BULLE DE CLÉMENT VIII L
devenue, par l'efifet du temps et par la grâce de Dieu, un grand Ordre, il lui faut, pour le bon service, un volume de règles. Puis, au fur et à mesure que les événements se produisent, que les circonstances se présentent, que les hommes agissent avec plus ou moins de circonspection, plus ou moins de zèle, plus ou moins de chante'', aux règles il faut des commentaires , et aux commentaires , pour couper court aux controverses, doivent se joindre des actes d'autorité. C'est à cette fin même que l'autorité est instituée de Dieu sur la terre.
D'ailleurs, ces actes d'autorité ne sont pas nécessairement des actes de compression; ce sont plutôt des actes d'une prudence plus éclairée, d'une charité plus pure, d'un plus haut gouvernement, par conséquent des grâces, des encouragements et des récompenses. Après ces dévouements admirables, au milieu des terribles fléaux qui venaient d'affliger la péninsule, une intervention du Souverain-Pontife, à la demande du Père Camille, en faveur de son œuvre, ne pouvait revêtir que ce dernier caractère.
Dès l'an 1595, il s'était élevé plusieurs difficultés au sujet de la bulle de fondation accordée par le pape Grégoire XIV; depuis, il s'en était élevé d'autres. En 1600, s'ouvrit l'année sainte, toujours heureuse pour Camille. C'est pendant l'année jubilaire qu'il était venu au monde; ce fut pendant une autre année jubilaire qu'il naquit à la grâce par la pénitence; aussi lentendit-on répéter plusieurs fois que cette année ne se passerait pas sans qu'il obtînt du ciel quelque grâce signalée, et la grâce qu'il avait en vue, c'était de voir s'apaiser dans l'Ordre les différends qui 1 agitaient depuis quelques années. Camille et ses quatre consulteurs, désirant donc faire disparaître toute occasion de dispute, supplièrent en ce saint temps le pape Clément VIII de vouloir bien, par une nouvelle bulle, faire connaître et résoudre toutes les difficultés. Le Pontife acquiesça volontiers à cette requête, à cause du grand attachement qu'il avait pour les Ministres des infirmes, et, pour procéder avec une maturité vraiment
pontificale, confia d'abord à une commission l'examen de la cause. Dans cette commission furent appelés, sous la présidence du cardinal Salviati, protecteur, en présence de l'historien César Baronius, Maître Antoine Seneca, Prélat de la Congrégation des réformes apostoliques , depuis évêque d'Anagni, le Père Général Camille de Lellis, les quatre consulteurs Biaise de Oppertis, Sanzio Ciccatclli, Octavicn Variamo et Chromace de Martino. La il aire mûrement examinée. Clément, évêque, serviteur des Serviteurs des pauvres malades, donna à Rome, l'an 1600 de l'Incarnation du Seigneur, le 4 des calendes de janvier, la neuvième année de son pontificat, la bulle Super dispositions, document capital dans la vie de saint Camille.
La principale difficulté regardait l'habitation continuelle des Pères dans les hôpitaux. Le saint fondateur la désirait vivement; plusieurs religieux, d'une particulière prudence, trouvaient, au contraire, de graves inconvénients à ce que les Pères habitassent hors de leurs couvents et fissent leur résidence dans les hôpitaux. A leur sens, on accomplirait ce qui était prescrit par l'Institut, en secourant les malades pour le temporel et pour le spirituel, dans leurs visites du matin et du soir. Quelques doutes s'étaient également élevés touchant la pauvreté des Frères et l'administration des hôpitaux. Trois chapitres avaient abordé la difficulté, mais sans la résoudre: les intentions étaient pures de part et d'autre, mais la divergence des opinions persistait. Sur ces divers points, la bulle déclare, dès le principe, que les Frères peuvent habiter dans les hôpitaux: Patres, fratresque nostri in Nosocomiis, noctes, diesque degant et habitent, expedire judicavimus: et, en effet, il ne faut pas beaucoup d'expérience pour savoir que, pour les malades à l'extrémité, la présence du gardien doit être continue; la plus courte absence peut avoir des conséquences fâcheuses ; il importe que la garde soit fidèle au poste. Or, dans un hôpital, il v a, presque toujours, quelques malades en ce cas; il faut donc des gardes nombreux, toujours présents, se