CHAPITRE XII
Élection de Tours.
Dès la lin de juin, l'abbé de Clairvaux était rentré en France; il y revenait, chargé par Innocent II d'achever, selon la mesure de son zèle, l'œuvre d'apaisement commencée de concert en 1130 et 1131. Durant son absence^ la situation de l'Église gallicane, loin de s'amender, avait plutôt empiré. Non seulement le schisme se perpétuait en Aquitaine, mais il venait encore d'éclater dans le diocèse de Tours à la suite de la mort d'Hildebert de Lavardin. C'était la conséquence imprévue de la longue et dangereuse indécision de l'archevêque défunt. Une partie du clergé avait été démoralisée par l'attitude équivoque de son chef naturel. Quand le siège vint à vaquer (février ou mars 1133) (1), les passions un instant assoupies relevèrent la tête. Il sufQt d'une étincelle pour allumer dans le chapitre une funeste querelle.
(1) Une charte, parfaitement datée, du 5 février 1133, indict. XI, epact. xn{àom Morice, Preuves de l'Hist. de Bretagne, t. I, col. 568), contient la signature de Hildebert. Hildebert mourut donc entre lé 5 février et le mois d'avril 1133, époque à laquelle Philippe, son successeur, vint à Rome. Bern;, ep. Ui. Cf. Gallia ChrisUana, XIVi 81-82.
Le comte Geoffroy ne fut pas étranger à cette division; ^ il paraît même en avoir été la cause première en expulsant, je ne sais pour quel motif, de la ville de Tours les archidiacres, le doyen du chapitre, le chantre et la plu- & part des membres du clergé, bref les principaux électeurs du successeur d'Hildebert (1). Sans se laisser décontey-:'' nancer par une telle violence, ceux-ci se réunirent dans i^'iJ: une ville voisine et convoquèrent le reste de leurs collègues pour procéder à l'élection d'un nouvel archevêque. Par malheur ces derniers formaient une coterie, qui prit les devants et, sans égard pour le droit canon, donna ses suffrages à un neveu du prédécesseur d'Hildebert, un J diacre du nom de Philippe, bien connu et fort apprécié de
% l'abbé de Glairvaux (2). Philippe appartenait vraisembla- I blement à l'église de Fontaines-Blanches qui devait-plus
tard s'affilier à Tordre de Gîteaux (3). Tout fier de l'honneur inattendu auquel il était appelé, le jeune diacre s'empressa de passer les Alpes, pour faire ratifier son élection par le pape. Quel ne fut pas l'étonnement de l'abbé de Glairvaux, lorsqu'il apprit que l'élu de Tours, Jf au lieu de s'adresser à Innocent H, venait de se jeter f dans les bras d'Anaclet? De Viterbe où il était alors
I (avril 1133) (4), il lui adresse à Rome une lettre pleine de vives et douces remontrances : « Philippe bien cher , I ; quel chagrin vous me causez l Je vous en prie, ne riez J pas de ma douleur; elle ne vient pas de la chair et du
sang, ni de la perte de choses périssables. C'est Philippe §^ • qui est en cause, Philippe qui germait comme un lis dans
(i) Gesta Pontif. Genom., ap.ifisi. des C.jXlï, 553; Bern.,ep. 43L
(2) Ep. 151.
(3) Gesta Abbat. Lobiensium, ap. Hist. des G., XIV, 419. Cf. Janauschek, Origin. Cisterciens. , p. iOO.
(4) Cf. Jaffé, Reg.f n*7616; Bern., ep. 151.
l'Église et qui aujourd'hui met l'Église en deuil. Quelle déception pour la France qui vous élevait avec orgueil et qui fondait sur vous de si grandes espérances I Ah ! si vous saviez I Mais je ne continue pas, de peur de perdre ma peine et mes paroles. Puisse Dieu vous inspirer le dessein de venir nous entretenir à Viterbe I Daignez au moins nous répondre afin que nous sachions ce que vous pensez de cette lettre, et quel parti plus ou moins dou^ loureux nous devons prendre (1). »
Philippe s'était trop avancé pour retourner sur ses pas» Peut-être même à l'heure où il recevait cette invitation, avait- il déjà reçu des mains d'Anaclet II l'ordination sacerdotale et la consécration épiscopale. Il regagna aussitôt la France et prit hardiment possession de son siège (2).
A cette intrusion coupable, le doyen du chapitre, les archidiacres et les principaux membres du clergé tourangeau avaient opposé, dès le premier jour, selon leur droit, par manière de protestation canonique, une seconde élection. Bien que leur élu, nommé Hugues, ne fût pas encore dans les ordres majeurs, il fut reconnu par les suffragants de Tours, qui s'empressèrent de le sacrer dans la cathédrale du Mans, sans toutefois observer, entre les divers degrés de l'Ordre, les interstices légaux. Le schisme était déclaré. Philippe ne put longtemps méconnaître les avantages qu'assurait à son rival, outre les suffrages des électeurs légitimes, la sympathie du haut clergé et de l'élite du diocèse. Pris de peur, il s'enfuit, emportant avec lui les insignes pontificaux et les ornements les plus précieux de la cathédrale. Hugues fit ainsi sans entrave son entrée dans sa ville métropolitaine. Mais
(1) Ep. 151.
(2) Gest. Pontif. Cenom., ap. Hist. des G., XII, 553-554.
son triomphe fut mêlé de quelque amertume. La foule, fidèle au souvenir de Philippe, raccuéillit avec des huées, lui reprochant d'être l'auteur du schisme. Seule la partie saine et intelligente de la population parait avoir soutenu résolument le candidat du chapitre et des suffragants (1). Il ne fut pas d'ailleurs autrement inquiété, et nous avons la preuve que dès le !<=' juillet il faisait, sans difficulté, acte de juridiction (2).
Son élection, à peine accomplie, avait été soumise à l'approbation du souverain Pontife. Il eût été diflîcile à Innocent II d'éclaircir sans une enquête préalable et sérieuse cette affaire scandaleuse d'un petit schisme local ; aussi se déchargea-t-il de ce soin sur l'abbé de Glairvaux dont il connaissait le droit jugement et la parfaite loyauté. C'est ainsi que Bernard partit de Rome, muni de pleins pouvoirs pour terminer le litige. Blois lui parut un sûr. asile où les intéressés pourraient se rendre en toute liberté ; il y convoqua le chapitre de Tours, les abbés du diocèse, les évoques sufîragants, sans oublier les partisans de Philippe. On ignorait la retraite du prélat fugitif; mais bien que sa présence importât peu au tribunal, qui n'avait que faire de son témoignage pour se prononcer sur la validité de son élection, Bernard l'ayant rencontré à Cambrai quinze jours avant la date fixée pour l'assemblée, l'invita ofQcieusement à s'y rendre. Philippe se garda bien d'y comparaître. Mais, au jour indiqué, ses amis se présentèrent à côté des électeurs de Hugues. Dès le début de la séance il fut facile de prévoir quelle en serait l'issue. Les deux principsiux griefs qu'on soulevait contre l'élection du favori d'Anaclet étaient, au regard des lois et des coutumes ecclér
(1) Hist. des G., XII, 554. Cf. Bern., ep. 431. {2) Gallia Cfirist.,XÏV,83,
EXTINCTION DU SCHISME EN FRANCE. d49
siastiques, extrêmement graves. D'une part, il n'avait pas atteint l'âge requis par les canons pour l'épiscopat; et, d'un autre côté, ses électeurs n'étaient pas en nombre suffisant ou n'avaient pas qualité pour prendre part au vote. Troublés par cette argumentation à laquelle ils n'avaient rien de sérieux à répondre, les partisans de Philippe invoquèrent son absence pour demander qu'on ajournât la discussion. Mais le doyen du chapitre et les archidiacres répliquèrent à bon droit que la présence des élus n'intéressait qu'indirectement le débat, qui roulait avant tout sur la validité de l'élection, c'est-à-dire sur la qualité des électeurs. Cette réponse ne satisfit pas les membres de la minorité ; et sur le refus du tribunal d'accéder à leur désir, ils interjetèrent, en désespoir de cause, un appel direct à Rome, voire à Innocent II. Vainement l'abbé de Glairvaux leur montra les lettres apostoliques qui l'instituaient juge de la querelle; ils s'obstinèrent à décliner la compétence du tribunal qu'il présidait et quittèrent sans retour, malgré les instances réitérées de leurs adversaires, la salle des séances. Le procès n'en suivit pas moins son, cours. Les témoins entendus et la cause élucidée, Bernard casaa l'élection de Philippe. Mais pour ne pas outrepasser son mandat, il proposa de déférer celle de Hugues au souverain Pontife lui-même, à cause de l'irrégularité qui, comme nous l'avons vu, l'avait entachée au Mans (1).
Un procès- verbal de la séance fut adressé à Innocent II, et l'abbé de Glairvaux y joignit une lettre particulière. (2), destinée à déjouer les in^igues que Philippe et ses partisans se proposaient, selon la rumeur publique, dénouer à Rome. Malgré l'invraisemblance de l'hypothèse, on allait répétant que le rival de Hugues comptait sur le pres-
(2) Ep. j50.
tige de son nom et l'efficacité de son or pour intéresser le souverain Pontife à sa cause, désormais perdue en France: « A Dieu ne plaise, s'écrie l'abbé de Glairvaux, que cette ambition cruelle trouve un refuge auprès du défenseur dé l'innocence. En Philippe, à ce qu'il paraît, revit l'esprit dé GUbjertvil est à la fois son neveu et l'héritier de son ambît{oiÉb.Ctotêmi>teur de vos ordres apostoliques, deux fois déjà il a échappe à l£L,ipstlce ; quelle est son impudence et sa témérité d'oser mainte^aaçti se présenter devant vous ! Personne n'ignore que, ne comptaïtt^ùa sur la justice, il médite de l'emporter par la vertu de MàpoiQuan. Mais nous sommes tranquilles; celui auquel il s'àttaq]p^ c'est Innocent, et le fils de l'iniquité ne saurait lui nuire. » La sécurité de l'abbé de Glairvaux pouvait être entière. Il n'est pas vraisemblable que Philippe ait sérieusement songé à corrompre Innocent, pour reconquérir un diocèse où soi! crédit paraissait ruiné. Quand il reparut à Rome, ce fut pour raconter ses mésaventures à son consécrateur Anaclet II, qui, par manière de consolation, le créa archevêque de Tarente. Chassé encore une fois de son siège en M39 par Innocent II, nous le retrouverons un peu plus tard à Glairvaux, pénitent et simple diacre (1). Hugues put ainsi jouir en paix de son triomphe. Agréé par Innocent II, nous le voyons siégeant dès la fin de l'année 1133 parmi les membres du concile de Jouarre (2).
(i)Gesia abb. Lobiens., ap. Mst. des Gf., XIV, 419. Cf. note de Mabilloa ad Bern. ep. 257; Hist. Pontifie, ap. Mon. Germ., XX, 531. ""
(2) Gl Saiïé, Reg.,n'' imQ) Hist. des a., XVyZi'i.
EXTINCTION DU SCHISME . JBN ,FHANCE, . • iJOl
Meurtre de Thomas de Saint- Victor et d^Archambaud d'Orléans.
L'ordra était à peine rétabli dans la métropole de Tours, lorsque la nouvelle de deux meurtres, accomplis au sein du clergé, vint jeter la désolation dans l'Église de France et particulièrement à Clairvaux. Les deux; victimes étaient Archambaud, sous-doyen du chapitre d'Orléans, et Thomas, prieur de Saint-Victor de Paris', âmi particulier de Bernard et conseiller intime d'Etienne de Senlis. On soupçonnait de hauts dignitaires ecclésiastiques d'avoir trempé dans ce double assassinat. La mort d' Archambaud était le terme d'une longue lutte que le sous-doyen avait soutenue contre l'ambition de Jean, archidiacre d'Orléans (1). Thibaut Notier, archidiacre de Paris, avait dirigé, dit-on, le poignard qui avait frappé le prieur de Saint- Victor. Ce dernier crime, succédant au premier, à très peu de temps d'intervalle, eut un immense retentissement. Les circonstances dans lesquelles il s'accomplit contribuèrent encore singulièrement à en augmenter l'éclat.
Il y avait longtemps, comme nous l'avons dit plus haut, que l'évêque de Paris avait introduit dans son conseil les Chanoines réguliers de Saint-Victor; Thomas y occupait la première place. Son intégrité et son amour de la justice ne pouvaient manquer de lui susciter des ennemis. Ce n'est jamais impunément qu'on se met en travers des vices d'une administration tracassière et inique, quand Tintérêt
(1) Cf. JaiFé, Regesta, a" 7601 ; Hist. des (ï., XV, 378-379. La date du meurtre est circonscrite entre juillet et 20 août 1133. Cf. l" édit., 1. 1, p. 346, note.
les alimente. Parmi les dignitaires atteints parles réformes que proposait le prieur de Saint- Victor, était l'archidiacre même dé Paris, Thibaut Notier. On sait quels avantages financiers étaient attachés alors à l'archidiaconàt. L'archidiacre ne remplissait pas seulement les fonctions de vicaire général, comme nous dirions aujourd'hui; la juri^ diction contentieuse qui échoit à l'official entrait aussi dans ses attributions : il rendait la justice, et cet ofûce était une source de revenus souvent abondants (1). Or^ les archidiacres n'étaient pas garantis contre la soif de l'ôr; les curés de l'archidiaconé de Paris se plaignirent bientôt amèrement des exactions de Thibaut Notier. C'est pout remédier à ces abus que le prieur de Saint- Victor proposa certaines réformes administratives qui blessèrent l'archidiacre au vif. Dans sa colère, celui-ci alla jusqu'à proférer des menaces de vengeance qui furent recueillies par ses neveux (2). A quelque temps de là on apprenait la mort de Thomas, le courageux réformateur.
Cette mort a quelque chose de tragique. C'était le 20 août 1133, un dimanche (3). L'évêque de Paris revenait de Ghèlles, accompagné de l'abbé et du prieur de Saint- Victor, de l'abbé de Saint-Magloire, du sous-prieur de Saint-Martin et d'une suite considérable de religieux, de chanoines et de clercs; le cortège s'avançait tranquiliement et sans armes, par respect pour le saint jour, lorsque, arrivé sur le domaine d'Etienne de Garlande, non loin du château de Gournay- sur-Marne, il vit sortir d'une
(1) Voir sur l'autorité, les droits et les revenus de rarchidiacre de Paris, Guérard, Cartîilaire de N.-D. de Paris^ t. I, p. cii-civ.
{?) Bern., ep. 158, n° 2; cf. ep. 159, écrite au nom de l'évéqùe de Paris, et ep. Slepli. Parisiens, ad Gaufrid., ap. Hist. des G., XV, 335-
(3) Cf. Bern. epp. 158-159 et note de Mabillon. .
îextinction du schisme en frange. 353
embuscade plusieurs hommes armés, les neveux même de Thibaut Notier, qui d'unbond fondirent sur le prieur de Saint- Victor et le poignardèrent, avaiit même que les témoins du crime eussent le temps de se reconnaître. L'évêqufe de Paris se porta hardiment au secours de la victime et parvint à l'arracher des mains des assassins; mais il était trop tard, Thomas était frappé à mort. On n'eut que le temps de lui administrer les derniers sacrements; il expira en. disant : « Je meurs pour la justice et je pardonne à mes ennemis (1). »
Effrayé de l'audace inouïe d'une pareille' attaque, l'évêqùe de Paris n'osa poursuivre sa route; il se réfugia à Glairvaux, auprès de saint Bernard, et de là adressa au légat Geoffroy de Chartres et à Innocent II lui-môme une relation détaillée du meurtre commis sous ses yeux,. Il invitait l'évêque de Chartres à venir le rejoindre daiis l'asile qu'il s'était choisi, afin de se concerter ensemble sur les suites à donner à celte sanglante affaire et, sûr le châtiment à infliger aux meurtriers et à leurs complices. « Il suffit que je vous expose simplement le fait, écrivait-il au souverain Pontife, pour vous faire sentir le poids de la calamité qui m'accable... Ma force m'a abatrdonné et celui qui était la lumière de mes yeux n'est plus avec moi. Je portais le nom d'évêque, c'était lui qui en remplissait l'office. L'Église compatit à ma douleur; mais elle pleure aussi pour elle-même; la perte est commune, commune aussi notre désolation. Si Thibaut Notier s'adresse à vous, qu'il sente que le Seigneur a entendu- la yoix de mai douleur. Ce sont ses neveux qui senties auteurs du crime, lui-même en est la cause ; l'a-t-ilordonhé? c'est du moins une question qu'on peut se poser. N'écou-
ii) Hist. des G., XY, 335-336.
tez pas ses déclarations, jusqu'à ce que je puisse vous fournir de plus amples renseignements (1). »
Avant même que l'enquête, appelée à établir exactement la part que l'archidiacre avait prise au meurtre du prieur de Saint -Victor, fût achevée, Bernard deiriande qu'on sévisse contre lui. La nouvelle de deux meurtres aussi rapprochés l'un de l'autre le consternait et l'épouvantait. «La voix du sang d'Archambaud a pris de la force, écrit-il au souverain Pontife. Le sang se mêle au sang, et de ce mélange il sort un cri capable d'ébranler la voûte du ciel et de toucher des cœurs de pierre. Si la vigueur ecclésiastique épargne Jean d'Orléans et Thibaut Notier qui ont consenti à ces forfaits, ou peut-être même les ont inspirés, qui ne voit les conséquences d'une telle impunité? A des maux nouveaux de nouveaux remèdes. Beaucoup trouvent infiniment utile et juste que la faux apostolique retranche aux coupables toute dignité ecclésiastique, présente ou future (2). » Cette lettre conserve encore un ton assez modéré ; mais lorsque l'abbé de Glairvaux eut appris que Thibaut Notier, à la suite de l'enquête, qui prenait pour lui une assez mauvaise tournure, songeait à aller plaider lui-même sa cause à Rome, il fut en quelque sorte scandalisé d'une telle démarche et éclata en violentes invectives : « Scélérat, s'écrie-t-il, tu crois donc que le siège de l'équité suprême est une caverne dé voleurs. Quoi I encore tout écuraant du sang du fils, tu te réfugies dans le sein de la mère, tu oses te présenter devant le père!... La voix du sang de ton frère ne criet-elle pas contre toi de la terre? — Mais quoil est-ce moi qui suis l'assassin? répliques-tu. — Non pas toi, mais les
(1) Inler Bern., ep. 159. Cf. ep, 160; Hist. des (?., loc. cit
(2) Bern., ep. 161. Cf. epp. 162 et 163.
- EXTINCT'IpN DU SCHISME EN FRANGE. 355
tiens et à cause de toi. Dieu sait si tu n'as pas trempé davantage dans le crime. » Et là-dessus Bernard expose au souverain Pontife que Thibaut est formellement accusé d'avoir été rinstigateur du meurtre de Thomas, le généreux martyr de la justice. « S'il vient demander son pardon, dit-il, il ne faut pas le lui refuser; mais s'il vous demande simplement audience, donnez-lui, je vous prie, celle que Moïse accorda au peuple qui courbait le genou devant le veau d'or, celle que saint Pierre accorda à Saphire et Ananie, celle enfin que le Sauveur accorda aux marchands du temple. Bref, il faut que là postérité, en apprenant le forfait, apprenne aussi son châtiment et que ce châtiment serve à tous de leçon (1). »
A la nouvelle du double crime qui venait de jeter la consternation dans l'Église de France, l'émotion et la stupeur d'Innocent II ne furent pas moindres que celles de l'abbé de Clairvaux. Il s'étonne que, sous un roi aussi sévère que Louis le Gros, dans un royaume dont la police est si vigilante, de pareilles atrocités aient pu être commises. « Que sert, dit-il, que la France ne soit pas souillée par le schisme, si le sang sacerdotal y est ainsi indignement répandu? Que les lois se lèvent donc, et que la justice ecclésiastique et la justice civile s'arment chacune de son glaive. » Il invite spécialement l'archevêque de Sens, l'archevêque de Reims et leurs suffragants à se concerter, pour châtier les coupables et pour prévenir le retour de semblables monstruosités. « Si votre zèle s'était allumé contre le premier crime, dit-il, un double forfait n'eût pas été commis (2). »
Forts de l'appui du pape, qui leur promettait de conflr-
(1) Ep. 158, postérieure à l'épître 161.
(2) Jaffé, n° 7636 j Hist. des a., XV, 381.
• mer leurs décrets, le légat Geoffroy et lés archevêques de Sens et de Reims convoquèrent dans le plus bref délai un concile à Jouarre. L'archevêque de Rouen et Tarchevêque de Tours y assistèrent vraisemblablement; les Ordres religieux y étaient représentés par leurs abbés. On y remarque en outre la présence de quelques princes laïques, du comte Thibaut de Champagne et du comte de Neversj Guillaume II (1). Louis le Gros n'y parut pas ; il affectait, ce semble, de se tenir à l'écart. Bien qu'il ait eu sûrement horreur de la sanglante tragédie qui venait de se jouer à Orléans et à Gournay, on devine qu'il goûtait peu Ârchambaud et Thomas, deux ardents promoteurs de la réforme ecclésiastique (2). Il n'est peut-être pas téméraire de" penser que cette froideur significative exerça quelque influence sur les membres du concile. Malgré le zèle d'un Bernard de Glairyaux et d'un Pierre de Gluny, enclins à la sévérité et soutenus par les encouragements de révêqiie de Grenoble et des Chartreux (3), on s^ borna à édicter quelques peines assez légères contre les meurtriers du prieur de Saint- Victor, « ces parricides et ces cléricides, » comme les appelle Innocent II. Pierre le Vénérable, d'ordinaire si doux, se plaignit lui-même au pape de cette indulgence déplacée et inopportune. Il constate qu'en cette circonstance « le glaive du roi s'est émoussé, » et demande que le Saint-Siège ne se borne pas à confirmer les décrets du concile, mais qu'il les sanc-
(1) Cf. Jaffé, Reg., n» 7666; Hist. des G., XV, 382; Ep. Hug. Gra^ tianopol. et Cartimsian., ap. HisL des G., XV, 337-338; Pétri Venerab. ep. 17, lib. I, ibid., 629. Sur la date de ce concile, probablement fin de l'année 1133, cf. 1'"" édit., t. I, p. 350, note 3.
(2) Les sentiments que Louis VI fit paraître dans l'affaire d'Orléans (Bern., ep. 150) l'animaient peut-être encore. .
(3) fr. des G., XV, 337-338.
EXTINCTION BUSCHISflÎE
ICHISflÎE'EN FRANCE.- 357' - . '^'i
tionne avec une aggravation de peines pour les coupables (1).
Innocent II partagea cet avis et n'hësita pas à adresser aux archevêques de Sens, de Reims, de Rouen et de Tours, le reproche de « tiédeur (2). » « Que les canons se montrent donc, leur dit-il, et que le droit s'arme I » Conformément au désir de Pierre le Vénérable, il déclare la sentence du concile trop bénigne, nvms remma, et exige que Thibaut Notier et ses complices soient dépouillés de leurs bénéfices ecclésiastiques. En outre, dans tous les lieux où ils se retireront, on suspendra les offices divins, jusqu'à ce qu'ils aient fait pénitence.
On ne voit pas que cette sentence s'applique aux meurtriers d'Archambaud. L'issue de l'affaire d'Orléans est restée assez obscure. Dans la lettre que nous venons d'analyser, Innocent II semble inviter le clergé français à sévir contre les coupables et à réunir au besoin dans ce but un nouveau concile. Mais plus avisés que Thibaut Notier, les complices de l'archidiacre Jean en appelèrent au Saint-Siège et, prirent le parti d'aller chercher à Pise même leur pardon. C'est ce qui explique le silence gardé sur eux par le concile de Jouarre. Le nombre des Orléanais engagés dans le crime paraît avoir été très considérable. Le procès, difficile à instruire, traîna inévitablement en longueur. Aussi Tabbé de Clairvaux, prenant en pitié l'état de l'église d'Orléans, se plaignit-il amèrement au souverain Pontife du retard que souffrait la cause qui lui était soumise (3), La sentence parut enfin, vraisemblablement le 8 janvier 1135 (4). La famille du sous-
(1) Fisf. des G., t. XV, p. 629. c
(2) « Tepiditate remota. » fr. des a., XV, 382; Jaffé, Reg.,x\'> 7666.
(3) Ep. t56.
(4) Brial(£rî«i. des G., XV, 379) fixe la bulle d'Innocent H en 1133;
doyen recevait pleine et entière justice. Mais pour Tapplication de la peine prononcée contre les coupables, Innocent II s'en rapportait à ses correspondants, mieux en mesure d'apprécier l'état des esprits en France. Nous ignorons la suite de l'affaire. L'ordre ne parait avoir été définitivement rétabli qu'en U36 par l'élection d'Hélie, qui monta sur le siège épiscopal d'Orléans après Jean II (l)i
Second voyage de Bernard en Aquitaine*
A cette date, le schisme était éteint en Aquitaine, et son extinction était en grande partie l'œuvre de l'abbé de Glairvaux.
Durant deux ans le légat d'Anaclet avait occupé, malgré rirrégularité de son élection (2), le siège de Bordeaux avec celui d'Angoulême. Ses plus cruels déboires, qui éprouvèrent les dernières années de sa vie, lui vinrent de celte usurpation. Les suffragants, les évoques de Saintes et d'Agen, de Limoges et de Poitiers, non contents de lui dénier toute autorité sur leurs diocèses, soulevèrent encore contre. lui la plus grande partie de la population et du clergé bordelais. Il eut même le malheur de tomber entre les mains d'un parent de Tévêque dé Saintes, Aimar, seigneur d'Ârchiac, qui le retint quelque temps en prison. L'amitié du comte de Poitiers lui fut alors d'un grand secours. Ce fut vraisemblablement
JaSé-Loevénfeld et M. Luchaire {loc. cit.) en 1134. Comme elle nous parait postérieure à la ratification du concile de Jouarre, nous inclinons pour 1135.
(1) Cf. Gallia Christ, VIII, 1448 ; Pétri Yenerab., îib. ï, ep. 11.
(2) Contre celte élection, Arnulphe de Séez [fnvectiv.y ap. Hist. des G., XIV, 260; cl. p. 259). \
grâce à rinterventîon de ce puissant prolecteur qu'il recouvra la liberté (1).
Mais son prestige alla toujours depuis en déclinant. A mesure que le parti d'Innocent II s'affermissait dans toute la France, le schisme était frappé de discrédit. Gérard ne se soutenait plus dans l'opinion de ses partisans que par le souvenir de son ancienne réputation ; et lorsque les ravages de la vieillesse se firent irrémédiablement sentir dans son esprit et dans son courage, il devint évi- ^ dent que, pour ruiner son œuvre tout à fait, il suffisait de lui retirer l'appui de Guillaume X. , ;
Le moment parut favorable à l'abbé de Cl air vaux pour « arracher l'ivraie du champ du père de famille (2). » Il entreprit donc, probablement vers la fin de l'année 1134, sur la demande du légat d'Innocent II, Geoffroy de Chartres, et de concert avec lui, une seconde mission en Aquitaine. Son itinéraire fut tracé suivant les besoins particuliers de son Ordre. Gomme il était alors en négoeiation avec la duchesse Ermengarde, épouse de Conan III, pour la fondation d'une abbaye en Bretagne, il descendit là Loire jusqu'à Nantes. Son biographe raconte avec complaisance le miracle étrange qu'il opéra en cette ville, dans des circonstances extraordinaires et avec un éclat inaccoutumé (3). Nous eussions mieux aimé connaître les détails de son entrevue avec la duchesse Ermengarde. Mais ce point est resté dans l'ombre; Tout ce
(1) Arnulph. Sag., InvecHv., et lettres des snffragants de Bordeaux, Hist. des (?., XIV, 259-261. A l'époque où Arnulphe rédi{ceait son Invective^ c'est-à-dire vers 1133-1134 (cf. ibid., rap. tu, p. 259), Gérard occupait encore le siège de Bordeaux. Nous verrons pltts loin qu'en 1135, peut-êlre en 1134, Geoffroy du Loroux l'avait supplanté.
(2) Arnulph., Invectiva, p. 261-262 ; Bern. Vita, iib. II, cap. vi, n' 36.
(3) Bern. VUa, Iib. II, cap. vi, n» 34.
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que nous savons, c'est qu'à cette date furent posées les conditions de la fondation du couvent de Buzay (1).
La conversion du duc d'Aquitaine était une œuvre plus difficile à mener à bonne fin que rétablissement d'un monastère. L'abbé de Clairvaux allait se heurter contre la résistance passive d'un prince retenu dans le schisme par faiblesse et par rancune, autant que par goût et par conviction. Gomme on devait s'y attendre, l'évéque d'Angoulême n'avait garde de courir les chances d'un débat contradictoire en public. Il essaya même de persuader au comte de Poitiers d'éviter également la rencontre des représentants d'Innocent IL Mais d'autres conseillers mieux inspirés firent entendre au prince qu'il était impolitique de refuser une audience à deux personnages tels que l'abbé de Clairvaux et l'évêque dé Chartres. « Par ce moyen, insinuaient-ils, votre 1 retour à l'unité devient aussi facile qu'il est avantageux. » Suivant cet avis, le duc d'Aquitaine consentit à recevoir Bernard et Geoffroy de Lèves en son château de Parthenay. L'entrevue prit dès les premiers mots un caractère dramatir que. Bernard représenta à Guillaume X le mal causé par le schisme dans ses États. « Qu'était-ce que l'Aquitaine? Une petite partie des provinces situées en deçà des Alpes ! et elle était la seule à suivre le parti de l'antipape I Or il n'y a qu'une seule Église : c'est l'arche qui porte en elle le salut du monde; en dehors d'elle, par nn juste jugement de Dieu, tout doit périr comme aux heures du déluge. L'exemple de Coré, de Dathan et d'Abiron n'estil pas dans toutes les mémoires? Et n'est-ce pas pour avoir' introduit le schisme parmi le peuple juif, qu'ils
(!)■ Bern. Vita, Hb. II, cap. vi, n» 34 j Janauschek, Orig, CisL,l,
, - EXflNCtiÔN DU schisme' EN^ FRANCE. 361
furent engloutis tout vivants? Tant il est vrai que Dieu a horreur de la division! »
Le comte de Poitiers, à demi convaincu par ce raisonnement, que rélevait encore l'action puissante dé l'orateur, déclara qu'il était prêt à se soumettre au souverain Pontife Innocent; mais il ajouta qu'ayant fait serment de ne point accorder la paix à l'évêque de Poitiers, il ne permettrait pas qu'il fût rétabli sur son siège. Le débat, se compliquant ainsi d'une question de personne, ne pouvait se terminer en une séance. Oii parlementa pendant plusieurs jours, mais sans plus de succès; L'abbé dé Glairvaux vit alors qu'il ne fallait plus chercher de secours et de lumière que dans le ciel. Il invita donc Guillaume X à une dernière entrevue et se prépara à offrir le saint sacrifice de la messe à cette intention. Toute la ville était en émoi. Une grande foule suivit le comte jusqu'à l'église de la Gouldre (1). Bernard monta àrautel; les évêques de Chartres et de Poitiers siégeaient dans le sanctuaire; les fidèles avaient pris place derrière les religieux dans la nef; mais le comte excommunié dut s'arrêter à l'entrée du saint parvis. Chacun priait dans l'attente et l'anxiété. Or, au moment de la communion, après avoir donné la paix au peuple, l'homme de Dieu, comme transfiguré tout à coup, déposa l'hostie sainte sur la patène, et, l'emportant religieusement, ^ dirigea vers la porte, le visage en feu, les yeux pleins d'éclairs. « Eh bien, s'écria-t-il en apostrophant le comte, nous vous en avons prié et vous nous avez méprisé. Dans notre précédent entretien, la multitude des serviteurs de Dieu, rassemblée autour de vous, vous a
(1) Gf. Examen d'une opinion nouvelle sur l'entrevue de saint Bernard et de Guillaume X à Parthenay en H35, àm& Bulletin de la société des Antiq. de l'Ouest, IX» série, 1862, pp. 472-488.
SAINT BERNARD, -r- T. I. 21 -
supplié de son côté et vous l'avez méprisée. Voici maintenant le fils de la Vierge qui vient à vous, lui, le Chef et le Seigneur de TÉglise que vous persécutez 1 Voici votre juge, au nom de qui tout genou fléchit dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. Voici votre juge, aux mains de qui votre âme tombera un jour? Lui aussi, allez-vous le repousser? Lui aussi, allez- vous le mépri?« ser, comme vous avez méprisé ses serviteurs? »
Qu'on s'imagine l'eiîet d'une pareille scène sur des spectateurs animés tous d'une même foi, vive et profonde, en rEucharistie! Qu'on se représente surtout le comte de Poitiers, foudroyé par la démarche hardie et le geste soùveriain du prêtre de Jésus-Christ! Il sentit ses membres défaillir et tomba par terre. Relevé par les soldats de son escorte, il retomba encore. Sa salive coulait sur sa barbe, sa respiration était entrecoupée par de sourds gémissements : on eût dit un homme épilep^ tique. Le serviteur de Dieu se rapprocha encore de lui, et le touchant du pied, il lui ordonna de se relever et d'écouter debout la sentence du ciel. « Voici devant vous, lui dit-il, l'évêque de Poitiers que vous avez chassé de son église : allez, réconciliez-vous avec lui,. Donnez-lui le baiser de paix et le reconduisez vous-même à son siège. Pour obéir à Dieu, rétablissez l'union et la paix dans, votre État, et soumettez -vous au pape Innocent, comme fait toute la chrétienté. » Vaincu par l'ascendant de saint Bernard et confondu parla présence de Jésus-^ Christ vivant aux regards de sa foi, sous les espèces sacramentelles, le comte n'osa ou ne put prononcer une parole : il s'avança humblement au-devant de son évêque, lui donna le baiser de paix et le reconduisit à son siège, à la grande joie de tous les assistants (1).
(1) Bern, Vita, lib. II, cap. vi, n"' 37-38. .
La sainte audace de l'abbé de Clairvaux venait de remporter une éclatante victoire. La fondation du monastère d& là iS^ebl^^ eicr Annâa^ fa# lia^ du comte de Poitiers (1). Avec lui F ^(prifeme? tsufe eifer tière (2j abandonna le schisme. Guillaume X mourut très pieusement quelques années plus tard (le jour du vendredi saint 1137) dans un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle (3).
Gérard l'avait précédé, depuis plus d'une année (4), dans la tombe. On s'est demandé si le vaniteux prélat avait jusqu'à la fin conservé son attitude indépendante. A en croire le biographe de saint Bernard, Gérard mourut subitement sans avoir eu le temps de témoigner sa repentance ; et ses serviteurs ne trouvèrent que le lendemain son cadavre, déjà refroidi et horriblement tuméfié (5). D'autres rapportent, au contraire, que le pontife, sentant venir sa fin, réunit autour de lui plusieurs prêtres et leur dit que si, par ignorance, il avait contre la volonté de Dieu soutenu le parti de Pierre de Léon, il s'en confessait et s'en repentait. Le lendemain, qui était un samedi, il célébra encore la messe avec une
(1) Les Cisterciens s'installèrent à la Grâce-Dieu, le 25 mars 1135. Geoffroy du Loroux, archevêque de Bordeaux, figure parmi les témoins de la donation faite par le comte in manu Bernardi abbatis, Cf, Gallia Christ., II, 1397, Inst.y p. 387; Janauschek, Ong'. Cist., I, 34.
(2) « Pace itaque omni Aquitaniee reddita, solus Gerardus persévérât in malis. » i5mi. F*^a, loc. cit., n° 39.
(3) Order. Vital, Hist. eccl, lib. XIII, cap. 13.
(4) Orderic Vital {ibid., cap. 12) dit : hoc anno bissextili. Les Gesta Episcop. Engolism. {Hist. des (?., XII, 397) marquent Die dominiça, anno 1136; enfin le catalogue des évoques d'Àngoulême (Ms. 13108, fol. 201, Biblioth. nation.) précise : anno 1135 (vieux style), kalendas Martii,
(5) Bei-n, Vita, loc, cit., n" 39.
grande dévotion. Le dimanche il rendit pieusement son àmê à Dieu (1). Laquelle de ces deux versions est la plus véridique? On ne le saura jamais. Si l'historien de saint Bernard est mal informé, son contradicteur est évidemment partial en faveur de l'évêque d'Angoulême : c'est i à peine s'il ose mentionner dans son long récit l'affaire du schisme (2). Du reste, quand on admettrait sans réserve l'exactitude de son témoignage, la sincérité de la conversion de Gérard, à la dernière heure, n'en resterait pas moins un problème. Le tour équivoque que le malheureux vieillard donne à son aveu et les réserves dont il l'entoure rendent son repentir bien suspect (3) : ce ne sont pas là les sentiments d'une contrition sincère; la véritable humilité tient un autre langage. Mais peutêtre son panégyriste, par un zèle mal entendu, l'a-t-il calomnié en donnant à sa confession une forme dubitative. Peut-être craignait-il de rompre Tharmonie et l'unité d'une belle vie, en appuyant trop sur la chute et le repentir de son héros. Nous aimerions à le penser. Il en coûte de croire à l'impénitence finale d'un prélat qui fut une des gloires de l'épiscopat français au douzième siècle. L'amour qu'il a eu, toute sa vie, pour les pauvres n'a-t-il pas dû plaider pour lui au tribunal de Dieu? Sa charité
, (1) Gest' Episc. Engol, dans Hist. des (?., XII, 397.
(2) « Tamen circa vitse finem ad Pétri Leonis schismatici partes divertit, errori illius favens. » Ibid.
(3) « Die proxima mortis suae accepimus quod in confessione sua sacerdotibus dixerit, si partem Pétri Leonis contra voluntatem Dei ignorans manu tenuerit, se conflteri etpœnitere, » etc. IMd. Geoffroy, prieur du Vigeois, donne une très curieuse raison (CArow. ^ap. Hisi. des G., XII, 434) du schisme de Gérard : « Gerardus, cum fieret legàtus, juraverat Papœ (Honorio) quod si forte post se schisma oriretur, illi procul dubio obediret qui apostolicam sedem obtinéret. Quare ipse Petro... par ébat. »
l'a suivi, dit-on (1), jusqu'à son heure dernière. Espérons que la prière d'un mendiant puissant au ciel lui aura procuré le bénéfice d'une bonne mort.
[i) G esta Episcop. Enoglism., loc. cit., p. 395 et 397.
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