ÉLECTIONS DE LANGRES ET DE REIMS
Reims; mais combien, depuis un an, l'état de cette métropole s'était a^avé! Ses droits seigne,uriaux étaient abolis ou contestés, sa justice méconnue, les sources de ses revenus diminuées ou taries. Quelle puissance allait venir à son secours et la couvrir de sa protection? En vain on avait invoqué l'intervention du roi. » Le roi s'est humilié, dit saint Bernard, et son indignation s'est calmée (1). » Il semble qu'il pactise avec les usurpateurs. « Que reste-t-il , sinon que la main apostolique vienne soutenir l'affligée , apportant des soins et un appareil pour ses blessures? »
Le plus efficace des remèdes, au jugement de l'abbé de Clairvaux , était une prompte convocation du clergé pour l'élection du successeur de ïlaynaud. « L'église de Reims court à sa perte, écrit-il au souverain Pontife (2) ; car ses ûls combattent contre elle et elle n'a pas de père qui puisse la délivrer. Son unique espérance est dans Innocent... La première chose à faire, c'est de presser l'élection, de crainte que l'insolence du peuple rémois ne ruine le peu qui subsiste encore, ai on ne résiste, le bras levé, à sa fureur, Poun'u que l'élection soit solennisée avec les cérémonies d'usage, nous arons confiance que dans tout le reste le Seigneur nous donnera faveur et succès. »
Les vues de l'abbé de Clairvaux étaient d'un sage , et on se demande pour quels motifs le roi et le clergé avaient si longtemps entretenu la vacance du siège. Sans doute, le roi, qui en percevait les revenus, trouvait son compte
(1) 0 Ecce reï humiliavll se, et (juievit indignalio ejus. » Ep. 318. Aagasiin Thierry ne nous parait pas avoir compris le simis de celte phrase. A ce pro[>os nous ferons remarquer qu'il donne, comme Harlot, ane eiplication fausse des démSIés qui existaient, à celte date, entre Louis le Jeune et Innocent 11.
(2) Ep. 318.
à ces délais. Hais il semble que le souverain Pontife, eu faisant dépendre de son assentiment préalable la validité de l'élection, l'avait involontairement retardée. Si nous comprenons bien les ternies de la lettre d'Innocent II h. Louis Vil, le roi de France ne pouvait autoriser les électeurs à se réunir, avant d'avoir pris lui-même conseil de la cour de Rome (1). Cette démarche coûtait inûniment à la flerté du jeune monarque. 11 s'y décida pourtant, .^ussî l'autorisation qu'il sollicitait lui fut-elle accordée sans délai.
Le document pontifical qui la contient nous révèle l'impression produite à Rome, tant par l'épltre de saint Bernard que par d'autres lettres du clergé rémois. Innocent II ne parait connaître et juger la commune que d'après ses excès. Aussi en demande-t-il l'abolition immédiate. « Puisque Dieu a voulu que tu fusses élu et sacré roi pour défendre son épouse , c'est-à-dire la sainte Église rachetée de son propre sang, et maintenir ses libertés sans atteinte, nous te mandons par ces écrits apostoliques, et t'enjoignons, pour la rémission de tes péchés, de dissiper par ta puissance royale les coupables associations des Rémois qu'ils nomment Compagnies, et de ramener tant l'Ëglise que la ville en l'état et la liberté où elles étaient au temps de ton père d'excellente mémoire (2). »
Le roi de France demeura sourd à ces conseils, d'ailleurs dangereux, sinon impraticables. Prétendre lui faire une obligation , non seulement de réprimer, les abus dont les Rémois se rendaient coupables, mais encore d'annuler la faveur qu'il leur avait octroyée, c'était trop présumer de sa docilité. Il crut satisfaire à la fois à ses intérêts
(1) Bouquet, t. XV, p. 39i. « Prflcea tuas admitlim (î) Hiit. iex G., XV, 394.