‹ Vie de Saint Camille de LellisChapitre 14 sur 49 · E X P A N S I O N DE L " O II D II E · texte numérisé non relu

E X P A N S I O N DE L " O II D II E

proférées à la fin du mois d'août, elles furent bientôt confirmées par l'événement. A peine une année s'était écoulée, la galère conduisait en Espagne le comte de Miranda, vice-roi de Naples; elle fit naufrage dans le golfe du Lion. Tous ces jeunes débauchés furent noyés avec toutes les dames et les demoiselles d'honneur de la vice-reine. Le:; autres galères, quoiqu'elles eussent beaucoup souffert de la tourmente, échappèrent toutes au naufrage. Un vieux matelot raconta, dans un autre voyage, au Père Camille, cette funeste issue: il avait entendu les reproches et les menaces, il en fit connaître l'accomplissement : « Tous ces jeunes débauchés que vous ave/, réprimandés l'an dernier au Porto Venere, Père, dit-d, se sont perdus avec leur galère comme vous le leur aviez prédit : d ne s en est pas échappé un seul; ils continuaient à vivre dans le désordre et la débauche. »

Camille arriva a Naples le 8 septembre 1594, dans un état de souffrance, parce qu'il était resté douze jours exposé à l'air et au serein sur les pièces de canon de la proue, n avant pas voulu se placer a la poupe, où 1 invitaient à venir les grands qui se trouvaient a bord. Ce qui l'ensfaerea à un refus et lui causa ce malaise, c'est que, le premier jour, à la poupe, il entendit un soldat qui. en jouant, proféra un blasphème; cette parole sacrilège lui causa tant d'horreur qu'il renonça à la commodité de cette place et préféra s'exposer à l'inclémence de la mer et des vents plutôt (pie de rester la où Ion offensait Dieu.

Camille ne resta que huit jours à Naples, non pour se refaire des fatigues de la mer. mais pour se traîner dans les hôpitaux des incurables et dell' Annunziata \ maigre les souffrances occasionnées parles plaies de ses jambes, il servait, du mieux qu'il pouvait, ses chers malades. De Naples, il retourna à Rome, revint à Naples, ou il s embarqua sur une des trente-huit galères du prmee Doria, qui cinglèrent vers Gènes. A son retour, il amenait avec lui vingt-cinq religieux pour les deux établissements de Cènes et de Milan.

Sur la côte de la Romagne, l'escadrille courut un très

grand danger. Pendant la nuit survint une si horrible tempête qu'on tira le canon d'alarme et l'on poussa le cri : Sauve qui peut! Tout le monde s'attendait à un naufrage et à une mort certaine. Dans ce péril extrême, au milieu des soupirs et des sanglots, on entendit la voix de Camille implorant la protection de Marie, l'Etoile de la mer, la plus favorable aux navigateurs. Le serviteur de Dieu, voyant que les galères allaient s'abîmer dans les flots, s'écria les yeux levés au ciel : « 0 bienheureuse Vierge Marie , viens à notre secours dans cet instant terrible ! » On fit descendre les passagers sous le pont; Camille descendit fermer et calfeutrer la porte. Les vagues furieuses se précipitaient et se brisaient avec fracas sur les flancs de la galère. Le Père ordonna que ses religieux se missent en prières; il tomba au milieu d'eux et resta constamment immobile. Vers minuit, la galère qu'il montait se heurta contre une autre et en reçut un coup si violent que tous crurent que cet abordage allait les précipiter au fond des flots. A ce moment solennel, un religieux, rapproché de Camille, entendit qu'il disait à voix basse : « Je vous remercie, Seigneur; Seigneur, je vous remercie d'avoir changé la sentence. » Il dit ensuite à tous de ne rien craindre, que la tempête serait bientôt apaisée : ce qui arriva par l'effet de la bonté divine. Malgré la grande incommodité qu'il éprouvait, parce que le pont de la galère était très bas et qu'il était obligé, à cause de sa haute stature, d'avoir constamment la tète courbée sur les genoux, Camille persévéra jusqu'au matin. Après bien des souffrances, les passagers sortirent de cette obscure prison et se trouvèrent à Livourne. Beaucoup de galères qui étaient allées à la dérive, par force ou par calcul, manquaient à l'horizon. Le matin, Camille, plein de gratitude pour la bonté divine, afin de témoigner à Dieu sa reconnaissance, répartit entre les rameurs du navire ses provisions; ces malheureux avaient passé une nuit terrible ; beaucoup d'entre eux avaient tellement souffert qu'ils étaient tombés malades. Le Père les engagea à remercier Dieu de leur avoir sauvé la vie, à s'amender

EXPANSION DE L'ORDRE YQl

et à ne plus l'offenser à l'avenir; pour lui, il fit confesser tous les chrétiens de la chiourme et secourut de son mieux les malades. Le serviteur de Dieu, dépouillé de son manteau, déployait une activité remarquable pour soulager, avec ses religieux, ces infortunés. L'un surveillait le fourneau de cuisine pour préparer les mets; l'autre mettait la nourriture dans la bouche de celui qui était dans an état plus alarmant; ceux-ci les réchauffaient, ceux-là distribuaient les remèdes dont ils pouvaient disposer; Camille aidait les mourants et surveillait tout: tous furent, pour ces pauvres gens, d'un très grand secours. Camille alla plusieurs fois trouver le capitaine de la galère, le suppliant, dans les termes les plus respectueux, mais sans pouvoir l'obtenir, de permettre qu'où ôtàt leurs chaînes à ceux qui étaient à l'agonie.

Camille s arrêta à Gènes pour se remettre de ses fatigues de voyage; il apprit du Père Nicolas Clément, préfet de la maison de Milan, que la peste s était déclarée dans une famille de cette ville, que 1 épouvante était universelle et que l'archevêque, Gaspard Visconti, avail demandé deux religieux pour les attacher au lazaret, où l'on referme ceux qui sont atteints de la contagion. Le zélé Camille désira être du nombre, et, accompagne de quelques-uns des siens, il s'achemina à grandes journées vers Milan. Pour aller plus vite, il traversa la Pancarrana de nuit, courant les plus grands dangers à cause des fondrières et des marins qui s y rencontrent : 1 intrépide serviteur de Dieu marchait toujours le premier. Partout où il passait, on le conjurait de ne pas entrer dans Milan, parce qu'il était certain que la peste ravageait la cité, et qu'y entrer c'était mourir. Camille répondit que c'était pour cela qu'il v allait ; il se montra même si empressé d'y arriver que, étant sur le point de franchir les frontières de l'Etat de Gènes, son conducteur lui dit: « Père, je vous en conjure pour l'amour de Dieu, ne me causez pas le désagrément d'entrer dans le Milanais, parce que je ne pourrais plus retourner à Gênes où 1 on a établi un cordon sanitaire. » Camille, touché de coin-

passion', descendit aussitôt de cheval, fit descendre ses compagnons, passa les besaces autour du cou et fit à pied plusieurs milles, jusqu'à ce qu'ils eussent rencontré des montures.

A Milan, il trouva que deux de ses religieux étaient entres au lazaret pour soigner les malades atteints de la contagion. Le lendemain de son arrivée, il alla leur faire visite ; on lui parla des fenêtres. Un membre de cette famille mourut entre les mains des Pères, qui sortirent sains et saufs et ne retournèrent avec leurs Frères en religion qu'après avoir été séquestrés quarante jours.

Les ennemis de la religion catholique déclament volontiers contre les moines; ils les représentent comme des hommes qui ont abdiqué leur libre arbitre, et qui, par leur abdication, sont sortis de l'humanité pour en demeurer les fléaux. Pour notre humble part, nous croyons volontiers à la bravoure de gens qui affrontent la peste et nous croirions plus volontiers au libre arbitre de gens qui se vantent d'en être les gardiens, s'ils consentaient, non pas à aller recevoir des coups de bâton en Coehinehine, mais s'ils se résignaient, seulement pour quelques jours, au service d'un lazaret plein de cholériques.

La Mort en furie, fresque d'Orcagna au Campo Santo de Pise; quatorzième siècle. Le péché avant desséché en Adam le germe divin, Adam devint mortel.

Le Pape envoie quelques religieux en Hongrie ; l'Ordre continue

de se répandre en Italie ; des maisons sont fondées à Bologne, à Florence, Ferrare, Messine et Païenne.

çnrjffîggi. l" mois de juillet de l'an 1595, Clément A III se •^/-vfik décida à envoyer, en Hongrie, des troupes ita- \ fg?, \| liennes, jiour recouvrer Strigonie. Il lui parut convenable d'envoyer, outre les autres religieux, quelques-uns des Pères Camilliens pour prendre soin des soldats malades et assister ceux (pu mourraient sous les drapeaux de l'armée pontificale. Le Pape fit dire à Camille de choisir huit de ses religieux, pour s'acquitter de cette mission. Le saint homme obéit promptement et avec plaisir ; comme c'était la première fois que ses religieux remplissaient, par ordre du Pape, les fonctions de leur ministère, il lui parut désirable qu'ils s'en acquittassent avec une grande piété et beaucoup de prudence. Le Père accompagna donc ses huit religieux jusqu à 1 rente. afin de les instruire chemin faisant sur tout ce qu ils auraient à faire pour le salut des soldats confies à leur sol-

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licitude. Entre autres, il leur recommanda de n'avoir ni relation, ni entretien avec les hérétiques, de ne point mangfer avec eux; de conserver entre eux une grande union, d'édifier tout le monde plutôt par des œuvres que par des paroles, d'être humains et affables envers les malades; de n'épargner ni veilles, ni travaux; de braver tous les dangers pour le salut des âmes ; surtout de considérer en chacun d'eux Jésus-Christ, et de recevoir fréquemment Notre-Seigneur Jésus-Christ au sacrement de l'autel. Apres leur avoir donné par écrit les instructions nécessaires, il les bénit et prit congé d'eux.

Les Pères suivirent l'expédition et se rendirent très utiles aux soldats blessés ou mourants, en leur administrant les sacrements et en leur taisant la recommandation de lame. Dans les hôpitaux de Vienne, de Comorn, de Presbourg , où ils exerçaient les œuvres de charité de leur Institut, ils rendirent également des services. Ceux qui tombaient malades ou mouraient sous les tentes n'étaient, pas moins que les blessés, l'objet de leur sollicitude. Pendant ce siège de Strigonîe, ils souffrirent, par amour et dévouement pour les soldats, mille incommodités du vent, du froid et de la pluie, particulièrement quand l'armée était en marche, obligés qu'ils étaient alors de les secourir dans des barques ou sur des chariots.

Pendant lassant qui fut donné à la ville de Strigonie, il arriva quelque chose de merveilleux et de providentiel. Le colonel Paluzzo était mourant d'un coup de pierre, qui l'atteignit à la tète, sous les murailles. Un Père le vit dans cette triste situation, et, sans redouter le danger évident auquel il s'exposait, alla, un crucifix à la main, l'exhorter et le préparer à la mort. Une grêle de pierres pleuvait tout autour, aucune n'atteignit le religieux intrépide qui remplissait à genoux ce devoir d'humanité et de religion. Comme s'il eût été couvert d'un bouclier impénétrable, il continua, sans manifester la moindre frayeur, jusqu'à l'achèvement de sa tâche. Les soldats le regardaient de loin, et, pleins d'admiration pour son courage,

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