‹ Vie de Saint Bernard, abbé de ClairvauxChapitre 19 sur 58 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

ÉLECTIONS ÉPISCOPALES; LUTTE ENTRE LOUIS LE JEUNE ET LE COMTE DE CHAMPAGNE (1140-1144).

Par son mariage avec Louis le Jeune , Aliénor avait apporté en dot à la France le Poitou et l'Aquitaine. 11 est probable que le clergé ne fut pas étranger à ce contrat si avantageux pour la monarchie. Aussi , comme don de joyeux avènement, le jeune roi avait-il renoncé « à l'hommage et au serment des évéques et des abbés de toute la province de Bordeaux et au droit de dépouilles pendant la vacance des sièges (1). « Malheureusement, la charte qui garantissait ces faveurs exceptionnelles renfermait une lacune pleine de surprises; elle passait sous silence l'investiture proprement dite, donum régis, concessio régis (2). Ce fut bientôt l'occasion d'un malentendu et d'un conflit entre la couronne et le clergé d'Aquitaine.

Guillaume Adelelme, évéque de Poitiers, étant mort

(1) Cbarle de Louia VU, ap. Ilisl. des G., XVI, 2. Sur l'authenUcité de cette pito, qui a été mise en doute par plusieurs auteurs, en particulier par Doni Pioiin, à cause des irrégularités de rédaction qu'on y rencontre, voir Achille Luchaire, Actes de Louis Vit, p. 83.

(2) Fulbert de Cliartres a indiqué dans une plirase (ap. Bouquet, t. X, p. 460) toutes les conditions requises pour la légalité d'une élection pontificale : « eligcnte clero, suCTraganta populo, dono régis, approliatione romani PontificJs, per manum melropolilani. » Cf. Achille Luchairc, Jnslitutîons, t. Il, p. 77 et sniv.

œsFLlT ENTRE LOUIS VII ET THIBAUT. 183

le 6 octobre 1140, le clergé lui donna ponr successeur l'abbé du monastère des Alleux , Grimoard , que Geoffroy du Loroui , archevêque de Bordeaux, sacra le 26 janvier suivant dans la cathédrale d'Angoutème. Nous avons vu que, d'après la coutume, l'investiture royale devait précéder la consécration. La coutume était donc violée; aussi Louis Vil interdit-il à Grimoard l'entrée de sa ville épiscopale (1).

Ce coup atteignait indirectement l'archevêque de Bordeaux. 11 serait cependant injuste d'accuser Geoffroy du Leroux de mauvaise foi. 11 avait évidemment confondu l'hommage et le droit de dépouilles, dont Louis VU avait fait l'abandon au clergé d'Aquitaine, avec l'investiture proprement dite. Ce qui le prouve, c'est la lettre que l'abbé de Clairvaux adressa en cette circonstance à Joscelin, évêque de Soissons, conseiller de Louis le Jeune: « Quel mal a donc fait cet homme? Est-ce d'avoir consacré librement et canoniquement l'élu des Poitevins? Est-ce de n'avoir pas tiré de la gorge des alfamés, du sein de l'Église, l'argent que le défunt avait légué aux églises et aux pauvres? Ah! si c'est une faute d'avoir donné un pasteur k des brebis errantes , de n'avoir pas dépouillé la veuve et l'orphelin, d'avoir respecté les privilèges du siège apostolique, l'archevêque ne saurait être excusé. Mais en ce cas l'innocence est réputée crime (2).' » La logique de saint Bernard triomphe aisément ici; mais son ai^umentation porte à faux. Ce que la couronne revendiquait, ce n'était ni le droit de dépouilles ni une part quelconque dans l'élection du nouvel évoque de Poitiers , c'était le droit à l'investiture avant la consécration de l'élu.

(1) Cftron, Malleacense, ap. Bouiuct, t. XII, p. 408. {!) Ep, 342. Cf. cp. Innocenl., Bouquet, t. XV, |>. 40t.

L'incident, on le voit, reposait sur une équivoque. Il se trouva enfln quelqu'un pour la dissiper, et vers la fêle de la Pentecôte {1141) (1), Louis Vil investit Grimoard des regalia.

L'ambition d'un palatin fut vers le même temps l'occasion d'un démêlé bien autrement grave entre l'Ëglise et l'État. Parmi les conseillers de Louis le Jeune figurait un intrigant du nom de Cadurc. « Ce clerc berricbon, personnage remuant et brouillon, qui exerça une si longue influence sur le monarque et joua un rôle considérable et souvent funeste dans les affaires du règne, paraît comme chancelier dans les derniers mois de l'anDée 1140 (2). » En 1141, il usa du prestige que lui prêtaient ses fonctions pour poser sa candidature au siège de Bourges, devenu vacant par la mort de l'archevêque Albéric. Le roi avait déclaré l'élection libre, à l'exclusion toutefois de Pierre de la Châtre, parent d'Haimeric, chancelier de l'Église romaine : — son neveu, suivant Matthieu Paris ; son cousin, suivant l'auteur de la chronique de Morigny. — Celte exclusion était à tout le moins imprudente. Pierre de la Châtre jouissait de l'estime du chapitre : il fut élu. Cet échec humilia profondément Louis le Jeune; mais ce qui mit le comble à son irritation, ce fut la leçon que lui donna en même temps la cour de Rome. « Le roi de France est un enfant , dit le pape , il faut faire son éducation et l'empêcher de prendre de mauvaises habitudes. » En conséquence , le souverain Pontife sacra luimême Pierre de la Châtre à Rome (3), puis l'envoya prendre possession du siège de Bourges ; et , pour couper

(1) Cliion. Malteaccnse, loc. cit.

{î)Lucbaire, Reiiiari/ucs , p. 36.

(3) Pierre de la Chilre ne fut sacré qu'en 1112. Cf. Guillaume do Nangis, ad ana. Mi?., et GalHa Christ., t. II, p. SI.

,i..:.,Coug[c

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