DIVERS D A N G E R S
en route. Ce chapelier, apprenant de Curzio que son malade était le fondateur des Ministres des infirmes, conçut pour Camille une si grande estime que, tant qu'il vécut, toutes les lois que ces religieux passaient par Spolète , il les hébergeait gratuitement avec la plus insigne cordialité.
Dans une autre circonstance, revenant du même sanctuaire de Lorette avec quelques-uns des siens, il se vit exposé au plus grand péril. La voiture descendait le versant d'une montagne escarpée; le cocher, pour contenir l'ardeur des chevaux (pu, à cause de la rapidité de la pente, marchaient avec une grande vitesse, tira si fortement les rênes qu elles se rompirent. Les chevaux, poussés par la voiture, couraient en désordre; les voyageurs étaient violemment ballottés; encore quelques pas et tout était perdu, hommes, chevaux et voiture. Le cocher, ne yoyant aucune chance de salut, s'élance à terre ; une frayeur terrible s empare des voyageurs. Camille, dans une rapide prière, expose à Dieu le péril immense où ils se trouvent, et, plein de confiance dans la bonté divine, s écrie : « Xe craignez rien; Dieu viendra à notre secours. » Son exhortation ne fut pas vaine; à l'instant, les chevaux s'arrêtèrent d'eux-mêmes, sans qu aucun voyageur eût reçu la moindre contusion.
Une autre fois, allant de Bologne à Ferrare avec quelques novices et deux Pères théologiens de 1 ordre de Saint-Dominique, la nuit les surprit en chemin ; il survint une pluie si abondante qu'ils ne se rappelaient pas avoir essuvé jamais pareil orage. Trempés jusqu'aux os, ils se réfugièrent auprès d'une métairie, et, après avoir longtemps frappé à la porte, demandèrent qu'on leur ouvrit : le fermier, homme peu charitable et même grossier, refusa de les recevoir. Continuer la route, c'était s'exposer au danger évident de se noyer. Que devenir? Pendant qu ils agitaient ces insolubles questions, parait un jeune homme. poli et gracieux, domestique de la métairie, qui, voyant ces religieux en si piteux état, mouillés, fatigués, affamés. leur ouvre les portes, fait entrer la voiture dans la remise.
les nociu'illc avec la plus grande bonté, allume un grand feu, prépare un bon souper, donne d'excellents lits, au point (pi ils doutèrent si c'était un simple mortel ou un ange envoyé de Dieu. Après avoir témoigné à leur bote la plus vive reconnaissance, de grand matin ils partaient, mais pour tomber de Charybde en Scylla.
La voiture devait passer sur un pont de planches : Camille, éclairé sans doute par une lumière intérieure, dit à tous de descendre, parce que le passage est dangereux. Les Pères dominicains ne furent pas de cet avis; ils le prièrent même de ne pas descendre, alléguant qu'il n'y avait rien à craindre. Notre Saint repartit qu'il ne voulait pas tenter Dieu, et mit pied à terre. Tandis que l'on traversait le pont, une roue ayant passé hors des madriers, la voiture allait être évidemment renversée et précipitée dans la rivière, très profonde à cet endroit. Camille, resté en arrière, vit le danger; appelant Dieu et la sainte Vierge à son secours, il cria au cocher de s'arrêter; celuiei déféra à la demande, ils descendirent et se virent ainsi sauvés du péril.
Dans une autre occasion, comme il allait de Bocchianico à Naplcs, passant près du Castel ciel Sangue, sa monture mit le pied sur un morceau de glace, glissa, tomba, et la jambe de Camille se trouva prise sous le corps du cheval ; il en éprouva une douleur si vive qu'il ne pouvait plus se relever. Sur ces entrefaites, par l'intercession de Notre-Seigneur, vint à passer, avec son domestique, un chanoine de Saint-Jean de Latran; ceux-ci mirent pied à terre, l'aidèrent à remonter à cheval et le traitèrent avec la plus grande humanité. La nuit ne tarda pas à les surprendre; une pluie fine et froide commençait à tomber : ils s'égarèrent, et se virent exposés, dans ces endroits déserts, à passer la nuit à la belle étoile, courant le danger d'y perdre la vie. Camille implora, comme il avait émit urne, le secours divin. Tout à coup apparut un petit garçon, pauvre, sans chaussures, mais d'une voix et d'une figure agréables, qui prit par la bride le cheval de Camille, leur servit de guide et leur (it retrouver la véritable route.