‹ Vie de Saint Bernard, abbé de Clairvaux [microform]Chapitre 34 sur 118 · XLVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVI INTRODUCTION

M. Hûfîer le croyait perdu; mais il se trouve à la bibliothèque Laurentienne de Florence, sous le n° 1809.

Chifflet édita, en même temps que la Vita de Jean rÈrmite, le Liber miraculorum de Herbert. Nous entrons, avec cet ouvrage, en plein domaine de la légende. L'auteur était espagnol de naissance. Moine à Glairvaux de 1157 à 1161, sous l'abbé Fastréde, il devint ensuite abbé de Mores, au diocèse de Langres. Plus tard, il retourne à Glairvaux, sous la conduite des abbés Henri et Pierre, auxquels il fut attaché en qualité de chapelain, jusqu'au jour où il fut nommé évêque de Terres enSardaigne. A partir de cette époque, on le perd de vue et le silence enveloppe sa vie (1).

Ce fut pendant son deuxième séjour à Glairvaux qu'il composa le Liber miraculorum. La Chronique de Clairvaux en fixe la rédaction en l'année 1178; et tout concourt à confirmer l'exactitude de cette indication (2). L'ouvrage parut, dans un laps de temps très court, sous diverses Recensions que M. HiifFer fait remonter à Herbert lui-même (3).

Les sources où l'auteur a puisé ses informations sont de diverses qualités. De là les degrés variables de confiance qu'on doit accorder à ses récits. Tantôt ce sont les témoins oculaires des événements qui parlent; alors leur autorité est indiscutable. Mais ce qui rend souvent la plume de Herbert sujette à caution, c'est la crédulité qui caractérise en général sa critique. Il n'est pas rare de le

(1) Cf. Migne, t. CLXXXV, col. 1271.

(2) Ibid., col. 1249 ; cf. Vacandard, Revue des Quest. Mst,, avril 1888, p. 380-381.

(3) Nous en possédons sept manuscrits. Cf. Hûffer, qui en donne la description, Bernard von Glairvaux, 1, 164 et suiy.

CRITIQUE' DBS BOCÛmENTS. XL VII

voir ajouter une foi entière à des visions suspectes ou même à 4«s légendes avérées. Tels sont les contes qu'il emprunte aux Gesta Anylorum (i).Du reste, un grand nombre des faits qu'il rapporte ont un caractère purement subjectif et, pour cette raison, ne doivent être acceptés qu'avec la plus grande réserve. Il lui arrive même de dénaturer, évidemment à son insu, des faits extérieurs et publics certains, en les entourant, d'après des témoignages peu sûrs, de circonstances imaginaires. Nous n'en citerons qu'un exemple, qui est très frappant. On sait qu'en 1146, saint Bernard avait exercé sa puissance de thaumaturge sur l'incrédule écuyer de Conrad de Zàhringen, qui, à la suite d'une chute de cheval, était resté quelque temps sans mouvement et sans parole* Ce miracle, dans lequel les témoins oculaires n'avaient vu qu'une simple guérison, passa plus tard à Glairvaux pour une véritable résurrection. On attribua à Henri luimême un récit des sentiments qu'il avait éprouvés après sa inort. Son âme allait être conduite en enfer, lorsque Bernard la contraignit, pour son salut, à habiter de nouveau le corps qu'elle avait quitté. Herbert se fit l'écho .de ces bruits suspects (2), et après lui personne ne douta plus que le fondateur de Glairvaux n'eût ressuscité l'écuyer de Conrad. VFxordium magnum (3), Césaire de Heisterbach (4), le Chronicon Claravallense (5) rapportèrent le fait avec une assurance parfaite.

(1) Cf. Hûffer, Bernard von Glairvaux, I, p. 170, note 6.

(2) De Miraculis, Ms. 14655 de la Biblioth. nation., fol. 112. Sar la conversion de Henri, cf. Bern. ep. 459 [Mues Archiv, Y, 459).

' (3) Migne, p. 430-431. '

{i)Diàlog. Miraculor., ï, iQ- (5) Migne, col. 1247.

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