COUPS DU SERVITEUR DE DIEU
dinaire ne présentait cependant rien de désagréable,
parce que tontes les parties de son corps affectaient une bonne proportion. La tête était an peu élevée ; les cheveux châtains, tirant sur le noir, devinrent presque blancs dans la vieillesse. Son front était large, son visage long et maigre, son teint pâle et un peu basané. Quoique sa figure parût rigide, elle respirait quelque chose de doux et de placide, qui en tempérait la gravité. L'énergie que l'homme met à dompter sa mauvaise nature se résout, après la victoire, en traits aimables et gracieux : tons les saints sont beaux; et tons les vicieux, lils de Satan, sont voués à la laideur. — Quand le Père fut mort, il conserva toute sa beauté : la foule ne se lassait point de l'admirer et de le baiser, ce que faisaient même ceux qui éprouvent, pour les corps morts, une sorte d'horreur et ne peuvent se résigner à leur contact. Les veux petits, presque noirs, avaient quelque chose de tendre, qui exprimait la compassion et lui captivait l'affection de tous ceux qui entraient avec lui en relations personnelles. Il avait les sourcils bien fournis, les oreilles de grandeur moyenne, le nez proportionné au visage, un peu aquilin, la bouche grande, les lèvres égales et minces, la barbe longue, dont les poils clairsemés étaient un peu plus blancs que les cheveux ; le cou long-, les épaules larges, ainsi que la poitrine. Comme son père, il avait aux genoux deux calus ou deux os en grande saillie.
Le maintien du corps, (pu est ordinairement l'indice des affections de lame, annonçait chez lui une certaine gravité et une modestie admirable ; soit dans sa démarche, soit dans ses discours, il n'avait rien d'insolite, ni de désagréable, et inspirait la dévotion à tous ceux qui le voyaient. Quelquefois il boitait un peu, traînant presque la jambe malade, mais sans embarras et même avec une certaine grâce.
Camille fut toujours d une complexion forte et robuste, excepté dans ses dernières années, où, épuisé de fatigue, il marchait un peu courbé et paraissait plus vieux que son âge. Les travaux, les fatigues, les années, avaient
épuisé prématurément le réservoir de son énergie. Un grand serviteur de Dieu dit à cette occasion : « Il est vrai que Camille n'était âgé que de soixante-cinq ans, mais ses travaux lui en donnaient cent cinquante. »
Quand il s'était vu dangereusement malade, craignant qu'on ne touchât à son corps, il avait défendu qu'on en lit l'autopsie : il ne put être obéi sur ce point. Les Pères et les médecins, dans l'intérêt de l'Ordre et de la science, voulurent savoir d'où provenait ce dégoût, qui mit fin à ses jours. On trouva, dans la tète et dans l'estomac, une grande quantité d'eau noirâtre ; on en remplit deux petits vases ; la dissection ne révéla aucun autre vice dans l'organisme. Le cœur fut trouvé intact, d'un rouge éclatant, et si grand, que tous ceux qui le virent en furent étonnés. On l'envoya, comme une précieuse relique, à la maison professe de Naples, la plus aimée de Camille après celle de Rome, la première de l'Ordre par son rang et dans ses affections. Il y est renfermé dans une magnifique statue d' argent de la valeur de deux mille ducats. On en avait séparé une petite partie qui fut envoyée à Messine, où elle se conserve encore avec le plus grand respect.
Les portraits du Père Camille, qui sont dans toutes les mains, ont été peints d'après un masque de plâtre, que fit faire, après la mort du vénérable, GiambattistaCrescenzio, frère du cardinal de ce nom, comme fils spirituel et ami dévoué du Père Camille. Il existe encore de lui un portrait en profil, fait par César Alpino, peintre du plus grand mérite. Quand on tira le moule en plâtre, le visage fut un peu altéré, parce que l'huile dont il fallait se servir pour l'estampage était bouillante. Il semble que Camille ait voulu punir ses enfants de leur désobéissance, car il leur avait défendu de toucher à son corps et de l'ouvrir.
Les Ministres des infirmes érigèrent un oratoire dans l'infirmerie où le Saint était mort; ils l'ornèrent d'excellentes peintures à l'huile, dues au pinceau du Père Francesco Meloni, Napolitain, prêtre profès de l'Institut. Dans la partie supérieure, en face de la porte d'entrée, on sur lequel se célèbre tous les jours le