‹ Vie de Saint Bernard, abbé de Clairvaux [microform]Chapitre 89 sur 118 · HERETIQUES · texte numérisé non relu

HERETIQUES

alors qu'on donne à Thérésie le dernier coup, en poursui-. yant les autres"chefs. « Saisissez-les, dit-il aux- Toulousains, ou du moins chassez-les de vos parages; car il est dangereux de dormir dans le voisinage des serpents (1). »

A l'époque où il parlait ainsi, c'est-à-dire vers la fin de l'année 1145 ouïe commencement de l'année 11-46, d'excellentes nouvelles lui arrivaient du Languedoc, apportées à Glairvaux par Bertrand de Granselve, abbaye récemmentaffîliéeàl'Ordre cistercien (2). Nul doute que Bernard ne crût enfin à l'extinction prochaine de l'hérésie. Dans cette assurance, il indique aux Toulousains les moyens qu'ils auront à prendre pour prévenir dcfrénavantleretour du mal. « Je vous renouvelle, mes très chers, l'avis que je vous ai déjà donné de vive voix. Ne recevez jamais un prédicateur étranger ou inconnu, s'il n'a reçu lui-même sa mission du souverain Pontife ou l'approbation de votre évêque. Saint Paul n'a-t-il pas dit : Comment prêcherontils, s'ils ne sont pas envoyés? Ces intrus n'ont que l'apparence de la piété, ils n'en ont pas la vertu; ils mêlent des nouveautés profanes aux paroles célestes, du veniiî au miel : ce sont des empoisonneurs; défiez-vous-en, et, sous une peau de brebis, reconnaissez des loups dévorants. »

Il est douteux que ces conseils, qui sont pourtant d'une prudence élémentaire, aient été suivis exactement. Le rêve de l'àbbé de Glairvaux ne fut pas réalisé. L'hérésie henricienne proprement dite disparut à la vérité; mais ce fut pour se mêler et se confondre avec une autre hérésie bien autrement dangereuse (3). Vingt ans plus tard, le mani-

(1) « Non est lutum dormire viciais serpentibus. » Ep. 242.

(2) Cf. Janauschek, Orig.Cist., I, 81-82.

(3) En 1236, les consuls d'Arles s'engageaient encore par serinent « exterminareetpuniread mandalum vestrum (scilicet anchiepiscopi)

chéisme, enhardi par les tentatives de Pierre dé Bruys et de Henri, déchaînait ses fureurs dans tout le Languedoc (1). Heureusement, Bernard n'a pas prévu cet épouvantable fléau, ou, s'ill'a prévu, il est mort avec la satisfaction de l'avoir conjuré autant qu'il était au pouvoir d'un homme de le faire.

et Ecclesiœ Waldenses et Henrlcos, etc., quibuscumque nominibus censeantur. » Papon, Histoire générale de Provence, II, Preuves,

p. LXXVUÏ.

(1) Un concile fut réuni à Lombez contre lès manichéenis dès l'année liQ^. Hist.des €r., XIV, 431. Sur l'hérésie albigeoise, Cf. Vacandard, L'hérésie albégeoise au temps d'Innocent III, dans Éludes de critique, 2* série, Paris, Gabalda, 1910, p. 179-215.

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