XL INTRODUCTION
la plus grande discrétion (1). La nécessité le poussait à cette extrémité. Il faut lui savoir gré d'avoir triomphé de sa modestie. Plus il lui en a coûté de révéler ainsi son sentiment, avec cette apparence de présomption qui a toujours quelque chose de haïssable aux yeux des hommes, plus Teffort. qu'il a fait pour vaincre ses répugnances donne de poids à sa parole.
Gette parole, il est vrai, ne couvre pas tout le Liber miraculorum, et nous n'avons garde de lui donner .une portée qu'elle n'a pas. Il nous suffit qu'elle garantisse un certain nombre de faits, dont l'authenticité soit ainsi mise hors de doute. Démêler ces faits irrécusables d'avec ceux qui présentent, si je puis dire, moins de consistance historique, est encore une opération extrêmement délicate. Nous n'osons nous promettre de le faire toujours d'une main absolument sûre. Ce sera du moins le but constant de nos efforts, et on nous rendra cette justice que nous n'avons jamais eu en vue dans l'emploi des documents que leur valeur réelle, déterminée par la critique, sans parti pris d'aucune sorte.
(1) « Sed dicunt isti : Unde scimus quod a Domino sermo egressus «st? Qnàe signa tu facis ut credamus tibi? Non est quod ad ista ipse respondeam; parcendum verecundias raeae. Responde tu pro me et pro te ipso secundum ea quse audisti et vidisti. » De Considérât,, lib. II, cap. I. Les choses qu'Eugène III a vues sont en partie inscrites dans Bernardi Vita, lib.. IV, cap. vu, 0°^ 3940; les qux audisti se réfèrent au Liher miraculorum. Du reste, que Bernard eût conscience de la vertu que Dieu lui conférait, cela résulte de plusieurs passages du lÀber ; « Ipse nobis secreto confessus est, quod sœpius futura erga eos quos signabat bénéficia prœsentiret. » Gap. ii, n*" 3, Ailleurs, il dit avec confiance : « In nomine Jesu Christi tibi prsecipio : surgeet ambula. » Cap. v, n" 18. Ailleurs encore nous lisons : « Curaque redirem et illuminatum eum (caecum) nuntiassem : et ego senseram, inquit. » Cap. IX, n« 31, etc.
la secunda fita et les autres fit^e 0\j documents d'un caractère légendaire.
Avant que la génération qui avait connu''Bernard s'éteignit, on vit paraître une nouvelle rédaction de sa Vie. Elle était l'œuvre d'un disciple et d'un admirateur. En 1167, Alain d'Auxerre, renonçant aux fonctions épiscopales, s'était retiré à Larivour, monastère situé à une pe tite distance de la Glaire Vallée, Glairyaux, où s'étaient écoulées ses premières années monastiijues, exerça naturellement sur lui une attraction irrésistible. Souvent déjà on l'y avait vu visiter Godefroid, le cousin de saint Bernard, évêque de Langres, également démissionnaire depuis 1163 et mort en 1165 ou 1166 (1). De 1167 à 1170, ce lieu, deux fois saint à ses yeux, devint pluâ habituellement le but de ses pèlerinages. Il y cherchait sans doute la trace des merveilles dont il avait été lui-même jadis l'heureux témoin. Et c'est sous l'empire de cette pensée qu'il conçut le projet d'écrire une seconde Vie de saint Bernard, en mettant à profit les renseignements particuliers qu'il avait recueillis de la bouche de Godefroid (2).
Geite Secunda Vita (3) n'est en somme qu'Un abrégé de la Vita prima, avec un essai de chronologie, quelques légères corrections, et trois additions, dont la plus im-
(1) Sur cette date, cf. Wurm, Gottfried, p. 50; Jobin, S. Bernard et sa famille, p. 280-281.
(2) Cf. Eenviqaez, Fasciciijlus, ap. Migne, CLXXXV, 1556-1558. Cf. Hùffer, Bernard von Clairvaux,!, 143-157.
(3) On en connaît onze manuscrits. Huffer [Bernard, p. 148 et suiv.) en cite dix dont il donne la description. Un onzième (parchemin, for-