‹ Vie de Saint Camille de LellisChapitre 13 sur 49 · EXPANSION DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

EXPANSION DE L'ORDRE

précisément des qualités et vertus nécessaires pour accomplir les desseins de la Providence. Une lois que l'ouvrier du Seigneur a passé par l'eau et par le feu, n'eût-il connu ni les rafraîchissements ni les ardeurs saintes, il s'élance comme un héros à la conquête du monde. Tout cède à sa volonté ou plie devant ses efforts. Inclinez-vous, peuples; c'est un thaumaturge qui passe.

Lorsque le pape Clément VIII confirma le grand Ordre des Ministres des infirmes, il n'existait encore d'autres maisons que celles de Rome et de Xaples. Chaque jour, on voyait se présenter des sujets d'élite, d'une vertu éprouvée, qui, pleins d'attraits pour les saints exercices et les admirables dévouements des nouveaux proies, embrassaient, quoiqu'il fût pénible à la nature, ce genre de vie si utile à l'Eglise et à la société chrétienne. Cette affluence d'ouvriers fit penser à Camille que la volonté de Dieu était de propager son Ordre dans d'autres provinces. Le Père général avait pour unique mobile lagloire de Dieu, le soulagement des pauvres malades et le salut des âmes; sans avoir recours ni aux lettres de recommandation, ni aux faveurs des princes, plaçant en Dieu seul son espérance, il se persuadait que toutes les difficultés devaient disparaître devant l'utilité et l'excellence de son Institut. Dans ce sentiment de surnaturelle confiance, il envoya le Père Francesco Niglio avec quinze compagnons à Milan, où il arriva lui-même le 14 juillet 1594, et, le 15 août de la même année, il entrait à Gènes dans le même dessein. Dans ces deux villes, les Camilliens louèrent une maison et commencèrent à visiter tous les jours les hôpitaux et les maisons particulières où ils étaient appelés, remplissant, avec leur piété ordinaire, les mêmes fonctions qu'à Rome. Ces deux fondations commencèrent sous les plus heureux auspices; le bon exemple et les saints entretiens des admirables Serviteurs des malades ne tardèrent pas à gagner les svmpathies de la noblesse et du peuple, qui vinrent à leur secours par d'abondantes aumônes. Les illustrissimes archevêques de ces deux grandes cités, qui virent en eux, pour l'œuvre

du salut, d'importants collaborateurs, les favorisèrent avec une noble générosité, leur accordant, pour le spirituel et pour le temporel, tous les avantages <pu pouvaient seconder une si pieuse entreprise. L'archevêque de Milan était Gaspard Viseonti ; celui de Gènes, Matteo Rivarola. Les Pères se chargèrent, dans la suite, des hôpitaux de ces deux villes ; un certain nombre de religieux y logeaient et s'y livraient ainsi, avec plus de facilité, à des veilles prolongées et à d'extraordinaires travaux.

A cette époque, le Père Camille fut obligé de se rendre à Naples pour d'importantes affaires. A Gènes, il prit passage sur une galère de Cosimo Centurionc. Pendant le voyage, il se passa une chose digne d'être connue, et ([in prouve combien ce saint homme avait horreur du vice et du scandale. La galère était retenue, par le mauvais temps, au port Venere; quelques jeunes matelots, entraînés par la fougue de leur âge et nullement retenus par la crainte de Dieu, ne rougissaient pas de se permettre en sa présence, avec une jeune Espagnole, des privautés et des propos indécents. Camille se sentait percé de la plus vive douleur à cause de l'injure faite à Dieu et l'outrage public à la pudeur ; il ne put longtemps supporter une si impudente effronterie; saisi d'un zèle ardent pour 1 honneur de Dieu, prenant dans sa main un crucifix qu'il avait constamment suspendu à sa ceinture, il leur lit une réprimande si sévère qu'elle épouvanta tous ceux qui se trouvaient dans le vaisseau. Dans son courroux prophétique, il les menaça de la colère divine, leur prédisant des châtiments terribles s'ils ne se corrigeaient pas de ce vice honteux. Entre autres choses, il proféra ces paroles : « Ce qui m'étonne, c'est que le bras terrible du Seigneur se montre si patient à votre égard; c'est qu'il ne lance pas sur vos tètes la foudre du haut du ciel ou qu'il ne vous engloutisse pas dans la profondeur des abîmes. Oui, cet épouvantable châtiment saura vous atteindre, vous et votre galère, si vous ne changez de voie, et ne renoncez à vos abominables désordres ! » Correspondance des jugements de Dieu! Ces menaces étaient

Page 1