XXXVIII INTRODUCTION
Cette distinction entre les vrais et les faux thaumaturges ne lui est pas particulière. Il ne faut pas s'imaginer que le douzième siècle fut absolument dépourvu de critique. Outre Geroh de Reichersperg, les annalistes de Scheftlar, d'Augsbourg, de Magdebourg, de Wurzbourg, de Saint-Jacques de Liège (1), stigmatisent avec line extrême énergie le charlatanisme de certains moines, tels que le fameux Rodolphe, qui, abusant de la crédulité populaire, se livrent à une odieuse contrefaçon de la toute-puissance divine. Or, aucun de ces auteurs ne range l'abbé de Glairvaux parmi les faussaires ainsi dénoncés; et ceux d'entre eux qui taisent son nom laissent assez voir que leurs anathèmes ne le visent pas et ne sauraient l'atteindre. N'est-ce pas là une réserve caractéristique?
Il est digne de remarque, en effet, que la véracité du Liber miraculorum n'a été expressément mise en doute par personne au douzième siècle. On nous objectera pénètre les plaisanteries de Bérenger de Poitiers (2), disci-
(i) Annales de Scheftlar, ap. Mon. G., XVil, 336; d'Augsbourg, iUd,, X, 8; de Magdebourg, i&irf., XVI 188-, de Wurzbourg, iôid., XVI, 3 ; de Saint-Jacques de Liège, ibid., XYI, 641 (cf. sur ce dernier texte, HiifFer, Die Wunder, p. 33-36). Sur les Annales de Wurzbdurg, ibid., 794-795. Sur les faux malades, faux boiteux, faux aveugles qu j fréquentaient les sanctuaires pour simuler des guérisons miraculeuses, YOÎT Vita Godehardi, ap. Mon. G., XI, 216. L'auteur de la Vita fait justement observer que : « cum in hujmmodi fallacia taies liquido reprehenduntur, etiam sanctorum verœ «iriw^es in periculosam desperationemhac dubielate retrahuntur, vel certe et hi quivere sanantur, etiam non solum a perfidis, sed interdum a fidelibus fallere creduntur. »
(2) (( Jamdudum sanctitudînis tuas odorem fama dispersit..., mira cula declamavit. » Apologeticus, ap. Abselardi Opéra, éd. Cousin, II, 772, Le mot est ironique. Mais plus tard (Ep. ad episcop. Mimât.,