CON'FUT ENTRE LOUIS VII ET TBIBAUT
se détacha de Louis le Jeune, qu'il avait jusque-ià soutenu, pour défendre la cause de Thibaut en cour de Rome . « L'Écriture dit que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni... La loi sacrée de l'Église est déchirée, les vêtements du Christ sont mis en pièces... Gomment s'est-il trouvé un tribunal qui a prétendu rompre une alliance formée par l'Église? Quelle peine a méritée le comte Thibaut? Quelle faute a-t-il commise? Si c'est un crime de rendre au roi ce qui est au roi et à Dien ce qui est à Dieu, on ne peut l'excuser. Son grand et son premier péché , c'est d'avoir sur votre ordre donné asile à l'archevêque de Bourges; voilà le sang dont on veut tirer sur lui vengeance (1). »
Louis VII, en effet, avait pris les armes et tournait sa fureur contre Thibaut. Un chroniqueur raconte que le comte de Champagne ouvrit les hostilités (2). Ce fut manifestement le roi de France qui entra le premier en campagne. Il dirigea ses troupes vers Châlons et vint mettre le siège devant Vitry.
Cette ville, située sur la rive droite de la Marne, à peu de distance au nord-est de la ville actuelle de Vitry-le- François , se divisait en deux parties : le château construit sur un mamelon escarpé , et le bourg proprement dit. Ce fut sur ce dernier point que commença l'attaque. Les maisons, bâties en bois, devinrent la proie d'un effroyable incendie. Treize cents personnes, dit-on, eurent la malheureuse idée de se réfugier dans l'église, qui prit feu , et périrent dims les flammes. Le château fut brûlé comme le reste de la ville. En tout , quinze cents habitants étaient morts ou prisonniers. On rapporte qu'au spectacle de ces ruines fumantes, Louis le Jeune versa des larmes. Il
(1) Bern., ep. 218.
(2] Auclariuin Cemblacense, a|). Bouquet, Xlil, 272.
n'en satisfit pas moins sa vengeance, en donnant le comté de Vitry à Eudes, fils putatif de Hugues de Champagne et rival de Thibaut (1).
Cependant cette victoire ne justifiait nullement l'entreprise du roi. Thibaut, quoique vaincu, restait, à une époque où le droit finissait presque toujours par prévaloir, l'arbitre de la situation. La cause qu'il défendait n'était pas atteinte par une défaite matérielle. Louis Vil et son sénéchal le sentaient bien. Ils ne pouvaient se dissimuler que, déjà chargés des anathémes de l'Église, ils venaient d'encourir encore la malédiction des peuples. Un tel fardeau, s'il n'augmentait pas leurs remords, accroissait au moins leur embarras politique. 11 leur importait donc d'apaiser le comte de Champagne et de le mettre dans leurs intérêts. On lui fit porter des propositions de paix. Louis le Jeune consentait à lui restituer ses Ëlats, s'il voulait s'engager à obtenir du pape, par l'intermédiaire de l'abbé de Clairvaux, la levée des censures ecclésiastiques qui pesaient sur le comte de Vermandois et la sœur de la reine. Thibaut, après quelque hésitation, accepta ces conditions qui , en résumé , n'entraînaient nullement, comme le croyait la cour, la réhabilitation du mariage de Raoul avec Pélronille, et laissaient au Saint-Siège pour l'avenir une entière liberté d'action.
L'accord se lit sur ce malentendu : la paix fut signée par Suger. abbé de Saint-Denis, et Joscelin, évéque de Soissons, au nom du roi, et par Hugues, évoque d'Auxerre,
(I) tlist. FraitcoiUM, ap. Bouquel, XII, 116; Chron. Turon., ibid., |>. 472-473; Robert du Mont, a]>. Bouquet, XIII, 289; Pseudo-Boberl, ibid., p. 331; Auctarium Gemblaeense, ibid., p. 272. Lu date de l'incendie de Vitry a été discutée. Elle est Traiscinblablemeal de janTier 1143. Cf. d'Arbois de Jubainville, Ultt. dM Comtes de Champ., M, 340-350, note.