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CHAPITRE XIX

ELECTION EPISGOPALE DE LANGRES*, ELECTION EPISCOPALE ET COMMUNE DE REIMS (1138-1140).

Élection épiscopale de Langres (1138).

Avant de quitter Rome (3 juin 1138) (1), l'abbé de Glairvaux avait été saisi d'une question qui intéressait au plus haut point son monastère. Le siège de Langres était devenu vacant. Or, d'après une mesure générale qu'Innocent II paraît avoir inaugurée, ou, pour mieux dire, renouvelée vers ce temps, les chapitres diocésains ne pouvaient plus procéder à une élection épiscopale, avant d'avoir pris Favis d'hommes prudents et religieux. Apparemment, c'étaient les abbés dévoués à la réforme et surtout les évêques que le souverain Pontife désignait par ces termes (2). Un moyen sûr de se conformer à l'esprit

, (1) Bern.,ep. 317.

(2) « Mandatum a Domino Papa acceperant nequaquam praesumere hoc, nisi ad consilium religiosorum virorum. •» Bern., ep. 164. Le concile de La tran de l'année 1139 devait formuler la même doctrine dans son canon 28 (Labbe, Concil., X, 1009; cf. JafFé, Regesta, t. ï, p. 885), On s'est demandé quels étaient ces religiosi viri. Georg von Below {Die Entsiehung des ausschliessUchen Wahlrechts der Dom~ kapitel, Leipzig, 1883, p. 6), s'appuyant sur plusieurs textes de Geroli

de la loi, c'était de consulter la curie elle-même. Suivant ce dernier parti et désirant obtenir une pleine liberté pour l'élection d'un évêque, le doyen du chapitre de Langres, Robert, et le chanoine Olric se rendirent à Rome, accompagnés de l'archevêque de Lyon, leur métropolitain, et prièrent l'abbé de Clairvaux d'appuyer leur requête auprès d'Innocent II. Bernardattachaitla plus grande importance au choix d'un prélat qui devait avoir juridiction sur Clairvaux. « Dieu me garde, leur répondit-il, de me prêter à votre dessein, à moins que vous ne soyez bien décidés à n'élire qu'une personne idoine et digne. » Les délégués du chapitre l'assurèrent qu'ils étaient prêts à suivre en cela son avis ; et l'archevêque de Lyon ajouta que, pour son compte, il ne ratifierait jamais une élection faite en violation de ces promesses. Le chancelier Haimeric fut pris à témoin de ce double et solennel engagement. Sur ces bases, on tint conseil au sujet des différentes candidatures qui avaient chance de se présenter : deux can- . didats réunirent les suffrages de cette commission improvisée; il fut arrêté que le chapitre pourrait choisir entre l'un et l'autre, mais devrait élire l'un des deux. Cette résolution fut soumise au pape, qui l'approuva sans réserve. L'archevêque et les délégués s'engagèrent de nouveau à y demeurer fidèles ; et, cela fait, ils retournèrent en France (1).

A quelque temps de là, Bernard les y suivit. Mais quel

de Reichersperg, estime que ce sont les abbés des monastères situés dans les diocèses dont les sièges sont vacants. II faut sûrement entendre aussi par ces expressions les évêques de la province, représentés par le métropolitain et deux ou trois suffragants. Voir la lettre d'Innocent II à Louis le Jeune, ap. Bouquet, XV, 394-395 ; Jaffé, n" 8067. Cf. Bern. epp. 169 et 202; Pétri Yenerab., lib. V, ep. 8. Cf. Irabartde la Tour, Les Élections épiscopales, p. 513 et suiy.. 1) Bern., ep. 164.

ne fut pas son étonnement, lorsque, au sortir des Alpes, il apprit que l'élection de Langres avait été subrepticement accomplie, sans égard pour les engagements que le doyen du chapitre et l'archevêque de Lyon avaient pris à Rome ! L'élu était un moine de Cluny, agréable à quelques seigneurs, mais d'une réputation équivoque; et, malgré la protestation de la majorité des membres du chapitre de Lyon, le métropolitain s'apprêtait à le sacrer dans sa ville archiépiscopale : le jour de la cérémonie était même déjà fixé (1).

Bernard, indigné d'une telle violation de laparole donnée, en avisa sur-le-champ le souverain Pontife (2), et, bien qu'il fût pressé par l'état de sa santé de regagner son cloître, il changea son itinéraire et se rendit à Lyon. Sa présence jeta l'archevêque dans un grand embarras. L'élu était le candidat du duc de Bourgogne. L'abbé de Glairvaux n'en exigea pas moins que sa nomination fiU considérée comme nulle, jusqu'à ce que les évêques et abbés réunispour son sacre eussent donné leur avis à cet égard: l'élu, contraint par la nécessité, consentit à subir l'épreuve. Sincère ou non, son désistement rendait facile la tâche du comité. Une nouvelle élection fut résolue. Le métropolitain lui-même notifia cette décision au chapitre de Langres, et Bernard rentra dans sa cellule, satisfait et pleinement rassuré (3).

Malheureusement, sa sécurité était encore une fois mal fondée. Pour l'archevêque et ses amis qui, selon toute vraisemblance, avaient présumé que le chapitre de Langres ratifierait leur choix, le sacre du moine de Cluny

(1) « Mihi interdicit dieere pudor qaod publica fama de eo dicit, imo infamatio celeberrima divulgavit. » Bern., ep. 167. Cf. ep. 164.

(2) Bern.,ep. 167,

(3) Bern., ep. 164.

ELECTiaNS DE LANGUES ET. DE HEIMS. 29

n'était que retardé. Pierre le Vénérable, arrivant sur ces entrefaites à Gluny après un long voyage dans le Poitou, précipita les événements, en présentant Félu au roi de France qui passait alors par le Puy (15 août ou 8 septembre 1138). Louis le Jeune, que rien ne mettait en défiance, lui donna sans difficulté l'investiture des regalia (1).

Le sacre fut fixé à une date très rapprochée. L'abbé de Clairvaux, averti à temps, se hâta d'interjeter appel à Rome; l'archidiacre de Langres, le chanoine Bonami, Foulques, doyen de , la métropole de Lyon*, et plusieurs religieux de Clairvaux signèrent sa protestation. Ce fut en vain. Le métropolitain, assisté des évêques de Mâcon et d'Autun, passa outre et consacra le moine de Cluny (2). ■- Alors, dans sa détresse, l'abbé de Clairvaux dicta, du lit de douleur où le clouait la maladie, une série de lettres indignées, dans lesquelles il stigmatise les auteurs du « sacrilège, » sans épargner son ami Pierre le Vénérable, qu'il considère comme leur complice. « Église de Lyon, s'écrie-t-il (3), ô mère de l'Église de Langres, quel époux vous avez donné à votre fille ! Ce n'est pas un époux, c'est un monstre. En cela vous ne vous êtes pas conduite en mère, mais en marâtre. Quel gendre dégénéré vous avez là ! Mais aussi de quelle façon s'est accompli ce mariage I Tout a été fait sans loi, sans ordre, sans raison. On a élu et ordonné un évéque, comme on ne choisirait

(1) Pétri Venerab., lib. I, ep. 29. Pour la date : Prœterito beatssDei Genitricis festo, Brial (ff. des G., XV, 634, note c) indique la Purification ou l'Annonciation de la sainte Vierge (2 février ou 25 mars 1138), C'est une erreur évidente. M. Luciiaire la reporte à une année plus tard {Actes de Louis Vil, p. 63] : autre erreur. Nous verrons que l'évoque de Langres avait pris possession de son siège avant le 28 octobre 1138.

(2) Bern., epp. 164, 166.

(3) Ep. 165.

pas un métayer ou un simple collecteur du tonlieu. » Bernard Insiste complaisamment auprès de la cour de Rome sur l'indignité du nouveau pontife et sur l'illégalité de son élection (1). Sans entrer dans les détails d'une accusation en règle, il le signale comme un homme que les bons ont en horreur et que les méchants couvrent de leur dédain. Les expressions lui manquent pour flétrir la conduite de ceux qui, au mépris de leurs engagements et du droit canon, l'ont élevé à la dignité épiscopale. « Les dieux de la terre se sont levés, dit-il avec emphase (2) ; je parle de l'archevêque de Lyon et de l'abbé de Cluny. Forts de leur puissance, confiants dans leurs richesses, ils se sont dressés contre moi, que dis-je, contre moi, contre les serviteurs de Dieu, contre vous-même, contre eux- • mêmes, contre Dieu, contre l'équité et contre l'honnêteté. » Leur conduite doit être blâmée et leur œuvre cassée. C'est ainsi du moins que l'entend l'abbé de Clairvaux, et,' dans ce but, il envoie au souverain Pontife, avec ses prières et ses larmes, un compte rendu de l'affaire, destiné à justifier sa conclusion (3) .

Qu'y avait-il de vrai cependant au fond de ces accusations? Et comment un religieux abbé, tel que Pierre le Vénérable, avait-il trempé dans une élection à la fois si irrégulière et si déloyale? On peut en croire l'abbé de Cluny, affirmant que tout était consommé lorsqu'il connut les ardentes protestations de la minorité du chapitre de Langres et de l'abbé de Clairvaux. Son âme, du reste, était trop candide pour ajouter foi aux accusations très graves, mais un peu vagues, que l'on soulevait contre l'en-

(1) Ep. 166j ad Innoc. -, ep. 168, ad cardin.; cf. ep. ad Hurabaldum cardin., dans Hiiffer, Bernard von Clairvaux, I, 191 et 211.

(2) Ep. 168.

(3)Ep. 164.

ELECTIONS DE LANGRES ET DE REIMS. ol

faut dé sa maison. A cet égard il ne craint pas de reprocher à l'abbé de Clairvaux une trop grande crédulité. « Je comprends, lui écrit-il, que de pareils bruits vous aient effarouché ; mais il fallait ne pas oublier qu'ils pouvaient être faux aussi bien que vrais ; vous auriez dû vous souvenir que celui qu'on diffamait était le fils de l'abbé que vous aimez... Je l'ai fait venir, cet homme, ajoutet-il, je lui ai parlé comme un père, je lui ai demandé, je l'ai conjuré de ne me cacher pas la vérité. II m'a ouvert son cœur, m'assurant qu'il me répondait comme il répondrait à Dieu. Il est innocent de tous les crimes qu'on lui impute. C'est un religieux pieux, sage, lettré. » Bref, l'abbé de Cluny se demande si, au fond de tout ce débat, il n'y a pas une question de rivalité de maisons. « Je dirai toute ma pensée : pourquoi les Cisterciens auraient-ils peur d'un Cluniste? Pourquoi les moines se défieraient-ils d'un moine? Voyez les animaux : ceux de la même espèce, dociles à l'instinct delà nature, s'aiment et se rassemblent.' Est-ce que l'auteur de la nature ne saurait se faire obéir également des hommes et surtout des moines? Soyez-en sûr, l'évèque de Langres aimera les Cisterciens et tous les moines : il les aimera dans son intérêt et parce qu'il n'oserait pas ne pas aimer ceux que nous chérissons (1). » En réduisant le conflit à ces termes, Pierre ,le Vénérable en diminue assurément la portée. A supposer qu'il n'ait pas jugé trop favorablement de son religieux, les lois ecclésiastiques n'avaient-elles pas été enfreintes dans la consécration précipitée de l'élu? L'appel à Rome, interjeté par saint Bernard et ses amis, avait nécessairement un effet suspensif dont le prélat consécrateur et ses complices n'avaient voulu tenir aucun compte. On peut dire à leur

(1) Lib. I, ep. 59.

décharge que cet appel ne leur parut pas motivé (1) e que remprëssement qu'ils mirent à sacrer le moine de Ciuny avait plutôtla signification d'une protestation contre l'ingérence de l'abbé de Clairvaux que d'une révolte contre le Saint-Siège. Leur conduite n'en était pas moins une violation flagrante du droit, en même temps qu'elle avait pour l'un d'entre eux, le métropolitain lui-même, le caractère d'un parjure. C'est là ce qui révolta l'âme si droite de l'abbé de Clairvaux. Ce fut aussi ce qui assura le succès de sa protestation auprès du souverain Pontife.

L'élection fut cassée, sans égard pour le sacre qui, dans l'esprit de T archevêque de Lyon, devait la rendre définitive. Les membres du chapitre de Langres furent mandés à Rome pour régler, de concert avec le Saint-Siège, les détails de la procédure à suivre dans la future élection. Ici saint Bernard intervint de nouveau. Les intérêts du diocèse, en particulier ceux de la ville épiscppale, étaient en souffrance. Le déplacement des chanoines eût encore empiré la situation. L'abbé de Clairvaux prit sur lui de retenir à leur poste les membres du chapitre, après avoir rétabli l'accord entre eux et leur avoir fait promettre qu'ils suivraient dans leur choix l'avis de personnes sages que leur désignerait le souverain Pontife lui-même (2). On ne sera pas surpris que Rome ait approuvé cette combinaison. Nous ignorons quelles furent les personnes appelées à faire partie du conseil consultatif; le résultat de l'élection nous est seul connu; les suffrages se portèrent sur l'abbé de Clairvaux (3). A ce coup imprévu, Bernard demeura confondu, ïlavaitdéjà, à plusieurs reprises, ré-

(1) Voir ce que Bernard pense lui-même des appels illégitimes, De Consider., lib. IIF, cap. ii, n" 7 et 8.

(2) Bern., ep, 169.

(3) Cf. Bern. YUa, lib. 1, cap. xiv, n° 69.

fusé l'épiscopat; rien n'était capable d'ébranler sa résolu-tien. Il fallut procéder à une troisième élection. Mais le chapitre avait les yeux fixés sur Glairvaux. A défaut de l'abbé du monastère, il en prit le prieur, Godefroid de la Roche, ami et cousin de saint Bernard. Vainement celui-ci se plaignit-il qu'on lui ravissait « le bâton de sa faiblesse, la lumière de ses yeux et son bras droit » . Opposer encore une résistance opiniâtre à la volonté du chapitre, c'eût été faire preuve d'une obstination égoïste. L'abbé de Clairvaux finit donc par céder, et il est permis de croire qu'après l'hésitation et les regrets de la première heure, il éprouva une secrète joie de voir « un a^utre lui-même » occuper le siège de Langres (1).

Mais, ces difficultés levées, il eiî surgit une autre. Godefroid de la Roche ne pouvait prendre possession de son siège, avant d'avoir reçu l'investiture royale. Or, qu'allait penser Louis le Jeune de cette substitution inattendue d'un évêque Cistercien à un évêque Cluniste? En investissant des regalia, pendant son séjour au.Puy, le candidat du duc de Bourgogne, de l'archevêque de Lyon et de Pierre le Vénérable, il avait cru faire acte d'habile politique. Lui fallait-il maintenant renoncer aux avantages de son œuvre? Et n'y avait-il pas lieu de craindre que ce démenti qu'il se donnait à lui-même n'offensât également les protecteurs du premier élu , qui étaient les meilleurs défenseurs des intérêts de la couronne dans la région de l'est? Ce fut, sans doute, cette considération qui fit hésiter le roi de France à ratifier le dernier choix du chapitre de Langres. Sa réponse à la lettre de saint Bernard n'avait pas, comme on l'a dit, le caractère d'une opposition décidée (2); elle allait simplement à gagner du temps, en

(1) « Quem diligo tanquarn meipsum. » Bern., ep. 170.

(2) « Grattas agimus vestrœ clementiee pro benigno responso, quod

7ue d'informations à prendre, probablement auprès de l'abbé de Gluny.

Mais ce délai, en prolongeant le veuvage de l'église de Langres, devenait infiniment préjudiciable aux intérêts, tant spirituels que temporels, du diocèse. L'abbé de Clairvaux, qui en mesurait toutes les conséquences, en fut effrayé. « Au nom du Roi des rois » il conjura Louis le Jeune de se hâter : « L'église de Langres et l'église de Reims sont par terre, s'écrie-t-il (1), et il n'est personne qui leur donne la main, afin qu'elles se relèvent. Puisse la divine clémence éloigner de votre cœur et de votre pensée le dessein d'ajouter à notre douleur et d'entasser tristesse sur tristesse ! Plutôt mourir que de voir un roi de bonne renommée et d'espérances meilleures encore s'opposer aux conseils de Dieu et attirer sur lui-même la colère du souverain Juge! Loin de nous ces malheurs 1 Loin de nous cette pensée 1 Nous espérons, nous attendons mieux. » Qu'est-ce qui pourrait, du reste, justifier le retard apporté à l'investiture? L'élection a été faite selon les règles; l'élu est fidèle à ses devoirs. « Il cesserait de l'être, s'il ne voulait pas recevoir de vous ce qui est à vous. Mais il n'a pas porté la main sur ce qui vous appartient, il n'est point entré dans votre ville ; il ne s'est mêlé d'aucune affaire, quoique tout l'y ait vivement engagé : et les instances du clergé, et les sollicitations du peuple, et l'affliction des opprimés, et les vœux des gens de bien. Puisqu'il en est ainsi, vous voyez combien il est nécessaire, soit pour l'honneur dû à votre majesté, soit pour notre intérêt, que vous preniez au plus tôt une décision... Autrement, je le crains, vous causeriez un grave préjudice

vestra digaatione meruimus. Verumtamen dilatio terret nos. » Bern., ep. 170.

(1) Ep. 170.

aux biens de régale qui appartiennent à cette église. » Gluny s'était soumis humblement à la sentence de Rome. Rien par conséquent ne s'opposait à la consécration de Godefroid de la Roche. Lorsque le roi de France n'eut plus de doute à ce sujet, il s'empressa défaire droit à la juste requête de l'abbé de Glairvaux;il donna l'investiture au nouvel évêque de Langres, qui put être sacré avant même la fin du mois d'octobre 1138 (1).

La lutte était terminée; elle avait été longue, douloureuse, passionnée. Qu'on ne s'en étonne pas outre mesure. Les hommes du moyen âge avaient, comme nous, leurs faiblesses et leurs emportements. Ce qui, est consolant, ee qui est admirable dans ce conflit, c'est de voir que la victoire est restée au droit et qu'après le combat aucune trace d'amertume ne se laisse apercevoir dans les cœuris. La douceur que Pierre le Vénérable avait montrée pendant la lutte ne se démentit pas après le dénouement. Il n'éleva pas la moindre plainte. Il était en droit d'écrire plus tard àl'abbéde Glairvaux : « Qui pourra jamais éteindre, étouffer la tendre affection de mon cœur envers vous, puisque tant d'orages n'ont pu le faire jusqu'ici et que notre amitié a résisté tour à tour au flot de la rivalité de nos Ordres et à la tempête de Langres (2). »

(1) Cela résulte d'un document (GaZZia Christ, IV, Inst, col. 170) où il est question d'un procès terminé le 28 juin 1140. A celte date deux fêtes de saint Simon et saint Jude (28 octobre) avaient déjà été célébrées, depuis que la cause avait été introduite au tribunal de l'évoque Godefroid. Donc Godefroid occupait le siège de Langres le 28 octobre 1138.

(2) Pétri Venerab,, lib. II, ep. 17, col. 323.

Élection épiscopale et commune de Reims.

Heu ! çorruit virgo Remensis Ecclesia! s' étoXiéCTié suiiii Bernard : « L'église de Reims tombe en ruines! » L'archevêque Raynaud avait laissé, en effet, par samort (13 janvier 1138) (1), sa ville épiscopale en proie aux troubles que suscita la commune naissante.

On n'a pas encore clairement expliqué le mouvement communal qui caractérise le douzième siècle. Si quelques villes ont obtenu pacifiquement, au moyen ,d une simple pression morale ou à prix d'argent, les chartes qui les affranchissaient de la justice royale, seigneuriale ou épiscopale, souvent, il faut bien le reconnaître, les bourgeois ne conquirent leurs libertés municipales que par la violence et à leur corps défendant. Comment en eùt-il été autrement? L'établissement des communes fut une véri^ table révolution sociale. La population urbaine, nous parlons surtout des corporations marchandes et industrielles, la bourgeoisie, si Ton veut, essayait d'obtenir sa place au soleil, son indépendance; et elle ne pouvait y réussir qu'en portant préjudice à ses seigneurs naturels, rois , barons, évêques ou abbés. Un contrat à l'amiable entre les

(1) Varin, s'appuyant sur une ancienne inscription tumulaire rapportée par le Gallia Christiana (tome IX, p. 84), fixe la mort de^ Raynaud au 13 janvier 1139 (Archives de la Ville de Reims, 1. 1, p. 296). Nous ferons observer que l'inscriplion marque l'an 1138. Si i'obituaire est exact : « Idibus januarii decessît domnus Raynaldus, » c'est bien au 13 janvier 1138, et non au 13 janvier 1139, qu'il faut placer la date du décès de Raynaud. En tout cas, il était mort avant le mois d'octobre 1138; car l'cpître 170 de saint Bernard qui fait allusion à la vacance du siège de Reims est antérieure au 28octobre 1138,

ÉLECTIONS DE LANGRES ET DE RElÀlS.' 37

intéressés eût été le plus sûr et le plus équitable moyen dérégler les difficultés qui naissaient inévitablement d'une pareille dévolution . Mais il est bien rare que l'équité préside aux mouvements de cette nature. D'ordinaire on subit, si on ne le proclame, le principe de toutes les révoltes légitimes ou illégitimes, à savoir que la liberté se prend <et ne se demande pas.

C'est sous le bénéfice de cette idée que s'établit la commune de Reims. Sans égard pour la défense (1) du pape Innocent II, les bourgeois profitèrent de la vacance du siège archiépiscopal pour constituer un corps municipal a,yant à sa tête un majeur ou maire. Et/ nous apprenons par une lettre de Louis VII que, « acquiesçant àl'humble requête et aux supplications des Rémois, le monarque leur octroya une commune sur le modèle de la commune de Laon, sauf le droit et les coutumes de l'archevêché et des autres églises (2). »

Ces clauses ne nous fournissent que des renseignements fort vagues sur la révolution qui venait de s'afecomplir à Reims. De temps immémorial les archevêques exerçaient, avec l'appui de la royauté, une juridiction universelle sur la ville. D'autre part, les habitants gardaient précieusement le souvenir d'une époque où ils jouissaient du privilège d'être jugés par des magistrats de leur choix. Au douzième siècle, il ne restait plus que des débris de cettje

f 1) Innocent II voyait surtout dans l'établissement de la commune: «ne violation des droits de l'évêché : « Justitia et ratio suadent ut bona cujuslibet sedis vacantis ecclesiœ a nemine debeant temerarië occupari... Si qui vero communiam facere in eadem civitate prae- •sumpserint, hujusmodi factum irritum ducimus. » Jaffé, Regesta, n* 8030.

(2) Ep. Ludov., ap. Hist. des Gaules, XVI, 5. « Anno 1139, factà «st Remis communia a Ludovico rege adolescente, pecunia data a civibus. » Annal. Remens, et Colon., ap. Mon. G., XVI, 733,

vieille institution, qui remontait à saint Rémi, l'apôtre -' des Francs, et avait pris le nom d'échevinâge (1). Insensiblement les évêques, magistrats eux-mêmes ei défen^ seurs, sinon en titre, du moins en fait, de la cité, avaient .transformé leur patronage en une seigneurie à peu près absolue. Quel politique était assez habile pour donner satisfaction aux bourgeois sans violer les droits acquis de l'épiscopat? Louis VII crut touraer toutes les difficultés en octroyant à Reims une commune sur le modèle de celle de Laon, qui était aussi une ville épiscopale. Mais cet accommodement n'était qu'un leurre. A Laon, la charte communale reposait sur un contrat consenti ■ par Févêque, où les droits des bourgeois étaient clairement définis (2). A Reims, l'église n'avait pas été consultée sur l'établissement d'un pouvoir rival du sien. Louis VII avait, à la vérité, réservé « le droit et les coutumes de l'archevêché et des autres églises. » Mais il restait à déterminer en toute justice « ce droit et ces coutumes ; » et c'est ce qu'il paraissait difficile de faire rigoureusement.

D'après la charte, « les mainmortes étaient entièrement abolies. » « Les tailles » devaient être « réparties de telle sorte que tout homme, devant taille, payât seulement quatre deniers à chaque terme et rien de plus, à moins qu'il n'eût une terre devant taille, à laquelle il tînt assez pour consentir à payer la taille. » Nous lisons encore dans la charte de Laon : « Les censitaires ne paieront à leur seigneur d'autre cens que celui qu'ils lui doivent par tête...>

(i) ({ Dummodo legibus vivere pateretui* quibus civitas contmu& usa est a tempore sancti Remigii Francorura Apostoli. » Ep. Joann- Sàrïsh., àç. Hist. des G., XWl, 5Q%.

(2) Xoir, sur la Communede Laon, Augustin Thierry, Lettres XVI' XVHL .'■ .

ÉLECTIONS DE LANGUES et' DE REIMS. 39

ils n'accorderont rien en sus à leur seigneur que de leur propre volonté (1). »

Il n'est pas douteux que ces articles, et particulièrement ceux qui réglaient l'exercice de la justice seigneuriale, aient entamé a le droit et les coutumes »de Tai^chevêché et des abbayes. La commune affecta de ne pas s'en soucier, Tous les usages qui la gênaient furent con- . sidérés comme une usurpation des églises. Louis VII n'avait réservé que les droits et les coutumes ayant environ cent ans d'existence. H suffit aux bourgeois de rajeunir par la pensée tous les droits et toutes les coutumes pour les supprimer du même coup. \j

Mais ces empiétements n'allèrent pas sans protestation. Le chapitre en appela à son protecteur naturel, le roi de France, qui justement percevait les revenus temporels de l'archevêché et en exerçait la seigneurie durant la vacance du siège. « Eh quoi! s'écrie Louis VII, écrivant au maire et à la commune de Reims (2), vous prétendez que le droit des églises n'est point un droit et que les coutumes établies en leur faveur, dès les temps anciens, ne sont pas des coutumes ; et vous usurpez par violence les prérogatives et les possessions des églises. En cela vous excédez les bornes prescrites parla charte que nous vous avons .octroyée. » Le roi enjoint ensuite aux magistrats et aux bourgeois de laisser en paix toutes les églises et spécialement celles de Notre-Dame et de Saint-Rémi, les avertis-

(1) C'est en cela, paraît-il, que consistait l'essence même de la Commune. (( Cpramunio, novum ac pessiraum nomen, sic se habet ut capile censi omnes solilum servitutis debitum dominis semel in anno solvant, et si quod contra jus deliquerint, pensione legali emendent. Ceelerae cetisuum exactiones, quse servis infligi soient, omnimodis vacent. » Guibértj De vUa swa, lib. III, cap. 7, ap. Migne, t. CLVI, p. 922.

(2) « Consuetudines per centum annos plus minusve possessas», etc^ Ep. Ludov., ap. Hist. des Gaules, t. XVI, p. 5.

sant que si, à Tavehir, ces églises lui criaient merci, il ne voudrait, ni ne devrait, ni ne pourrait leur dénier justice.

Cet ordre ne fut pas observé. Gomment Veût-il été? Pour que la commune conquît son autonomie, ne fallait-il pas qu'elle empiétât sur les droits de la seigneurie existante? Et cette seigneurie n'était autre que l'Église. Peut-être le chapitre et les différents corps du clergé eussent-ils consenti à céder quelques-uns de leurs droits, moyennant un dédommagement pécuniaire, comme cela s'était vu à Laon. Mais il ne paraît pas que Louis VU ait songé à proposer aux Rémois une transaction de ce genre. Aussi la commune, munie de sa charte, ne cessa-t-elle de l'interpréter à son avantage; tous les points réservés par Louis le Jeune furent successivement violés. Défense était faite aux Rémois d'admettre dans leur association les quartiers et les villages situés hors des murs de la ville. Mais, soit que les habitants de ces paroisses rurales eussent désiré jouir des franchises garanties par la charte royale, soit que les bourgeois, en vue de se fortifier contre la seigneurie épiscopale, les eussent sollicités de se joindre à eux, on les vit tous bientôt, citadins et paysans, faire cause -commune et marcher sous la même bannière. Nulle barrière n'était capable d'arrêter ces progrès de l'insurrection . Les bourgeois osèrent emprisonner les gens de corps de l'évêché et de l'abbaye; ils en mirent plusieurs à rançon , et substituèrent à la justice ecclésiastique la justice communale (1).

En apprenant une telle révolution, accompagnée d'abus si criants, l'abbé de Clairvaux poussa un soupir de douleur. Déjà il avait gémi sur le veuvage de l'église de

(1) Ep. Ludov., loc. cit., p. 5 et 6.

Reims; mais combien, depuis un an, l'état de cette métropole s'était aggravé 1 Ses droits seigneuriaux étaient abolis ou contestés, sa justice méconnue, les sources de ses revenus diminuées ou taries. Quelle puissance allait venir à son secours et la couvrir de sa protection ? En vain on avait invoqué l'intervention du roi. « Le roi s'est humilié, dit saint Bernard, et son indignation s'est calmée (1), » Il semble qu'il pactise avec les usurpateurs. « Que reste-t-il, sinon- que la main apostolique vienne soutenir l'affligée, apportant des soins et un appareil pour ses blessures? »

Le plus efficace des remèdes, au jugem'ent de l'abbé de Clairvaux, était une prompte convocation du clergé pour l'élection du successeur de Raynaùd. « L'église de Reims court à sa perte, écrit^il au souverain Pontife (2) ; car ses fils combattent contre elle et elle n'a pas de père qui puisse la délivrer. Son unique espérance est dans Innocent... La première chose à faire, c'est de presser l'élection, de crainte que l'insolence du peuple rémois ne ruine le peu qui subsiste encore, si on ne résiste, le bras levé, à sa fureur. Pourvu que l'élection soit solennisée avec les cérémonies d'usage, nous avons confiance que dans toutlè reste le Seigneur nous donnera faveur et succès. »

Les vues de l'abbé de Clairvaux étaient d'un sage, et on se demande pour quels motifs le roi et le clergé avaient si longtemps entretenu la vacance du siège. Sans doute, le roi, qui en percevait les revenus, trouvait son compte à ces délais. Mais il semble que le souverain Pontife, en faisant dépendre de son assentiment préalable la validité de l'élection, l'avait involontairement retardée. Si nous

(1) « Ecce rex humiliavit se, et quievit indignalio ejus. » Ep. 318. (2)Ep. 318.

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comprenons bien les termes de la lettre d'Innocent II à Louis YII, le roi de France ne pouvait autoriser les électeurs à se réunir, avant d'avoir pris lui-même conseil de la cour de Rome (1). Cette démarche coûtait infiniment à la fierté du jeune monarque. Il s'y décida pourtant. Aussi l'autorisation qu'il sollicitait lui fut-elle accordée sans délai.

Le document pontifical qui la contient nous révèle l'impression produite à Rome, tant par l'épître de saint Ber^ nard que par d'autres lettres du clergé rémois. Innocent II ne paraît connaître et juger la commune que d'après ses excès. Aussi en demande-t-il l'abolition immédiate.» Puisque Dieu a voulu que tu fusses élu et sacré roi pour défendre son épouse, c'est-à-dire la sainte Église rachetée de son propre sang, et maintenir ses libertés sans atteinte, nous te mandons par ces écrits apostoliques, et t'enjoignons, pour la rémission de tes péchés, de dissiper par ta puissance royale les coupables associations des Rémois qu'ils nomment Compagnies, et de ramener tant l'église que la ville en l'état et la liberté où elles étaient au temps de ton père d'excellente mémoire (2). »

Le roi de France demeura sourd à ces conseils, d'ailleurs dangereux, sinon impraticables. Prétendre lui faire une obligation, non seulement de réprimer les abus dont les Rémois se rendaient, coupables, mais encore d'annuler la faveur qu'il leur avait octroyée, c'était trop présumer de sa docilité. Il crut satisfaire à la fois à ses intérêts et à sa conscience, en adressant, d'une part, aux bourgeois émancipés un avertissement sévère, et en pressant, de l'autre, l'élection épiscopale. « Nous vous avons déjà

(1) Jlîst. des G., t. XV, p. 394. « Preces tuas admiltimus. »

(2) Bist. des G., XV, 394.

mandé, écrit-il (1) au maire et à la commune, et maintenant encore nous vous mandons et ordonnons de laisser aller en paix les sergents des chanoines, de leur restituer ce que vous leur avez pris, et de conserver entièrement aux églises et aux chanoines leurs justices, coutumes et franchises. »

Le bref d'Innocent II à Louis Vif exigeait que l'élection du successeur de Raynaud se fît sous les auspices du légat Geoffroy de Chartres, et des évêques d'Auxerre, de Soissons et d'Arras. Nous ne saurions dire si cet ordre fut exécuté de point en point.. Ce qui est sûr, c'est que les électeurs furent heureusement inspirés dans Ifeur choix. Leurs voix se réunirent sur l'abbé de Glairvaux. Louis VU mit un véritable empressement à notifier ce résultat au saint moine, le priant de céder au vœu du chapitre de Reims, et lui promettant pour l'avenir sa royale protection. Tout le monde semblait croire que Bernard fût seul propre à calmer, parle prestige de sa sainteté, les passions des Rémois et à faire rentrer leur commune dans les limites tracées par la charte d'établissement.. Aussi, quel ne fut pas le désenchantement général, lorsqu'on apprit que l'élu refusait le périlleux mandat qui lui était offert! « Je ne suis pas capable de mettre la main à une œuvre si haute, répond l'humble abbé (2). Faible de cœur, brisé de corps, il iie me reste à attendre que le tombeau. L'habit que je porte a fait croire que j'étais apte à remplir ces sublimes fonctions; mais cet habit ne donne pas la sainteté, il n'en donne que l'apparence. Personne ne me connaît mieux que je me connais moi-même, et il n'est personne que je connaisse mieux que je me connais. »

Une seconde électiqn devenait nécessaire. Cette fois les

(1) Ep. Ludov., ap. Hist. des G., XVI, p. 5 et 6.

(2) Bern., ep. 449.

suffrages du chapitre se portèrent sur un archidiacre de Chartres, Samson de Mauvoisin. Il serait difficile de ne pas apercevoir dans ce choix la main du légat Geoffroy, ISvSU d'une famille du Vexin, Samson, après avoir été, dit-on, élève d'Yves de Chartres, était parvenu à la dignité de prévôt et doyen de cette illustre église, que gouvernait alors Geoffroy de Lèves (1).

Le nouvel élu offrait donc toutes les garanties de science, de vertu, de prudence et de force qu'exigeait la situation de la métropole de Reims. Saint Bernard le proclame digne entre les plus dignes (:2). C'est là une louange qui rend tout autre éloge superflu.

Bien différents, sans nul doute, furent les sentiments des bourgeois. Ils frémirent à la pensée que cette élection pût mettre un terme aux abus de leur association, si elle n'en arrêtait le développement normal. Les plus hardis d'entre eux furent d'avis de tout oser, afin d'intimider l'archevêque, avant qu'il fût solidement établi sur son siège. Or, le malheur veut qu'en pareilles rencontres les violents prévalent toujours contre les modérés. Les chefs du parti avancé se nommaient Aubri et Simon. Ils ne reculèrent pas devant le sacrilège. Nous ne possédons aucun renseignement sur leurs exploits, si ce n'est qu'ils attirèrent à eux un prêtre interdit, auquel ils firent célébrer la messe, le jour de la Toussaint, dans l'église de Saint- Symphorien (3).

(l)Marlot, ouv. cit., p. 329. Cf. GalUa Christ., IX, 84-85. Nous avons démontré {\^^ édit.,t. II, p. 43, note) que Samson fut élu fin 1139 ou commencement 1140 et qu'il fut sacré à Soissons in Octavis Paschœ. Cf. Continuât. Prsemonst., ap. Mon. G., VI, 451, et Annales Re- »«ew5e5,ap. Mon. G,, XVI, 733.

(2) « Cpmmendamus non tanquara de céleris, sed vere praj ceteris unum, » etc. Bp. 210, ad Innocentium.

(3) Necrolog. S. Symphoriani, ad ann. 1140, ap. Eist. des Gaules, XVI, p. 5, note a.

Ce scandale était un défi jeté à l'Église. Samson de Mauvoisin ne pouvait manquer de le relever. Après avoir usé de tous les moyens de conciliation, il fit appel au bras séculier. On signale vers cette époque la présence de Fabbé de Clairvaux à Reims. Mais il semble que son éloquence ait échoué devant les revendications de la commune et les exigences des factions populaires (1). C'est alors que le roi de France intervint. 11 fallut recourir à la force armée pour dompter l'émeute. Le comte de Champagne mit quelques milliers d'hommes au service de l'archevêque. L'émeute fut vaincue et la commune supprimée (2). Samson de Mauvoisin s'appliqua ensuite à effacer toutes les traces de la discorde. Il fit consacrer de nouveau par un de ses suffragants, Milon de Térouanne, l'église profanée de Saint-Symphorien (19 nov. 1140) (3). Cette cérémonie religieuse que relevait une pompe extraordinaire, déployée à dessein, eut sans doute pour effet de ranger autour du prélat la partie honnête de la population. C'était une revanche habile. Il semble que les bourgeois en aient compris la délicatesse et la force. Autant qu'on en peut jugerpar les documents, la paix, un instant menacée vers 1147 ou 1148 (4), se maintint ensuite pendant quarante ans sans trouble entre la bourgeoisie et l'archevêché (o).

(1) Bern, Viia, lib. I, cap. xiv, n" 67.

(2) « Destruitur communia Remensis, rege prsesfinle et Tebaldo comité adjuvante cum multis millibus militum et peditum. » Annal. Eemens. et Colon., ad ann. 1140, dans Mon. G.^XYl, 733. Ce témoi- Snage est pleinement confirmé par une charte de Guillaume aux Blanches-Mains (dans Varin, Archiv. administ. de Reims, I, 434-435).

{Z) Hist. des (?., XVI, 5, note a.

(4) Cf. Msf. des (?., XV, 489-490.

(5) Charte de Guillaume aux Blanches-Mains, Zoc. aY.

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