‹ Vie de Saint Bernard, abbé de ClairvauxChapitre 15 sur 58 · Voir d'autres sources moins importantes dans · texte numérisé non relu

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ad m, p. 160, note JS.

s., ItK. cil.

LBS SUITES DU SCniSHE. 63

a dans l'iniérèt, dit-il, des prisonniers romains » (23 juillet I i39). Il leva l'excommunication qui pesait snr Roger, lui confirma son titre de roi de Sicile et investit ses deux lils du duché d'Apulie et du duché de Capoue (1). Le Garigliano marqua )a limite du royaume de Sicile (2) . En retour le vainqueur s'engageait à payer au Saint-Siège une redevance annuelle de sis cents scifali d"or, en manière d'hommage pour les duchés de Gapoue et d'Apulie (3).

A ce prix, Innocent II vit tomber ses entraves et put célébrer en grande pompe, à Bénévent, la fête de TAssomptioD. 11 faut avouer qu'il payait chèrement sa liberté, compromise par sa faute. Ce traité de Hiniano, qui terminait une lutte de sept années, consacrait l'ambition et les conquêtes de Roger et devait montrer une fois de plus qu'A l'origine du droit, hélas! peut se trouver un coup de force.

Quels furent les sentiments de l'abbé de Clairvaux, quand il apprit cette désolante nouvelle ? On peut le soupçonner par la lettre qu'il écrivit vers cette époque h. Conrad. Les questions politiques n'étaient guère de son ressort ni de son goût. S'il y prenait part, c'était uniquement en vue des intérêts de l'Église. Il s'inclina devant le fait

(1) Falco Benev., Ibid., p. t29; Romoald, toc. cil.;OUo Frising,, Ckron., VII, 24: Order. Vilal, I, 29, loc. cit.; Annal. Cavens., vp. Mon. Germ., Ill, 192; Sigeb. ConUnual. Prxmonslrat., ibid., VI, 453. La bulle d'Innocent II qui conGrine i Hoger son Utte de roi (]t((i, Regesta, S043) contient plusieurs phrases qui ont besoin d'explication. Voir, contre l'interprétation de [ternhardi, la note 2, t. II, |i. 61 de noire i''. édition.

13] a ConfirmaTtt ei lolam terram a lluvio Curnello (Garigliano) rt infra. u Annal. Herbipol., ap. Mon. Genn.,XVI,2;^nnaI. Seiijeiiiï., ibid., XVII, 32; Annal. Coiia., XIX, 309.

(3) Jaffé, Reg., n° 80^3. Sur la valeur du squifatw, et. l" édit.,t. Il, p. 62, note 2,

et ne songea plus qu'à recueillir les fruits de

té de Miniano fui le signal d'un changemeitt de s la politique religieuse du douzième siècle. Roicile, jusque-là exclu du concert européen des atholiques et considéré comme « un tyran, » lésormais l'égal et l'allié des principaux poten- Décident , au grand scandale de l'empereur d'Al- (1). Un mariage scella cette alliance. L'habile demanda la main d'Elisabeth, troisième fille de Champagne , pour son fils Roger II, le nouveau alie. Une lettre de saint Bernard nous montre les siciliens déposant sur les rives de France les eurs qui venaient chercher la fiancée à Montms l'octave de l'Assomption 11^0(2).

î retour des choses d'ici-bas : l'abbé de Clairvaus cette époque avec un respect mêlé de confiance lavait, pendant plusieurs années, appelé dédaimt le « tyran ou l'usurpateur de la Sicile (3). » ses moines accompagnèrent, ti la demande de future duchesse et allèrent choisir, soit en Sicile )it en Apulie, l'emplacement d'une abbaye cis- (4). Quand tout fut préparé pour l'installation relie colonie, Bernard écrivit au roi : <i Me voici, es enfants; vous me cherchiez, j'accour.s en la de ceux que Dieu m'a confiés. Qui pourrait me

ep. 183, Cette lettre dont la dute a élé 1res discutée est (« époque; car elle se trouve dans la première édition ; la nibl. dcTrayci, ep. iSli Ui- 2)3 de Grenoble, etc. Cf. Konrad ill, p. 180.

ep. 4i7.

fl, 348; cf. ep. 13» Ol 137.

7. L'emplacement de cette abbaye n'est ]>as connu. Janaus- Cisterc.) n'en indk|uc pas même le nom.

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séparer d'eux? Je les suivrai partout où Us iront; et fussent-ils installés au bout des mers, ils ne seront pas sans moi. Roi, vous avez la lumière de mes yeux; vous avez mon cœur et mon âme (1). n Quelle délicatesse et quel abandon I et combien ce langage différait de celui de certaines autres épllres! Il cachait toutefois une leçon de piété. Bernard entendait que ses religieux fussent reçus comme d'autres lui-même. Aussi a-t-il soin de relever aux yeux de Roger la dignité de la vie monastique, comme pour faire valoir la faveur qu'il lui accorde : u Roi , ne vous étonnez pas. J'aurais mieux aimé mourir que de me séparer de mes enfants, si Dieu n'était en cause. Recevezles nomme des étrangers et comme des pèlerins, mais aussi comme citoyens du ciel : citoyens, c'est peu dire; ils sont rois. C'est à eux qu'appartient le royaume des cieux, en vertu du droit de pauvreté (2). »

Tel fut l'accueil Fait aux moines de Clairvaux, que Bernard considéra dès lors Roger comme un bienfaiteur de l'Ordre. Dans la gêne momentanée qu'éprouvait le monastère à peine achevé de Chienti, au diocèse de C^merino (3), il n'hésita pas à envoyer Bruno, le fondateur do Chiaravalle de Milan , en Sicile , et à faire appel à la mu- DÎCcence royale. » Ce que vous ferez pour maître Bruno,

(1) Ep. !0S, écrilc après le 15 août iliO et avant le IN novembre lltl, date de la Tondalion de Cbienli,

(2) Ibid. Le monastère paraitavoir été fondé avant celui de Chienti. Cf. ep, 209 et Im notes suivantes.

(3) Chienti, situé un peu au nord d'Urbisaglia, sur le Fiastra, atlluent de droite du Chienti, prit le nom de 5. Maria di Chiaravalle de Fiattra lorsqu'une autre alibaje cistercienne, Saint- Sauveur, fut établie en 1 165 (cf. Janau^cheli, Orig. Cisterc.,p. lxxii] sur les bords mêmes du Cl>ienti, Chienti était la seconde lllle de Chiaravalle de Uilan. Sur sa fondation en 1141 et la part qu'y prit Bruno, abbé de Chiaravalle, voir JaMuxhek {oui: cit., p. C6)et Ugheiii [ttal. sacra, I, col. 552), Cf. Fabre, Liber Censuum, p. "8-"9.

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'erez pour moi, dit-il; car c'est à moi qu'il dece qui lui manque. Comme ma bourse est à peu , j'ai pensé que la vôtre était mieux garnie; c'est

j'ai pris soin de vous adresser ce pauvre de rist (i). » 11 remercie en même temps Roger de lotation allouée aux premiers moine scisterciens ile; et, comme pour le presser de continuer ses îuvres, il lui dit par manière d'éloge et d'encout : « C'est ainsi qu'on s'élève jusqu'aux astres, de telles offrandes que l'on gagne Dieu (2) , » lui t du même coup en perspective et la gloire hu-

la récompense céleste.

te époque date un développement assez considél'Ordre cistercien en Italie. Bernard, à lui seul, icore ou renouvelle deux monastères : l'un en e et l'autre aux portes de Rome, Casamario (3) et ul-Trois- Fontaines.

Panl-Trois-Fontaines , connu aussi sous le nom de ncent et Saint-Anastase ou même simplement sous e Sain l- A na stase aux Eaux-Salviennes, eut pour abbé Bernard Paganelli, naguère vidame de l'é- Pise. Les premiers mois et même les premières e son ministère abbatial furent extrêmement rui d'une fois il se prit à regretter le temps où, moine vaux, il vivait dans un lieu de délices, parmi les Il paradis (4). » Sur la demande du pape Innocent

ao9.

itur ad utra (Virg., .£»., IX, Gti); talibus boHi'a promes. u Hebr., iiii, 16.

la roadalion de Gasamarjo, en 1140, voir Janauschek (oui'. I. Déjà, le 3 mai 1137 , une colonie de Clairvaux s'était élail. délia Calumba, au diocËse de Plaisance. Cf. JiDaoscUek.

' Bernardin., ep. 3i4.

Digtiz^^vGoOglc

LES liUlTES DU SCHISME.

et de l'abbé de Farfa, il avait d'abord été chargé d'établir, àbuit milles de ce dernier monastère, l'abbaye de Saint- Sauveur. Hais à peine avait-il jeté les premiers fondements du nouveau cloître, que le souverain Pontife changea d'avis et appela la colonie cistercienne au lieu dit Ad aquas Salvias (1).

C'est alors qu'Adenulpbe, abbé de Parfa, entreprit le pèlerinage de Clairvaux, pour se consoler de sa déception auprès de saint Bernard. A ce voyage se lie une curieuse anecdote qui mérite d'être racontée. Désireux de contribuer h la fondation d'un monastère en France, afin de se dédommager en quelque sorte de son échec en Italie, Adennlphe offrit à l'abbé de Clairvaux une somme d'environ six cents marcs d'argent, qu^il avait, avant de partir, mise en dépât chez un de ses compatriotes. Bernard n'avait aucun motif de repousser une si généreuse proposition. Il envoya donc un de ses religieux chercher l'argent promis; mais le dépositaire trouva bon de nier sa dette, feignant même de ne rien comprendre h la réclamation qu'on lui adressait au nom de l'abbé de Farfa. Le moine dut rentrer à Clairvaux les mains vides. C'était une mésaventure assez déplaisante. Bernard fut le premier à en sourire. u Dieu soit béni', dit-il, c'est un embarras de moins. 11 faut avoir quelque indulgence pour les voleurs ; ce sont des Romains. La somme paraissait considérable; la tentation fut trop forte (2). w

11 est douteux que l'abbé de Farfa se soit consolé aussi aisément de ce nouveau déboire. En regagnant son cloître, s'il visita Saint-Sauveur, son cœur dot saigner à la vue des travaux interrompus parle départ précipité des moines cisterciens. Bernard de Pise souffrait non moins vivement

(I) Ep. 343et3i4(de llto); Ben. VHa, lib. III, cap. Tti. n° ïi. (î) Btrn. Vila, toc. cit. Cf. Yila secvmia, cap. imv. n- 66.

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de l'abandon d'une œuvre qui lui était déjà chère et s'en plaignit ù Innocent II lui-même (1) : » J'ai reçu le coup d'un ennemi que je n'attendais pas, » écrivait-il pareillement à l'abbé de Clairvaux (2). Mais le désir du pape était un ordre. Il fallut que la petite colonie destinée à Saint-Sauveur s'établit sans délai aux Ëaux-Salviennes.

Cet emplacement, cher à la piété chrétienne et consacré paries plus glorieux souvenirs, n'était pas à tous égards parfaitement choisi. C'était Ik que saint Paul, selon la tradition , avait été décapité ; et la légende ajoutait que sa léte en tombant avait fait trois bonds, d'où jaillirent trois fontaines. Les reliques des martyrs saint Vincent et saint Anaslase, apportées au même lieu, donnèrent leur nom d'abord ii une basilique, puis à un monastère occupé successivement par des Bénédictins, des Grecs et des Giunistes. Mais l'insalubrité du lieu avait fini par chasser les Clunistes, tous les jours décimés par la fièvre. Au douzième siècle , le vénérable cloitre était désert et inhabité. Ce fut pourtant ce séjour qu'Innocent 11 assigna aux enfants de saint Bernard (3). Peut-être espérail-il que les Cisterciens assainiraient, mieux que toute autre corporation religieuse, par leurs travaux manuels, un sol demeuré trop longtemps inculte- Bernard de Pise se mit résolument à l'œuvre. Les épreuves ne lui manquèrent pas au début de son ministère. Un de ses religieux, parmi les plus anciens profès, se révolta contre lui et, après plusieurs scènes de violence dont tous les frères furent scandalisés, quitta bruyam-

(I) later Iternardia., ep. 313.

(3) 1 Non cispeclalo tuIiius ab liosle luli. » Ep. 314. Le Te» est (l 'Ovide.

(3) Cf. Jaaauscbek (Oriff. Cist., I, G2) qui fiie la fundalion de Salnt- Anaslase au ?5 octobre 1140.

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ment le monastère , pour aller étaler dans Rome son orgueil et son indépendance (1). Ëii même temps la maladie faisait son apparition dans le cloître à peine restauré. Les moines crurent môme pouvoir, contrairement aux usages de l'Ordre, recourir, dans ce péril, aux médecins et aux pharmaciens du dehors. Ce fut le sujet d'une consultation adressée par leur supérieur à l'abbé de Clairvaux. Bernard estloindeconsentiràcetimide essai de relâchement. On se rappelle sa théorie sur le choix d'un emplacement pour les monastères cisterciens. « Les saints, nos pères, disait-il, recherchaient les vallées humides ou le pied des coteaux pour y bâtir leurs cloîtres, afln que les moines , exposés à d« fréquentes infirmités, eussent toujours la mort devant les yeux {'■2). » Sa réponse aux religieux de Saint-Anastase est conforme à ce principe, « Je sais, écrivait-il (3), que vous habitez un endroit malsain et que

(1) Inter Bern., ep. 478.

{2) Fastredi ep. inler Bern., ep. 491. n' 4.

1,3) Ep. 345. D'après une légende d'origine inconnue, saint Bernard, durant un séjour à TroU-Fonlaii)es, aurait aper<;u pendant le sacrifice de la mc^se les âmes sortant du Purgatoire pour monter au ciet. En sonvenir de celte Tision les Cisterciens construisirent une église qui prit assez tardivement le nom de S. Maria Scala easli {et. Uariano Armellini, le Chiese dl Jtoma, 2' éJil., Itoma, 1S91, p. 9iï). Mais il faut bien reconnaître (|uc la légende manque de base; car l'abbé de Clair- Taux ne visita jamais l'ubbaje cistercienne de Trois-Fontaines ; son dernier séjour à Rome est de 1138. Des trois églises actuelles renfcr* mèea dans l'encAlnte du monastère aucune ne reniante au douzième siècle. VÉglise de la Décopiialian de Saint-Paul fut terminée en 1599; S. Maria Scala cccli, qui portait antérieurement le nom de Mansio S. Dei Genilricit Marix, a été refaite en 1582; et Sainl- Yineeat et Saint-Anastase, où les religieux célèbrent leurs offices, a reçu sa forme actuelle du pape tlonorius 111, comme l'indique une inscription encastrée dans te mur de la nef latérale gaucbe (cf. Armel- )ini, ibid.. p. 940-9)3). Le cloître est la seule reliffue qui rappelle la « de Bernard de Pi^e. C'est à Saint-Pau l-Trois-Fon ta lues que

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plusieurs d'entre vous sont malades; mais souvenez-vous de celui qui a dit : « Je me glorifierai volontiers dans mes ■ '"""""ités, afin que la vertu du Christ habite en moi, » latis assurément, je compatis grandement à l'inle vos corps; mais ce qu'il faut surtout craindre , c'est l'inûrmité des âmes. Il ne sied pas A votre ,t de chercher des médecines corporelles , et cela I avantageux pour le salut. Que vous preniez pariraeil est d'usage et comme il convient àdespaus herbes et des simples, qui ne coûtent presque a est tolérable. Mais il ne convient ni à l'honneur ireté de notre Ordre , d'acheter des compositions , ir après les médecins, de prendre des potions. »!a aux gens du monde. La potion qu'il faut chersl l'humilité. Mes frères bien-aimés , prenez soin ité de votre âme; c'est celle-là qu'il faut poursuie-là qu'il iaut conserver : car le salut qui vient des ; est chose vaine. »

dans ces derniers mots un certain dédain de la le et de la pharmacie. Mais la pharmacie et la méiu douzième siècle ne méritaient guère, surtout rt d'un moine voué à la pauvreté et à l'austérité , slime ou de confiance. Bernard, on le voit, ne ait pas l'usage des simples. Â tout prendre, son it excellent, 11 fut suivi ; et il ne parait pas que la es religieux de Saint- Anastase s'en soit trouvée d. L'assainissement progressif du sol, dû à leurs , leur permit d'observer strictement la Règle de ïnolt. Leur couvent devint bientôt célèbre entre monastères d'Italie ; et, en H45, Bernard dePise,

aintenant le supérieur général de toutes les Trappes, le m Sébastien, anciea prieur de Sept-Fonta.

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