‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 9 sur 65 · ABBAYES ET MONABTÈRBB DE FILLES · texte numérisé non relu

ABBAYES ET MONABTÈRBB DE FILLES

Saint Cyprien disait avec grande raison que plus l'honneur et la gloire de l'état des vierges consacrées k Dieu est sublime, plus grand aussi doit être le soin qu'il faut prendre pour le maintenir en sa perfection : le déchet en étant d'autant plus facile et fréquent , que le sexe est plus fragile , et que la constance dans le bien est plus difficile et plus rare, même parmi les hommes. C'est ce qui a excité M. Vincent k étendre particulièrement la charité qu'il avait pour l'état religieux sur les abbayes et monastères des iilles , soit pour y conserver le bon ordre, s'il y était déjk établi ; soit pour le rétablir , s'il ne s'y trouvait pas.

n s'est toujours principalement employé autant qu'il a pu pour maintenir le droit d'élection dans les abbayes où il était en usage , et s'est fortement opposé aux prétentions de certaines religieuses , lesquelles ne pouvant espérer de parvenir k la dignité d'abbessepar voie d'élection , pour n'en avoir ni la capacité ni le mérite , s'efforçaient d'y monter en s'appuyant sur l'autorité du roi et le crédit de leurs parens. 11 s'est comporté de même k l'égard de celles qui ayant été élues par la communauté pour trois ans , selon l'usage

de leurs numailèiee, tâcbàie&t d'obtenir des brevets da roi peur ae perpélMT dam la charge. Un jour un prélat fort vertueux avait procuré l'électioii d'une fort bonne religieuse pour la conduite " d'une abbaye de son diocèse, et poursuivant la confirmation du roi, U voulut persuadera M. Vincent que la perpétuité des supérieures était plus avantageuse que la triennalité : mais outre que oe sage prélre n'approuvait en aucune façon les innovaiiMs qui se fai-« saient contre un usage ctuoniquement établi dans les communau-» tés religieuses , il lui remontra avec respect et humilité que les élections triennales étaient pour beaucoup de raisons plus k soir haiter que les perpétuelles k l'égard des filles qui ont moins de fermeté dans le bien, et qui peuvent plus facilement se méconnais tie dans les grandes charges, quand elles s'y voient une fois établies pour toute leur vie.

Lorsque les ^bayes des filles qui étaient à la nominatioii du roi venaient k vaquer , les brigues et sollicitations étaient ordinaire^ ment grandes et fortes pour des filles de naissance et de conditicm : les parens ne ee contentant pas de s'agrandir dans le monde , mais portant encore leur ambition jusqpie dans les Umx saints , et pour cet effet faisant tous leurs efforts afin de procurer que leurs filles ou leurs soeurs commandassent dans les cloîtres. On livrait sou» vent k ce sujet d'étranges assauts k M. Vincent, lequel, connaissant que le bon on le mauvais ordre des religieuses venait pour l'ordi* naire de celles qui en étaient supérieures , mettait tous les respects humains sous les pieds, et tenait ferme pour faire en sorte qu'on nommât pour abbesses celles que Ton savait être les plus capdl>leS) les plus Couvées et les plus exactes aux observances régîdières.

Un seigneur qui avait une fille dans une abbaye vacante, nièce de la défunte abbesse, le vint trouver un jour k Saint-Lazare ^ pour se plaindre de ce qu'il empêchait que cette fille ne succédât k sa tante , comme cette tante avait succédé k l'autre tante : et la pa« tience dejM. Vincent provoquant encore davantage sa colère et son ressentiment , il le chargea de reproches et d'iiqures , et y 4a«ta les menaces, criant et faisant un très grandbnût, comme ferait un homme k qui on enlèverait sonbimi; et oda pendant une heure ou davantage. Il lui était avis que cette abbaye était comme un bien héréditaire en sa maison, et qu'on lui faisait grand tort de la lui ôier. Aussi le mari, la femme et toute la famille avaient-ib de tout tempscoutume d'aller plusieurs fois rannée en cette abbaye.

comme à une maison de plaisance , et d'y demeurer et vivre anx d^»ens de lacommonauté, qui en était notablement incommodée; ce qui faisait gémir et murmurer toutes les religieuses , lesquelles voyant Tabbesse morte s'opposèrent a la nomination de cette nièce et firent grande instance pour avoir une autre supérieure. M. Vincent, qui était très bien informé des qualités de cette prétendante, répondit au père, fort doucement et respectueusement, qu'elle était encore trop jeune , et qu'il était obligé en conscience de ccmseiller k la reine qu'entre les religieuses de divers monastères pour lesquelles on demandait cette abbaye , elle eftt agréable de choisir celle qui serait la plus capable et la plus propre. Aprè& cette réponse il laissa parler ce seigneur dans tous ses emportemens , et décharger sur lui l'amertume de sa colère , avec une pa* tience incroyable ; et puis l'ayant accompagné k la porte , iltémoi» gna être fort aise d'avoir été chargé d'injures et couvert d'opprobre pour soutenir les intérêts de Notre-Seigneur.

Il s'est trouvé souvent quantité d'abbesses, lesquelles conservant quelque attache pour leurs parens , et ayant quelques sœur , nièce ou cousine religieuses , les demandaient pour leurs coadjutrices , sous préteite d'âge ou d'infirmité. Mais M. Vincent, qui se défiait toujours de la chair et du sang , ne fut jamais d'avis qu'on accordât ces coadjutoreries sans grande nécessité : en quoi il se montra inébranlable ; et sa raison était que la vacance des abbayes arrivant par mort, on avait la liberté de choisir des filles vertueuses et capables pour y maintenir le bon ordre , s'il y était , ou s'il n'y était pas , pour l'y établir.

Lorsque quelque abbesse avait résigné son abbaye, et qu'on rapportait des certificats de la suffisance et des bonnes mœurs de celle au profit de laquelle la résignation avait été faite, il ne s'en rapport tait pas toujours k ce que contenaient ces certificats , parce que, selon son sentiment , le témoignage de beaucoup de personnes ne peut pas faire grande foi en ces sortes d'affaires. C'es^pourquoi il prenait du temps pour s'informer avec plus de certitude des qualités de la personne ; et lorsqu'il apprenait que le choix en était bon et qu'Userait avantageux k l'abbaye, il faisait admettre larésignation; sinon , il la rejetait.

Comme il arrivait quelquefois du désordre k plusieurs menas* tères des filles , tant par les troubles et divisions des religieuses , que par d'autres abus qui s'y glissaient , il s'employait avec grand

zèle poar y remédier , faisant en sorte qu'on envoyât des personnes de vertu et d'expérience , qui fussent autorisées du roi , soit pour apaiser le différend , ou pour établir la clôture si elle n'y était point , et pourvoir aux autres besoins : et il faisait écrire de la part de Leurs Majestés aux supérieurs des mêmes ordres et aux évéques des lieux pour y tenir la main.

Une abbaye de filles se trouvant en une grande division , k laquelle le supérieur ordinaire n'avait pu mettre ordre , quoiqull s'y fût employé de tout son pouvoir , M. Vincent fut convié d'y travailler; et il fit en sorte qu'on y envoyât pour visiteur un abbé du même ordre , fort sage et fort zélé. Celui-ci ayant découvert la «ource du mal , lui écrivit qu'il était irrémédiad>le , si on ne donnait è ces filles un autre confesseur, qui eût une grâce et une adresse jpartieulière pour disposer les esprits k la paix et les y maintenir ; tce qui obligea M. Vincent de prier un ecclésiastique de conditicm et de vertu , et très expert en la direction des religieuses, de se dimner k Dieu pour aller passer quelque temps en cette abbaye ; €omme il fit avec grande bénédiction , ayant peu k peu réuni les cœurs , et remis en bon état toutes les parties de la communauté.

Il s'est trouvé des monastères de filles où l'esprit malin avait fait l^er des maximes pernicieuses et des pratiques damnables, sous prétexte de quelques fausses révélations faites à leurs supérieurs , lesquds ayant l'imagination troublée par les illusions de l'ange de ténèbres , prétendaient que Dieu leur avait fait connaître des voies extraordinaires pour conduire les âmes k la perfection , et même pour réfonnerl'Éi^, et annonçaient beaucoup d'erreurs qui avaient grandrapport k celles des illuminés. M. Vincent en ayant eu avis, procura qu'on envoyât des personnes doctes et vertueuses pour visiter ces maisons, et prendre connaissance de ces abus et illusioDS diaboliques, qui avaient déjk surpris quantité de personnes de toute condition et de tout sexe; et par ce moyen , le mal ayant été découvert, il a plu k Dieu d'en arrêter le cours.

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SECTION IX

DIVERSES AUTRES AFFAIRES DE PliiTÉ AUXQUEUES M. VINCENT s'est employé DANS LE CONSEIL DU ROI.

Le cèle de M. Vincent povr tout ce qui concemadt les intéréta du service et de rbœmeor de Dien le tenait dans une attention con* tinndle sur toutes les occasions qui se présentaient pour en procurer Tavancement , et pour détourner ce qui pouvait y apporter quelque obstacle. C'est b quoi il employait le crédit que sa vertu lui avait acquis dans le conseil de Sa Migesté; estimant cette joumée-lh heureuse Y en laquelle il avait pu empêcher quelque mal, ou procurer quelque bien.

U a fait entre autres dioses tout ce qu'il a pu pendant la guerre pour apporter quelque remède aux déswdres que les soldais commettaient de tons côtés , et particulièrement aux profanations dea églises , et tux vexations injustes des personnes consacrées à Dieu. Et voyant bien qu'il était impossible d'empêcher tout ce mtf , au moins ils'efforçait de le diminuer ; et quand il ne pw« vait autre chose , il recourait à Dieu par la prière et par hi péni* tence, pour implorer le secours de sa grftce et de sa miséricorde ^ tant en faveur de ceux qui souffiraient ce mal, que des autres qui le commettaient.

Il y avait un autre désordre fort pernicieux aux bomiea moeurs, qui était que certains comédiens représentaient sur le théâtre des choses non seulement indécentes, mais aussi scandaleuses » et qui ne se pouvaient dire , ni entendre , ni voir, sans une grande oflirâse de Dieu. M. Vincent en ayant été averti, et reconnais^ saat les pernicieux effets que cette licence pouvait produire , fit en sorte par ses remontrances que cela leur fut absolument défendu.

Les troubles de l'État et les diverses entreprises contre le service du roi avaient obligé Sa Majesté de s'assurer de diverses personnes couvertes ou suspectes , et de les retenir dans la Bastille ; où, quoique les choses nécessaires ne leur manquassent point , néanmoins il ne se pratiquait presque aucun exercice de piété parmieux, n'y ayant personne pour les y exciter et aider. M. Vincent

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l'ayant bq, fit agréer qu'an vertueux eeeMûaatîqiie de la Confé* lence qni ae tient k Saint^Laaaie allât visiter ces prisonniers et leur faire qodqnes exknrtations , par le moyen desquelles les prières du soir et du matin furent introduites parmi eux, avec pla< sieurs anbes praii<Bies ebiétiennes , au grand bien et profit apôrituel de leurs âmes.

Pendant que le démon, ennemi de la paix, allumaitde tous côtés la guerre et la discorde en ce royaume, et jetait en tous les lieux des semences de désobéissance et de rébellion contre le service du roi, il incitait anaû plusieurs esprits k se révolter contre Dieu , et k foire diverses entreprises contre la religion : et entre les au^- Ires, il s'en trouva qui tâchaient de renouveler les maximes et erreurs damn^les des illuminés. M. Vincent ayant découvert ce mal , qui commençait k se répandre en divers endroits de la Fiance, et particulièrement k Paris et en quelques lieux du diocèse de Bazas , procura par ses soins et par son zèle qu'on y apportât un si prompt remède, que ce monstre fut étouffé dans son berceau, avant qu'il pût faire un pins grand dégât dans TÉglise. La liberté que chacun se donnait pendant les troubles de ce royaume de parler comme bon lui semblait des choses qui concernaient la religion , aussi bien que de celles qui regardaient l'Étal, onvnt b porte k une autre licence encore plus pernicieuse, d'écrire et de publier toutes sortes de libelles , même contre la foi et les bonnes mœurs. M. Vincent l'ayant représenté au conseil , fit en sorte que cette licence fut réprimée , l'ordre ayant été donné de àbercber et de saisir les mauvais livres , avec défense aux imprimenrs et Ubraires d'en imprimer on débiter.

Ce saint homme s'est aussi employé avec grande affection pour coopérer en tontes les manières qu'il a pu , soit par ses remontrances et sages ceoieiis, soit par ses sollicitations et entremises , afin <|pie la pradtqne damnahie des duds fût entièrement abolie : ce ^ a élé enibi heuiMsemrat exécuté par la piété de la reine , et par le aèle ot l'auiorité du roi , lequel dès so/i plus bas âge , eomme w Hercule chrétien , a eu la force et le bonheur d'étouffer oe dragon , que les rois ses prédécesseurs n'avaient pu terrasser avoc tous les fondées des lois et des ordonnances qu'ils avaient lancés oantre oe monstre; Dieu ayant voulu réserver la gloire de cette déMte k notre grand monarque , et signder les premières aînées de son nègne par un exploit héroïque , qui a sauvé la vie du

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corps et de Tâme ii an mQlion de gentitehommes français, et empêché la ruine et le dernier malheur d'une infinité de très nobles familles, qui lui seront éternellement redeyables de leur bonheur et de leur salut.

M. Vincent a fait aussi ses eflTorts pour déraciner les blasphèmes, ayant k cet effet procuré qu'on renouvelât les ordonnances faites contre ce détestable crime , et même proposé divers moyens pour Texterminer entièrement ; et quoiqu'il n'en ait pas vu l'effet tel qu'il souhaitait , il ne laisse pas d'en avoir le mérite , et il faut espérer que Dieu eiaucera quelque jour les ardentes prières qu'il lui a offertes pour ce sujet , et qu'il inspirera k notre incomparable monarque d'employer les moyens les plus efficaces, et même , s'il le juge expédient, le fer et le feu, k l'imitation de saint Louis son aïeul, pour purifier son État de cette gangrène infernale qui le feorrompt et infecte en plusieurs de ses parties , même des plus considérables et des plus nobles.

SECTION X

M. VIIfCBNT À TOUJOURS GABDÉ UNE PIBÉLITÉ INVIOLABUE AU ROI, ST UNE AFFECTION CONSTANTE POUR SON SERVICE , M^p PERDANT LES TEMPS LES PLUS PÉRILLEUX ET DIFFICILES.

U ne suffit pas de rendre k Dieu ce qui appartient k Dieu , mais, suivant la doctrine de l'Évangile, il faut aussi rendre k GSsar ce qui appartient k César; et la même loi divine qui oblige d'adorer Dieu, de lui obéir et de l'aimer par-dessus toutes choses, oblige aussi d'honorer et de respecter les rois, conune les images de sa souveraine Majesté sur la terre ; leur rendre avec affection le service qui leur est dû , et leur garder une inviolable fidélité ; de sorte que les princes chrétiens ont cet avantage par-dessus les autres monarques qui ne croient point en Jésus-Christ , que leurs sujets sont attachés k leur service , non seulement par la force de leurs ordonnances ou par la crainte de leur souverain pouvoir, ou par la considération des faveurs et récompenses qu'ils peuvent espérer de leur libéralité ; mais par des liens encore bien plus forts et plus nobles, qui sont l'autorité de la loi divine, et les principes de

leur religion : et comme ils ne peu vent manquer à ce qajls doivent Ik leurs rois sans contrevenir aux volontés de Dieu , aussi Tobéissance , Tafiection et la fidélité qu'ils leur rendent ne se terminent pas II leurs seules personnes , mais vont jusqu'à Dieu, qui se tient honoré , obéi et aimé en la personne de ceux qu'il a établis ses lieutenans pour le gouvernement temporel de ses peuples. D'où il s'ensuit qu'entre les sujets d'un prince chrétien , ceux-là sont les plus fidèles, les plus soumis et les plus attachés k son service , qui sont les plus vertueux et les plus unis à Dieu par la grâce et par la chanté ; et qu'au contraire , on ne doit pas attendre de ceux qui masquent à ce qu'ils doivent à Dieu une fidélité bien constante , ni une afiecdon bien sincère pour le service de leur prince.

Cela présupposé, il ne sera pas difficile d'inférer de ce qui a été dit 9 tant en ce chapitre que dans tous les autres de ce second livre et même du premier, que-M. Vincent ayant toujours été très fidèle k toutes les volontés de Dieu , et très zélé pour son honneur et pour sa gloire , il a par conséquent gardé une fidélité inviolable au roi et une affection toute singulière au bien de son service , puisque le second dépend du premier, et que la mesure de l'affection et de la fidélité qu'on a pour son prince se doit prendre de celle qu'on a pour Dieu.

Mais outre cette considération générale qui est très forte , nous en pouvons produire ici d'autres preuves plus particulières et non moins convaincantes, en rapportant de quelle manière ce saint homme s'est comporté quand il a été question de se déclarer serviteur du roi durant les temps les plus difficiles et les plus périlleux, et d'exposer ses biens , sa vie et toute sa compagnie pour témoigner son zèle et sa fidélité au service de Sa Majesté.

La mémoire n'est encore que trop récente de l'état déplorable où se trouva la France durant les années 1649, 1652, eU^., et il y a sujet de dire qu'en ce temps-là Dieu permit par un secret jugement que ce funeste puits de Tablme , dont il est parlé dans les saintes Lettres , fût entr'ouvert et qu'il s'en exbalât comme une noire fumée sur tout ce royaume , qui remplit les esprits des Français de ténèbressi obscures , que plusieurs d'entre eux semblaient avoir perdu le discernement de ce qu'ils étaient obligés de rendre à leur souverain : et quoique dans le cœur ils retinssent toujours l'affection qu'ils lui devaient, leurs actions néanmoins démentaient leurs intentions; et à même tempsqu'ils pensaient travailler et combattre II. U

pour le service da m^ Ite employaieit teiirs armes el leitfs efforts pottr dépHmer son autorité, pour perdre sespltts fidèles serviteurs, et pour porter la désolatioti et la ruine en tous les endroits de son royaume.

Or, comme une étoile brille durant la nuit avec une clarté ph» vite quand elle se trouve environnée de nuages , qui ne servent qu'à rehausser Téélat de sa lumièire ; de même l'on peut dire qne tous ces troubles de la France ont fourni k M. Vincent une occasion de faire mieui paraître quelle était la perfeotion de sa fidélité envers le roi , et la constance de son zèle pour son service. Il est Vrai que pendaUt ce déplorable temps, la confusion était sîgraade en divers lieux , que la plupart des meilleurs Français et des plus attachés aux intérêts de leur prince ne peUsaient pouvoir faire autre chose que de se tenir dans le silence et de gémir; connais* ëant bien que toUt ce ^'ils eussent essajré de dire eu de faire pour apaiser les esprits mal disposés n'eût servi qu'à les aigrir davan* tage, et peut-être k les porter k d'autres extrémités plus ffteheuses, que la prudence leur suggérait d'éviter* Mais M. Vincent, quoique d'ailleurs très prudent et très circonspect ^ ne put se contenir dans une telle conjoncture , et le sèlë qu'il avait pour le service de sob prince ne lui permettant pas de garder le silence < il se déclara hautemeUt sehdteur du roi, et fit profession oUterte de vouloir obéir à tous les ordres qui viendraient de la part de Sa Ikgeité ; et non doutent de se comporter de la soMe en son particulier, il tâcha dé porteries autres en toutes les rencontres k faire le même; mais comme sa voix ue pouvait être entendue dans les lieux oli il n'était pas présent , il y fit par ses lettres ce qu'il ne pouvait par ses paroles , écrivant k diverses personnes sur ce sujet , et particU* lièrement k plusieurs évoques , comme 11 a été dit dms le premier livre , pouf leur persuader de demeurer en leurs diocèses , fet d'y employer leUr autorité , afin de contenir les peuples en Tobéissance du roi. Il donna encore des preuves plus signalées de sa fidélité et de sou zèle pour le service do roi, mettant sous les pieds tous sespro« près intérêts et ceux de sa Compagnie , quand il fut question d'aller trouver Leurs Majestés k Saint-Germainren*Laye, après leur sortie de Paris , pour leur faire offre de ses services ; ayant pour lors laissé comme en proie k la passion de ses ennemis sa maison de SaiUt-Lazare et tous ses chers enfans , lesqu^s^ k Texemple dé léur père, souffrirent avec patience et mén^ avec joie de 8«

voir dépenUIé» de lem fcîMa^ ei maltraita |)Mr w tel ugeu Ce qui a fait voir eo<K>ra plan elaîremêiit jusqu'où pavait edler* ceite fidélité et «elte affection de Ui Viaeeul peur le «i^rviee da Leurs Majestés, eM qu'ayatt e« la penftée de leur de«aer vacon"* seil qu'il eatimaii ss^utaites et ea quelque faten aéeeasaire daue la diapositiod ci fte tronVaiesi alen leè affiiires de rfitât, et néaameias ayaiU iptmA wjj^i de crakidre qu'il ne fût pas favonabiemettl reçu de eeux qui tenaîeiil eu nuâli tes ifbes du gouventeiB»t>efc que cela ne fût suivi de quelque lefroîdiaaeHieQt à son égard, il ^ma mieux s'expoâer au danger de tomber dans cet îufeeavéaieAt qui est si redouté de pltmufto s et d'encourir même la dîigiAoe de LeuiB Majestés , que de rnsoiquer à faîl« ukie chose qu'il croyaH pouvMT être utile à leur sernce. Il est vrai que la reme, oonaa»aaut la sincérité de son cssur^ tef ul eu èomae ^«rt eesavfs , et M. le cardinal Mazarin lui donna une aûdimice faVotabfe ^ sachant bien qu'il n'avait antre prétention que de Irendre un Adèle service à Leurs Majestés; et quoique pour lors son conseil ne fût pas suivi, oela ne diminua en rien , mais plmlét augmenta la créance qu'en avait to^oun eue de sa fidélité et de son affectiou', voyttut qu'en cette eeeasion^ après avoir tout abandonné poUr le service desen prince s il avait eu le dùurage de s'exposer même à souffinr quelque diminution de sa bienteillanee , qui lui était plus chère ^e HM le mte^ peur ne manquer à donner un conslafl 4F^'il jugeait lui être utile.

SECTiOtï XI.

n. vmcÉttV A SERVI te hoi^aVêc tm EfrriCT DtcicSiŒNT m, tout

ÎPCTÉRÊt.

Nens ne piétendotts pan ici donner aucun Uàme 3i ceux qui eer^ tcnt fidètemeut le roi, dans TespéiraÉce que Sa Miîesté, agniaot leurs sarvices, les récompensera de ses faveuirs; : au centrinre, ^nons disMi qu'il ne serait pas juste ni raisooMfrle de cetow* tm tel procédé; étant expédient pemr le bien de l'État qnes comme les lefe étabtiwmt des ehàtimens contre les ktèeUes et réfrhdèiiek anfc véientés du seuvâtmn , qu'aussi sa libéraUlé âé|)leie (Me grâces et eéa récompenses envers eew cpii lui mident un iidèle bervîce ;

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el que, comme Ia crainte de la pimiti<m sert de frein pour retenir les anjetfi diacoles dans les termes de leur devoir, de même l'espérance de la récompense serve d'an aiguillon pins puissant aux bons k faire des actions (fignes des faveurs de leur prince.

Or , quoiqu'il soit permis et même « lonableMe servir fidèlement son prince dans la vue des récompenses qu'on espère de sa libéralité , on ne peut nier toutefois que ce ne soit une disposition bien plus excellente, plus noble et plus parfaite, de n'avoir d'autre vue ni prétention en servant son roi que le bien de son service : et encore davantage lorsque, pour se porter plus constamment k s'acquitter de ses devoirs , on regarde en la personne du roi celle de Dieu même, et qu'on le sert avec toute l'affection et la fidélité possible , dans la seule vue que ce service est agréable à Dieu ; en sorte que la principale et même l'unique prétention en servant le roi soit de plaire k Dieu, et d'accomplir ce qu'on sait être conforme aux ordres de sa volonté.

Mais n'aurions-nous pas sujet de faire ici la même exclamation que fait le sage , parlant de celui qui ne laisse point aller son cœur après l'or, et qui ne met point ses espérances dans les richesses : Quis est hic , et laudabimus eum ? Qui est ce personnage admirable qui a emporté une telle victoire sur la plus indomptable de toutes les passions? Et où est-ce que nous le pourrons rencontrer, afin que nous lui donnions les louanges que sa vertu mérite ? Or le voici heureusement trouvé ; et nonobstant la corruption du siècle, la France a eu le bonheur de produire en nos jours un si rare chef-d'œuvre de vertu en la personne de Vincent de Paul, duquel on peut bien dire avec vérité que son cœur ne s'est point laissé aller après l'or, et qu'il n'a point mis son espérance et son affection dans les richesses ; car quoiqu'il fût auprès de la source d'où découlent ordinairement les plus riches trésors et les plus magnifiques récompenses , il en a néanmoins détourné ses yeux et son cœur, n'ayant jamais en d'autre vue ni d autres prétentions, en servant fidèlement le roi , que le bien de son service, et la gloire qui en pouvait revenir k Dieu. C'est ce>seul motif qui l'a porté a accepter les charges et les emplois qui lui ont été confiés ; c'est le lien qui Ta retenu inviolablement attaché au service de Leurs Majestés dans les temps les plus difficiles ; c'est cette intention de rendre gloire k Dieu en servant fidèlement son prince qui lui a inspiré la force, la constance et la 'persévérance en ce service.

Si' 165 ««6 panni toutes les contradietions , caloomies et persécutions qu'il a souffertes , et au milieu des périls auxquels il s'est exposé pour ce sujet.

Et premièrement , lorsque la reine-mère , au commenceipeQt de sa régence , lui fit l'honneur de l'appeler dans le conseil des affaires ecclésiastiques, ce fut la seule obéissance qu'il crût que Dieu voulait qu'il rendit aux ordres de Sa Majesté , et le zèle qu'il avait de procurer le bien de la religion et Tavancement de la gloire de Dieu, qui le fit résoudre d'accepter cet emploi , nonobstant l'extrême répugnance que son humilité y ressentait, et tout ce qu'il prévoyait qui pourrait lui arriver de contraire k l'affection du repos et au désir qu'il avait d'achever sa vie m paix et en tranquillité dans l'âge où il se trouvait.

Il avait dans cet emploi des occasions favorables pour procurer l'avantage temporel de sa Congrégation , s'il eût voulu s'en servir , ainsi qu'il le pouvait licilement faire , et qu'il semblait même y être en quelque façon obligé par la charité qu'il devait avoir pour les siens : et comme la distribution de quantité de bénéfices passai! par ses maiiis , il ne lui eût pas été difiicile d'en obtenir quel* ques uns pour les unir aux maisons de sa Congrégation, laqudle étant encore naissante , et assez peu accommodée de biens temporels , pour ne pas dire pauvre et incommodée , avait par conséqurat grand besoin de secours pour s'affermir et s'étendre , et même pour pouvoir soutenir les emplois au service de Dieu el de l'ÈgUse , qu'elle a entrepris de faire gratuitement. Néanmoins , il n'a point voulu se servir de ce moyen , il n'a jamais demandé nî recherché directement ni indirectement quelque bénéfice que ce fût pour aucune des maisons de sa Congrégation ; et si l'on en a uni h quelques uns de ses séminaires , cela n'a été fait qu'à l'instante prière de ceux mêmes qui en étaient les possesseurs , ou qui. avaient droit de les conférer ; lesquels ont souvent employé autant de sollicitations envers lui pour l'obliger k les accepter , que d'autres en eussent fait pour les rechercher; et son dessein, en les. acceptant , n'était pas d'enrichir sa maison ni de mettre les siens h leur aise, mais d'en employer fidèlement les revenus k instruire, et former ceux qui étaient appelés au ministère de l'Église.

L'un de ses plus intimes amis le vint trouver un jour , et lui of*^. frit une très grosse somme d'argent (on a su qu'elle allait à cent, mille livres) de la part de quelques pereoanes , k condition qu'ili

ê'etùp\oienit dus le eenseil pour proeuver qa*on raçAt Iran pvoip^silioBs , et qu'on leur «ocordât rexéeition de quelques avis qu'ils avaient présentés , lesquels semblaient fort raisonnables , et n'étaient nullement ^ la charge du peuple, mais qui pouvaient en quelque ftiçon préjudicier aux intérêts du clergé : k quei ce saint homme, levant les yeux au ciel, ne fit autre réponse, sinon 2 « Dieu m'en garde : j'aimerais mieux mourir que de diiie une « seule parole pour ce sujet. »

Secondement , comme il n*a jamais reelierelié aueun profit tempm*el dans le service qu'il rendait )t Leuvs Majestés, il ne s^est non plus mis en peine de se proourer la faveur des personnes puiësantes dans les occasions où il les pouvait obliger. Ce n'est pas qu'il eût une vertu sauvage et farouche , comme quelques uns qui fdnt gloire de choquer les plus grands : an contraire, il les traitait toujours avec un singulier respeet , et s'efi'orçait en toutes rencontrés de coi)tenter jusqu'aux plus petits , avec cette condition Mutefbis , que Dieu fût le premier content et satisfait : en sorte que S*il voyait que ce qu'on désirait de lui Mt selon l'ordre de la volonté de Dieu , il raccordait facilement et de bonne grâce ; mats 8^1 jurait ne le pouvoir faire sans manquer k Dieu , il n'y avait aucun respect humain , ni aucune crainte de disgrâce ou mal* veillancede qui que cé fât , qui le pAt fléchir; il n'avait aucun égard à la puissance de ceux qu'il refusait ; il ne s'étonnait point de leurs menaces ; il ne se mettait en aucune peine des dommages oii des persécutions qui lui en pouvaient arriver ; mais il regardait Miquemènt Dieu , auquel seul il désirait plaire , et auquel seul il ëraignait de déplaire.

' Troisièmement , il a fait paraître son dégagement de tout intârét , non seulement en ne recherchant point ses avantages , mais end«fe plus en souflfrant volontiers les pertes qui lui sont arrivées, commenous avons dit , enservantfidèlementLeursMajestés :enquoi il y aune circonstance remarquable et très digne d'être ici rapportée , qui est que toutes ces grandes pertes qu'il a faites pendant la 'guerre, et tous les mauvais traitemens qu'il a reçus, ne lui étant afirrivés que par la mauvaise volonté de quelques personnes , en haine de ce qu'on le voyait très fidèle et très affectionné au service du réi , on ne lui en a point oui pourtant faire aueunes plaintes, ek il n'en a jamais demandé aucune récompense ni dédômma^e*liettt : et eè ^di est pit» étonnant , c'est que, par une adresse d'une

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charité ivainent désiotéroiséa , il a qu^quefoîa (iétoiuPAé adraitement lea e&ts de la bonne Yolonté de la rdae epven tuî > peur les faire découler sur les auirçs , lorsqu'il peq^ait le pouvoir faire sana blesier l'ordre de la juatice ou de la cbarité.

Certes , il faut avouer que c'est là servir son roi avec un ealî^r dégagement de tout propre intérêt, et que M- ^ipflmt a j^patiqné celte liéroïque vertu d'une n^àre d'autant plus admirable sv'eU^ Ml aujourd'hui plus rare dana les cours des princes.

SECTION XIL

QUE M. TnfCBHT s'EST TOVIOims COHIlUlff AVEC MÀSK frlimiHeB It CmCORSPECTlON PAMS LES AFFAIEES QUI mBOARnAlBlIT LE SEEVICK DU EOI.

Il est vrai que les affaires qui concernent le bien d'un État et le fiervioe d*un souverain sopt d§ telle cçtuséquencCf que le maniement et la conduite n'en doit être confiée qu'à dea personnes non seulement fidèles et bjen affcctiopqces , mais aussi p^udentea ^ discrètes , qui aient ui) eaprit mûr , un jugement solide et une e;ip(|rience proportionnée k la gi;aud^ur des choses qui leur sont commises : et comme il est certain que tQUS ceu^ qu| fopt profeasipp de piété n'ont pas ces qualitéa naturelles, Ton uepeut pa&oier mm que paimi les peraonuea vf^rtueuaes il ne s'en ^uve çpn 1 1ff ayant iecues de I>ieu, et qui leajuiguapt à 4' auti*^ mcore mei|leunK» ■e soient capablei d'ep faire up tfès bqp usage # et de les efnp}q]FW utflement peur le aerviee de leur pnuce et pour le bie^^ de ma État. De sorte que^ comme ee gelait upe imprudence de recevuir et suivie indifféremment en toutea aortes d>^airea Ips avis de eeu( qu'on estiipe vertueux, s'imaginaut qu'ils ue sauraient être que beoa et safaitaires; aussi serait-ce uue témérité accompagnée de que^ que injustice de rejeter ou de tenir su&pects les conseils i'm bommg de Uen, h oanse qu'il fait une particulière profession d^ piété, eomme si la piété ne pouvait subsister avec la prudeuee , et que ce Mt chose incompatible de rendre un service agréable 1^ Pî^u et de servir utilement aon m. Il s'en trouve néanmoins qui ^ perauadent) ettàçl^ent^pfmPft'' er aux autres , qu'un hewme qui s'adenue auis. eiercMei de ptélé

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et qui s'est dévoué au service de Dieu (car c'est proprement ce que signifie le nom de dévot , qu'ils décrient si fort) n'est point propre pour le service d'un prince , ni pour la conduite de ses affaires; que l'affection qu'il a pour le ciel l'empêche d'apporter l'attention nécessaire k ce qui se passe sur la terre ; que la dévotion est ordinairement accompagnée d'un zèle, sinon indiscret, au moins qui n'est pas assez considéré , et qui fait que cçlui qui est dévot ne prévoit pas la suite des affaires qu'il conseille d'entre* prendre , lesquelles il croit utiles , parce qu'elles lui paraissent bonnes : ce qui n'empêche pas qu'elles ne soient le plus souvent fort préjudiciables au service du prince et au bien de son État. Et de cette sorte ils rendent la piété tellement suspecte , que selon leurs avis, il ne faut pas moins se donner de garde dans la cour d'un prince , d'un honmie vertueux et dévot, que d'un espion déguisé, ou d'un pensionnaire de quelque prince étranger et ennemi.

Ceux toutefois qui veulent paraître les moins passionnés avouent qu'un homme vertueux peut avoir une vraie et sincère affection pçur le service de son prince , et lui garder une fidélité inviolable , et même le servir dans un entier dégagement de tout propre intérêt; mais ils ne veulent pas reconnaître ni confesser que la dévotion se trouve avec la discrétion et prudence requise dans les affaires importantes, ni que les règles de la piété puissent s'accorder avec les maximes de la politique.

Certes , s'il en était de la sorte , comme ils le veulent faire croire , il faudrait avouer que la condition des rois et des princes souverains serait bien misérable , de se voir réduits k une si Gâcheuse nécessité que d'être obligés de bannir de leur cour les homme» les plus vertueux , ou bien de s'en donner continuellement de garde , comme de personnes qui leur seraient suspectés , et dont les meilleurs avis pourraient être préjudiciables au bien de leur État. Et s'il est vrai , comme nous avons déjk dit , que ceux qui sont plus unis à Dieu par la vertu et par la charité ont une affection plus sincère et une fidélité plus constante pour le service de leur prince, quelle peine serait-ce k un souverain de voir que ce qui devrait lui donner plus de confiance en l'affection et en la fidélité de quelques uns de ses sujets , ce serait cela même qui l'obligerait k les exclure de son service, et qu'il serait par conséquent nécessité de commettre la conduite de ses plus importantes affaires , et de se servir du conseil de ceux auxquels il aurait moins sujet de se fier?

Mais il ne serait pas difficile de faire voir la fausseté de cette persuasion par les exemples de plusieurs grands princes , qui ont appelé dans leurs conseils et employé dans la conduite de leurs affaires avec un succès fort avantageux divers personnages aussi re* commandables pour leur vertu et piété que pour leur expérience et sagesse, desquels ils ont toujours reçu des avis fort salutaires et un service très fidèle et très utile au bien de leurs États. Et , pour ne nous étendre hors de notre sujet , il suffira d*en produire un qui sera d'autant plus convaincant que la mémoire en est plus récente : c'est du grand serviteur de Dieu , Vincent de Paul , qui a su joindre heureusement la piété avec la sagesse , le zèle avec la discrétion , et la science des saints avec Texpérience et la connaissance néces* saire pour servir utilement son prince. Nous ferons ici seulement quelques remarques particulières sur diverses occasions et occurrences d'affaires dans lesquelles il a fait paraître qu'il possédait en perfection ces excellentes qusdités.

Il est certain qu'une des dispositions les plus nécessaires pour agir prudemment dans les affaires est d'avoir l'esprit libre et dégagé de toutes les affections et passions déréglées, parce que le trouble qu'elles excitent obscurcit l'entendement et l'empêche de voir l'état véritable des choses présentes , et de prévoir les suites de l'avenir '. Or, toutes les personnes qui ont connu et fréquenté M. Vincent peuvent témoigner que , soit par grâce , soit par la force de son esprit, il semblait presque entièrement exempt de ces émotions et saillies désordonnées, qui ne sont que trop fréquentes dans la plupart des hommes; ou, s'il les ressentait, il avait acquis par sa vertu un tel empire sur lui-même et sur tous les mouvemens de son âme, qu'il n'en paraissait rien au dehors, ni en ses gestes, ni en ses paroles, ni même en son visage, sur lequel on voyait reluire une sérénité presque toujours égale en toutes sortes d'accidens , et même parmi les affronts et les injures les plus sCTsibles. Et tant s'en faut qu'on aperçût en lui aucune altération d'esprit dans les premiers mouvemens que l'on ressent ordinairement en ces rencontres , qu'au contraire c'était alors qu'il paraissait plus modéré et plus présent k lui-même , et qu'il parlait et agissait avec plus de circonspection.

' Hos qui derebufi dabii8C0D»ilittm capiun(,ab alTeclibQs ?acuos eucdecoi j nam baad facile animai vtrum ptrTÎdcl, abiillsorncioot. Salluii, in Calilin,

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il avait eoeore une autre disposition d'esprit qm ne centiibuait pas moins k la prudente et sage conduite dont il usait en tontes oor easions : s'était de ne jamais préeipiter ses avis , et de ne rien dé* terminer trop promptement, surtout dans les affaires de consér quence , mais de donner k son esprit tout le tepips et le loisir nécessaire pour en considérer attentivement les diverses cîreon^ stances , bien peser les raisons de part et d'antre , et préyoïr les suites; ce qui faisait que ses consuls étaient solides et assurés, et qu^on pouvait les suivre sans crainte de se trompa. Il tenait pour maxime ce qu'a dit un ancien , qu'il n'y a rien de plus pernicieux aux délibérations dans les grandes aflhires que d'y procéder trop à la hâte, parce que cela empêchait de voir, et encore plus de prévoir ce qui était requis pour donner ou pour recevoir un bon conseil ' ; qu'il fallait délibérer et prendre ses résolutions avec loisir, mais qu'il pliait exécuter avec diligence ce qu'on avait résolu '.

Après qu'il avait mûrement considéré une affiiire et balancé toutes les raisons qu'on lui proposait ou qui se présentaient k son esprit , et qp'ensuite il avait pris une résolution et donné qn conseil , alors , quelque événement qui s'ensuivit , bien que contraire k ses dessejns ou k ceux des autres , il ne s'en troublait point, mais demeurait en paix ; tenant cette maxime d'un ancien Père : Que c'est le propre des sages de juger des choses, non par leur événement , mais par Tinteptiop et le conseil avec lequel on les avait eommen*» oées \ et que c'est une erreur de plusieurs qui se persuadent qu'une affaire aura été bien entreprise lors seulement qu'dle aura réussi avec bonheur ^

Otk a encore remarqué une autre disposition en la pereonne de M. Vincent , qui était une niarque de sa prudence, et qui aussi contribuait beaucoup k la perfectionner : c'était la taoitumité , qui est une condition grandement requise dans le maniemMt des affaires importantes^; on ne l'entendait j^ais parler de ce qui s'était

' Gonsifit nihilmagnis eonsiliis tam inimicam esse, qaam céleri (alem. It'Wtti, Ub, 3|. ' Omnia non properanii Clara certaqae sant ; festinatio improvida ^t et caca. id. Hk, SS*

'. CoBiulese qpidcm oport^t leDlè, a^Mbotm ^^^^n pfderiier ef Mi9U 4rU99U ^ Mlkiei».

3 m qi|i 9{ipieD(es babentaç nqn a)^ e^ eptvi , ^t^ ab animi ipaiitiiiq e| TolpoUle rp^ pondérant. Itiâor,^ Ep, ion, lib. 3. Errorplarimomni est non rerum mérita, sed eyentnm fortunn spectare ; eaque tantnm judicare proviia , qu« felicilai commendaTeril. Boet, lib» i d9 ContolaL prou 4.

^ Tacilarnitas optimnm atqne tulisaimiim rernm administrandarum vincviqm. Fa(«r. Max. Hb* II, C0p. 11. Pfec res magnas snstineri posiont ab eo cui tacere |raTe eil. C^^U\ li*. 4.

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paflfé a« ^QÎ ïïmi été Fésoia dans le eonseil ^ sinon quand il était absdfaupent nécessaire de le déelarer : il tenait sons le sceau du mkmu non seulement les secrets qui lui étaient confiés, mais néme tentes les autres choses qu'il ne jugeait point nécessaire de dire ; et dans ses entretiens fanûliers , lors même qu*il revenait de la cour, il ne parlait non plus des alEaires qui s'y traitaient que s'il ftl 9etôQni4 de la cellule d'un ehartreux.

6r, Vwn quHl procédât dans les affaires avec cette circonspeclien et prudenee, il y gardait néanmoins une telle modération^ qu'enoer^ qu'il parât ÎTerme et constant en ses avis , il n'y était pas pourtant arrêté avec exeès , il ne les soutenait point avec chaleur et ne luisait pas comme ceux qui se montrent toujours contraires * aux meilleurs conseils des autres, parce quMls n'en sont pas les auteurs ^ Il cédait non seulement k l'extérieur au sentiment des personnes qui lui étaient supérieures, mais il y soumettait son esprif quand il le pouvait faire sans blesser sa conscience ; il ne blâmait jamais leurs sentimens, quels qu'ils fussent,, ni ne s'en plaignait p^t; et, après avoir fait ce qu'il jugeait être de son devoir, il se tenait dans le respect et dans le silence , laissant k la providence de Dieu révénement des affaires.

Mais le firineipal fondement sur lequel il appuyait toute sa prudenee était Tordre de la volonté divine, laquelle lui était manifestée par sa loi et par son Évangile. Il tenait cette maxime inviolable de ne prendre jamais en quelque affaire que ce fût aucune résolution contraire k la volonté de Dieu , laquelle il considérait , suivant le sentiment d'un ancien Père, comme un assuré gouvernail pour se conduire heureusement dans les conseils qu'il lui fallait donner ou dans les résolutions qu'il lui fallait prendre '. Outre cela , il se conformait toujours, autant qu'il pouvait et que la nature des affaires lui permettait, aux maximes de l'Évangile de Jésus-Christ, duquel il reconnaissait la parole comme la fontaine de toute véritable sagesse ' ; et c'était dans cette divine source qu'il puisait toutes les lumières dont son esprit était éclairé et tous les salutaires avis qu'il donnait aux autres avec tant de bénédiction.

' Gonfilil, qaainTis cgregil, qnod ipM non afrerant , lemper faiimiel. Tacii», Hb, t

• Coniilionim gnbernacnliim taliisimnm lex divina* Cjfjprian, apud Lip$* lib. S. Poli' tie,j cap m {(• ' FoM laplealia terbam Pei. EecH.y I.

Nous pourrions ajouter k ces remarques divers exemples plus particuliers de cette rare et singulière prudence avec laquelle il s'est conduit dans les ajBTaires les plus difficiles , et dans les reaeon» très les plus périlleuses; comme aussi de cette modération et cir* conspection merveilleuse avec laquelle il s'est comporté dans les conseils ; ne dissimulant rien de ce que la fidélité Tobligeait de dire pour le bien du service de Leurs Majestés, et ne disant pourtant au* cune chose qui pût^en aucune façon blesser le respect et la soumission qu'il leur devait : nous nous en abstenons toutefois, tant pour éviter beaucoup de redites ennuyeuses au lecteur que parce que un chacun pourra en faire aisément l'application , et reconnaître non seulement par ce qui a été rapporté en ce dernier chapitre <» mais aussi en la plupart des autres précédens de ce second livre et même du premier, que M, Vincent a été doué , et par la nature et parla grâce, d'une très grande prudence qui lui a servi comme d'un flambeau pour l'éclairer et le conduire par des voies droites et assurées, parmi une si grande multitude et variété d'emplois et d'affaires où la Providence divine Ta voulu engager; s'étant toi^ jours comporté avec une telle droiture, modération et sagesse, que pendant sa vie il a heureusement réussi en tout ce qu'il a entrepris et exécuté pour la gloû^ de Dieu et pour le service de ceux qui le représentent sur la terre ; et qu'après sa mort , sa mémoire est demeurée en bénédiction parmi les hommes.

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