CRITIQUE BES DOCUMENTS. LI
de plus, d'un laconisme désespérant (1). L'ouvrage fut composé peu de temps après la mort de Philippe Auguste (1223) (2), et il est dû à un moine de Clairvaux, pour lequel la bibliothèque du monastère semble n'avoir pas eu de secrets (3). Cette origine donne à Isochronique, malgré sa rédaction tardive, une grande autorité. Et si l'on a pu y signaler quelques légères erreurs, elles ne portent guère que sur la chronologie , à laquelle les auteurs de ce temps n'attachaient, comme on sait, qu'une médiocre importance.
Ge qui nous parait plus grave, c'est la bonne foi ou pour mieux dire la conviction avec laquelle l'auteur, sur Je témoignage de Herbert, attribue à saint Bernard la résurrection d'un mort, évidemment de l'écuyer Henri. Nous avons là une preuve qu'au commencement du treizième siècle les annalistes ne distinguaient plus réellement entre l'histoire authentique et l'histoire douteuse du saint al)bé de Clairvaux.
Le jour n'est pas éloigné où, pour satisfaire l'imagination populaire, si avide de merveilleux, des conteurs naïfs enchériront encore sur le Liber miràculorum et \Exor- . dium magnum, et feront à plaisir parler les pierres, gri- ^ macer le démon et couler le lait de la Vierge Mère. On ne se contentera plus de décrire les rapports mystiques de l'abbé de Clairvaux avec le ciel et sa puissance sur Ten-
(1) Migne, t. CLXXXV, col. 1247-1252. Le manuscrit publiépar Chiftlet se trouve aujourd'hui à la bibliothèque Laurentienne de Florence sous le n" 1809 (ancien fonds Librl, n" 1906).
(2) Cette mort est indiquée (col. 1249). Neuf ans plus tard, Albéric de Trois-Fontaines faisait des emprunts au C/iromcon.
(3) « Gujus vitam habemus apud Clarevallem » (col. 1248) : « Quam invenles in fine miràculorum libri Clarevallis de armario psalterio'rum. » IMd., p. 1252. '