GUÉ RI S ON S MIRACULEUSES
La ville de Marîno fut le théâtre du second prodige, qui décida la canonisation. Dans cette antique cité des Marses, vivait Marguerite Castelli. Même avant sa naissance, son sang* avait été tellement infecté, qu'à l'âge de deux mois de petites pustules pleines de matières corrompues couvrirent son corps. La science médicale ne put lui offrir aucun secours efficace. Après diverses consultations, des hommes compétents confessèrent que le mal était incurable et soutinrent que des remèdes, loin de la guérir, ne pourraient qu'aggraver la situation et hâter la mort. La jeune Marguerite parvint, dans ces conditions, jusqu'à dix-huit ans; mais la maladie persistante lavait rendue si faible, que sa vie ne se soutenait que par une sorte de prodige d'équilibre, dont le moindre souffle pouvait ruiner l'économie. Alors l'àcreté des humeurs augmenta avec une telle intensité, que le corps, des pieds jusqu'à la tète, n'était plus qu'une plaie hideuse, purulente, couvert de croûtes éphémères, exhalant une odeur insupportable. Au mois de juillet 1743, se manifestèrent les symptômes d'une fièvre furieuse qui amena le délire; elle occasionna des souffrances si vives et contracta si violemment les nerfs, que Marguerite ne pouvait se mouvoir; elle était obligée de garder le lit et ne prenait d'autre nourriture que celle qu'on plaçait dans sa bouche. Les médecins qui la visitèrent dans cet état déplorable, jugèrent, après de longues observations, que le mal avait atteint les organes vitaux, et, craignant une mort imminente, recommandèrent l'administration des sacrements. En même temps, ils soupçonnaient la maladie contagieuse, cessèrent leurs visites et défendirent aux personnes de la maison de toucher le corps de la patiente. Marguerite, ainsi abandonnée, aprè^s avoir reçu les derniers sacrements, privée de la vue, de l'ouïe et presque de la parole, incapable de prendre de la nourriture, n'attendait plus que sa fin. Ses parents la regardaient déjà comme morte; ils voulurent lui procurer la consolation d'embrasser une dernière fois sa sœur Catherine, résidant à Rome, et, tandis qu'ils préparaient
les Funérailles, ils la firentvenir parmeràMarino. Cet appel de Catherine fut une véritable inspiration du Ciel; car elle apporta une image du Bienheureux et l'appliqua sur la poitrine de sa sœur mourante, l'exhortant aune pleine confiance dans ce grand serviteur de Dieu. Catherine encouragea aussi toute sa famille à la prière, et, tombant à genoux avec sa mère, elle récita un Pater, un Ave et un Gloria en l'honneur de Camille. Au premier mot du Gloria, Marguerite s'écria d'une voix sonore : « Je suis guérie. » Bientôt elle sortit du lit sans soutien, elle qui tout à l'heure réclamait l'aide de plusieurs personnes pour se tourner d'un autre côté. Ses joues se dépouillèrent des croûtes purulentes qui défiguraient son visage; en moins de deux heures, sa chair devint souple, fraîche et naturelle. Les sanglots et les pleurs de ses proches furent remplacés par des cris d'allégresse , la nouvelle se répandit promptement à Marine- et dans les pays d'alentour; et dans le procès juridique, un grand nombre de personnes, laïques, prêtres et médecins, tous déposèrent, sous la foi du serment, qu'ils avaient vu Marguerite désespérée, puis instantanément guérie, par la seule présentation d'une image et par l'invocation du Bienheureux Camille : A Domino factum est istud et est mirabile in oçulis nostris.
À cette date, un Anglais rationaliste, visitant Rome, faisait profession de ne pas croire aux miracles, et, suivant l'usage des impies, colportait maladroitement cette incroyance. Un membre de la Congrégation des Rites, pour édifier ce malotru, lui remit le dossier de la canonisation.
Notre Anglais l'examina avec les exigences excessives d'esprits, contentieux en matière de foi, mais très complaisants en matière d'incrédulité. Après examen, il confessa que si tous les miracles étaient prouvés comme ceux dont il était question dans le dossier soumis à sa critique, il abjurerait volontiers son déisme. On en peut dire autant de tous les procès de canonisation ; il n'y a impiété qui tienne à l'évidence des faits, ou, si elle