‹ Vie de Saint Camille de LellisChapitre 26 sur 49 · HIVERS DANGERS · texte numérisé non relu

HIVERS DANGERS

Sans cet enfant, qui les accompagna jusqu'à l'hôtellerie, ils eussent infailliblement péri cette nuit-là.

Dans les Abruzzes, voyageant avec deux religieux, ;i travers un pays tout couvert de montagnes, ils s'égarèrent sans pouvoir découvrir le moindre sentier. Dépourvu de tout conseil humain, notre Saint leva les yeux au Ciel et implora le Seigneur. Grande était sa perplexité, car aller en avant ou en arriére, c'était s'exposer au danger manifeste de se perdre. An même instant, nos voyageurs entendirent une voix qui criait : « Arrêtez-vous ! arrêtezvous ! ne poussez pas plus avant ! » Comme ils continuaient à se recommander à Dieu, ils furent rejoints par un laboureur, portant sur ses épaules un instrument aratoire ; il leur dit qu'ils s'étaient égarés et que s'ils avaient fait quatre pas de plus, ils auraient infailliblement péri dans un précipice.

Au mois d'avril 1606, Camille, se rendant de Gênes à Rome, avec cinq de ses religieux, s'engagea dans les lagunes de Pise : les chevaux avaient de l'eau jusqu'aux sangles. Ses compagnons lui disent : « Père, nous allons nous noyer; nous serons ensevelis dans la houe, car nous ne suivons pas le bon chemin. » Alors le saint homme, levant les veux au ciel, et tenant ses bras en croix : « Seigneur, dit-il, vous voyez le danger que nous courons, ne nous* abandonnez pas. » A peine avait-il prononcé ces mots, qu'ils virent apparaître dans cette plaine, où ils n'avaient vu auparavant aucune trace d'être vivant, un jeune homme d'une remarquable beauté, monté sur un cheval : « Où allez-vous, Pérès, leur eria-t-il ; n'avancez pas; vous vous noieriez. » Et saisissant le bride du cheval de Camille, il les remit sur le véritable chemin et disparut, sans même leur laisser le temps de le remercier.

Toutes les fois que Camille était dépourvu de secours humain, la bonté divine venait à son aide : il en lit constamment l'expérience.

Dans un autre voyage, le soleil était déjà couché, la nuit venait ; deux chemins se trouvent sous ses pas ; sans savoir lequel il devait suivre, ce (pu l'inquiétait beaucoup

à cause de la nuit, Camille se recommande à Dieu, invoque la sainte Vierge, fait le signe de la croix et dit à son compagnon : « Fermons les veux et piquons nos chevaux, car Dien nous mettra dans la bonne route. » Ils le firent, et suivirent en effet le bon chemin.

Notre Saint, retournant de Bocchianico à Rome, passa sur le plateau de la montagne du Carnso, endroit extrêmement dangereux à cause de la violence des vents qui soufflent ordinairement sur ces hauteurs, dans des directions contraires. Il fut assailli à limproviste d'une si furieuse tempête qu'il faillit perdre la vie. Sa poitrine était oppressée ; il ne pouvait plus ni respirer ni parler, pas même pour invoquer le nom de Jésus. Le Seigneur vint à son aide et le tira de cette position extrêmement critique, en lui suggérant l'idée de descendre de cheval. Ce n'est, pour ainsi dire, qu'en se traînant à terre qu il échappa dans cette circonstance à un très grand danger.

Tout prés d'Acquapenderïte, non loin de la rivière de Palla, le cheval qu'il montait s'abattit, et, pour la vingtième fois, tomba sur sa jambe malade ; il coula de la plaie tant de sang- que son soulier fut rempli ; la blessure saigna tout le long du chemin. Quoique Camille endurât les plus vives douleurs, il n'en parla à aucun de ses compagnons pour se faire panser, et pendant tout le reste de la route, on ne l'entendit que répéter les paroles de Job. ce modèle parfait de patience : « Que béni soit le nom du Seigneur ! »

l n de ses amis lui avant demandé combien de chutes il avait lait dans ses courses, il répondit : « Les chutes ordinaires et sans danger ont été si nombreuses, que je ne saurais m'en rappeler le nombre; mais, pour les chutes dangereuses où j'ai été exposé à perdre la vie, j en puis compter au moins trente, et toujours ma jambe a été engagée sous le poids du cheval. La main du Seigneur m'a évidemment protégé ; car, quoique en tombant j'aie couru les plus grands périls, que j'aie cruellement souffert à cause de ma plaie, mes blessures n'ont jamais

LIIVE R S 1) ANGERS

été graves, et, en levant les veux an ciel, en offrant an Seigneur tontes ces épreuves , j'éprouvais une grande consolation clans mes maux et je continuais ma route. » A l'exemple du Roi-Prophète, Camille aurait pu dire au Seigneur : « Vous êtes mon refuge et ma forteresse ; vous êtes mon Dieu, en qui je mettrai ma confiance... Je ne craindrai ni les embûches, ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole durant le jour. Dieu a ordonné à ses anges de veiller sur moi, de me garder dans toutes

mes voies, de me porter dans leurs mains, de peur que mon pied ne heurte contre la pierre. — Parce qu'il a espéré en moi, je le délivrerai ; je serai son maître, parce qu'il a reconnu monnom ; il ma invoqué, et je l'exaucerai ; je suis avec lui dans la tribulation, je le délivrerai, je le glorifierai, je rassasierai ses désirs par une longue suite de jours1. » Paroles touchantes, dont le juste éprouvé connaît la vérité par expérience.

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