Psalm., c:x
Les huit Béatitudes. — 1. Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que h royaume des cieux est à eux.
La Prière. — Lo Pater, planche xylographique du quinzième siècle; Bihlioth. uat. D'après les reproductions exécutées par M. Pilinski. Dieu le Père, assis sur un trône, dit à son Fils : « Demandez et vous recevrez. » Jésus répond : i C'est pour Us hommes que je vous prie. » Derrière le Christ se tient un ange qui apprend à un moine l'oraison dominicale. — « La prière, dit saint Jean Chrysostôme, c'est l'entretien de l'homme avec Dieu. » De toutes les prières, la plus excellente est l'oraison dominicale, enseignée par Jésus-Christ à ses disciples. « Les deux premiers mots : « Notre-Père », consacrent la fraternité des hommes dans la paternité de Dieu. » [Jésus-Christ, par L. Venillol.)
De la conduite de Camille dans ses voyages, et comment Dieu le secourait en cas d'extrême nécessité.
> - v ai été jeune, disait David, et maintenant j'ai
'■'^' V4 v'eill' 5 dans le cours d'une longue carrière, je
: } l> n'ai pas vu le juste abandonné, lorsqu'il cher-
;? chait du pain. » La première condition pour que
le juste ne soit pas abandonné, c'est qu'il soit vraiment
juste et ne s'abandonne jamais lui-même. Dieu l'assiste
en proportion de sa fidélité.
Nous parlerons ci-après des vertus de Camille et nous verrons s'il était juste ; ici, nous dirons un mot de ses voyages et nous dresserons la nomenclature des
grands effets qu'il éprouva des attentions de la Providence.
Camille combattait la vanité, La mollesse, l'amour des plaisirs, non seulement par ses discours, mais surtout par ses actions ; rien n'égalait sa réserve, sa sobriété, sa modestie, même dans les voyages qu'il était obligé d'entreprendre pour le bien de son Institut. Quand il visitait les établissements de l'Ordre, il n'informait pas les prélats, par lettre ou par messager, du jour et de l'heure de son arrivée; il voulait, par humilité, éviter l'apparat des réceptions et les témoignages d'estime. Il paraissait, hôte inattendu, avec son compagnon, tous les deux montés sur des mules de louage ; c'est ainsi qu'il obligeait tous les religieux à veiller à l'observance de la discipline. En voyage, comme dans les hôpitaux et les maisons de l'Ordre, sa vie n'était pas seulement un exemple, mais un exemplaire, un type de perfection.
Le silence, la piété, la modestie et les autres vertus ne le quittaient pas; les hôtelleries où il était obligé de s'arrêter devenaient comme autant d'oratoires et de cloîtres. Retiré, avec ses compagnons, dans les appartements qu'on lui destinait, ils récitaient l'Office divin, le Rosaire, chantaient les Litanies, et, avant de se mettre au lit, taisaient l'examen de conscience avec la même ponctualité que s'ils se fussent trouvés dans un monastère. Pendant le repas, Camille faisait lire quelque livre de piété, le plus ordinairement les ouvrages de Louis de Grenade, dont il aimait beaucoup la doctrine ; il portait toujours sur lui quelque volume de ses œuvres complètes, en particulier le Guide des Pécheurs, qui a conduit tant de pécheurs à la pénitence et tant de justes au ciel. Mais si, pour certaines raisons, il ne pouvait faire lire, il gardait un silence rigoureux, passant beaucoup de temps en oraison. Pour ne pas lire sur les murs des hôtelleries des paroles déshonnètes et n'y pas voir d'autres choses obscènes qu'v peignaient les voyageurs, il baissait volontiers les veux. Ce qu'il v avait de pire dans le plat, il le prenait pour lui-même et don-
nait ce qu'il v avait de meilleur à son compagnon. Si, par hasard, il ne se trouvait qu'un seul lit, il jetait la paillasse par terre et dormait dessus, laissant à son Frère la plume ou le matelas. Quand il voyageait en voiture ou à cheval, il parlait de Dieu, gardait le silence ou récitait le saint Rosaire. Il n'avait pas à redouter que, là où il se trouvait, soit dans les auberges, soit sur les routes, quelqu'un se permit d'entamer des conversations profanes ou blessant les oreilles chastes, car sa présence portait tout le monde à la crainte ou au respect.
Lorsqu'il passait par quelque ville qu'il n'avait pas encore visitée, il demandait s'il y avait un hôpital, et si on lui cédait une place, il s'y logeait avec le plus grand plaisir et abandonnait tout autre logement, quelque commode et agréable qu'il put être; sa consolation était de se trouver au milieu des infirmes et des indigents, de leur être de quelque utilité, et, s'il ne pouvait satisfaire ce désir, dès qu'il arrivait dans un endroit, il s'empressait au moins de visiter les hôpitaux et engageait les voyageurs à venir avec lui voir les pauvres. .
Si nous ne les connaissions déjà, nous devinerions par là ses sentiments pour les pauvres malades. Les pauvres des hôpitaux et les religieux qu'il était obligé d'entretenir pour leur service étaient l'objet constant de sa sollicitude. La générosité admirable, dont il ne se départit jamais à leur égard, le mit souvent fort à l'étroit, parfois dans un manque absolu de choses temporelles. Toutefois, il ne se découragea point, et sa confiance ne fut jamais trompée. Nous citerons quelques exemples des secours extraordinaires qu'il reçut de la divine Providence.
Dans le commencement de la Congrégation, le vénérable serviteur de Dieu se trouva tellement à court d'aumônes, qu'il ne savait plus, humainement parlant, quel moyen employer pour pourvoir à l'entretien de la maison. A la vérité, il n'était pas totalement au dépourvu, car il possédait une lettre de chanere de douze cents écus ; s'étant présenté plusieurs fois pour en toucher le montant, il ne le put : le caissier alléguait toujours son défaut d'argent.
Dans cette position critique, Camille se jeta aux pieds de Notré-Sèigneur, se recommandant à lui dans cette nécessite extrême et se confiant à sa bonté pour le recouvrement de la somme due. Le lendemain, il rencontra César Zattéra, caissier d'Augustin Pinelli, qui, le sachant en détresse, lui paya sa lettre de change, bien qu'il n'eût pas à sa banque d'argent du peuple romain : « Votre Paternité, lui dit-il, recouvrera ce que le Sénat romain lui a promis et vous me rendrez la somme ; si vous ne la recouvrez pas, soyez sans inquiétude, car je vous la donne pour l'amour de Dieu. »
Dans une autre occasion, le vénérable Père se trouvait à Rome, dans une semblable gène; il eut recours, selon sa coutume , au saint Crucifix et vit aussitôt la divine Providence venir, d'une façon miraculeuse, au secours de l'Institut. A cette époque mourut un oncle du Frère Paul Chembino, profès, qui n'espérait rien recevoir de son parent; celui-ci lui légua douze cents écus d'or et deux cents autres en monnaie ordinaire, que le Frère Paolo porta comptant à Camille. Ce secours inattendu arriva juste au moment où l'Ordre en éprouvait le plus grand besoin.
Il y avait, à la maison professe de Xaples, au moins cent religieux. Un matin, li ne se trouve pas assez de pain pour les nourrir; le boulanger avait refusé d'en livrer à compte, parce qu'on ne lui payait pas celui qu'il avait fourni. L heure pour se rendre au réfectoire étant sonnée, le Père ministre envoya informer Camille qu'il n'avait pas suffisamment de pain, lui demandant s'il devait donner l'ordre de se rendre au réfectoire. A cette demande le serviteur de Dieu haussa les épaules et dit : « Je me trouve sans argent, j'ai attaché ma bourse aux pieds du saint Crucifix; allez, priez et ne craignez pas que le Seigneur laisse ses serviteurs mourir de faim. » A cette réponse, l'économe demeura confus ; il fit appeler le Frère chargé du réfectoire : « Voilà, lui dit-il, ce que m'a répondu notre Père; ainsi, mon Frère, comme cet homme est un saint, obéissons et allons prier devant le Saint-
Sacrement. » Pendant qu'ils étaient tons les deux à genoux dans l'oratoire, ils entendirent qu'on agitait avec force la sonnette de la porte ; ils accoururent et trouvèrent que la comtesse de Bénévent , dona Mienza de Requesens, vice-reine de Xaples, leur envoyait, par un gentilhomme et deux hallebardiers, une voiture de pain blanc, que recouvrait une vaste pièce de velours, ornée de ses armes. Le gentilhomme leur remit, en outre, une lettre de deux cents ducats, à l'adresse du Père fondateur, que la vice-reine suppliait de prier pour son fils et pour son époux.
Dans un voyage par mer de Rome à Xaples, avec quelques-uns des religieux, après avoir passé deux jours de gros temps, ils arrivèrent sur le soir à Sperlonga, extrêmement fatigués du vovage, sans avoir rien mangé ce jour-là, c'était la veille de la Pentecôte : au débarqué, ils ne trouvèrent ni logement, ni nourriture. Camille lit apporter du pain moisi qui était resté au fond de la barque et quelques petits citrons. Une serviette fut étendue près du rivage, sur un gazon verdoyant, émaillé de fleurs; Camille commença, avec une grande joie, à remercier Dieu des insignes bienfaits qu'il en avait reçus, exhortant ses religieux à se joindre à lui pour lui témoigner leur reconnaissance, puisqu'ils retrouvaient cette terre promise, après avoir échappé aux dangers de la mer. Cette terre promise, c'était le rivage que nous avons dit, inhospitalier, sans pain, avec une serviette étendue, en attendant les mets. Notre-Seigneur, peut-être pour faire comprendre à ces religieux pusillanimes, qu'il peut changer des pierres en pain et faire tomber la manne au désert, permit que Curzio Lodi, étant allé à l'hôtellerie chercher du vin, trouva un petit garçon d'une grande beauté, revêtu de l'habit de l'Ordre, avec une corbeille remplie de poissons, disant ;i l'hôte s'il voulait en acheter. Celui-ci hésitait à en prendre. Le Frère le fit se décider à en acheter, et, les avant fait apprêter, les porta à Camille et à ses compagnons, qui furent très étonnés d'être aussi lavorisés de la Providence.
VOYAGES DE CAMILLE 2i3
Comme ils ne savaient où passer la nuit, ils se rendirent à la maison du syndic; ee magistrat, tout en s'occupant de les répartir dans différentes maisons, dit que plusieurs pouvaient se loger dans un appartement de l'hôpital. Camille, joyeux d'apprendre qu'il y avait un hôpital, remercia le syndic de ses attentions, lui dit qu'il n'avait pas à chercher d'autre logis, que l'hôpital était son véritable logement ; ils y allèrent tous, jetèrent quelques matelas par terre et passèrent très mal cette nuit, sans pouvoir fermer ni les yeux, ni les portes, ni les fenêtres. Mais Camille se souciait fort peu de ces incommodités, parce qu'il était au milieu de ses chers pauvres. Dès le matin, il dit la messe, prit un bâton et s'en alla parterre à Naplesavec quelques-uns des siens. Parle fait, il eut vingt lieues de vovage à pied, malgré les douleurs qu'il éprouvait à sa jambe malade. Les autres religieux, n'osant affronter cette route, longue pour des jarrets méridionaux, montèrent dans une barque pour se rendre à la même ville.
Au mois de novembre 1600, Camille, nous l'avons dit, se vit obligé d'abandonner le gouvernement de l'hôpital de Florence, Trente religieux desservaient cet établissement. Le Père se trouva donc dans un embarras cruel, parce qu'il n'avait pas de quoi les nourrir, et pas même de quoi faire face aux dépenses nécessaires pour les envoyer ailleurs. Cet embarras lui faisait peine; il s'en entretenait avec le médecin Cristoforo Ottonaio; tout en lui parlant, il se tourna vers le saint Crucifix en présence duquel il se trouvait et lui dit : « Seigneur! aidez-moi; vous qui pouvez secourir cette pauvre famille, ne nous abandonnez pas. » Chose étonnante : au même moment, ils entendirent tinter la sonnette du parloir et virent entrer un inconnu, qui s'approcha de Camille, le prit à part et lui dit: «Vous avez besoin d'argent?» Camille répondit: « J'ai besoin de trois cents écus. » L'homme sortit en disant : « Je reviendrai bientôt. » Peu après, il était de retour, porteur d'un petit sac d'argent qu'il donna au saint : « Prenez cette aumône, lui dit-il, et faites-en tel
usage qui vous conviendra. » Ensuite se mettant à genoux, il lui demanda sa bénédiction. Le sac contenait trois cents écus. Camille demeura confus de cet événement tout à fait providentiel. Christophe Ottonaio, qui se trouvait présent, a affirmé ce fait par serment, comme témoin oculaire.
Dans une autre occasion, Camille se trouvait dans l'embarras, mais pas autant que cette fois; il fut semblablement secouru par la divine Providence, comme l'attestèrent des témoins dignes de foi.
Le Père Franceseo Lapi, Florentin, chargé de recueillir des aumônes pour l'établissement de Rome, porta un jour au Père Camille une bourse qui contenait cent pièces d'or.. Le Père fut surpris et lui demanda qui la lui avait donnée; il répondit que c'était Camille Rinuccino, parce qu'il lui avait dit que la maison était grandement dans le besoin. Camille savait que ce gentilhomme ne donnait pas une si grosse somme chaque mois ; il était d'ailleurs fâché qu'on eût dit sa maison en grand besoin, car s'il est vrai qu'elle y était, elle n'y était pas si grandement : il soupçonna donc quelque méprise et se fit d'ailleurs scrupule d'esprit, s'imaginant qu'il ne pouvait, sur une telle allégation, garder cette somme en sûreté de conscience. « Allez à l'instant, dit-il au Père, allez vite; restituez cette bourse, rétractez tout ce que vous avez avancé, et dites au seigneur Rinuccino, que nous sommes à la vérité dans le besoin, mais pas dans un besoin si grand. )> Le Frère, par obéissance, fit ce qui lui était prescrit; le gentilhomme fut fort étonné d'une restitution si considérable, sachant, à n'en pouvoir douter, qu'il ne lui avait remis que deux écus en différentes monnaies de billon et d'argent : cette somme lui avait été remise en payement par un locataire, et c'était juste la somme qu'il mettait ordinairement de coté pour l'aumône de chaque mois. Rinuccino donnadonede nouveau la bourse au Frère Lapi ; il fut toujours depuis convaincu, ainsi que son épouse, Virginie Vauduni, que les monnaies de la bourse en si grande quantité et de métal divers avaient été converties
en or, clans les mains de Camille, par la divine Providence. Le Gentilhomme regardait ce fait comme un miracle évident; la chose était considérée de même dans la famille. Les cas semblables où Dieu vint au secours des clercs réguliers et de leur Fondateur se renouvelèrent si souvent, que le Père Ciccatelli, compagnon du saint, est obligé, pour ne pas trop grossir son volume, de les passer sous silence.
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Les huit Béatitudes. — -. Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés.
La Vierge Marie, salut des malades. La Vierge vient au secours d'un malade, tandis que Jésus lui donne sa bénédiction. Fresque de V. Orsel, dans l'église Notre-Dame de Lorette, à Paris. — Par le testament de la cmi\. Jésus donna Marie pour mère à tous les fidèles.
Le Père Camille se démet de la charge de Général ; ses exercices après sa démission ; cinq grâces que Dieu lui accorde.
Ç3f=3»^?3 e vénérable Fondateur des Ministres des infirmes -., f ' :r se sentait dépérir; bien qu'il n'eût encore que wÊ Wvfê cinquante-sept ans, il était accablé d'infirmités, brisé par ses travaux incessants, épuisé par de longs et continuels voyages. A même de savoir, mieux que tout autre, quels soins réclamait l'Institut, il crut qu un autre serait plus capable que lui d'en prendre en main la direction. Après avoir, à force de dévouement et de sacrifices , considérablement amélioré le service et placé dans un état prospère les principaux hôpitaux de 1 Italie, il témoigna le désir de renoncer à tout gouvernement et de se démettre de sa charge de Général.
Quoique des raisons sérieuses baient personnellement poussé à prendre cette détermination, il fut, dans cette circonstance, guidé par un motif plus élevé que celui de se croire incapable de travail. Dans la suite, nous le verrous
se livrer encore aux plus grands travaux et entreprendre un grand nombre de voyages. La raison principale de sa démission fut sa profonde humilité et le désir d'arriver au sommet de la perfection, après laquelle il soupirait ardemment. Même inactif et abattu par l'âge, pour servir plus efficacement son Ordre que par le commandement, il voulut laissera ses religieux, non seulement le modèle du supérieur accompli, mais. encore le type parfait du sujet fidèle, exercé dans l'humilité, l'obéissance, la soumission à la moindre volonté de ses chefs, obéissant même à ceux qui remplissaient les plus humbles emplois.
Avant de prendre une résolution définitive, le serviteur de Dieu demanda à Notre-Seigneur, par de continuelles et ferventes prières, de l'éclairer sur la conduite qu'il avait à tenir et se recommanda, en même temps, aux prières de l'Ordre. Et, comme cette pensée s'était offerte à son esprit, au moment où il subit à Xaples cette infirmité qui lui causa de si vives douleurs, ne voulant pas s'en fier à sou propre jugement, il commença dès lors à consulter des personnes du plus haut mérite. Le premier ii qui il s'en ouvrit dans cette ville fut le Père Fernand de Sainte-Marie, carme déchaussé, son intime ami. A Rome, il eu fit part aux Pères Flaminio, de l'oratoire de Saint-Philippe de Neri ; Barthélémy Riccio, de la compagnie de Jésus, et à Frère Santi, gardien de l'ordre des Capucins. Antoine Seneca, éyêque d'Anagni, fut aussi appelé dans ses conseils. Eufin, il communiqua sa résolution au cardinal Ginnasio, protecteur de l'Ordre. Les avis lurent différents; les uns approuvaient sa détermination, d'autres pensaient que l'Institut perdrait beaucoup s il en abandonnait la direction. Pour ne pas rester dans l'anxiété et être délivré de tout scrupule, il parla deux lois, au Souverain-Pontife, de son dessein, lui rendant compte de tout, lui faisant comprendre qu'il voulait se retirer pour ne pas charger sa conscience. Le Pape renvoya la décision de l'affaire au cardinal Ginnasio, qui, au mois de mars précédent, avait été nommé protecteur de l'Ordre. Le cardinal, avant surtout en vue la tranquil-
lité de Camille, car il le voyait prématurément vieux et infirme, fut d'avis de consentir à la démission qu'il désirait si vivement, pour se livrer tout entier à la contemplation divine et au service des pauvres, croyant qu'il se rendrait ainsi plus utile à l'Institut par ses exemples que par ses paroles.
Le cardinal, considérant qu'il s'agissait d'une action publique et de la plus grande édification, jugea convenable de convoquer une assemblée qu'il présiderait luimême, où la renonciation serait faite d'une manière solennelle et dans laquelle on s'occuperait aussi de choisir un successeur. Le 2 octobre 1607, dans une salle de son palais, Camille, à genoux, renonça, entre les mains du cardinal, à la charge de Général, déclarant qu'il renonçait également à tout privilège, prééminence ou exemption, auxquels il pouvait avoir droit comme Fondateur; que sa volonté expresse était de rester en tout et partout sous le joug de la sainte obéissance. Le cardinal, faisant un juste éloge de cette sublime abnégation, répondit qu'il appréciait cette humble déclaration comme elle le méritait, mais qu'il voulait qu'on lui rendît les mêmes honneurs qu'auparavant, car ils lui étaient dus à cause de ses rares vertus, et qu'il était le Père de l'Ordre tout entier.
Camille, ferme dans sa résolution et sans vouloir déroger à ces gracieuses paroles, commença le même soir à donner les plus beaux exemples d'humilité. Il ne voulut pas s'asseoir à la première place, destinée au Père Abbé, puisqu'il venait d'en résigner les fonctions ; il prit celle qui lui échut à l'a table commune, au milieu des prêtres et même parmi les plus jeunes. Tons admirèrent cette discrète soumission; la plupart en versèrent des larmes; plusieurs en furent attristés dans leur affection . Un des jours suivants, il réunit le matin tous ceux de la maison, leur déclara qu'il avait renoncé à la charge de Général, et les avertit qu'il devait être dorénavant traité comme les autres religieux et même comme le dernier des Frères. Par obéissance, il donna connaissance au supérieur de la maison de tous les objets à son usage, placés dans sa cel-
Iule, et, chose admirable, quoiqu'il eût gouverné l'Institut pendant tant d'années, tous ses meubles dénotaient la plus grande pauvreté; on fut même obligé de lui en ajouter quelques-uns dont il s'était passé jusque-là. Par une lettre circulaire, il fit part à toutes les maisons de 1 Ordre de sa démission; la lettre qu'il envoya à la maison de Florence était conçue en ces termes :