‹ Vie de Saint Camille de LellisChapitre 30 sur 49 · M ORT · texte numérisé non relu

M ORT

toutes mes iniquités. » Alors s' adressant à Dieu le Père : « Père éternel, dit-il, voici votre saint Fils; je vous supplie Seigneur, par votre précieux sang-, de me pardonner et de sauver cette âme pécheresse. » Après, il baisa les saintes images, commençant par le crucifix.

La même nuit, il dit à un des Pères qui le veillait : « Je ne sais si, jusqu'à présent, on a pensé aux choses nécessaires pour mon enterrement. )> Le Père répondit qu'on en avait parlé. Camille ajouta : « Prenez garde ; il n'y a plus que demain ; » et il en fut ainsi. Pourquoi cette préoccupation au sujet de la sépulture ! Il est permis de présumer qu'il craignait qu'on ne rendit quelque honneur à ses restes; c'est pourquoi il désira que tout fût réglé d'avance, afin qu'il lût enterré promptement et sans pompe ; tant étaient grands son humilité et son mépris de lui-même !

Le lendemain, 14 juillet, fut le dernier jour de sa vie mortelle, jour de bonheur pour lui, de tristesse pour ses enfants et d'allégresse pour les anges. Le cardinal protecteur Ginnasio lui fit en personne une nouvelle visite. Camille en reçut une grande consolation ; il recommanda son Ordre ; le cardinal lui promit de le protéger, tant qu'il vivrait. Entendant alors sonner l'horloge, il demanda quelle heure il était, on lui dit qu il était huit heures : a Comment, ajouta-t-il, déjà si tard ! et on ne parle pas de dire la messe ! c'est la dernière fois que je dois l'entendre. » On célébra alors le saint sacrifice sur l'autel de 1 infirmerie, comme on faisait tous les matins. Pendant la récitation du Credo, il baissait la tête à chaque article, surtout à ces mots : Et homo factus est, il fit une inclinaison de tête très profonde: Sa tête s'inclina de même depuis ces paroles : Passas sub Pontio Pilato, jusqu'à Et indè ventants est, méditant sur la passion de Jésus- Christ. Quand le prêtre fut arrivé au premier mémento, étant plus que jamais saisi de crainte sur son salut, il dit d'une voix forte : « Mes Pères et mes Frères, priez, priez pour moi le Seigneur de me faire miséricorde, car voici bientôt le moment où je vais paraître devant le tri-

bunal redoutable de Dieu et entendre prononcer la sentence. » A l'élévation de l'hostie, élevant la voix autant qu'il pouvait le faire, et se frappant la poitrine, il dit, les veux baignés de larmes : « Seigneur, ayez pitié de moi, je vous en conjure par le sang* précieux que vous ave/, répandu sur la croix ! » La messe terminée, il pria le directeur de ne pas s'éloigner un instant de son ht, afin que, s'il se rappelait quelque faute, il pût s'en confesser et qu'il nourrit son âme par de pieux entretiens, tant était grand cet amour qui le faisait soupirer après Dieu!

Camille passa le reste du jour à entendre parler de matières de spiritualité et à méditer sur les vérités éternelles. D'une voix suppliante, il conjurait tous ses visiteurs de prier pour lui ; il adressa en particulier cette prière au pieux Francesco Botelli, qui lui était attaché parles liens d'une amitié étroite. Quand Botelli s'approcha pour lui baiser les mains, Camille lui dit : « Priez pour moi cette nuit. » Le médecin de la maison, Thomas Gondopoli, entra pour le visiter et lui demanda comment il se trouvait : « Très bien, répondit-il, car le Seigneur ne tardera pas à m'appeler. » Et le docteur Amhrosio Galliano, qui avait pour le serviteur de Dieu une grande vénération, était entré dans la chambre, Camille, en l'appercevant, lui dit : « Signor Galhano, un autre médecin immortel m'attend. »

Vn Père vint à l'infirmerie et vit le serviteur de Dieu, (pu, sans proférer une parole ni remuer les lèvres, tenait les veux fixés sur le tableau de la Passion et semblait s'entretenir intérieurement d'une manière affectueuse avec Jésus-Christ. Camille, s étant aperçu qu'on l'observait, interrompit ses communications intimes avec son bien-aimé ; son visage redevint calme et serein.

A midi, quand Y Angélus sonna, il salua la très sainte Vierge en récitant la prière ordinaire; sa langue était tellement desséchée, qu'elle pouvait à peine se mouvoir, lue autre fois, entendant sonner l'horloge, il demanda quelle heure il était; et, comme on lui répondait : trois heures du soir, il dit : « Que ce jour est long ! » Le ser-

viteur de Dieu attendait avec impatience la nuit où son âme devail se séparer de son corps et aller sejreposer au sein de Jésus-Christ. Camille ordonna que plusieurs prêtres l'assistassent, réunis autour de son lit, récitant les psaumes et faisant pour lui d'autres prières. Quant à lui, non pas impassible, mais l'esprit toujours plus fort que la douleur, il répondait aux litanies et aux autres prières de la recommandation de lame que récitait son confesseur. Celui-ci aspergeait le lit d'eau bénite; Camille, n'avant senti aucune <>outte sur son visage, lui dit : (( Encore, encore de l'eau bénite. » Alors le Père, lui faisant le signe de la croix sur le Iront, lui jeta de l'eau bénite avec l'aspersoir. Le malade fut satisfait et dit : « Maintenant, c'est bien. »

C'était un spectacle digne d'admiration de voir combien il se montrait attentif à tout ce qu'on faisait pour le bien de son âme, avec quel ardeur il baisait les médailles bénites attachées à ses mains et le côté déchiré du Sauveur mort, sur qui il fondait l'espérance de son salut. Son cœur était embrasé des feux de l'amour divin; il ('■tait intimement uni à Dieu : néanmoins il se plaignit une fois d'être froid et sans ferveur. Tel est, chez les saints, la puissance du divin amour, qu'ils croient y manquer, lors même qu'il surabonde. C'était, du reste, chez Camille, par un sentiment d'humilité et à cause de l'ardent désir qu'il formait d'être emporté vers le souverain bien, ne concevant plus qu'un vœu, celui d'être délivré de la prison de son corps et d'être uni à Jésus- Christ; ainsi Camille se croyait dans la tiédeur parce (pie ce sentiment affectueux n'atteignait pas, du moins il le croyait, le suprême degré. Jusqu'à la fin, il conserva si bien sa parfaite connaissance, comme il l'avait toujours demandé à Dieu, que le soir, quand on sonna Y Angélus, il prononça très distinctement et très pieusement la formule de cette douce prière.

La bonté de la divine Providence pour Camille se manifesta avec évidence dans sa mort; elle fut accompagnée de circonstances si pieuses, qu'elles ne permet-

lent pas de douter do son salut : sa longue maladie, dont il connut le danger dès le commencement: Pusaere de toutes ses facultés qu'il conserva jusqu'au dernier soupir; la ferveur profonde qu'il montra toujours; les sacrements reçus en temps opportun avec les plus rares dispositions ; le saint emploi du temps au milieu des plus cruelles souffrances, tout concourut à rendre sa mort précieuse devant le Seisrneur. Une belle mort devait être réservée à celui qui déploya un si grand zèle pour assister tant d agonisants, leur adoucir le passage terrible du temps à 1 éternité et qui fonda l'Institut des Frères du Bien-mourir. L'heure si longtemps désirée approchait pour Camille ; comme le bon et fidèle serviteur, sa lampe à la main, il allait sortir pour recevoir l'époux qui devait l'introduire dans la salle du festin nuptial; plein de joie d'avoir, en travaillant dans la vigne du Seigneur, supporté les ardeurs brûlantes du jour; il allait recevoir le denier de cette sainte journée. Il était dix heures et un quart de nuit quand l'infirmier, interrompant ses entretiens avec Dieu, la sainte Vierge et les Anges, lui demanda s'il voulait prendre quelque chose. Camille répondit : « Frère, ci- n est pas le moment de penser au corps, mais à lame; attendez un quart d'heure. » Dans cet intervalle, ce grand serviteur de Dieu devait prendre possession du royaume céleste. Le terme approchait où l'âme devait rompre les liens du corps ; malgré sa faiblesse extrême, Camille prononçait encore, de temps en temps, les saints noms de Jésus et de Marie. Le Père préfet de la maison lisait la recommandation de l'âme. Le Père Marcello Manzio, eonsulteur, lui adressait des paroles de dévotion, le Père Cosme Lenzi, de l'autre côté, le crucifix à la main, le faisait ressouvenir, comme il lavait ordonné, du sacrifice du Rédempteur du monde et de sa valeur infinie. Le quart d'heure s'étant écoulé, notre saint, les veux fixés sur le crucifix, donnait des signes d'une grande joie, les bras en croix et les mains étendues, invoquant l'Archange saint Michel, ayant toujours à la bouche et au cœur les .saints noms, de Jésus et de Marie, bénissant l'auguste

Trinité. Quand on récita ces paroles : « Mitis et festivus ChristiJesu tibi aspect us appareat : Que Jésus-Christ vous

apparaisse avec un visage doux et plein d allégresse », le visage calme, sans faire le moindre mouvement, sans la moindre altération dans les traits. Camille leva les veux au ciel, et alla se reposer dans le séjour du bonheur, rendant à son Créateur cette âme sainte qui avait été créée pour sa plus grande gloire.

Le vénérable Père Camille mourut le 14 juillet lbl4, un lundi, a dix heures et demie du soir, le jour de la fête de saint Bonaventure, à 1 âge de soixante-cinq ans. un mois et vingt jours, quarante ans après sa conversion, vingt-huit après que Sixte-Quint eut approuvé sa Congrégation, vingt après son érection par Grégoire XIV en Ordre religieux. Après la mort de Camille, son visage conserva la même sérénité; il paraissait plutôt endormi que mort. En lui se vérifiaient les paroles du prophète : « Après avoir accordé le repos à ses élus, le Seigneur les mit en possession de son héritage. »

Proficiscere anima christiana : Prends ton essor, âme bienheureuse, sur les ailes rapides de ton ardente charité; va te placer an milieu des séraphins dont le cœur habite la sphère brûlante des feux sacrés du pur amour. Ne crains pas : parce que tu as toujours été miséricordieux, tu trouveras près de Dieu miséricorde. Devant toi s'ouvriront les portes éternelles; elles sont toujours ouvertes aux pères des pauvres. Modèle parfait d'abnégation, homme vraiment héroïque, objet de prédilection de la bonté divine, tu as prouvé, par ton exemple, que le véritable amour n'est pas dans les paroles, mais dans L'action. Tu as vraiment aimé Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toutes tes forces ; tu as vraiment aimé ton prochain comme toi-même. Serviteur fidèle, tu n'as pas enfoui ton talent, tu i as fait fructifier au centuple. Brave soldat du Christ, tu as fondé un Ordre qui procure le salut de lame et du corps. Recois, ange terrestre, ce témoignage de reconnaissance et d'ad-

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miration de celui qui voudrait faire connaître tes vertus à tout l'univers. Ton front brille de l'auréole des saints. Le suprême et infaillible hiérarque du Vatican a parlé : on grave ton image sur l'airain et le bronze ; l'encens fume sur des autels érigés en ton honneur. Le monde environnera de vénération ton souvenir, longtemps après <[U il aura laissé périr la mémoire des plus grands héros.

Les huit Béatitudes. — 4. Bienheureux ceux qui ont faim et soi de la justice, parce qu'ils seront rassasiés.

Les Œuvres de miséricorde corporelle, composition d'Edouard Steinle: dixneuvième siècle. Paris, Schulgen. — Les œuvres de miséricorde prennent leur source dans la Charité, qui a principalement Dieu pour objet. — 1. Donner a manger à ceux qui ont faim.

Le corps du serviteur de Dieu est visité par une foule nombreuse : lieux où il est déposé ; ce qu'il devient dans la suite.

ffîFf£%s* e vénérable Camille avant échangé cette vie de r t ffe souffrances contre une vie meilleure, ses enfants ~ç \ ■-/-.. étaient plongés clans la douleur la plus profonde.

et la manifestèrent par des torrents de larmes. Leur bon Père était mort; pour eux venait de s'éteindre la lumière qui les éclairait: devant eux disparaissait le guide qui les dirigeait dans leur marche : l'Ordre perdait son plus ferme et son plus solide appni. La plupart disaient : « Le père des pauvres est mort; oh! qu'ils vont le regretter! quel perte! » Le Père Dominique, carme déchaussé, dit à cette occasion : « Il est mort un grand athlète du Christ; » nous pouvons lui appliquer les paroles de saint Paul : « Dieu en a fait un digne ministre du Nouveau Testament» II Cor., m, 7 . Plusieurs autres religieux et graves personnages, pour consoler les Pères. disaient qu'ils ne savaient s'ils devaient s attrister ou se

réjouir de la mort de leur saint Fondateur, parce que, s'ils lavaient perdu sur la terre, ils avaient obtenu un défenseur de plus ou ciel! Tous les hommes de bien faisaient les plus grands éloges du serviteur de Dieu.

On revêtit, selon les prescriptions du rituel, le corps de Camille des ornements sacerdotaux: son visage conserva tant de beauté et de douceur, qu'il semblait sourire sans rien perdre de sa gravité. Dès le matin, selon l'usage de Rome, six prêtres s'empressèrent de le porter à 1 église, où l'on chanta l'office des Morts et où l'on dit des messes, conformément aux constitutions de l'Ordre. Les chants de ses enfants étaient entrecoupés de sanglots, et des larmes coulaient des yeux de ceux qui célébraient les saints mystères.

Quand, le matin, le bruit de la mort du vénéré Père Camille fut répandu dans Rome, une foule de gens de tout sexe, de tout âge et de toute condition accoururent pour le voir et offrir à ses dépouilles mortelles un pieux hommage. La stupeur était générale. On entendait dire dans tous les quartiers : « Allons voir le Saint, allons voir le Bienheureux. » Tous s'efforçaient, avec un sentiment de tendresse, de lui baiser les mains, les pieds, le visage, de leur faire toucher des rosaires, des bouquets et des Heurs ; ceux qui ne pouvaient se procurer cet avantage tiraient leurs anneaux et les plaçaient à son doigt. Quelques prêtres s'écriaient en lui baisant les mains : « 0 mains bénites, consacrées par la charité! » Les aveugles qui demandaient l'aumône à la porte de l'église, encouragés par la dévotion du peuple, ajoutèrent aussitôt à leurs prières des paroles à la louange du serviteur de Dieu, l'appelant Bienheureux et exaltant à i'envi son grand amour des pauvres. Les Pères avaient selon la coutume placé sur son corps quelques bouquets de myrte et <l antres fleurs odoriférantes; on les enlevait avec tant d'empressement qu'on fut obligé, pour les remplacer, d'en apporter d'autres en quantité considérable. On défendit de mettre en pièces et de partager ses vêtements; quelques-uns furent assez hardis pour couper quelques mèches

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