VERTUS DE FOI ET D'ESPERANCE
nous sommes naturellement encouragés à marcher sur
leurs traces et a imiter leur magnanime bravoure. La
piété, la justice, l'intérêt : tout nous prescrit de célébrer les vertus des saints.
La loi est le fondement de Tordre surnaturel, la base des vertus, la condition première de la sanctification. Eminente était la foi de notre Saint. Il n avait pas la grandeur d un Paul, la profondeur d'un Thomas, la mystique d'un Bonaventure; mais, éclairé par la lumière céleste, Camille avait une connaissance si claire de la bonté de Dieu, de sa sagesse infinie, de sa miséricorde et de tous ses autres attributs, cpi'il le bénissait continuellement, le remerciait sans cesse de lavoir fait naître dans le sein de l'Eglise et lui rendait grâce de l'avoir amené à résipiscence : « O Seigneur, disait-il souvent, combien je vous dois et que je vous suis obligé ! Malheur à moi, pécheur, si je ne savais pas reconnaître un si grand bienfait ! » Delà naissait en lui un désir ardent du martyr, désir qu'il ne pouvait s'empêcher d'exprimer dans ses discours. Inutile de parler de sa ferme croyance à l'immortalité de lame, au purgatoire, à l'enfer, au paradis, à l'éternité des peines et des joies. Il considérait ces vérités comme le patrimoine primordial de l'humanité souffrante ; il appelait êtres stupideset dépourvus de bon sens tous ces philosophes et ces hérétiques qui niaient des vérités si incontestables. S il apprenait la mort de quelqu'un de cette sotte engeance : « Maintenant, avait-il continué de dire, ces infortunés savent, par expérience, s'il v a un enfer ou un paradis. » Mais s'il fit connaître hautement quelque part combien cette croyance était profondément gravée dans son esprit. ce fut à Bocchianico, lorsque, blâmant en publie l'habitude criminelle de ses habitants de ne pas observer les lètes et les dimanches, il se mit à frapper la terre du pied et à crier d'une voix terrible : « O morts, ô morts, qui êtes ensevelis dans ces tombes ! puisque ce peuple ne veut pas croire à mes discours, levez-vous, venez leur rendre témoignage et leur dire si ce que j'avance est vrai, c est-àdire s'il y a un paradis et un enfer, le paradis pour les
bons, l'enfer pour les pécheurs etpourtous ceux qui transgressent les commandements de Dieu et de l'Eglise. »
Quand il parlait des mystères sublimes de la religion, il v avait plaisir à entendre avec quelle facilité et quelle netteté, il les développait à son auditoire : il semblait que 1 Esprit-Saint lui suggérât le sens et les paroles; on vit même quelquefois son visage s'enflammer et devenir radieux, au grand étonnement des auditeurs, qui, charmés par la beauté et l'énergie de sou langage, restaient suspendus à ses lèvres. Si quelqu'un, troublé par ses doutes, lui faisait part de ses tentations, il lui citait des exemples si frappants, lui parlait avec tant de force, que les doutes cessaient à l'instant et que la tranquillité la plus parfaite lui succédait. — Tous les sacrements étaient vénérables à ses yeux, cependant il nourrissait une dévotion particulière à l'auguste sacrement de nos autels. Quand il se rendait à l'hôpital, Fondateur et Général d'Ordre, il accompagnait le saint Viatique comme un petit clerc, portant d'une main le bénitier, de l'autre agitant la clochette. D'autres fois, quand on distribuait le Pain des anges aux infirmes, s'il était à genoux, il se traînait aux pieds de leurs lits, leur parlait à haute voix, pour les exciter à l'amour et au repentir : « O mes frères ! leur disait-il quelquefois, détachez votre cœur de la boue de cette terre, pensez que vous allez recevoir au plus tôt le souverain Seigneur de la terre et du ciel, Celui qui a créé tout ce qui existe, Celui qui nous a donné l'être, qui s'est incarné, est mort pour nous; Celui qui nous a réservé le paradis si nous sommes justes et l'enfer si nous sommes injustes. » Au moment de l'élévation, pendant le saint sacrifice de la messe, toujours à genoux et se tournant vers les infirmes : «Voici, leur criait-t-il, avec de brûlants transports d'amour, voici mes frères, votre trésor. Courage ! allez au devant du Seigneur du ciel, qui daigne venir ;i vous dans ces lieux immondes, pour faire, la paix avec vos âmes; demandez-lui pardon de vos offenses. C'est lui que vous avez vivement outragé, soyez convaincus que, si vous lui demandez avec un repentir sincère et nue ferme réso-
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lution de ne plus l'offenser, il vous pardonnera. Qu'il ne reste pas le moindre doute dans votre esprit; oui, quoique vous voyiez du pain, que vous touchiez du pain, que vous sentiez le goût du pain, il n'y a plus de pain matériel, et, sous ces espèces sacrées, il y a réellement le corps, le sang, l'âme, la divinité de Jésus-Christ, Fils de Dieu, né de la Vierge Marie, Celui qui doit nous juger. Adorez-le donc de tout cœur; pleurez amèrement, priezle qu'il vous pardonne et vous sauve; puisque c'est pour cela qu'il vient à vous, vous dis-je, pour vous sauver et vous faire saints. » Si Ton peut juger l'arbre par ses fruits, on comprendra combien était vive la loi du Père Camille, en examinant tout ce qu'il a fait pour la répandre. Nous citerons un exemple.
Notre Saint se trouvant à Boeehianico et avant remarqué, dans les enfants et dans la dernière classe du peuple, une grande ignorance des mvstères de la religion, les instruisait. Par ses instructions, il développait, avec simplicité et un zèle tout divin, dans ces intelligences bornées, les vérités fondamentales du christianisme. Non content de ce dévouement à ses. compatriotes, il envoyait, dans les campagnes, les religieux, pour le même ministère du catéchisme. C'était une noble résolution, car l'instruction religieuse est la base de toute instruction, et. pour les classes vouées aux travaux manuels, l'instruction doit contribuer surtout à l'éducation de l'homme. « Il faut, disait Guizot, que l'éducation populaire soit donnée et reçue au sein d'une atmosphère religieuse, que les impressions et les habitudes religieuses y pénètrent de toutes parts. Il n'y a point de fortune à faire, il n'y a guère de renommée à acquérir dans les obligations pénibles (pie l'instituteur accomplit. Destiné à voir sa vie s'écouler dans un travail monotone, quelquefois même à rencontrer autour de lui l'injustice ou l'ingratitude de l'ignorance, il s'attristerait souvent et succomberait peutêtre s'il ne puisait sa force et son courage ailleurs (pie dans la perspective d'un intérêt immédiat et purement personnel. Il faut qu'un sentiment profond de l'impor-
tance morale de ses travaux le soutienne et 1 anime; que l'austère plaisir d'avoir servi les hommes et secrètement contribué au bien public devienne le digne salaire que lui donne sa conscience seule. C'est sa gloire de ne prétendre rien au delà de son obscure et laborieuse condition, de s'épuiser en sacrifices à peine comptés de ceux qui en profitent, de travailler enfin pour les hommes et de n attendre sa récompense que de Dieu. »
Celui qui aime la lumière déteste les ténèbres et le mensonge. Quand Camille entendait quelque hérétique parler contre l'obéissance due à l'Eglise romaine, pour laquelle il eut toujours la plus grande vénération, il levait les \ eux au ciel et s'écriait : « Est-il possible qu'il y ait tant d'aveuglement parmi les hommes, qu'ils ne comprennent pas qu'ils doivent se soumettre à l'Eglise, la colonne et le fondement de la vérité? Est-il possible que l homme soit privé de jugement au point d'abandonner la source pure et limpide, pour boire les eaux bourbeuses et corrompues ? » Il avait une loi si vive, il désirait tellement que cette lumière céleste fît briller dans tous les esprits ses rayons salutaires, que le seul nom d'hérétique suffisait pour le troubler, pour lui inspirer de la tristesse et une sorte d'horreur.
Voilà pour la foi, voici pour l'espérance.
Bien que Camille sût parfaitement que le salut des âmes se doit espérer premièrement de Dieu par les mérites de Jésus-Christ, et secondement par les bonnes œuvres faites en état de grâce, il avait cependant une si basse opinion de sa personne et de ses œuvres, où se mêlaient beaucoup de négligences et de défauts, qu'il les oubliait pour mettre toute sa confiance dans la miséricorde de Dieu et le sang précieux de Jésus-Christ. De là sa particulière dévotion à ce sang rédempteur; il l'avait continuellement dans le cœur et souvent sur les lèvres ; souvent, les yeux levés au ciel, il disait : « Seigneur, votre sang m'a donné le salut ! » Il avait aussi souvent à la bouche ces paroles : « Je suis vraiment un grand pécheur et un tison d'enfer; mais j espère fermement dans le sang