il n'avait rien k souffrir du dehors il était k soi-même son persécuteur, et cherchait en tout temps et en tout lieu des occasions de s'anéantir et de s'humilier ; c'est ce qui le portait k demander souvent d'être averti de ses défauts , même depuis qu'il fut supérieur général , croyant qu'en cet état il en avait d'autant plus besoin qu'il était plus en danger d'être trompé par Tamour-propre ; et comme il connaissait parfaitement les trésors qui sont renfermés dans les abaisse* mens et les pratiques de l'humilité chrétienne , il ne se contentait pas de s'y porter incessamment , mais il excitait et encourageait ses inférieurs par ses discours fervens , et plus encore par ses exemples. En voici une preuve assez remarquable : étant allé faire la visite dans la maison de la Congrégation du Mans, il apprit qu'il y avait eu quelque petit démêlé entre un des prêtres de cette maison et les chanoines de la cathédrale ; et comme il était extrêmement humble , il crut qu'il fallait que ce prêtre leur en Ht quelque satisfaction ; c'est pourquoi il le pria de les aller trouver l'un après l'autre pour leur demander pardon de ce qui s'était passé ; mais celui-ci n'ayant pas eu le courage de faire seul cette action d'humilité pour plusieurs considérations qu'il allégua , M. Âhnéras le mena lui-même, et demanda pardon k genoux avec ce prêtre

k toBS les chanoines Ton après Tautre : ce qui las édifia extrêmement. Enfin pour oonclnre ce chapitre par les dernières actions de ce très humble serviteur de Dion , nous rapporterons quelques traits d'humilité par lesquels il montra son amour extrême pour cette vertu dans sa dernière maladie.

Quand on lui donna le sacré Viatiqite , il demanda très humblement pardon à tous les membres de la compagnie assemblée des scandales qu'il disait avoir donnés par ses impatiences et paroles rudes ; il demanda instamment le secours de leurs prières auprès de Dieu pour obtenir da sa divine bonté le pardon de ses péchés et des abominations de sa vie : c'est ainsi qu'il en parlait toujours , con^ sidérant ses moindres défauts comme dès crimes énormes , dans la vue qu'il avait de leur opposition k l'infinie bonté de Dieu*

Un des prêtres qui demeura plus ordtnairetnmt auprèn délai pendant sa maladie, pour lui dire de temps b antre quelque bon mot , remarqua qu'il goûtait avec une émo** lion particulière les paroles de l'Ecriture-Saiote qui por^* tent k l'humilité et k la pénitence ; et lorsqu'il lui suggé* rail entre autres paroles celle du publieain : Deus propU tins eêio mihi peccùtori , il s'abaissait dans sa pensée au* dessous des plus grands pécheurs^ disant du fond du cœur qu'il n'jr avait personne au monde qui eût plus de sujel de le dire que lui , k raison de Ses péchés el de ses abo« minaiions. Lorsqu'on lui donna rextrème-^onction « l'assistant de la maison lui ayant demandé sa bénédiction pour toutes les personnes de la Congrégation , pour mes* sieurs de la Conférence et pour les filles et les dames de la Charité , il répondit tout bas , ne pouvant presque plui parler : t Encore que je sois indigne dedottoer ma bén*Me« « tien i néanmoins dans laetafianiioque j'ai au mérite dé

t notrebonpèr6t j6 m'en vais la donner ; I comme il fit selon la forme ordinaire. C'est dans ces sentimens d'une pro* fonde humilité , que vécut et mourut M. Aimeras. Heu* reux celui qui vit et qui meurt k l'exemple de ce serviteur de Dieu , dans la pratique de cette vertu , qui est le fon« ment de toutes les autres , et le principe de notre exalta'* tioB dans la gloire I

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