ÉLECTIONS DE LANGRES ET DE BEIHS
n'était que retardé. Pierre le Vénérable, arrivant sur ces entrefaites à Cluny après un long voyage dans le Poitou, précipita les événements, en présentant l'élu au roi de France qui passait alors par le Puy (IS août ou 8 septembre 1138). Louis le Jeune, que rien ne mettait en défiance, lui donna sans difficulté l'investiture des regalia (1).
Le sacre fut fixé à une date très rapprochée- L'abbé de Clairvaux, averti à temps, se hâta d'interjeter appel à Rome; l'arcbidiacre de Langres, le chanoine Bonami, Foulques, doyen de la métropole de Lyon, et plusieurs religieux de Clairvaux signèrent sa protestation. Ce fut en vain. Le métropolitain, assisté des évêques de Mâconet d'Autun, passa outre et consacra le moine de Cluny (2).
Alors, dans sa détresse, l'abbé de Clairvaux dicta, du lit de douleur où le clouait la maladie, une série de lettres indignées, dans lesquelles il stigmatise les auteurs du « sacrilège, » sans épargner son ami Pierre le Vénérable, qu'il considère comme leur complice. « 0 Église de Lyon, s'écrie-t-il (3) , ô mère de l'Église de Langres, quel époux vous avez donné à votre fille! Ce n'est pas un époux, c'est un monstre. En cela vous ne vous êtes pas conduite en mère, mais en marâtre. Quel gendre dégénéré vous avez là! Mais aussi do quelle façon s'est accompli ce mariage! Tout a été fait sans loi, sans ordre, sans raison. On a élu et ordonné un évéque, comme on ne choisirait
(l)PelriVenerab., lib. I, ep. 29. Pour ladaEe : PTxleriio beatx Dei Genitricis festo, Brial {H. des C, XV, 634, noie c) indique la PurjflcatioD on l'Annoncialion de la sainte Viei^e (2 février ou 25 mars 1138). C'est une erreur évidente. H. Luchaire la reporte à une aanée plus tard {Actes de Louis Vil, p. 63) : autre erreur. Nous verrons que réveiiue de Langres avait pris possession de son siège avant le 18 octobre II3S.
(î) Bern., epp. 164,166.
(3) Ep. 165.
;,Goosle
pas un métayer ou un simple collecteur du tonlieu. •> Bernard insiste complaisamment auprès de la cour de Home sur l'indignité du nouveau pontife et sur l'illégalité de son élection (!}. Saos entrer dans les détails d'une accusation en règle, il le signale comme un homme que les bons ont en horreur et que les méchants couvrent de leur dédain. Les expressions lui manquent pour flétrir la conduite de ceux qui, au mépris de leurs engagements et du droit canon, l'ont élevé ù. la dignité épiscopale. « Les dieux de la terre se sont levés, dit-il avec emphase (2); je parle de l'archevêque de Lyon et de l'abbé de Cluny. Forts de leur puissance, confiants dans leurs richesses, ils se sont dressés contre moi, que dis-je, contre moi, contre les serviteurs de Dieu, contre vous-mêmes, contre euxmêmes, contre Dieu, contre l'équité et contre l'honnêteté. » Leur conduite doit être hlàmée et leur œuvre cassée. C'est ainsi du moins que l'entend l'abbé de Clairvaux, et, dans ce but, il envoie au souverain Pontife, avec ses prières et ses larmes, un compte rendu de l'affaire, destiné à justifier sa conclusion (3).
Qu' y avait-il de vrai cependant au fond de ces accusations? Et comment un religieux abbé, tel que Pierre le Vénérable , avait-il trempé dans une élection à la fois si irrégulière et si déloyale? On peut en croire l'abbé de Cluny, affirmant que tout était consommé lorsqu'il connut les ardentes protestations de la minorité du chapitre de Langres et de l'abbé de Clairvaux. Son âme, du reste, était trop candide pour ajouter foi aux accusations très graves, mais un peu vagues, que l'on soulevait contre l'en-
(1) Ep, lee, ad Innoc; ep. 163. ad Cardin.; cf. ep. ad Humbalduni C»Tdin., dan» HUIfer, Bernard voii Clairvaux,l, loi ellil.
(2) Ep. 168.
(3)Ep. 164.