LES AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES
Après le décès du roi Louis XIII , d'heureuse et triomphante mémmre, arrivéen l'année 1613, la reine-mère se voyant chargée de la conduite de cette grande monarchie pendant la minorité du roi son fils, et reconnaissant que, pour attirer la protection de Dieu sur une personne qui lui était si chère et sur tout son État, elle devait, avant toute autre chose , mettre un bon ordre dans les affaires qui
concernaient la religion « et faire en sorte que Dieu régnât dans le cœur de tons ses sujets, afin que par ce moyen Tautorité royale y fût mieux affermie , elle établit à cet effet un conseil pour les affai- . res ecclésiastiques , et particulièrement pour la dispoition des bénéfices qui étaient k la nomination de Sa Majesté; et ayant une . connaissance particulière de la vertu et des antres excellentes qua*lités de M. Vincent, elle désira qu'il fftt du nombre de cenx qui devaient composer ce conseiL
. Il ne se peut dire combien cet bumble serviteur de Dieu fut surpris et étonné lorsqu'on lui apporta cette nouvelle, ni quels efforts il fit pour persuader la reine de le dispenser de cet emploi , qui lui était d'autant plus insupporUd>le qu'il paraissait plus honorad>le et éclatant devant les yeux des hommes. Hais Sa Majesté persistant en sa première résolution , et ayant fait savoir k M. Vincent qu'elle désirait absolument qu'il rendit ce service à Dieu et au roi son fils, son humilité fit place k l'obéissance , et il crut que cette déclaration de rintention de la reine lui était une signification de la volonté de Dieu : c'est pourquoi , renonçant à tous ses propres sentimens, il s'offrit à Dieu pour faire en cela tout ce qui lui serait le plus agréable ; et quoique dès lors il prévit fort bien les grandes tempêtes et les violentes secousses auxquelles il s'allait exposer sur
cette mer orageuse de la cour, et que sa propre expérience lui fit assez connaître qu'en soutenant les intérêts de la justice et de la piété il recevrait beaucoup de contradictions et de persécutions de la part du monde , il crut qu'il ne pouvait mieux faire que de s'abandonnera la divine Providence, dans la résolution de s'acquitter saintement de la charge qui lui était imposée , et de garder une fidélité inviolable k Dieu et au roi , quoi qu'il lui en dût arriver.
Pour éviter néanmoins la perte du temps qui lui était si cher et qu'il employait si dignement , comme aussi pour prévenir plusieurs autres inconvéniens , il se résolut de n'aller jamais k la cour s'il n'y lilait appelé ou s'il n'y était obligé par quelque nécessité urgente tet indispensable ; ce qu'il suppHa la reine d'agréer, et qu'il a toujours depuis inviolablement observé. Il a bien fait voir toutefois que ce n'était pas faute d'affection au service de Sa Majesté qu'il désirait se comporter de la sorte , et que , s'il n'accomplissait pas tous les devoirs d'un courtisan , il saurait fort bien s'acquitter de cenx d'un fidèle serviteur, se tenant toujours dans la disposition de ren-
dre une prompte obéissance )i Ss Majesté lorsqa'eUe loi eommanderah de l'aller tronver.
Cette résolation serrait beancoop ii M. Vincent, parce qne la reine lui faisant Thonnenr de praidre ses avis, plusieurs personnes de grande qualité qui venaient réclamer sa faveur et sa recommandation Tenssent obligé par leurs instances d'aller et venir sans cesse pour leurs affaires, s'il ne s*en fftt excusé sur cette maxime qu'il avait de n'aller jamais k la cour sinon lorsqu'il y était mandé, comme aussi sur sa profession, k laquelle il n'était pas convenable de se mêler des affaires séculières.
SECTION IL
RÉSOLUTIONS QUI FURXNT PRISES PAE LES AVIS IkB M. VIHCERT TOUCHANT LBS MATIÈRES BiNÉFIGIALSS.
M. Vincent ayant eu entrée dans le conseil en la manière que nous venons de dire, crut qu'il devait avant toute autre chose poiter la reine et Messieurs du conseil à prendre quelques résolutions qui serviraient comme de règle pour la disposition des bénéfices dont la nomination appartenait k Sa Majesté.
Les principales de ces résolutions furent les suivantes :
La première, que la reine n'accorderait aucune pension sur les évéchés ou archevêchés, sinon au seul cas permis par le droit, qui est lorsque le titulaire, après un long temps de service, se dé* mettrait volontairement de son évéché pour infirmité, vieillesse ou autres raisons pertinentes ;
Secondement, que la reine n'ordonnerait aucune expéditioo de brevets pour les abbayes, sinon pour ceux qui, outre toutes les autres qualités requises, auraient dix-huit ans accomplis, seîxe pour les prieurés et les chanoines des églises cathédrales, et quatorxo pour les collégiales;
Troisièmement , que l'on n'accorderait aucun brevet afin d'ob» tenir des dévolus, que l'on n'eût vu auparavant des pièces justifica- Uves des choses qu'on voudrait alléguer pour les obtenir , et des certificats suflisans de la vie , mœurs et capacité de ceux qui les
demanderaient; et en cas qu'ils n'eussent pas les qualités requises , on en choisirait quelques autres en qui elles se rencontreraient , avec les moyens de poursuivre les dévolus ;
Quatrièmement, qu'on n'accorderait aucune coadjutorerie ni réserve pour les abbayes commendataîres ;
Cinquièmement , qu'on ne ferait expédier aucun brevet d*évèché par mort ou autrement , sinon pour ceux qui seraient prêtres au
Sââ6me«w>t « qu'oQ a'afl««i4iraU aMiUA «oadgutovwi^ dw akh h^^ 4e fille» , wKQiOi a^eo eonnaiwaiiQ^ «t certîtiide que la r^ ÂktobMfvéaw oes ahh0isr^9 «( qm l« M^iigmm qw m%mt pco^ poaéQft peur être cM4«trkm «unîwi VAg« de vpgt^troi» an» et;
Or» cvmm e'^ pfn de preMbre d^bamm r^volutiçm^Â cm im Wfl ^bierve, M. Vûiceiit fit t^iit ee qui pot afin q«e c^lw Qvi avaîQPl été prises tmmA ei^mmmi gai4ée»< C'est ppufqikoi il en nfindchisiait amveM h mémoire; et lorsqu'il voyait sp!9^ » f^ làeliaH q«ehme pm da MtMi «lactîtiide « il les feiaak ronovfvekff dcr Mov^ «^ twy9» et &'eMpI<^t wtwt qu'il Iw ét«it paisible pwp remédier, par Fci^rvatieii do qest régl^wma, auiL «bw qui 9e pMvaiettt glissier en )a disf^ion dea bénéficf^ et eu ^ad|^in Miratioii des biM« MdéiiaMîqves : w qu'il {«mit avec uw li*^ berté pleme de vaafieetf ae plaîcnaiit Itmqu'il voyait que les con^ aiééraiioQa purmeat bunrninet remportaient aw^desaw 4a eeUe« qui regardaient W aeivice de I>im et le bien de TÉgliae^ . Ce «Vist pae «Q'il n'fatiiiAt ^boae uto louidile de eonsîdérigi jAMîwlièKemM le» penoMes ecelésiaiHiw?» de condition ^t de courage pour lea eb»i«M de Kêglîae et vaéme poiv )ea puélfaUnea» lefiqiie la neiaMeee «t la» aiMree quaUléa ne W aefvaieiit point de prétexte peur la vanité» et qee d'aJUeitfa îia evaient )a m$K? iiMe, le veitu et le» wtres dii^ieftitîovs eenveoablea ; ettéguant i «a pnepes ce q«e dbait m anoîeA : qu'il valait vmti qee.cîeqiiaiite cerfa (uieent conduite par unliw, que cinquante liens pnf un cerC. Maie il gémissait devant Mm quand il voyait que le» iaVit^ft tfmpeiela ptévelaient aer lea apiritnel» an pn^ediee du mrm^ dA JMeu et au désavantage de son Égl»e ; et néwmiNnavei^niMwr fait ce qu'il evoy^ être de son devoir» îl oenuMltait^le retteii^ilil Providence divine.et demeuiaît Ml ^x*
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SECTION III
hiQVVti ET LA TIGaAKCS AVEC LAQUELLE M. TINCElfT SI COMPORTAIT DANS LES AFFAIRES BÉNÉFICIALES.
HT. le cardinal Mazarin ayant été établi par la reine chef du conseil des affiaiires ecclésiastiques , donnait son temps pour y vaquer, autant que ses autres aiffaires lui pouvaient permettre; et lorsque, tenant le consdl , il demandait les avis touchant la disposition des bénéfices , M. Vincent disait avec respect et avec liberté tout ensemble ses sentimens , en la vue de Dieu , touchant la capacité ou rfncapacité , le mérite ou le démérite des personnes qui étaient proposées. Hais comme il n'y avait point de jour réglé pour tenir ce conseil , et que cela dépendait de la volonté et du loisir de ce premier ministre , lequel en était souvent empêché par d'autres grands emplois , il arrivait que Son Éminence disposait cependant, sous le bon plaisir de la reine , des abbayes et même des évèchés qui venaient k vaquer, lorsqu'il le jugeait expédient pour le service du roi, et qu'il n'y trouvait aucune difficulté qu'il crût avoir besoin d'être résolue dans le conseil. Cela n'empêchait pas, toutefois, qu'il ne restât une si grande quantité d'autres bénéfices moindres, soit réguliers ou séculiers, dont il fallait disposer; tant de rési* gnations et permutations à examiner ; tant d'autres affaires di&é« rentes à régler, pour empêcher les abus et mettre toutes choses en bon ordre , que M. Vincent , qui en était particulièrement chargé, en rapportait k chaque conseil un très grand nombre.
Or, dans la disposition de ces bénéfices , il jugeait qu'il était raisonnable d'avoir égard aux ecclésiastiques de la maison du roi et de la reine , et même aux aumôniers des armées qui avaient bien servi, pour les faire pourvoir préférablement aux autres, lorsqu'ils 6e trouvaient avoir les qualités requises ; estimant que les officiers de Leurs Majestés, qui vivaient sans reproche ei se conservaient en leur intégrité parmi la corruption de la cour, méritaient d'être par^ > ficulièrement considérëS'; mais parce que tous n'étaient pas tels quHIS' devaient être , et môme qu'il s'en trouvait plusieurs qui, étant déjà pourvus de bons bénéfices , ne laissaient pas d'en demander et d'en poursuivre d'autres ; en sorte qu'il arrivait souvent
qae les plos incapables avaient plusieurs pensions et bénéfices, et que ceux qui le méritaient davantage en étaient privés : pour remédier à ces désordres, il avait fait une liste de tous les aumôniers, conresseurs, chapelains, clercs, chantres et autres officiers ecclésiastiques de la maison , chapelle et musique de Leurs Majestés, où il avait remarqué ceux qui étaient suffisamment pourvus, et les au* très qui ne Tétaient pas; et il veillait et faisait tout ce qui dépendait de lui afin que l'abondance des uns ne préjudiciàt point k l'indigence des autres.
Le roi ayant droit de pourvoir aux cures de Normandie , qui sont en patronage-lay, lorsque les patrons sont mineurs , k raison de la garde noble qui en appartient k Sa Majesté , M. Vincent se tenait fort sur ses gardes pour n'être point surpris par ceux qui venaient demander ces bénéfices, lorsqu'ils vaquaient par résignation ou par mort; faisant toujours en. sorte qu'ils fussent donnés aux plus capables , parce qu'il était entièrement persuadé que ceux k qui il appartient de nommer aux bénéfices qui ont charge d'âmes, sont responsables devant Dieu , non seulement de tous les maux que font les pasteurs indignes auxquels ils les donnent, mais même de tous les biens que ne font pas ceux qui en sont moins dignes , et auxquels ils donnent les bénéfices k l'exclusion des plus dignes.
n y avait en ce temps-Ik plusieurs gentilshommes , estropiés k la guerre , qui pressaient extraordinairement pour avoir des pensions sur des bénéfices, pour récompense des services qu*ils disaient avoir rendus au roi. M. Vincent les recommandait volontiers k la reine et k M. le cardinal , pour leur faire obtenir quelque récom-* pense; mais il ne pouvait consentir que ce fût sur des biens ecclésiastiques , parce qu'ils n'avaient jamais vécu et n'étaient guère disposés k vivre ecclésiastiquement , comme doivent faire ceux qui ont de telles pensions.
Ainsi, ce fidèle conseiller avait, d'un côté, les yeux ouverts pour prendre garde qu'on n'usât d'aucune surprise dans les aflkires bénéficiales , au préjudice du service de Dieu et de l'honneur de rÉglise; et de l'autre, il tenait en main la balance pour garder, autant qu'il dépendait de lui , une juste équité en la distribution de ces biens ecclésiastiques , que les saints Pères appellent le patrimoine des pauvres et le prix du rachat des péchés.
SECTION lY.
909 aukw cfi^w u^ hMs QUI 99, cownrïMMn i» la bicurois
Il faut confesser que nous sommes en un siècle auquel on pourrait avec beaucoup de raison renouveler la plainte que saint Bernard faisait contre les abus qui se commettaient de son temps en fat recherche, des bénéfices. Oili trouvera-t-on quelqu\ui (diss^t ce saint Père) qui recherche , ou plutôt qui soit recherché pour être mis dans les charges et dignités ecclésiastiques, par la seule et sincère intention de s*offrir k Dieu pour le servir dans une vraie sainteté de cœur et de corps , et pour travailler avec plus de ferveur à son propre salut et k celui des autres ^ en vaquant à la prière et au mbiistère de la pré(fication? Au contraire , ne voit-on pas que c*est l'ambition et le désir de paraître , ou bien Taffection immodérée de s*enrichir, qui fait employer toutes sortes d*artifices , et se servir quelquefois de moyens illicites et même honteux pour se procuirer l'entrée dans le patrimoine de Jésus-Christ , et qm' porte les pères et mères à rechercher des bénéfices pour leurs enfans , dès leur plus tendre jeunesse , et quelquefois même avant qu'ils soient nés? Enfin on n'épargne ni lea sollicitations ni les importunités quand il est question d*avoir des bénéfices , jusqu'à ce qu'on ait obtenu ce qu'on demande ; et souvent ceux qui en reçoivent davantage sont les moins reconnaissans , et quelquefois les plus higrats.
M. Vincent a vu de son temps ces mêmes abus et désordres y et d'autres encore plus grands , dont son cœur était vivement Couché ^Néanmoins, à l'imitation de ce grand saint, Il ne s'est pas contenté dé gémir devant Dieu , mais il a fait tous ses eflTorts pour les empêcher, et s'y est toujours opposé constamment , sans avoir aucun égard aux respects humains , et sans se mettre en peine du ressentiment qu'en auraient les personnes puissantes qui s'y trouveraient intéressées , ni du préjudice qui en pourrait arriver à lui ou aux siens , les intérêts de l'honneur de Dieu lui étant incomparablement plus chers que tout le reste.
Surtout il ne pouvait dissimuler le déplaisir qu'il ressentait ,
e^ 189^ voyant l'ardeur tree laqneHô {rfnsiêurs dèânkwâ ateugléneBl » et (Usaient tons len» efibrts pour g*élever k TépisQopar; enpiojaiit à cet effet fomes les sollidtaliaDS ûnaginables , d<»manl àm abbayei» de grand rerenn, et avec cela ae chargeant de greeaes prastens p<mr parvenir l^]cette dignité. Ce fidèle aerritenr de Dieu, qni^ d'aîllenra, éiait fort réservé m ses paroles, ne se p«t empèc^ de dre nn jonr k qoelqne personne de confiance , ^11 cnagmA^an^ dément qne ce danuDable trafic n'attirit la malédiction de Bien sor ce royaume.
Un aumônier du roi, qui d'aillears était fort homme do bien, étant sollicité par ses parens de représenter ses longs services, et de se faire recommander pour être nommé h qnekpio évéebé, se sentit porté à le faire , se persuadant que $'9 no pariail on ftùsait parier pour lui , il serait mis en oubli , et ne s^avanc^rait jamais. Néanmoins, voyant que cela était contrMre h llimnikéet modee» tie convenables à un ecclésiastique , et qu'il était Meta ph» assnrA pour son salot de s'abandonner à la providenoe de Dieu, il m trouva dans une grande perpleiité d'esprit. Sir c^a , 3 écrivit h M. Vincent , le priant de loi mander ce qu'tt devait hire. A qucn co grand serviteur de Dieu répondit en ces termes :
t Monsienr, j'ai reçu votre lettre avec tout te respect que je i^ous dois , et avec toute l'estime et la reœnnaissance que mérite la griice que Dieu a mise en votre aimabte ecsur. Gomme il n^ a que Dieu senl qoi, dans llnclmaticm naturelle que les hommes ont de s'élever, ait pu vous donner les vues et les mouvemens que vous avez ressentis de feire te contraire , il vous donnevt aussi la force de les mettre en eiécution , et d'accompftr en cdta ce qui lui est le plus agréabte. En quoi, Monsieur, vous snivret la règ^e de l'Église , qui ne permet pas qu'on se ponsse soi* même aux dignités ecdéeiastiqnes, et particulièrement ii la pré< lature ; et vous imiterez te Fils de Dteu , qui , étant prêtre éteiw nel , n'est pas néanmoins venu exercer cet office par tei-méme ; mais il a attendu que son Père Tait envoyé, quoiqull fût attendu depuis un si long temps comme le désiiti de toutes les nations. Vous donnerez une grande édification au siècte présent , oii par malheur il se trouve peu de personnes qui ne passait psMlessua cette règle et cet exemple ; vous aunz la cmsolation , H misieur» s'il platt II Dieu de vous appeler à ce divin emptei, d^avoir une vocation certaine , pafco que vous ne vous y serez pas Introdmt
« • par des moyens humains ; yoos y serez secoora de s| € grâces de IMeu, qui sont altachéc ^ une légitime vocation^ et c qui vous feront porter des fruits d'une vie apostolique , digne € de la bienheureuse éternité, ainsi que l'expérience le fait voir c dans les prélats qui n'ont fait aucune avance pour se faire évé» f ques , lesquels Dieu bénit manifestement en leurs personnes et « en leurs conduites. Enfin, Monsieur, vous n'aurez point de rec gret à rheure de la mort de vous être chargé vous-même du « poids d'un diocèse, qui pour lors parait insupportable. Certes, < je ne puis écrire ceci qu'avec action de grâces à Dieu de vous t avoir éloigné de la recherche dangereuse d'un tel fardeau, et c donné la disposition de n'aller pas seulement au-devant; c'est « une grâce qui ne se peut assez priser ni chérir, etc.»
Or, comme ce n'était pas seulement en la recherche des prélatures, mais aussi presque de toutes sortes de bénéfices, qu'on se portait avec empressement, et même que pour en avoir on ne faisait pas souvent diiBculté de commettre diverses simonies et confidences , M. Vincent employait une vigilance extraordinaire pour empêcher ce mal; et quand il en découvrait quelque chose, il avet^ tissait, premièrement, avec charité ceux qui le voulaient commettre; et s'ils ne désistaient point , il les refusait absolument. Mais cmnme il savait bien que la maUce des hommes est artificieuse pour se cacher et couvrir de divers prétextes, il se donnait soigneusement de garde des déguisemens dont on se sert pour couvrir ce malheureux commerce ; et lorsqu'il ne voyait pas bien clair dans les permutations, démissions et autres traités touchant les bénéfices , il faisait renvoyer ceux qui y prétendaient , jusqu'à ce qu'on en eAt un éclaircissement plus assuré; et, outre cela, il tenait aussi la main afin qu'il ne se commit aucun abus dans les pensions, et qu'elles ne fussent point excessives , ni trop onéreuses aux bénéfices sur lesquels elles étaient imposées.
Il y avait encore un antre mal qui se commettait en la recherche des bénéfices , auquel il s'est eflbrcé de remédier autant qu'il lui a été possible , qui est que , plusieurs désiraiit ardemment de s'enrichir du bien d'Église , et n'en pouvant avoir par des voies droites , ils en prenaient d'obliques, jetant des dévolus sur les bénéfices, pour donner de la crainte , par leurs chicanes et par leur crédit , k ceux qui en étaient les possesseurs légitimes, et les obliger à se rédimer de leur ii^uste vexation par quelque composition ; en telle
sorte que s*ib ne pouvaient leur ôter le titre dn bénéfice, ib t&ehaient d'en tirer an moins quelque pension. Et parce que ces écumeurs du bien d'Église, pour rendre leurs poursuites moins odieuses, emploient ordinairement des prétextes spécieux, qui semblent bons en apparence, quoiqu'ils soient le plus souvent supposés , M. Vincent , pour n'y être pas trompé et pour couper la racine k ce mal, obligeait ceux qui s'adressaient au conseil touchant ces dévolus, avant que de leur en accorder les brevets qu'ils demandaient , de justifier et prouver les causes et raisons sur lesquelles ils prétendaient se fonder ; ce que plusieurs ne pouvant Aire suffisamment, il en faisait son rapport au conseil, et, donnant k connaître qu'il n'y avait pas lieu d'accorder leurs demandes, les ftiisait renvoyer. Par ce moyen , il a étouffé une infinité de procès dès leur naissance , et a rédimé de plusieurs vexations injustes un grand nombre de. vertueux ecclésiastiques, et même quantité de bons pasteurs , qui sans ce charitable protecteur eussent été souvent obligés d'abandonner leurs ouailles, et d'aller employer les mois et quelquefois les années entières à solliciter des procès de- Tant divers tribunaux , pour se défendre des violences qu'on leur voulait faire.
Quoique le temporel des bénéfices ne soit pas si considérable que le spirituel , il ne doit pas pourtant être négUgé , puisque c'est un bien offert k Dieu , dont les bénéficiers, qui en sont 1^ dispensateurs et économes, sont obligés de prendre un soin particulier. Néanmoins plusieurs abbayes de grand revenu étant possédées en conunende par des personnes puissantes , qui pour l'ordinaire se contentaient d'en retirer les fruits, sans se mettre en peine d'entretenir les bàtimens et d'y faire les réparations nécessaires , il arrivait que les édifices et même les églises se trouvaient quelquefois en danger de tomber en ruine. M. Vincent voyant ce désordre, et voulant y apporter quelque remède, fit en sorte qu'on écrivit delà part du roi aux procureurs généraux des parlemens , a ce qu'ils «eussent k se rendre partie contre ces abbés, et les contraindre, par saisie de leurs revenus , aux réparations nécessaires.
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SECTION VI
SON ATPBCnOH TEÈS 61UUXDE POUR LE SlftTICB DES ntLktt DE
L'teUSB.
H. Vincent a toujours témoigné un respect, singulier pour la dignité des évéques, en la personne desquels il reconnaissait et honorait la puissance et la majesté de Jésus-Christ; il a toujours fah une profession particulière de leur obéir et de les servir en toutes sortes de rencontres , autant qu'il lui était possible ; et principalement depuis qu'il fut employé dans les conseils du roi , il embrassait avec ardeur les occasions qui s'en présentaient, n'attendant pas d'être recherché ou prié de leur part; mais les prévenant, et recommandant de son propre mouvement leurs intérêts ï la reine, k M. le cardinal , k M. le chancelier et autres personnes d'autorité, avec plus d'affection que les siens propres.
II s'employa de tout son pouvoir pour moyenner quelque accommodement entre MM. de Rieux et Cupif , tous drâx évéques de Léon en Bretagne. Le premier ayant été tiré de son siège durant le règne de Louis XIII, de glorieuse mémoire y et poursuivant son rétablissement , prétendait en faire sortir le second ; lequel de son côté y ayant été mis par l'autorité des deux puissances , la spirituelle et la temporelle, voulait s'y maintenir : ce qui cansait une (kcheuse division dans le diocèse, et beaucoup de bruit dans l'Ér glise. Enfin, après diverses contestations , M. de Rieux fut rétabli , et H. Cupif fut nommé k l'évêché de Dol ; de quoi ils demeurèrent tous deux satisfaits , et par ce moyen le trouble cessa.
Il a aussi contribué beaucoup k la translation du siège épi^ scopal deMaillezais en la ville delà Rochelle, laquelle avait autrefois servi de boulevard k l'hérésie , de refuge aux ennemis de l'État et de sujet au feu roi pour immortaliser sa piété , son courage et sa puissance , en réduisapt kson obéissance celte ville rebelle. On eut dès lors la pensée d'en faire une ville épiscopale , pour y faire refleurir la religion catholique avec autant de majesté et de justice que les hérétiques séditieux avaient t&ché de la flétrir avec plus d'ignominie et d'impiété ; mais Texécution de ce louable dessein
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avait été réservée, par Tordre de la divine Providence, pour la régence de la reine, laquelle par l'avis de M. Vincent choisit M. Jacques Raoul , alors évéque de Saintes , pour être le premier évêque de la Rochelle ; M. de Béthune , évèque de Maillezais , ayant été fait archevêque de Bordeaux ensuite du consentement qu'il donna à cette translation , et H. de Bassompierre nommé k Tévéché de Saintes ; et pour fonder quelques chanoinies dans l'église cathédrale de la Rochelle , il fut ordonné que les bénéfices simples dépendans du chapitre réguUer de Maillezais qui viendraient k vaquer seraient unis à celui de la Rochelle.
Le zèle de M. Vincent pour le service de MM. les prélats s'est encore signalé parliculiërement lorsqu'ils ont eu besoin de l'autorité du roi et de la protection de M. le chancelier contre les hérétiques : il réclamait souvent l'une et l'antre , pour faire défendre leurs assemblées et leurs prêches hors des lieux pour lesquels ils avaient obtenu permission. Il a fait aussi ses efforts pour remédier h l'abus qui âait en usage parmi quelques uns de ces pauvres abusés, lesquels, pour épouser des filles catholiques, faisaient semblant de se convertir , et après leur mariage retournaient an prêche comme auparavant, faisant assez paraître qu'ils n'avaient aucune foi ni divine ni humaine. Et comme il s'en trouvait d'autres qui achetaient des charges considérables deux et trois fois plus qu'elles ne valaient en plusieurs villes de ce royaume , et qui ensuite faisaient tous leurs efforts pour s'y faire recevoir k quelque prix que ce fût , nonobstant les édits contraires, M. Vincent ne manquait pas d'en porter ses plaintes k la reine et k M. le chancelier , pour empêcher qu'ils ne fussent reçus. Il faisait aussi souvent écrire de la part du roi aux intendans des provinces , pour arrêter les fréquentes et diverses entreprises des hérétiques , et recommandait autant qu'il pouvait le bon droit des cathoUques dans les procès et différends quMls avaient avec eux.
Ce serait chose ennuyeuse au lecteur, si on rapportait ici en détail tous ces services et tous les autres bons offices que les prélats ont reçus de ce saint prêtre en toutes sortes d'occasions : il suffira de dire qu'il ne s'en est présenté aucune qu'il n'ait embrassée de grand cœur, et en laquelle il ne se soit employé de tout son pouvoir, soit pour soutenir leurs légitimes intérêts et appuyer leurs justes prétentions , soit pour leur procurer la protection des puissances contre les injustes vexations qui leur étaient faites, soit II. 10
nâa pMT leur imBttr des eonsellB sdatatreB tûii«|a'il ea éuit requîB de leur part, ou qu'il le jugeait néoesaaire pour le biea de leun dioeèees : en quoi néanmoins il était fort circonspect et grandement réservé , son extrême bumffîté et le grand respect qu'il p^MTtait k leur digpté ]m fermant souvent la bonche , et l'em* pécdiant de produire ses sentimans , desquels il se défiait toujoun beaucoup ; se persuadant d'ailleurs qu'ils avaient des hianères plus pores et plus étendues que les siennes , qu'il estimait fort petites et bornées. U est vrai qu'en certaines occasions , l'affection qu'il avait pour leur service l'emportait au-dessus de son hunûlilé : nous en rapporterons seulement ici un exemple, avec lequel nous finirons cette section.
Ce grand serviteur de Dieu regardait avec peine et douleur un aJam qui s'introduisait dans l'Église de France , par le mauvais usage qu'on faisait des appellations comme d'abus, lesquelles n'ayant été introduites que pour maintenir en sa vigueur l'observance des canons et de la discipline ecclésiastique, et pour empécber le relâchement qui s'y pouvait glisser , produisaient néanmoins un efiet tout contraire, par la mauvaise disposition et par les injustes prétentions de plusieurs , qui ne s'en servaient le phis souvent que pour se maintenir dans leurs déré^^ens et fomenter leurs vices, t&chant ainsi d'énerver l'autorité légitime des prélats, pour faire régner l'impunité dans l'état ecclésiastique. M. Vincent donc , connaissant les permcieux effets de ce désordre, en gémissait souvent devant Dieu , et recherchait les moyens d'y apporter quelque remède. Mais voyant que le mal était trop enraciné pour le pouvcûr entièrement ôter , il s'est pour le moins efforcé àe le diminuer, par les salutaires avis qu'il a donnés en diverses occasions h plusieurs évéques.
U leur représentât qu'un moyen de prévenir le mauvais usage qu'on faisait des appellations comme d'abus, était d'établir un bm ordre dans leurs cours ecclésiastiques , et d'y mettre des officiaux vertueux et capables , qui fussent versés en la connaissance du droit canoniqneet civil, entendus et expérimentés en l'exercioe des charges de judicatore , irréprochables en leurs mœurs, inflexibles dans les actions de justice, et fort exacts à observer les formalités qui se pratiquent en ce royaume.
Il en écrivit particulièrement une fois à quelque prélat , qui lui avait demandé son avis sur ce sujet. Et pour lui faire eucore mieux
en 147 Hg
connaitre combien il importait qu'un homme con&^tué en ci^ie charge fût capable de l'exercer , il ajouta dans $a lettre ce (faisait ;^ Je portai un jour à feu M. Mole , qui a été procureur général et, premier président, les plaintes de quelques prélat^ qiii avaienjL; été fort malmenés par le parlement , pour avoir voulu remédier aux désordres de quelques prêtres , et qui , se ;vo jant ainsi empêchés , avaient témoigné , les larmes aux ye^u; , qu'ils étaient résolus de laisser aller les choses k Tabandoi^, Ce sagie^ magistrat me dit qu'il était vrai que lorsque les évêques ou. let, officiaux manquaient aux formalités qui leur étaient prescrites pour l'administration de la justice ecclésiastique , la cour était exacte à corriger leurs abus ; mais quand ils obseiraient bien les formalités , qu'elle n'entreprenait rien contre leur procédé. Sur quoi il me donna cet exemple. Nous savons, me dit-il, que monsieur Tofiicial de Paris est habile en sa charge , et qu'il n'y: a rien k redire en ses jugemens; c'est pourquoi , lorsqu'on nous, apporte des appels comme d'abus des sentences par lui ren« dues , nous n'en recevons aucun ; et nous en userions de mêm^ à l'égard de tous les autres s'ils se comportaic^nt de la mêmq façon* » t .
SECTION VII
Divxas SBEviCEs niPcmtAiis nmiDS paa m. vihciiit ià nuffonraui
OIDBBS ABLIGIBUX.
L'estime et l'alTection que M. Vincent avait pour l'état religieux le portaient \ rendre très volontiers service aux personnes qui ei\ faisaient profession , et particulièrement lorsqu'il s'agissait de rétablir ou de maintenir le bon ordre dans leurs maisons. C'est à quoi^ il s'est toujours employé avec zèle, ménageant soigneusmient, toutes les occasions qui s'en présentaient dans les conseils du roi ^et, ailleurs; en sorte qu'on peut dire sans exagération que de tous les ordres religieuxquisont enFranee, il n'y en apas un qui n'ait ressent^ quelque efiet de sa charité, soit dans le corps de l'ordre enj^éneraU soit dans quelqu'un des membres en particulier, tant pour les besoins qu'ils ont eus de la protection et des bienfaits du roi qu'p
a t&ché de leur procurer , que par divers autres services qu'il s*est efforcé de leur rendre , et particulièrement h l'égard des réformes qu'il a toujours appuyées de tout son pouvoir, comme celles de Saint-Maur , de Saint-Bernard , de Saint-Antoine , des chanoines réguliers de Saint-Augustin , de Prémontré , de Grand-Mont , etc. Nous rapporterons ici seulement quelques exemples sur ce sujet , passant sous silence un grand nombre d'autres quMI est plus expédient de taire que de divulguer , pour ne renouveler la mémoire de divers désordres qu'il faut plutôt ensevelir dans un étemel oubli.
Un abbé régulier de grande vertu , poursuivant la réforme de son ordre contre les empèchemens qu'y apportaient plusieurs personnes d'autorité , lesquelles avaient même porté un prince à s'employer contre cette réforme , et ayant reçu toutes sortes d'assistances et de secours de la part de M. Vincent , lui en écrivit une lettre de remerciement en l'année 1644 , en laquelle il lui parle en ces termes : c II est bien nécessaire que Dieu vous donne une c force extraordinaire pour un si grand ouvrage, à vous, dis-je, « qui défendez la cause de Dieu contre la puissance du monde, c Nous ne pouvons que prier Dieu et nous remettre k sa Provi- < dence et k votre zèle , Monsieur, qui êtes notre unique refuge € en terre et le seul support de notre ordre désolé. »
Un religieux non réformé s'étant fait élire abbé d'une abbaye fort considérable qui était chef d'ordre , en laquelle par conséquent il était très important de mettre la réforme , demandait au roi la confiimation de son élection; mais M. Vincent étant bien informé doiJndKtés de cette élection , s'employa autant qu'il fut en lui pour faire procéder à une nouvelle élection, et pour procurer qu'on élût un abbé réformé. Sur quoi il écrivit à un prélat en ces termes : Il y a un an ou environ que je me donnai l'honneur de vous écrire au sujet de l'élection de N. pour abbé de N., afin qu'il vous plût prendre la peine de venir jusqu'à Paris pour informer la reine des qualités du personnage et des besoins de l'abbaye ; mais , à cause de quelque incommodité qui vous en empêcha , vous eûtes la bonté de me marquer par une lettre les justes raisons qu'on avait d'empêcher que cette élection n'eût son effet. La chose a traîné depuis sur l'opposition de deux religieux électeurs appelés k l'élection un jour plus tard qu'elle ne s'est faite, laquelle opposition vient d'être vidée au parlement, par surprise , w gré dadit élu , qui en est d'jiutant plus échauffé à
€ la poursuite de sa confirmation , pressant grandement Texpédi-
< tien de son brevet. Et parce qu'il est porté de beaucoup de perc sonnes puissantes , il y a sujet de craindre qu'il ne l'emporte ; ce c qui fait que votre présence est fort k désirer ici pour en dire on € mot à la reine et donner poids aux raisons qu'on a d'empêcher ce c mal. Je sais que Sa Majesté , qui vous estime beaucoup , l'aura c fort agréable, et M. le garde des sceaux a trouvé bon que je c vous supplie, comme je fais très humblement, d'y venir an plus c tôt pour l'amour de Dieu. Je prends cette confiance , sachant c combien ses intérêts vous sont k cœur. Peut-être ijpie de ce moc ment , ainsi que vous m'avez fait l'honneur de me mander, déc pend la réforme de cette maison et de cdiles de sa filiation ; et c que Notre-Seigneur veut que le mérite d'un succès si désirable c vous soit imputé, comme k l'un des prélats du royaume qui a c plus de zèle pour la gloire de son Église, etc. >
M. Vincent fit aussi tout son possible pour introduire la réforme et pour en appuyer les commencemens dans un ordre qui en avait grand besoin. Voici en quels termes il en écrivit au généra en lui envoyant une lettre du roi :
< Mon révérendissime Père ,
c La raison pour laquelle Sa Magesté écrit k votre révérence c est que cela fut ainsi résolu dans le conseil des affaires eccléc siastiques , lorsqu'ayant vaqué un prieuré de votre ordre au dio- « cèse de N. , on considéra un de vos bons religieux , nommé le
< Père N., pour une pension, k condition d'y rétabUr l'ancienne c régularité, ainsi qu'il a fait en quelque autre de vos maisons, c laquelle pension passerait de lui k ses successeurs en l'obser- « vance de cette règle : de quoi ayant fait raq)port k la reine , Sa c Majesté en témoigna une grande joie et nous reconunanda de c tenir la main k l'expédition. Il y a sujet d'espérer, mon révérend c Père, que le bon Dieu se servira de vous pour relever un ordre c si saint que le vôtre, qui a été très célèbre en l'Église et k béné- « diction k ce royaume , puisque sous votre gouvernement il c commence k reprendre la même odeur qu'il a répandue en sa c première façon de vie , de laquelle les gens de bien souhaitent « le rétablissement. Le roi y veut contribuer; et il semble que c c'est le dessein de Dieu , en tant qu'il vous a donné ce bon relic gieux comme un instrument fort propre duquel votre révérence c peut se servir; ce qu'elle fera très utilement si elle a agréable de
< lui donner son grand vicariat pour régir les maisons de N. N. N.,
i ttvéC pouvoir d'y recevoir des novices et des profès selon l'totf tienne observance , le tout sons votre autorité et sainte conduite. « Je ne doute pas que votre révérence ne réponde aux intentions « dé Sa Majesté en chose si raisonnable, qui tend à la gloire de « Dieu et 2i la manutention d'un corps dont vous êtes le chef et t sur lequel Notre-Seigneur influera par vous et par vos minist très son esprit religieux pour y régner dans les siècles h venir, ♦ et par ce moyen rendre votre personne et votre zèle recommant dables \ la postérité , outre le mérite que votre révérence en t hAYk devatt Dieu, etc. »
Une abbaye très considérable ayant été donnée k un jeune prince ffoi était sous la conduite et administration de madame sa mère , M. Vincent écrivit h cette princesse pour la porter h consentir qn'en mit la réforme en cette abbaye , qui en avait un grand besoin. Voici en quels termes il lui parie : < Madamc, < le prends la confiance d'écrire k Votre Altesse pour lui renouveler les ottre& de mon obéissance avec toute lliumilité et la soumission qui me sont possibles , et pour accompagner ce bon religieux qui va la trouver, pour avoir rhonneur de lui faire la révérence , et lui dire la disposition où se trouve l'abbaye de N. de recevoir la réforme , avec les moyens les plus propres pour y parvenir. Il est de bonne réputation et de très honnête famille. J'espère , Madame , que Votre Altesse aura la bonté de Tentenûtè ; premièrement , parce que je sais le grand zèle qu'elle a pour la gloire de Dieu, laquelle elle porte si avant, que de n'épargner pas même les personnes qui ont l'honneur de lui appartenir ; secondement , parce qu'en ce faisant. Votre Altesse sera cause que Jésus^Christ sera désormais davantage honoré et servi en cette maison-lh , qui ne le peut être en l'état où elle est réduite, ainsi que ce porteur loi fera connaître ; troisièmement. Si csluse que feu Mgr. Tévêque de N. désirait avec tant d'ardeur l'introduction de la réforme en la même maison , qu'il m'en écrivit plusieurs fois; et j'estime que cela se fût fait sans les empëchemens qu'y apporta un des principaux religieux de l'abbaye , lequel avait grand crédit parmi les autres; mais il est mort depuis ce temps-lk , et peut-être , Madame , que Dieu a permis ce retardement, pour réserver h M. l'abbé , votre fils , et h Votre AI tesse , le mérite d'une oeuvre si grande. »
M. Vmcent s'eiii|ri9yaitiiott seulement poor piocnrer la réforaie« mais aussi la pak et ta réumen des maisons religîeases , s'affltigeant grandement des différends et divisions qu'il j ygyût survenir , el ûtîaant tont son possible pour y remédier. Or , comme il agissait toujours avec grande prudence et drconspectîon , lorsqu'il s'ap^ plîqasfft k ces ceuvres de chanté , et qu'il s'efforçait de réumr les es^mts divisés , pour n'être pas surpris par ceux de l'un ou de l'au-* tre parti qui Tenaient lui parler, il procurait que quelques personnes de vertu et d'autorité se transportassent sur les lieux de la part du roi , pour prendre connaissance de la vérité^ en écoutant les raisons qu'on alléguait de part et d'autre, afin que sur leur rap« port on pût prendre les moyens les plus convenables et les plus assurés pour yrétaUirlapaîx, comme ilafeit «quanthéde rencontres. Il procurait même que quelques grands pr^ts assistassent k leurs cluq>itres généraux, quand il en voyait quelque nécessité, tant pour empêcher par leur prudence et autorité l'emportemeDt de quelques rëigieux auteurs du trouble , que pour maintenir un chacun dans la liberté des suffrages, et toute l'assemblée dans la facilité de régler les choses nécessaires pour le bien de Tordre : et puis Sa Majesté étant informée , par le rapport de ces prélats, que les élections et délibérations faites en ces chapitres étaient bonnes et canoniques , il en appuyait l'exécution , et n'écoutait plus les plaintes que les esprits remuans pouvaient faire contre.
Il s'est aussi plusieurs fois entremis lui-même pour accommoder amiablement les divirions et brouilleries de quelques maisons rdigieuses, en étant prié par les supérieurs; et il a reçu eo divers t^mps des lettres de Rome, de la part des généraux de trois ou quatre ordres différons, qui l'ont affectueusement remercié de toutes les assistances qu'il avait rendues k leurs ordres, et de ses entremises envers Sa Majesté pour leur procurer sa [Nt)teetion, le reconnaissant comme leur ange tutélaire , etc.
U d^lorait grandement la ruine d'un certain ordre , qu'il voyait dans une telle désolation , qu'il n'y avait presque aucun moyen d'y remédier : et un religieux d'un autre ordre, où il n'était pas content , loi ayant demandé son avis par lettre sur le dessein qu'il avait de passer dans cet ordre désolé, voici la réponse qu'il lui fit ; c ie ne voudrais conseiller k personne d'entrer dans Tordre pré* c tendu de N., et encore moins à un religieux^ docteur et proc fesseur en théologie, et^rand prédicateur, tel que vous êtes,
€ parce que c'est un désordre et non pas un ordre; un corps qui c n'a point de consistance ni de vrai chef, et où les membres vit vent sans aucune dépendance ou liaison. Je trouvai un jour « M. le garde des sceaux en sa bibliothèque, lequel me dit qu'il c était en la recherche de l'origine et du progrès de cet ordre en « France , et qu'il n'en trouvait aucun vestige. En un mot , ce n'est c qu'une chimère de religion , qui sert de retraite aux religieux c libertins et discoles , lesquels , pour secouer le joug de l'obéis-
< sance , s'enrôlent en cette religion imaginaire , et vivent dans le f dérèglement. C'est pourquoi j 'estime que telles personnes ne sont
< point en sûreté de conscience , et je prie Notre-Seigneur qu'il c vous préserve d'une telle légèreté. »
Cette lettre désabusa ce pauvre religieux tenté , et lui ayant ou« vert les yeux pour connaître le précipice où il s'allait jeter, le fit rentrer en lui-même, et prendre résolution de persévérer en sa religion.
Un autre rehgieux très célèbre et dedans et dehors son ordre, tant pour sa vertu que pour avoir prêché dans les premières chaires du royaume , représenta un jour k M. Vincent ses longs travaux , l'austérité de sa règle , la diminution de ses forces , et la crainte qu'il avait de ne pouvoir continuer long-temps ses services k l'Église , et en même temps lui proposa un moyen qui lui était venu en la pensée , par lequel il lui semblait qu'il pourrait se mettre en état de travailler encore utilement : c'était d'être fait sufiragant de l'archevêché de Reims , parce que la dignité d'évêque le dispensant du jeûne et des autres austérités de son ordre, cela lui conserverait ses forces pour prêcher et agir avec plus de vigueur et de fruit. Sur quoi il pria M. Vincent de lui mander son avis, et au cas qu'il approuvât cette pensée , de l'aider k le faire nommer par le roi pour cette sutTragance, se promettant pour cela d'être appuyé de la recommandation de quelques autres personnes de crédit. M. Vincent s'aperçut aussitôt que la pensée de ce bon religieux n'était qu'une tentation : ce qu'il lui montra bien clairement par la réponse qu'il fit k sa lettre, dans laquelle, après lui avoir témoigné l'estime et l'afiection très particulière qu'il avait pour sa personne et pour son ordre , et l'avoir congratulé des talens qu'il avait reçus de Dieu pour prêcher, et de l'édification qu'il avait donnée jusqu'alors k tout son ordre, il ajouta ce qui suit :
ff Je ne doute point que votre révérence ne fit merveille dans
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la prélatnre, si elle y était appelée de Dieu ; mais ayant fait Voir qu'il vous voulait en la charge oii vons êtes , par le bon succès qn'il a donné k vos emplois et k vos conduites, il n'y a pas d'apparence qu'il vous en veuille tirer : car si sa Providence vous appelait k l'épiscopat, elle ne s'adress^ait pas k vous pour vous le faire rechercher ; elle mspirerait plutôt k ceux en qui réside le pouvoir de nommer aux charges et dignités ecclésiastiques , de vous choisir pour celle-lk , sans que vous en fissiez aucune avance , et alors votre vocation serait pure et assurée ; mais de vous produire vous-même , il semble qu'il y aurait quelque chose k redire , et que vous n'auriez pas sujet d'espérer les bénédictions de Dieu dans un tel changement , qui ne peut être désiré ni poursuivi par une âme véritablement humble comme la vêtre. Et puis, mon Révérend Père, quel tort feriez-vous k votre saint ordre , de le priver d'une de ses principales colonnes, qui le soutient, et qui l'accrédite par sa doctrine et par ses exemples ! Si vous ouvriez cette porte , vous donneriez sujet k d'autres d'en sortir après vous , ou pour le moins de se dégoûter des exercices de la pénitence : ils ne manqueraient pas de prétexte pour les adoucir et diminuer, au préjudice de la règle : car la nature se lasse des austérités; et si on la consulte, elle dira que c'est trop ; qu'il se faut épargner pour vivre long-temps , et pour servir Dieu davantage ; au lieu que Notre-Seigneur dit : Qui aime son âme , la perdra ; et celui qui la hait , la sauvera. Vous savez mieux que moi tout ce qui se peut dire sur cela , et je n'entreprendrais pas de vous en écrire ma pensée , si vous ne me l'aviez ordonné. Mais peut-être que vous ne prenez pas garde k la couronne qui vous attend : 6 Dieu, qu'elle sera belle ! Vous avez déjk tant fait , mon Révérend Père« pour l'emporter heureusement; et peut-être ne vous reste-t-il plus que peu de chose k faire : il faut la persévérance dans le chemin étroit où vous êtes entré, lequel conduit k la vie. Vous avez déjk surmonté les plus grandes difiScultés. Vous devez donc prendre courage , et espérer que Dieu vous fera la grâce de vaincre les moindres. Si vous m'en croyez , vous cesserez pour un temps les travaux de la prédication , afin de rétablir votre santé. Vous êtes pour rendre encore beaucoup de services k Dieu et k votre religion , qui est une des plus saintes et des plus édifiantes qui soient en l'Eglise de Jésus-Christ, etc. »
Enfin , la charité d6 M. Vincent étendait ses sains anssi bien sur le temporel que sur le spirituel des communautés religieuses ; et il s'est plusieurs fois employé pour procurer que diverses maisons religieuses , et autres communauté et hôpitaux, pussent recevoir avec facilité les rentes qu'ils avaient sur les domaines du roi ^ dont ils avaient bien de la peine k se faire payer durant le mauvais temps des guerres ; et il se rendait k cet effet leur solliciteur envers la reine et M. le cardinal, pour faire donner ordre qu'ils fussent sa* tisfaits^ Il procura aussi que les hôpitaux des frontières du royaume fussent mis en sauvegarde particulière contre les mtreprises des gens de guerre , et que plusiews autres f ossrat maintenus en la jouissance des dons, grâces et privilèges qui leur avaient été accordés.
SECTION VIII
▲UTBBS OFFICES DE CflARlli RENDUS PAR M. VINGBRT A DIVERSES