ÉLECTIONS DE LANGRES ET DE REIMS. S
aux biens de régale qui appartiennent à cette église, n Gluny s'était soumis humblement à la sentence de Rome. Rien par conséquent ne s'opposait à la consécration de Godefroid de la Roche. Lorsque le roi de France n'eut plus de doute à ce sujet, il s'empressa de faire droit k la juste requête de l'abbé de Glairvaux ; il donna l'investiture au nouvel évêque de Langres, qui put être sacré avant même la fin du mois d'octobre 1138 (11.
La lutte était terminée; elle avait été longue, douloureuse, passionnée. Qu'on ne s'en étonne pas outre mesure. Les hommes du moyen âge avaient, comme nous, leurs faiblesses et leurs emportements. Ce qui est consolant, ce qui est admirable dans ce conilit, c'est devoir que la victoire est restée au droit et qu'après le combat aucune trace d'amertume ne se laisse apercevoir dans les cœurs. La douceur que Pierre le Vénérable avait montrée pendant la lutte ne se démentit pas après le dénouement. Il n'éleva pas la moindre plainte. Il était en droit d'écrire plus tard k l'abbé de Clairvayx : <c Qui pourra jamais éteindre , étouffer la tendre affection de mon cœur envers vous , puisque tant d'orages n'ont pu le faire jusqu'ici et que notre amitié a résisté tour à tour au flot de la rivalité de nos Ordres et à la tempête de Langres (2). »
(1) Gela résulte d'un document [Gallia Christ., IV, Insl., col. 170) où il est question d'un procès terminé le 28 juin 1140. A cette date deux mes de saint Simon et Saint Jude (28 octobre] avaient déjà été célébrées, depuis que la cause avait été introduite au lrit>unal de l'évêqne Godefroid. Donc Godefroid occupait lésine de Langres le 28 octobre 1138.
(S) Pétri Venerab., lib. Il, ep. 17, col. 323.
Élection Aplacopale et commune de Reims. '
Heu! corruit virgo Remensis Eedesiat s'était écrié saint Bernard : « L'église de^eims tombe en ruines ! » L'archevêque Raynaud avait laissé , en effet , par sa mort (13 janvier 1138) (t), sa ville épiscopale en proie aux troubles que suscita la commune naissante.
On n'a pas encore clairement expliqué le mouvement communal qui caractérise le douzième siècle. Si quelques villes ont obtenu pacifiquement, au moyen d'une simple pression morale ou à prix d'argent, les chartes qui les affranchissaient de la justice royale, seigneuriale ouépiscopale, souvent, il faut bien le reconnaître, les bourgeois ne conquirent leurs libertés municipales que par la violence et à leur corps défendant. Comment en eût-il été autrement? L'établissement des communes fut une véritable révolution sociale. La population urbaine , nous parlons surtout des corporations marchandes et industrielles, la bourgeoisie, si l'on veut, essayait d'obtenir sa place au soleil, son indépendance; et elle ne pouvait y réussir qu'en portant préjudice à ses seigneurs naturels, rois, barons, évoques ou abbés. Un contrat à l'amiable entre les intéressés eût été le plus sûr et le plus équitable moyen
(1) Varin, «'appuyant sur une aDCieuoe inscription tuniulaire rapportée par le GaUia Cbristiana (tome IX, p, 8i], fue la mort de Rayuaudaa 13 janvier 1139 {Àrchiees de la ville de Jteims, tom. I. p. ?.96). Nous reroDS observer que l'inscription marque l'an 1I3S. Si l'obituaire est exact : « Idilius januarii decessit domnus Itaynaldus, » c'est bien au 13 janvier 1138, el non au 13 janvier 1139, qu'il faul placer la date du décËs de Raynaud. En tout cas, il était mort avant le mois d'octobre I13S; car l'épllre 170 de saint Bernard qui Tait allusion à la vacance du siège de Reims est antérieure au 23 octobre 1133.
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