‹ Vie de Saint Camille de LellisChapitre 31 sur 49 · CORPS DU SERVITEUR DE DIEU · texte numérisé non relu

CORPS DU SERVITEUR DE DIEU

de ses cheveux et les conserver comme précieuses reliques. Le peuple chrétien préludait, par ses saintes industries, au procès de solennelle canonisation.

Un grand nombre de personnes de la plus haute noblesse ne pouvaient se séparer de ce corps vénérable. Il semblait que des rayons de sainteté jaillissaient de son auguste visage et inspiraient la dévotion à ceux qui le regardaient. Un gentilhomme espagnol, avant touché ses mains, les trouva douces et flexibles; il tenait donc Camille pour saint, parce que, avant touché, en Espagne, le corps d'un autre saint, il en avait reçu exactement la même impression.

Les Pères ne s'étaient pas attendus à une si grande affluence; ils avaient en grande vénération le Père Camille, mais ils ne s'étaient point imaginés que ces restes eussent fait, sur l'âme du peuple, une si unanime conviction de sa sainteté. Quand ils virent brisés les balustres de l'église et les pieds du brancard, ils jugèrent convenable de soustraire le corps aux regards de la foule et de le transporter ailleurs. Au déclin du jour, quand on lut informé de cette résolution, la multitude se précipita en tumulte pour le voir, et, pour arrêter cette foule toujours croissante, les Pères furent obligés de requérir un bon nombre d'officiers de police. On enferma le corps dans la sacristie.

Les Pères crurent prudent, pour prévenir tout accident fâcheux, que le corps du Père Camille fût inhumé cette nuit même. En attendant qu'on en fit d'autres, on le déposa provisoirement dans un cercueil de bois de cyprès. Dès le point du jour, le concours de la foule recommença; mais comme on ne rencontrait plus les restes, objets de la vénération publique, chacun s'en retournait chez soi triste, avec ses regfrets. C'est en cau-

sant au peuple pieux cette déconvenue, qu'on arrêta le tumulte occasionné par cette affluence extraordinaire.

Le troisième jour, on exhuma le saint corps afin de le placer d'une manière plus honorable. La duchesse Siorza et quelques dames de qualité désirèrent le voir. Il tut

trouvé clans le même état qu'auparavant, avant conservé ses articulations flexibles, et, comme s'il eût été vivant, obéissant au mouvement qu'on lui imprimait. L'ulcère de la jambe, nettoyé peu avant que Camille expirât, était encore, comme précédemment, rouge, rempli de trous et couvert de grosses tumeurs; après sa mort, il lut trouvé parfaitement guéri. La jambe allongée et ajustée, comme si elle n'avait pas eu de plaie, n'en conservait que la cicatrice.

Pour témoigner la vénération qu'ils devaient au corps de leur Fondateur insigne et excellent Père , déposé déjà dans un cercueil de cyprès, les religieux placèrent le cadavre béni dans un autre cercueil de plomb; tous les deux furent enfermés dans un troisième cercueil de châtaignier, et ils l'ensevelirent dans l'église de la Maddalena, près du maître-autel, du côté de l'Evangile.

Les Pères, par humilité et pour ne pas provoquer de la part du peuple des démonstrations que la loi de l'Eglise interdit, n'inscrivirent point d épitaphe sur la tombe du Père Camille; ils se contentèrent de graver une croix sur les briques qui la recouvraient. Mais Dieu, toujours admirable dans ses saints, a écrit, de sa main puissante et d'une manière impérissable, le glorieux panégyrique de son serviteur en accordant des grâces de choix à ceux qui vinrent visiter ses restes mortels et implorer son intercession. Pour se montrer plus fidèle à sa mémoire, Dieu voulut encore l'honorer par des prodiges qui manifestent le mérite de ses œuvres et la sainteté de sa vie. C'est ce qu'atteste le grand nombre ^ex-voto qui furent offerts à peine quinze jours après sa mort, comme témoignages de la dévotion pour Camille et reconnaissance pour les grâces dues à son intercession. La première fut une jambe d'argent : il semble que Dieu voulut, par lit. honorer d'abord son serviteur, à cause de la patience invincible qu'il avait montrée, en souffrant tant d'années la douleur occasionnée par un grand ulcère.

Le Père Camille était déliante stature, il mesurait huit palmes et demie, près de six pieds; cette taille extraor-

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