CHAPITRE XIX
ÉLECTION ÉPISCOPALE DE LANGRES; ÉtECTION ÉPISCOPALE ET COMHUNE DE REIHS (1138-1140).
Élection épiscopale de LangreB [11S8).
Avant de quitter Rome (3 juia 1138) (1), l'abbé de Clairvaux avait été saisi d'une question qui intéressait au plus haut point son monastère. Le siège de Langres était devenu vacant. Or, d'après une mesure générale qu'Innocent Il parait avoir inaugurée, ou, pour mieux dire, renouvelée vers ce temps, les chapitres diocésains ne pouvaient plus procéder à une élection épiscopale , ava'at d'avoir pris l'avis d'hommes prudents et religieux. Apparemment, c'étaient les abbés dévoués à la réforme et surtout les évêques que le souverain Pontife désignait par ces termes (2). Un moyen sur de se conformer à l'esprit
(IjBern., ep. 317.
{%} ' Mandutum a Dokildo Papa acceperant aequaquam preesumere hoc, nisi ad eonsitium leligiosoruin vironiin. » Bern., ep. 164. Le concile de {.atran de l'année 1139 devait formuler U même doctrine dans son canon 23 (Labbe. ConeiL, X, 1009; cf. Jaffé, Begesta, t. I, p. 88S). On s'rst demandé quels élaient ces religloii viri. Gcorg von ISelow [DieEiilstehung dei ajLSSchliesilickeaWahlrechts dtr Domkapitel, Leipzig, 1883, p. G), s'uppnyant sur plusieurs textes de Geroti
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ÉI.EGTtONS DE LANGRES ET DE REIMS. 27
de la loi , c'était de consulter la curie elle-m<îme. Suivant ce dernier parti et désirant obtenir une pleine liberté pour l'élection d'un évéque, le doyen du chapitre deLangrea, Robert, et le cbanoine Olric se rendirent à Rome, accompagnés de l'archevèq^ae de Lyon, leur métropolitain, et prièrent l'abbé de Clairvaus d'appuyer leur requête auprès d'Innocent 11. Bernard attachait la plus grande importance au choix d'un prélat qui devait avoir juridiction sur Clairvaux. « Dieu me garde , leur répondit-il , de me prêter à voire dessein, à moins que vous ne soyez bien décidés à n'élire qu'une personne idoine et digne. « Les délégués du chapitre l'assurèrent qu'ils étaient prêts à suivre en cela son avis; et l'archevêque de Lyon ajouta que, pour son compte, il ne ratifierait jamais une élection faite en violation de ces promesses. Le chancelier Halmerie fut pris à témoin de ce double et solennel engagement. Sur ces bases , on tint conseil au sujet des difTérentes candidatures qui avaient chance de se présenter : deux candidats réunirent les suffrages de cette commission improvisée ; il fut arrêté que le chapitre pourrait choisir entre l'un et l'autre, mais devrait élire l'un des deux. Cette résolution fut soumise au pape, qui l'approuva sans réserve. L'archevêque et les délégués s'engagèrent de nouveau à y demeurer fidèles; et, cela fait, ils retournèrent en France (I).
A quelque temps de là , Bernard les y suivit. Mais quel
de Reicherspei^, estime que ce sont les abbés des monastères situés dans les dtocËses donl les ûèges sont vacante. 11 faut sûrement entendre ans»! par ces expressiODS les évéques de la province, représealés par le métropalitaÎD et deux ou trois suffragants. Voir la lettre d'Innocent Il i Louis le Jeune , ap. Bouquet, XV, 394-395-, Jaffé, n" S0S7. Cf. Bern. epp. 169 et 202 ; Pelri Venerab,, lib. V, ep. 8. Ct, Imbart de la Tour, les Élection* épiscopales, p. 513 et sulv. (1) Bern., ep. 164.
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ne fut pas son étonnement, lorsque , au sortir des Alpes, il apprit que l'élection de Langres avait été subrepticement accomplie, sans égard pour les engagements que le doyen du chapitre et l'archevôque de Lyon avaient pris à Rome! L'élu était un moine de Gluny, agréable à quelques seigneurs, mais d'une réputation équivoque; et, malgré la protestation de la majorité des membres du chapitre de Lyon, le métropolitain s'apprêtait à le sacrer dans sa ville archiépiscopale : le jour de la cérémonie était même déjà fixé (1).
Bernard, indigné d'une telle violation delà parole donnée, en avisa sur-le-champ le souverain Pontife (2), et, bien qu'il fût pressé parl'état de sa santé de regagner son cloilre, il changea son itinéraire et so rendit fi Lyon. Sa présence jeta l'archevêque dans un grand embarras. L'élu était le candidat du duc de Bourgogne. L'abbé de Clairvau\ n'en exigea pas moins que sa nomination fût considérée comme nulle, jusqu'à ce que les évoques et abbés réunis pour son sacre eussent donné leur avis à cet égard : l'élu, contraint par la nécessité, consentit à subir l'épreuve. Sincère ou non, son désistement rendait facile la tâche du comité. Une nouvelle élection fut résolue. Le métropolitain lui-môme notifia cette décision au chapitre de Langres , et Bernard rentra dans sa cellule , satisfait et pleinement rassuré (3).
Malheureusement , sa sécurité était encore une fois mal fondée. Pour l'archevêque et ses amis qui, selon toute vraisemblance, avaient présumé que le chapitre de Langres ratiderait leur choix, le sacre du moine de Cluny
(i) 0 Nibi inlerdicit dicere pudor quod publics fama de eo didt, iino iafamalio celeberiima diTulgarit. » Bern., ep. 167. Cf. ep. 164.
(2i Bern., ep. 167.
(3) Bern., ep. 164.