XXXIV INTRODUCTION
possibilité d'une intervention extraordinaire de la Providence dans les événements de ce monde. — A prendre ce principe dans toute sa rigueur, il faudrait que les témoins, pour mériter d'être écoutés, né crussent pas eux-mêmes à la possibilité des faits qu'ils rapportent. C'est là, il faut l'avouer, une conséquence d'une évidente absurdité. Sans doute, les faits surnaturels sont des phénomènes extraordinaires qui veulent être examinés avec un soin particulier. Mais tout ce qu'on peut exiger des témoins, dans cet examen délicat, c'est qu'ils fassent preuve non de parti pris, mais de discernement.
Or, est-il vrai que les auteurs du Liber miraculorum ont été victimes d'une grossière méprise, non pas une fois, mais des centaines de fois, autant de fois qu'ils ont cru constater des faits miraculeux? Accordons qu'ils ont pu se faire illusion sur certains cas mal vérifiés ou difficilement vérifiables. Accordons que, pressés d'enregistrer sur leurs tablettes le résultat de leurs observations, plusieurs d'entre eux n'ont pas toujours soumis à un examen suffisant les phénomènes qui se succédaient si rapidement sous leurs yeux (1). Mais, à supposer que la supercherie se soit glissée près d'eux, sans qu'ils la puissent démasquer, et que des individus mal avisés aient simulé parfois la maladie ou la guérison, il est inadmissible que la généralité et surtout la totalité des faits soient rangés dans cette catégorie. A qui fera-t-on croire, par exemple, que des enfants, aveugles ou sourds-muets
(1) Sur les tablettes des auteurs du Liber, cf. cap. v, n" 19. « Nostra quidem schedula, ubi hœc annotaveramus, » etc. Que les narrateurs n'aient pas toujours vérifié les cas, cela résuite de plusieurs endroits de leur récit; ils s'en rapportaient quelquefois à la foule, par exemple, cap. v.