‹ Vie de Saint Camille de LellisChapitre 3 sur 49 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine, naissance, enfance, jeunesse et vie de Camille, jusqu'à sa vocation à la vie religieuse.

•^=a e 25 mai 1550, naquit, à Bocehianico , dans les Abruzz.cs, au royaume de Naples, un enfant qui i reçut au baptême le prénom de Camille et lut le premier Père et Fondateur insigne de la Coni>rt;oation des Clercs réguliers, Ministres des infirmes. Cette naissance était sur la pauvre humanité le prélude d'une orande i>ràce.

La famille de Lellis, qui donna cet enfant à l'Eglise, avait, dès la plus haute antiquité, acquis un nom dans

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l'histoire. Suivant de graves auteurs, elle tire son origine des Lellius, patriciens de l'ancienne Rome, non moins illustres que les Céthégus et les Scipion. Sa grandeur la prédestina aux infortunes; quand les barbares prirent Rome pour la seconde l'ois, Totila, roi des Goths, relégua, avec d'autres familles, la famille des Lellius dans le royaume de Xaples. Dès le temps de l'empereur Frédéric II, nous la voyons rendue, par ses services, à la célébrité; elle se propage, non seulement à Chieti, capitale de la province, mais à Téramo, à Naples, plus tard dans d'autres provinces d'Italie et jusqu'en Autriche. On cite, parmi ses illustrations, des poètes, des écrivains remarquables, des ambassadeurs, des légats du Saint- Siège, des légistes et surtout des soldats. D'une goutte de ce sang militaire avait été formé cet Onufre de Lellis dont la bouillante valeur ajouta un nouveau lustre à la gloire de ses ancêtres. D'Onufre naquit Jean de Lellis, qui prit, à cette époque, part active à toutes les guerres de l'Italie, et fut l'un des plus intrépides capitaines de Charles-Quint. Jean épousa Camille Compellio, issue d'une des principales familles de Laureto, terre seigneuriale des Abruzzes. Après leur mariage, les époux s'établirent ii Bocchianico, ville du diocèse de Chieti, dont elle n'est éloignée que d'environ une demi-lieue, pour jouir plus à l'aise de quelques biens qu'ils possédaient en cet endroit. De cette union naquirent deux fils : Joseph, qui mourut au berceau, et Camille. Entre la naissance du premier et celle du second, il s'écoula un grand nombre d'années. Camille Compellio avait atteint soixante ans; ses cheveux avaient blanchi, son dos s'était courbé et son front se couvrait de rides; on la regardait comme incapable d avoir des enfants. Le peuple, étonné de la voir devenir mère, l'appelait sainte Elisabeth. Pour elle, heureuse d'une si étonnante grossesse, elle se voyait proche d'enfanter un fils qu'elle avait, à proprement parler, obtenu du ciel; cependant elle fut attristée quelques jours avant de le mettre au monde; un songe, ou plutôt une vision céleste, lui fit savoir qu'elle avait enfanté un fils

avec une croix rouge sur la poitrine; cet enfant portait clans sa petite main un étendard orné des mêmes signes de la croix: il était suivi d'une troupe (reniants décorés, comme son fils, d'une croix sur le sein. Comme la faiblesse humaine est moins inclinée à l'espoir du bien qu à la crainte du mal, ces croix lui paraissaient les présages funestes de quelque grand désastre ; elle ne pouvait prévoir que son fils serait un jour, dans l'Eglise de Dieu, le Père et le Chef d'une troupe d'élite, orné du signe auguste de la croix; cpi il travaillerait beaucoup pour la gloire de Dieu et l'avantage du prochain; que finalement il rem porterait, sur l'ennemi des âmes, un éclatant triomphe.

Camille naquit un dimanche, jour consacré au Seigneur; il naquit dans 1 année jubilaire, première du pontificat de Jules III ; il naquit en la fête de saint Urbain, pape et martyr, patron de sa ville natale. On voyait partout des processions, des chars de triomphe, des croix, des étendards; la foule se livrait aux plus saintes réjouissances. Il semble que, par le choix de l'année, du jour et de la fête, Dieu voulut saluer d'avance la joie qu'apportait au monde la naissance de cet enfant ; il devait, en effet, procurer à sa patrie une grande gloire et rendre, à la chrétienté, les plus précieux services.

Ce jour-là, Camille, dame très pieuse, s'était rendue de grand matin à 1 église pour entendre la messe; avec ses habitudes de prières elle adressait à Dieu, pour elle et pour le fruit de ses entrailles, les plus ferventes supplications; au moment où, plongée dans le plus profond recueillement, elle s'inclinait à l'élévation de l'hostie. 1 enfant, comme saint Jean-Baptiste, tressaillit devant son Créateur. A l'instant, la mère lut saisie des douleurs de l'enfantement, douleurs si vives qu'elle dut rentrer immédiatement au logis. A l'intensité continue des douleurs, on crut deviner que l'accouchement serait heureux et 1 on se contenta de placer cette femme sur une chaise. Les souffrances redoublèrent, la pauvre mère, hors d'ellemême, se fit descendre à 1 étable , et, s'étant jetée sur le loin, accoucha sans difficulté. La divine Providence en

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