‹ Vie de Saint Bernard, abbé de ClairvauxChapitre 13 sur 58 · LES SUITES DU SCHISME. OO · texte numérisé non relu

LES SUITES DU SCHISME. OO

rez-vous qu'elle est charnelle? Elle est humaine, je l'avoue, comme j'avoue bien aussi que je suis homme. En voulez-vous davantage? Soit, elle est charnelle. Mais moi aussi, je suis charnel, vendu au péché, voué à la mort, sujet à la soulTrance et à la misère. Que voulez-vous? Je ne suis pas insensible à la douleur. J'ai la mort en horreur pour moi et pour les miens. C'était mon Gérard , oui, mon Gérard à moi. Jugez-en plutôt : c'était mon frère par le sang, sa vocation l'avait fait mon Qls , sa sollicitude mon père , son esprit mon compagnon , son affection mon plus intime ami ; et il m'a quitté ! J'en souffre, je suis blessé, blessé k mort.

« Pardonnez-moi, mes enfants, ou plutôt, si vous êtes bien mes enfants, plaignez le sort de votre père. Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous, du moins, qui êtes mes amis, et qui voyez quel affreux châtiment j'ai reçu de la main de Dieu , pour mes péchés. Il m'a frappé de la verge de son indignation; et, sans doute, je l'avais bien mérité; mais c'est bien lourd pour mes forces! Pour ne pas comprendre qu'il m'est impossible de vivre sans Gérard, il faut ignorer ce que Gérard était pour moi.

n Je souffre, je souffre horriblement, parce que j'aime avec passion. Que personne ne m'afflige en me reprochant de m'affecter ainsi. Le doux Samuel a bien pleuré sur un roi réprouvé, et le pieux David sur un fils parricide, sans que ni l'un ni l'autre aient pour cela manqué de foi. « Absalon, mon fils! disait le roi David, mon fils, « Absalon! » et celui que je perds, moi, est bien plus qu'Absalon, Le Seigneur, à la vue de Jérusalem, dont il prévoyait la ruine, a bien pleuré sur elle; et je ne ressentirais pas ma propre désolation, quand elle est lù, devant mes yeux? Je ne me plaindrais pas de ma blessure encore toute récente et peut-être mortelle? (1 a pleuré

vie DE SAINT BEHNARD.

ission; et moi, je n'oserais pleurer de mes souf- Voyez donc : au tombeau de Lazare, a-t-il ré- ! ceux qui pleuraient? a-t-il défendu les larmes? e a pleuré avec ceux qui pleuraient. « Jésus , » dit saint Jean. Ces larmes étaient sans doute ^e de sa nature, mais non pas des marques de C'est ainsi que mes larmes ne sont pas non plus d'infidélité, mais une preuve de ma condition, ire, parce qu'on me frappe , je ne me révolte cela contre Celui qui m'a frappé; mais j'en ap- >n amour, j'essaye de fléchir sa sévérité. Voilà mes paroles, si douloureuses qu^elles soient, ne nt pourtant pas un murmure .»

ainant cette longue plainte, Bernard se rappelle ait demandé à Dieu pour toute grâce, l'année e, que de donner à Gérard la force de terminer s d'Italie : « Seigneur, s'écrle-t-il, tu m'as exaucé. tabli, et nous avons achevé la tache que tu nous isée ; nous sommes revenus , la joie dans le cœur i de nos trophées pacifiques : j'avais presque ou- ) convention, mais tu te l'es rappelée... J'ai :es sanglots, qui m'accusent de prévarication. 11 is repris ton bien, tu as réclamé ton serviteur : marquent le terme de mes paroles. C'est à toi, de marquer le terme et la mesure de mes

aisoa funèbre, ouverte par une explosion invoe la douleur et fermée brusquement par des est le monument le plus complet et le témoiplus irrécusable de la sensibilité de Bernard. ; le saint abbé se soumettait entièrement à la i Dieu. Il avait presque honte d'avoir laissé :eUe plainte si vive et pourtant si légitime. Le

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