‹ Vie de Saint Camille de LellisChapitre 43 sur 49 · GUÉRISONS MIRACULEUSES · texte numérisé non relu

GUÉRISONS MIRACULEUSES

s'obstine, ce n'est plus que de la mauvaise loi, à moins que ce ne soit tout simplement un acte d'imbécillité. En tout cas, pour les miracles de saint Camille : Habemus confitentem reurti; nous avons la confession favorable (1 un ennemi de la Toi aux miracles.

Ces prodiges constates et réitérés, le désir unanime des habitants de Rome ainsi que d'un grand nombre de prélats distingués et de princes illustres d'Italie et d'autres royaumes, les suppliques adressées au Saint-Siège par les rois catholiques d'Espagne Philippe III et Philippe IV, plus récemment par Charles, roi des Deux- Siciles et par sa pieuse épouse, Marie-Amélie, déterminèrent Benoit XIV à rendre un décret pour la canonisation de saint Camille. Le Pontife s'v déterminait avec une promptitude jusque-là sans exemple ; car quatre ans s'étaient à peine écoulés depuis la béatification. Ce décret fut promulgué le 17 août 1745, jour anniversaire de l'exaltation de cet immortel Pontife sur la Chaire de Saint- Pierre. Enfin l'année suivante, 1746, dans la solennité les saints apôtres Pierre et Paul, si chère aux Romains, fut proclamée dans la basilique du Vatican, avec une pompe extraordinaire, la canonisation solennelle, aux applaudissements d'une foule innombrable accourue de toutes les parties du monde catholique. Conformément au rite prescrit pour cette importante cérémonie, le Pontile célébra la messe en l'honneur du nouveau Saint. Saint Fidèle de Sigmaringen, martyr; saint Pierre de Regalato, de l'ordre des Mineurs observantins ; saint Joseph de Leonessa, capucin, confesseur; sainte Catherine de Ricci, vierge, de l'ordre de Saint-Dominique, furent tous canonisés le même jour que le glorieux Fondateur de l'Institut des Clercs réguliers , Ministres ujl's infirmes , saint Camille de Lellis.

L'humanité a oublié, depuis longtemps, les noms d'une foule de grands^ de princes, de rois, de soldats, d'artistes, de lettrés; elle n'oubliera plus le nom du petit enfant de Bocehianico, devenu un Saint du Seigneur. Tandis que

la mémoire des sages et des conquérants a péri avec le bruit (jii elle faisait, la mémoire de l'humble Serviteur des pauvres ne saurait s'éteindre dans la stérilité. Les entants île Camille perpétuent son dévouement; lui, dans le sein de Dieu où il repose, le continuera dans tous les siècles.

Le Christ, sous la figure de l'agneau, portant l'étendard'gloricux.

Sceau du quatorzième siècle, tiré du Costume au moyen âge, d'après les sceaux, par Gr. Demay.

Les Vœux do religion. — 2. L'Obéissance, fresque de (uotto , à Fadoue. L'Obéissance est assise sur un trône, pour marquer l'empire de l'âme sur les sens;* le doigt sur la bouche elle enseigne la vertu du silence. Un religieux courbe la tète sous le joug qu'elle lui impose.

Comment la charité de Camille se'pefpétue dans son Ordre.

c?z^>e^3 es saints ne meurent pas. Ce que les insensés $M »S appellent la mort n'est, pour les saints, qu'une P§j '\M transfiguration etun accroissement. Lorsqu'ils se dépouillent de l'enveloppe mortelle qui tenait leur âme captive, cette àme entre dans la paix, et le crédit qu'elle avait près du Seigneur, dès cette terre d'exil, n< fait que s'augmenter dans la patrie. Dans la compagnie des saints du ciel, elle ne se borne pas à chanter l'éternel Sanctus et à prendre part aux concerts des Anges, elle continue d'assister l'œuvre qu'elle avait commencée sur la terre, et qui ne lui est jamais plus présente* que depuis qu'elle l'a quittée. Un fondateur d'Ordre, par exemple, une fois passé de vie à trépas, suscite parmi ses successeurs des émules de sa vertu et des imitateurs de sou dévouement; c'est par là qu'il constate, éprouve et glorifie la fidélité de ses entants spirituels. Cohéritier de Jésus-Christ dans le triomphe, après l'avoir été dans la

croix, il se plaît à répartir à sa fidèle famille de plus abondantes et plus éclatantes grâces : Semper vivais ad interpellandum.

Dans ce chapitre, nous parlerons de la permanence de la charité du saint Fondateur au milieu de ses fidèles enfants. Ce sera, pour nous, une occasion naturelle d'ajouter quelques détails sur la constitution de l'Œuvre et d'esquisser brièvement son histoire.

Saint Camille avait voulu que ses religieux prissent le nom de [Ministres des infirmes : c'est sous cette dénomination qu'ils sont connus de nos jours. En Espagne, on les appelle Agonisants ; et, dans quelques villes d'Italie, itères du Bien-Mourir, parce que le peuple a coutume de les voir, nuit et jour, assister les mourants, sans établir entre riches et pauvres aucune différence. Ces religieux portent l'habit clérical comme les autres prêtres, et, sur la poitrine, une croix d'un rouge très foncé : cette croix se porte du côté droit, tandis que les chevaliers des ordres militaires la portent du côté gauche. Aux vœux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, pour donner nue plus grande preuve de charité et travailler plus efficacement au salut des âmes, ils s'obligent, par un quatrième vœu solennel, d'assister continuellement leurs frères dans la santé et dans la maladie, au moment de la mort, et même en temps de peste. Outre ces quatresvœux solennels, les Pères de l'Ordre font quatre vœux simples : 1° de ne point changer ni de consentir à ce que l'on change la manière de servir les malades prescrite par les Bulles, à moinsque ce ne soit pour la rendre plusparfaite ; 2° de ne posséder aucune rente et de ne prendre aucune part à l'administration des biens des hôpitaux ; 3° de ne prétendre a aucune dignité dans l'Institut ni au dehors, sauf obligation, sous peine de péché, faite par le Souverain-Pontife; 4° si quelque religieux aspire aces dignités, en avertir la Consulte. [Niais le trait caractéristique de l'Ordre, son œuvre propre, sa mission sociale et chrétienne, c'est le service des malades.

La Congrégation admet trois sortes de personnes : les

Prêtres, les Frères et les Oblats. Les Prêtres sont occupés à administrer les sacrements dans les hôpitaux et dans les églises ; ils assistent les mourants à la dernière heure. Les Frères leur servent de compagnons et de coadjuteurs dans ce ministère, et sont en outre appliqués spécialement aux fonctions de gardes-malades. Les Oblats, exempts de toute obligation envers les malades, s'occupent seulement des services manuels de la maison, pour laisser entièrement libres les Frères et les Prêtres. Après deux ans de noviciat, les Frères et les Prêtres font de la même manière la profession solennelle des vœux ; les Oblats ne se lient point et servent Dieu dans l'Ordre volontairement.

L'Institut, nous l'avons dit, est gouverné par un Préfet général et par quatre Consultcurs, ayant tous voixdélibérative et prononçant en dernier ressort à la majorité des suffrages ; leur réunion forme ce qu'on appelle la Consulte générale; en dehors du chapitre, elle jouit, sur l'Ordre entier, d'une autorité suprême. C'est la Consulte qui choisit les provinciaux, les préfets, les visiteurs et tous les autres dignitaires. Seule elle peut dresser des constitutions qui obligent tous les membres, résoudre les difficultés qu'elles pourraient faire naître, so charger des hôpitaux et en abandonner la direction, manier et distribuer les rentes des noviciats et des infirmeries. Enfin, de cette Consulte dépendent toute autorité et tout pouvoir dans l'Ordre.

Xous ferons observer, ici, qu'aucune règle, excepté les quatre vœux solennels et les quatre vœux simples, n'oblige sous peine de péché, même véniel ; sa violation fait seulement encourir la peine fixée par les constitutions et applicable par les supérieurs, suivant qu'ils le jugent à propos.

Dans les hôpitaux, les Ministres des infirmes remplacent les servants mercenaires qui s'acquittent souvent très mal de leur emploi, et servent eux-mêmes les pauvres. Là où ils ne peuvent remplir ce ministère charitable, ils visitent les infirmes, mettant en pratique ces paroles du Sauveur : « J'étais infirme et vous m'avez visité. » (Math., xxv, 36.)

Pour remplir ces fonctions avec pins de fruit et d'exactitude,les religieux se distribuent entre eux les exercices,

se partagent le temps et le travail. Dans leurs églises et dans leurs maisons, après s'être acquittés du ministère de charité, ils imitent la vie contemplative de Marie.

Indépendamment du service des malades, ils proeurent aux personnes en santé les secours spirituels, qui contribuent au salut des âmes; ils leur font des lectures de piété, leur apprennent à faire l'oraison mentale, les prêchent, les confessent, leur administrent les sacrements, et, comme tous les ordres voués à l'assistance du prochain, font tous les actes de la religion. En s'acquittant de ces fonctions diverses, saint Camille pensa, avec juste raison, que ses religieux se familiariseraient avec les personnes valides, gagneraient leur estime, leur affection, tandis que s'ils n'avaient des relations avec elles qu'au moment où la vie leur échappe, les moribonds ne les regarderaient que comme des tristes messagers de la mort, dont la vue seule inspire l'effroi.

Les Camilliens ne peuvent recevoir aucun salaire ou rémunération quelconque pour les soins donnés à ceux qui meurent dans les hôpitaux et au dehors ; leur unique mobile est la charité dont ils font profession. Et afin d'écarter tout soupçon d'intérêt, il est expressément défendu, par la Bulle de fondation, qu'aucun des Pères engage qui que ce soit à faire un testament en laveur de l'Institut et se trouve présent quand cet acte est dressé. Néanmoins, si quelqu'un veut spontanément laisscrquclque chose à l'Ordre, on peut l'accepter, comme les autres aumônes, pour l'entretien des religieux.

Les maisons professes vivent d'aumônes. Toutefois, comme 1 Institut est obligé d'avoir des noviciats et des infirmeries o-énérales, où l'on recueille les religieux, mala-

des et incurables, ainsi que d'autres personnes âgées, les maisons professes ne pouvant avec les aumônes ordinaires entretenir les noviciats, les Souverains-Pontifes, (1 accord avec le Père Camille, octroyèrent une dispense et permirent que les noviciats et les infirmeries pussent

PERPETUITE DE DEVOUEMENT M)û

avoir des rentes et vivre de leur revenu. Urbain A III étendit ce privilège aux maisons d'études, afin qu'on y ordonnât des prêtres. Ces rentes sont à la disposition du Père général et de la Consulte.

Les maisons professes ont la faculté, sans enfreindre les vœux de pauvreté, de posséder une maison de campagne, où les religieux puissent se délasser de leurs travaux et puiser de nouvelles forces pour travailler avec plus d'ardeur au soulagement des misères humaines.

La règle impose aux Pères l'oraison quotidienne: elle les oblige à avoir continuellement des livres de piété entre les mains, pour faire des progrès dans la vertu et se perfectionner dans tout ce qui se rattache ii leur ministère : Nocturnâ çersate manu, çersate diurnâ. En aidant à bien mourir, ils unissent la vie contemplative à la vie active; ils prient pour les mourants, leur font la recommandation de lame, leur adressent de pieuses exhortations, dont profitent les assistants. Les humbles fonctions qu'ils remplissent dans les hôpitaux sont suivies de prières vocales et de divers exercices spirituels. En ce point, ils imitent Xotre-Seigncur qui passait la nuit en oraison et guérissait le jour les maladies de l'âme et celles du corps; ils nourrissent le corps de l'aliment physique qui lui est indispensable: ils nourrissent l'âme de l'aliment céleste, dont elle a besoin pour vivre de la vie de la grâce.

A cause des occupations continuelles et de l'assistance des malades la nuit et le jour, les Pères ne chantent pas 1 office dans le chœur, ni ne vont aux processions, comme le font d'une manière très louable les autres Ordres. Les religieux engraarés dans les Ordres sacrés récitent en particulier leur office. Leurs matines, c'est cle veiller en tout temps au chevet des moribonds. Et afin que les Pères et les Frères de cette Coimré nation se conservassent toujours dans la ferveur et l'amour de Dieu, le Père Camille ordonna, entre autres choses, dans les règles, aux Prêtres, de célébrer la sainte messe tous les jours, quand ils ne seraient point empêchés; aux Frères.

de se confesser et communier tous les dimanches et les fêtes de précepte; de faire tous une heure d'oraison mentale, de réciter les litanies et de faire chaque jour 1 examen de conscience. Quant aux abstinences et aux autres macérations de la chair, considérant les grandes fatigues auxquelles ils se livrent pour soigner les malades, et parce qu'ils se trouvent sans cesse au milieu des odeurs infectes, qui macèrent plus le corps que toutes les autres pénitences, il ne voulut pas y astreindre les membres de la Congrégation. En dehors des jeûnes de carême et des autres jours prescrits par l'Eglise, il ordonna seulement que, tous les vendredis, les religieux se priveraient du repas du soir et se donneraient la discipline en mémoire de la Passion de Notre- Seigneur, leur défendant de se permettre, sans l'autorisation du supérieur ou du confesseur, aucun autre acte de pénitence.

A l'époque de la mort de saint Camille, son Ordre avait tellement prospéré, qu'il était établi dans seize des plus célèbres villes d'Italie, savoir : Rome, Xaples, Milan, Bologne, Messine, Païenne, Florence, Ferrare, Mantoue, Gènes, Yiterbe, Bocchianico, Chieti, Borgo-Xuovo, Catalagirone et Sessa. Dans les quelques jours de sa vie mortelle, l'ardente flamme de son héroïque charité avait embrasé son pays. L'esprit qu'il avait soufflé restait à son Ordre comme héritage : sous la foi de serments solennels, ce feu dévorera jusqu'à la fin, sur l'autel du sacrifice, d'innombrables victimes qui s'immoleront volontairement pour le salut des malades. L'histoire du passé est, à cet égard, le programme de l'avenir.

Avant le décès du saint Fondateur, il était mort deux cent-vingt profès et novices, victimes de l'obéissance et de leur dévouement au service des malades. Camille perdit entre autres : Bernardin Norcino, François Profeta et Curzio Lodi, ses premiers compagnons, tous trois sujets excellents, morts en odeur de sainteté.

A un de ses religieux, tendrement aimé du Saint, le Père François Pellieia, il écrivait, peu de jours avant sa mort,

une lettre très affectueuse, dont nous détachons les lignes suivantes : « Mon Père, si nous ne nous revoyons plus, j'espère, par les mérites à jamais bénis de notre Sauveur, que nous nous reverrons dans l'autre monde. En attendant. au nom du Seigneur, je vous envoie mille bénédictions et je vous recommande notre saint Institut ; montrez pour lui le zèle qu'il mérite; en agissant ainsi, vous serez heureux, vous et tous ceux qui agiront de même. » — Cette lettre, écrite le j juillet 1614, contribua beaucoup à accroître dans le cœur de ce Père une admirable charité. En 1624, l'Ordre avait offert dix nouvelles victimes dans la contagion qui désola Palerme. En 1625. une terrible épidémie s'abattit sur les galères d'Espagne dans le port de Gènes : Pcllicia demanda à être mis à la tête des religieux qui devaient secourir ces infortunés marins. Il s'y rendit et travailla avec tant d'ardeur, qui! ne prit nul soin de sa propre vie; il se montrait nuit et jour le modèle de ses compagnons, exhortant les malades à la pénitence, les préparant à la réception des sacrements qu'il administrait lui-même. Comme le saint Fondateur, il ne négligeait pas' pour cela le corps; aux uns, il préparait des médicaments; aux autres, des aliments et du bouillon; il aidait à les placer tous aussi commodément que le permettait leur étroite cabine. En temps ordinaire, sur les vaisseaux, les chambres manquent toujours d'air et sentent facilement mauvais: en temps d'épidémie, cette atmosphère lourde et viciée doit être insupportable. Le Père Pcllicia finit par être atteint de l'épidémie; on le ramena à Gènes, il mourut dans l'octave de l'Assomption et alla recevoir la récompense d'une vie entièrement consacrée aux pauvres.

Cinq ans après la mort de ce Père, en 1630, la guerre, la famine et la peste se précipitèrent simultanément sur diverses villes d'Italie : Mantoue, Borgfo-Nuovo, Milan. Bologne. Mondovi, Florence, Lucques et Rome furent successivement victimes de ces fléaux. Les Ministres des infirmes s'élancèrent sur la brèche avec un courage héroïque, sans distinguer sur l'obligation, sans regarder

à leur propre salut; cinquante-cinq furent frappés dans l'acte même de soustraire les autres aux infirmités et à la mort.

L'année 1656 ne laissa pas un moins glorieux souvenir. Cette année, Rome et Naples furent la proie dune maladie contagieuse; peu s'en fallut que tous les Ministres des infirmes ne fussent fauchés d'un seul coup par la mort, au chevet des agonisants. Dieu seul connaît le nombre des victimes qui s'immolèrent dans cette cireonstance. Nous citerons seulement, parmi les victimes, le Père Marc' Antonio Àlbiti, Préfet général; le Père Luigi Franco, provincial de Rome; le Père Prospero Voltabio , provincial de Naples ; le Père Bartolomeo Çenni, vice-préfet de la Maddalena; le Père Giambattista de Leonardi, préfet du noviciat de Naples; le Père Igna- /.io Candido, curé. Tant fut grand le nombre des morts qu'à Naples, sur cent religieux Prêtres, il n'en resta que quatre : le Père Carlo Bibbia, le Père Giambattista Dolera, le Père Paolo Leonetti et le Père Angelo Vicedomini ; de tous les Frères, il n'en resta qu'un, le Frère Antonio Forti, le seul, de toute la communauté, qui n'éprouva même pas un mal de tète. A de si grandes pertes, la ville de Gênes fit écho la même année et pour la même cause; il y mourut quinze Prêtres, douze Frères et sept Novices, sans compter un plus grand nombre qui mourut l'année suivante à Rome.

Après de si terribles épreuves, le Seigneur accorda quelque relâche aux communautés d'Italie; mais il ne tarda pas à ouvrir un vaste champ aux communautés d'Espagne, dans l'horrible peste qui affligea Murcie en 1677. Invités à se rendre dans cette ville, par la reine Marie d'Autriche, mère et tutrice de Charles II, les Pères virent se renouveler sous leurs yeux toutes les scènes très douloureuses qui avaient affligé l'âme du Père Camille à la peste de Noie. Enflammés par son exemple, ils travaillèrent avec une telle abnégation d'eux-mêmes, avec un tel détachement de leur propre vie, qu'on vit succomber à la fatigue le Père Gonzalès Torrès.

Si nous passons d'Espagne en Italie, nous tombons dans la contagion de Messine en 1763. Combien elle fut terrible, on le peut voir dans l'histoire de cette cité; avec quel zèle y travaillèrent les Camilliens pour le salut de tous, on en a la preuve dans la lettre du Sénat de Messine, qui exprime, après la cessation du fléau, son immortelle gratitude. Vingt-cinq religieux se dévouèrent au service de cette malheureuse Aille; dix-neuf y moururent, cotre autres, le Père Domenico Melinali, consulteur et visiteur général de la province; le Père Francesco Avcna, premier provincial de Sicile; et le Père Joseph Guerra, préfet de la maison. Ceux qui survécurent n'échappèrent pas à la contagion; ils furent atteints simultanément et privés de tout secours humain, jusqu'à ce qu'il plût à la divine Providence de leur envoyer un jeune homme qui les secourut charitablement jusqu'à leur guérison. Après leur rétablissement on put encore voir ces héros de la charité voler au secours des infirmes et des mourants.

Il n'est pas inutile de faire observer ici que, si les Pères ne furent pas toujours dans ces villes exposés à la peste, ils ne cessèrent pas d'être en danger par suite de la charge très laborieuse et très délicate qui leur fut confiée par le Souverain- Pontife et par d'autres princes, de purger les lettres et autres objets provenant de lieux infectés ou seulement suspects. Chacun peut se faire une idée des circonstances qui rendaient plus difficile l'accomplissement de ce devoir; il en mesurera mieux l'importance et la difficulté. D'abord l'hygiène ne possédait pas alors tous ces moyens de désinfection qu'a fourni la science; il n'était donc que plus glorieux pour les Pères d'être choisis comme plus capables, par leurs études, d'éloigner le péril provenant de lettres ou d'autres objets imprégnés du principe épidémique ou contagieux. En second lieu, quoique à cette époque les relations commerciales ne fussent pas aussi fréquentes, comme trois religieux seulement étaient réservés à cet emploi, leur charge était d'autant plus laborieuse, qu'ils devaient

reste)1 des années entières clans les locaux affectés à cet usage. De plus, on ne pratiquait pas l'expurgation par la taille, comme cela se l'ait de nos jours; mais on devait ouvrir chaque lettre, désinfecter l'une après l'autre chaque feuille; on voit tout de suite combien cet office était délicat et de quelle estime étaient dignes ceux qui devaient v faire honneur.

Cette charge fut imposée à l'Ordre pendant un siècle et demi, sous la direction et la responsabilité d'un Père, nommé commissaire apostolique d'hygiène. Dans un si long- espace de temps, en touchant tant d'objets infectés, beaucoup de religieux contractèrent un mal épidémique et mortel. Suivant l'expression du chroniqueur, ils sacrifiaient leur vie pour sauver celle des autres.

Dans la suite des temps, la peste disparut; l'Ordre ne fut point, pour cela, privé d'occasion de manifester l'héroïque charité dont il avait hérité de son Fondateur. À la peste succéda le choléra, mal non moins funeste à 1 humanité, capable de moissonner, comme la peste, des milliers de victimes par jour. Les Pères, fidèles à leur serment, ne reculèrent pas devant le nouveau péril. A Gènes, à Messine, à Vérone, àPadoue, àFerrare, à Rome, partout où éclata le nouveau fléau, non seulement les profès, mais les novices demandèrent avec larmes la permission de voler au secours des âmes et des corps. Et tel fut leur zèle que, outre la gloire de sacrifier de telles prémices sur cet autel nouveau, à Messine, les Pères Santangelo, à Syracuse et à Padoue, le Frère Joseph Rossini, morts à côté des cholériques, obtinrent les remerciements et les éloges des gouvernements respectifs. A Messine, les Pères eurent spécialement la consolation d'entendre les consuls de Belgique et de Prusse répéter que la commune, en signe de reconnaissance, aurait dû élever autant de statues, devant les maisons de l'Ordre, qu'il y avait de religieux pour les desservir.

Par cette suite ininterrompue de dévouements, nous pouvons dire que saint Camille n'a cessé de répandre sur la terre les béatifiques influences de sa charité. Camille

vit toujours dans ses fils et dans tous ceux qu'il a animés ou anime encore dans les plus périlleuses épreuves. C'est de lui que les Camilliens de France apprirent entre autres à courir ait secours des varioleux avec un tel élan et une si belle abnégation, qu'un seul Père eut à soigner près de quatre cents malades. C'est de lm que les Camilliens de la Vénétie apprirent , avec un mépris souverain de leur vie, non à braver une variole homicide, mais à déployer les plus énergiques efforts et la plus belle bravoure, pour assister les blessés de la bataille de Custozza.

Les exemples servent à exciter par d'efficaces désirs les Pères d'aujourd'hui à se montrer dignes de leurs ancêtres. Ce n'est pas seulement par l'habit, c'est surtout par l'esprit de charité qu'ils se montrent les vrais fils de saint Camille; autant qu'il est en eux, ils doivent continuer la tradition de ceux (pu les ont précédés avec tant de gloire.

Nous n'arrêterons pas ici les prodiges de la charité de saint Camille. Que si le pieux Fondateur voulait perpétuer dans son Ordre l'amour des pauvres et surtout l'amour des pauvres malades, d'un autre côté, il voulait (puson Ordre embrasât d'une flamme victorieuse tous les autres ordres de la société humaine. De là, ces innombrables congrégations d'hommes et de femmes, érigées ou encouragées par l'Ordre, pour le service de l'humaine infirmité. Il serait trop long de vouloir les énumérer ici. Sans parler de celles dont il a été déjà question dans la Vie de saint Camille, il suffira de citer la noble Congrégation des Dames Romaines, sous le titre de l'Assomption de la très sainte Vierge, érigée dans l' église-mère de la Maddalena. Avec quelle ferveur cette Congrégation imite la charité de Camille, cela se voit clairement et se doit admirer dans ces nobles et illustres matrones, qui se portent avec assiduité au secours des malades, leur rendent les services les plus rebutants, les consolent dans tous leurs chagrins, les préparent à la confession et aux autres sacrements, leur dispensent des aumônes opportunes, les

'il '2 CHAPITRE XXIX

comblent enfin de toute consolation et de tout confort. Il faut citer aussi la Congrégation de Notre-Dame-des- Sept-Douleurs, érigée dans l'église des Saints-Vincent-et- Anastase, appliquée aux mêmes œuvres pour les malades des hôpitaux de Saint-Jean et de Saint-Jacques.

Nous terminerons ce chapitre par une réflexion que suggèrent les circonstances des temps où nous vivons. Aujourd'hui, une fausse philanthropie veut prendre la place de la vraie charité; moins soucieux d'assister les malades que de les faire mourir dans l'impénitence, elle veut éloigner du lit des mourants les ministres de Jésus- Christ. Combien il serait donc désirable de former des congrégations de laïques des deux sexes, qui se prêteraient gratuitement au service des pauvres, procureraient avec l'assistance du corps la conversion de l'âme et serviraient de fourriers pour l 'introduction du prêtre? Dans un siècle matériel comme le nôtre, qui ne cherche que le bien-être du corps, on ne peut espérer d'arriver aux infirmes pour les réconcilier avec Dieu, si l'on ne commence par leur procurer, par de philanthropiques actions, le soulagement des infirmités corporelles. De fait, si l'on peut encore aujourd'hui, par la grâce de Dieu, pénétrer jusqu'au chevet de quelques malades, on le doit à ces lits portatifs inventés depuis peu par un Ministre des infirmes; ils sont recherchés comme plus propres à changer les malades, à nettoyer les ordures, panser les plaies et procurer aux membres épuisés de fatigues et de souffrances un repos réparateur.

Nous terminons ici ce chapitre, et que tout ceci soit dit sans aucune vainc gloire, ni intérêt humain; mais uniquement pour rendre justice à ces Ordres religieux si sottement méconnus, si barbarement persécutés. A la lace de la terre, il est bien prouvé par l'histoire que ces Ordres sont les plus solides soutiens de la société humaine, les plus capables d'héroïques sacrifices, pour autant qu'ils conservent l'esprit dans lequel les a créés leurs fondateurs.

Que le Seigneur bénisse cette intention et fasse qu'un

grand nombre d'âmes soient attirées à la suite du Père Camille. Ainsi s'accroîtrait un Ordre si nécessaire; ainsi se multiplieraient les actes de charité envers les besoigneux les plus affligés, qui sont, sans contredit, les malades et les agonisants.

La Douleur. Flagellation de Jésus-Christ; gravure de Lucas de Leyde,

seizième siècle.

(( Il faudrait trouver un mot pour caractériser ces douleurs pleines d'espérance, pleines de joie et d'amour, durant lesquelles le chrétien est comme une statue intelligente, qui, sous le fer et le marteau du sculpteur divin, aurait, par-dessus le sentiment de la douleur, l'inénarrable conscience du travail qu'elle subit, verrait à chaque coup apparaître en elle une nouvelle beauté, une ressemblance de plus au modèle sublime qu'elle doit reproduire, et son Créateur la rendre plus digne du lieu d'honneur où, vivante et glorieuse, il veut la placer sous l'éternité de ses regards, a (Louis Veuillot, Historiettes et Fantaisies, 4e édit.. p. 130, citation abrégée.)

Los Vœux de religion. — La Chasteté, fresque de Raphaël, au Vatican.

La sainteté de Camille est particulièrement imitée par quelquesuns de ses fds.

E£j=|*>^ e plus beau fruit qui se puisse tirer des actions ■: r f refe d'un père, c'est que ses fils soient la copie fidèle '(ï'ê Ov/Ç de sa vertu. C'est la seule gloire qui, de préférence à un royal diadème, orne le front de celui qui la porte, ennoblit son nom et rend sa mémoire éternelle. Cette gloire, Dieu merci, n'a pas manqué et ne manque pas encore à saint Camille. Quoique, par un secret dessein de la Providence, aucun des siens n'ait encore mérité les honneurs des autels , cependant, on peut dire sans crainte d'erreur, qu'il s'est trouvé des religieux vertueux et exemplaires, qui ont si bien conformé leur vie aux exemples de leur Père spirituel, que, de] ce côté, il ne manque rien à sa pleine glorification sur la terre. En attendant et en accélérant par ses prières 1 heureux jour où, à coté du Père, on vénérera quelques-uns de ses enfants, il ne parait pas inutile à la gloire du Fondateur de raconter les actions glorieuses de ses Fils, les plus fidèles imitateurs de sa chante.

Avant d'esquisser cette série de médaillons, nous protestons solennellement vouloir nous conformer en tout au décret d'Urbain VIII. Ce que nous dirons des Ministres des infirmes, pour célébrer leurs vertus et grâces, doit s'entendre de foi humaine et comme récit historique. Si nous ne citons pas, sur chaque Père, nos autorités, que le lecteur le sache, nous empruntons tous ces détails biographiques aux: écrivains de l'Ordre, savoir : aux Pères Cosimo Lenzi, Domenico Régi et Carlo Solfi.

I. Le Père Blaise de Opertis. — Outre les trois premiers compagnons de saint Camille, Bernardino deNorcia, Curzio Lodi et Franceseo Profeta ; outre le Frère Etienne de Modène et le Père Paolo Corneta, dont il est fait mention dans la Vie du Fondateur, le premier qui se distingua par sa réputation de sainteté fut Biaise de Opertis, successeur immédiat du Père Camille dans la charge de Supérieur général.

Né à Svracuse, de la noble famille de Opertis, il fut, dès sa jeunesse, appliqué à la culture des lettres. Ses progrès furent si rapides qu'à la mort de son père, il mérita d'être choisi comme secrétaire de la chancellerie de l'évèque de Malte, et obtint la croix de Saint-Jean de Jérusalem. Se sentant de l'inclination à l'état ecclésiastique, il obtint de l'évèque, avec l'ordination sacrée, la permission de se rendre à Bologne pour y achever l'étude delà théologie et des saints canons. Telle était la résolution de Biaise, mais telle n'était pas la volonté du cul qui le destinait à une autre entreprise. Défait, arrivé à Rome, il se sentit tellement attiré par l'exemple du saint Fondateur, qu'il se décida à prendre le saint habit et le revêtit à sa plus grande joie, le 3 novembre 1.586. Il ne fallut pas beaucoup de temps pour découvrir en lui, avec une rare piété, une particulière adresse dans le maniement des affaires ; c'est pourquoi le bon Père Camille le choisit pour la fondation de Naples, dont il fut créé supérieur en octobre 1588. L'affabilité des manières, la douceur des paroles et encore plus la sainteté de sa vie lui concilièrent

une universelle admiration. Après avoir exercé les différentes charges de l'Ordre, il fut élu par les suffrages de tous les Pères, d'abord premier vicaire, puis, après la renonciation de Camille, Préfet général. Elevé à l'école du saint Fondateur, il ne pouvait pas n'en pas apprendre la vertu. L'amour des malades, le zèle pour le salut des âmes, l'humilité la plus profonde, la piété la plus solide, la régulière obéissance, le bien et l'avantage de l'Ordre,

formaient les ardentes aspirations de son cœur, les exercices ininterrompus de toute sa vie. S'étant trouvé d'un avis contraire à celui du Père Camille dans une question qui tenait les esprits divisés, il en conçut un tel regret qu'il voulait expier sa faute par trois jours de jeûne, se donner la discipline en public et se condamner pour quelque temps aux plus bas offices de la cuisine. Il n'est donc pas étonnant qu'un religieux si humble se soit décidé, suivant l'exemple de Camille, à renoncer à la charge de Général et à se renfermer, comme le Père, dans les murs d'un hôpital. Telle était la ferveur de sa piété, qu'en célébrant la messe il éclatait en tendres soupirs. Il n'était jamais las de convertir des âmes au Seigneur : à cette fin non seulement il prêchait dans les églises, mais quelquelois sur les places publiques ; et quand la fatigue l'empêchait de s'y rendre, il s'y faisait transporter par une bête de somme. Ses vêtements étaient toujours négligés et en mauvais état; le linge dont il se servait était si rude et si grossier, qu'il paraissait plus propre à le tourmenter qu'à le couvrir. Les habits plus fins que lui offraient les dames, il les refusait, et les priait de travailler pour la sacristie, l'autel et les indigents les plus nécessiteux. Son ht était dur et étroit, il ne prenait jamais plus de trois heures de repos. Sa nourriture était habituellement quelques misérables restes laissés par les pauvres ; et si on l'invitait à se nourrir de meilleurs aliments, il répondait qu'il n'était même pas digne de ces tristes débris qu'il regardait comme les restes du repas de notre Sauveur, dont il considérait limage dans les pauvres ; à l'hôpital, il nettoyait et pansait les plaies les plus dégoûtantes ; quoiqu'il

sentit ses forces décliner et scs infirmités s'accroître, il ne se relâcha point de ses travaux tant qu'il put se tenir debout.

Le Seigneur ne manqua pas de combler son serviteur de différents dons ; nous pouvons particulièrement rappeler le don de pénétrer les cœurs et de connaître le secret des consciences. Oneneut lapreuvedans un certain ouvrier qui, travaillant aune maison de l'Ordre, fut pris à parti par le Père Biaise et interrogé sur l'état de son âme avec une telle précision que, se voyant découvert, il confessa humblement ses péchés et se mit eu état de vraie pénitence.

Ainsi comblé de grâce et de mérites, l'homme de Dieu mourut dans l'hôpital des Incurables, à Naples, le 7 juillet 1623, à l'âge de soixante-trois ans; dans sa maladie, il avait supporté avec une patience- admirable les souffrances les plus cruelles, parfaitement résigné, exhortant les assistants au service de Dieu et embrassant le crucifix avec une pieuse tendresse. A sa mort, il arriva un fait qui mérite mention. Les Pères avaient voulu transporter secrètement son cadavre à la maison professe ; pendant ce transport, un vieux malade, tenu pour un grand serviteur de Dieu, attesta avoir vu, à la même heure, un homme d'aspect vénérable, vêtu d'ornements sacerdotaux, qui s'avançait accompagné d'une légion d'illustres personnages, au milieu de cierges allumes et de concerts de musique.

Extraordinaire fut le concours du peuple à ses funérailles; on était si persuadé qu'on voyait le corps d'un saint, que, non content de lui arracher des fragments de son manteau et les cheveux de la tète, on lui coupa une articulation dndoifft. Le Seioneur contribua encore à rendre

sa mort glorieuse en rendant, à cette occasion, la santé à quelques infirmes et en délivrant quelques énergumènes. Une grâce jjarticulièrement célèbre lut obtenue d un malade qui ne pouvait proférer une parole ; porté aux obsèques du Père Biaise, non seulement il recouvra l'usage de la langue, mais une parfaite santé.

C'était le sentiment des Pères Cesare Bonini, Fran-

cesco Pellicioni et Camille Yanini que la mémoire du Père Biaise de Opertis devait être en vénération près des religieux de son Ordre et que son saint exemple devrait les animer tous à la vertu.

II. Le Père Fraxcesco Coerado. — Parmi les religieux qui fleurirent dans le commencement de l'Ordre, il faut encore compter le Père Francesco Corrado, né à Messine, dune noble et chrétienne famille. Dès son enfance, il avait été enclin à embrasser la carrière cléricale ; ordonné prêtre par son archevêque, il fut destinée au service d'une petite église de Notre Dame deiïArco, et eut à y recevoir une grande multitude de fidèles qui accouraient, avec une grande dévotion, attirés par les grâces singulières que dispensait dans cette église la Reine du ciel. Le jeune prêtre était content de sa position et s'appliquait avec un grand zèle à la sanctification de son esprit, lorsque, par inspiration diabolique, il fut assailli par des malfaiteurs venus pour le tuer, s'il ne leur remettait pas les trésors dont on le croyait possesseur. Sans éprouver d'une telle intimation aucun effroi, François consigna le peu de monnaie qu'il avait pour ses besoins journaliers, ajoutant que ne pouvait posséder rien de plus un prêtre exclusivement soucieux du salut des âmes. Les brigands cherchèrent dans tous les coins de l'habitation et prirent tout ce qui était à leur guise, mais sans découvrir le trésor qu'ils convoitaient avec une folle ardeur. Avant départirais maltraitèrent Corrado, le menaçant de le tuer une autre fois, s'il divulguait cette aventure. Après le départ de ces brigands, François rendit grâce à Dieu d'avoir pu souffrir quelque chose pour son amour eteonçut dès lors le dessein d'entrer dans la Compagnie des Clercs réguliers, Ministres des infirmes, dessein qu'il accomplit en 1603; il fit son noviciat à Florence et le termina à Naples où il fut profès en 1605.

Quels progrès Corrado fit dans la vertu, on le devine par ce fait, que, tout après sa profession, il fut nommé maître des novices d'abord à Rome, puis à Naples ; de plus, il fut envoyé par les supérieurs dans diverses mai-

sons, pour le seul motif de rendre efficace dans plusieurs endroits le bon exemple de sa signalée vertu. Cependant le théâtre principal de ses héroïques actions, ce fut, sans contredit, l'hôpital des Incurables de Naplcs. L'abondance parfaite des vertus du Fondateur rayonnait dans cet hôpital; Corrado les imita avec une telle application et un tel succès, qu'il serait difficile de dire à la possession de laquelle il s'appliquait avec un amour de préférence. C'était un beau spectacle, quand Corrado se trouvait là avec le PèreCamille. Pendant que le fils mettait ses soins à noter les paroles, les actions et les souvenirs du Père, en retour, d'autres écrivaient avec la même ponctualité les actions, les paroles et les souvenirs du fils, assurés tous de retrouver dans ces écritures les enseignements de leur Père commun.

De ces écrits, qui furent, dans la suite, confirmés sous la foi du serment, il résulte que Francesco était, pour toutes sortes d'infirmes, ce qu'est une bonne mère au lit de son fds unique. Non content de soigner les corps, quelles que fussent la qualité des personnes et la nature de la maladie, il procurait, avec le plus grand zèle, le salut des âmes, employant les moyens que suggérait son ardente charité. Les hérétiques convertis par lui, les âmes ramenées au droit chemin, sont autant de preuves delà charité qui le poussait à agir et qui formait les délices de son cœur vertueux. Le moindre mépris qu'il aurait vu faire d'un malade était, pour sa délicatesse, un vrai martyre. On en eut la preuve dans la circonstance que voici : Le directeur de l'hôpital avait chassé un malade, pour le seul fait, dans un accès de toux, d'avoir craché, par inadvertance, sur la calotte du Père; il interposa sa médiation, mais sans pouvoir, par des excuses et des douces paroles, calmer cet orgueilleux administrateur; enflammé d'une sainte indio-nation, il le décida enfin à faire «race h ce pauvre malheureux.

Véritable ange consolateur, non seulement il cherchait l'avantage des malades par toutes sortes de services, même les plus abjects; il engageait aussi la miséricorde divine

à opérer les plus étonnants miracles ; ensuite, il les couvrait de prétextes spécieux, pour écarter la pensée qu'il les eût mérités par sa foi. Ainsi, un jour, voulant purger un malade d'une lèpre dégoûtante, il lui prépara un bain d'une eau qu'il dit merveilleuse, mais qui n'était telle que par la vertu de ses mérites et de son intercession. Une autre fois, voulant guérir un Frère d'une plaie dans les narines, il lui donna un peu d'eau, avec addition d'un certain vinaigre odoriférant, qu'il disait très efficace pour guérir un tel mal. En somme, telle était son humilité, etsi grande la perfection de toutes ses vertus, qu'il ne pouvait écarter de lui l'estime et l'admiration universelles.

Une vie si sainte se termina le 25 août 1618, à l'âge de quarante-trois ans. Le concours extraordinaire d'assistants à ses funérailles, qui le dépouillèrent presque entièrement pour se procurer de ses reliques, les attestations de son confesseur sur sa pureté virginale, les actes ininterrompus pendant sa carrière mortelle de toutes les vertus chrétiennes et religieuses, tout porte à croire qu'il quitta la terre pour voler dans le sein de Dieu et y jouir, avec le bon Père Camille, des splendeurs de l'éternelle gloire.

III. Le Père Hilaire Calés. — Une autre âme d'élite, ce fut, sans contredit, le Père Hilaire Calés, noble de Lorraine. Contempteur magnanime de toute grandeur terrestre, il ne se montra, dès ses plus jeunes années, désireux que de la gloire de Dieu et du salut de son âme. Animé d'un tel esprit, il n'épargna ni vigilance, ni fatigue, pour conserver au milieu du monde son innocence intacte, sa candeur sans tache et sa piété toujours ardente. Appliqué à l'étude des lettres, il employait ses loisirs et ses récréations à réciter des prières et à chanter les louanges de Dieu devant un petit autel qu'il avait érigé dans sa demeure.

Au sortir de l'adolescence, il abandonna sa patrie et se rendit à Rome avec quelques personnages envoyés en mission spéciale près la Cour romaine. Depuis sept ans déjà, il habitait cette cité, lorsque, de plus en plus confirmé dans sa persuasion de la vanité des choses de ce

monde, il résolut d'embrasser la vie monastique. Et, parce qu'il avait admiré souvent les œuvres de Camille, comme attiré par ses exemples et son héroïque charité, il se présenta à lui et lui demanda d'être admis au nombre de ses Fils. Cette pieuse demande plut au bon Père Camille, et, après avoir éprouvé Hilaire quelques jours, pendant lesquels il le vit travailler avec les maçons à la maison de la Maddalena, il l'admit à l'habit le 10 novembre 1590, et l'envoya àNaplespour v achever son noviciat. Là, sous la direction du Père Biaise de Opertis, il se perfectionna dans la pratique de la plus profonde humilité, en s'apphquant aux plus humbles offices de la maison; il fit de tels progrès dans la vertu que, le 10 novembre 1592, il lut jugé digne d'être admis à la profession solennelle.

Tout après sa profession , Hilaire Calés fut envoyé d'abord à Rome, puis à Florence, dans l'hôpital de Sainte- Marie-la-Neuve. La réputation de sainteté qu'il acquit fut telle qu'il fut élu maître des novices; entre autres, il eut pour élèves les Pères Giambattista Novati, Fabrizio Turboli et Paolo Lazio, qui, dans la suite, illustrèrent l'Ordre par leur haute vertu. De Florence, le Père Hilaire fut envoyé à Milan, où il fut le miroir de ses confrères par les fatigues qu'il supporta, tant dans les maisons privées que dans les hôpitaux. Ses efforts ne furent pas stériles; il récolta, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, des fruits abondants. Les supérieurs, voulant ouvrir à sa charité un plus vaste champ, l'envoyèrent à l'hôpital de Gênes. Dans cet hôpital, il trouva, après sa navigation périlleuse, un port de salut. Après trente ans de labeurs continuels, il quitta, par la mort, la mer agitée de ce monde, pour passer au port de l'éternel salut. Il serait trop long de raconter les gestes héroïques de Calés, pendant trente ans passés à l'hôpital de Gènes. Véritable imitateur du bon Père Camille, il trouva, dans cet hôpital, une vigne délicieuse, dans la culture de laquelle il ne laissa jamais fléchir ni son zèle, ni son courage. Refaire les lits, soigner les plaies, panser les plus dégoûtantes, consoler les affligés, encourager les timides, relever les languissants,

vn

balayer les infirmeries, enlever les immondices, s'occuper aux offices les plus disgracieux et les plus rebutants, telles étaient ses occupations journalières. De plus, pendant vingt ans, il eut la charge de veiller à l'administration des sacrements et à la consolation des âmes, office qui l'obligeait à passer des journées entières sans prendre ni réfection ni repos. D'ailleurs, il avait une affluence extraordinaire de malades, causée tantôt par une maladie épidémique, tantôt par une guerre cruelle. On ne peut pas comprendre comment son zèle héroïque suffisait à tout et en quoi son cœur si pieux pouvait trouver quelque repos. Ennemi de l'ignorance et de la paresse, il voulait que ses religieux fussent toujours occupés ou à l'étude, ou au soin des malades, ou au chant des louanges de Dieu, et il était la forme de son troupeau, donnant partout le meilleur exemple. Et qu'on ne croie pas que sa santé fût excellente : pendant de longues années , il fut affligé de cinq infirmités très fatigantes, douleurs de reins, d'estomac, cors, goutte et pierre. Mais, comme s'il n'eût souffert d'aucune, on le voyait toujours content et joyeux au milieu des exercices ordinaires de sa charité. Sa vertu était accompagnée d'une telle mortification intérieure, que, frappé à tort d'un cruel soufflet, il ne laissa paraître aucun trouble ; d'une si profonde humilité, qu'ayant trouvé dans la maison de l'un de ses pénitents son portrait, il le foula aux pieds et le mit en pièces; au surplus d'une telle compassion pour les besoins d'autrui, qu'il se dépouilla quelquefois de ses vêtements et donna même sa propre couche. On raconte qu'ayant lu dans le cœur d'un grand personnage , il s'écria : Tentation, tentation! et l'empêcha d'accomplir une mauvaise action. On raconte aussi qu'il prédit quelquefois la mort ou la guérison de quelque malade, ce qui arrivait toujours comme il l'avait annoncé. Hilaire prédit aussi sa mort, ajoutant qu'elle ne serait pas saluée du glas funèbre; en effet, il mourut le 20 mars 1636, le samedi saint, jour où, par respect pour la rédemption du Sauveur, les cloches se taisent. Grand lut le concours à ses funérailles : Dieu les honora par la gué-

rison d nu certain nombre d infirmes et en permettant que, frappé sept jours après d'un coup de lancette an pied, il laissa échapper un sang vif, comme s'il brûlait encore de cette charité qui avait animé son corps non moins que son àme. Dieu veuille accroître la gloire de son serviteur et nous accorder la grâce de copier les actes d'un si aimable confrère.

IV. Le Père Xicolo Ghana. — Parmi les disciples du Père Calés, il faut compter le Père Nicolo Grana, dont la vie fut un exercice non interrompu de toutes les vertus chrétiennes et religieuses. Ne à Ferrare, il fit ses premières études au Collège des nobles de Bologne. A lâchévement de ce cours, il manifesta un grand amour de la piété et de la pénitence. La pratique de ces vertus le poussa bientôt à quitter le monde ; il revêtit l'habit des Ministres des infirmes, eu surmontant avec un grand courage l'opposition de son père, qui s'obstina dans sa résistance jusqu'à priver son fils de tout droit à sa succession. Cette punition, loin de détourner l'âme du jeune homme de la résolution prise, l'excita à renoncer encore à l'héritage de sa mère, renonciation qu'il fit avec l'approbation des supérieurs. Après sa profession et sa promotion au sacerdoce, il se consacra tout entier à la retraite, au silence et à l'observance des rèo-les. Tout absorbé en Dieu,

ri

il ne récitait pas les heures canoniques autrement que prosterné devant l'image du crucifix ou de la sainte Vierge. Quand il sortait de la maison, il employait son temps à la récitation du rosaire, cherchant pour cela les lieux solitaires et retirés.

Créé préfet de la maison de Ferrare, son amour des pauvres ne fit que resplendir davantage, non seulement par la visite des infirmes dans les hôpitaux et'les prisons, mais par son zèle à pousser les nobles de la cité à procurer, par toutes sortes de moyens, le soulagement des malheureux. Envoyé de Ferrare à Mantoue et de Mantoue à Milan, il laissa partout de lumineux exemples de ses rares vertus. Dans cette dernière ville, il fut attaché au service de l'armée autrichienne, pendant la guerre que

Vi'i CHAPITRE XXX

l'empire entreprit contre l'Etat de Mantoue. Persuadé

que sa vie était sacrifiée pour le service des blessés, il opéra de vrais prodiges de courage, il se jetait toujours là où la mêlée était plus sanglante, pour assister les mourants et soulager les blessés. Après la campagne, il fut envoyé, comme maître des novices, à Naples, puis à Rome; là, son exemple eut tant de force et de vigueur, qu'il engagea les cardinaux et les nobles non seulement à le seconder par de larges aumônes, mais à consacrer leurs soins et leurs efforts à toutes les œuvres de bienfaisance qu'il sut introduire tant dans les prisons du Capitule, de la cour Savelli et de Tordinona, que dans les hôpitaux du Saint-Esprit et des Incurables.

Vrai père des pauvres, il leur offrait, dans la maison de la Maddelena, des repas somptueux; il faisait la même chose dans les hôpitaux, et ne cessait de porter, dans les prisons, d'abondantes aumônes, qu'après avoir pourvu à tons les besoins des malheureux. Un jour étant allé avec ses novices, visiter l'église des Saints-Vincent-et-Anastasc, aux Trois Fontaines, la Providence permit qu'il rencontrât un pauvre infirme, près d'expirer dans une étable. Dans l'impossibilité de lui porter secours, il improvisa un brancard avec des branches d'arbre et le transporta à l'hôpital de la Consolation ; obligé de le laisser là pour ramener ses novices à la maison, il pria les infirmiers d'en avoir tout le soin possible, promettant de venir l'assister le lendemain. En effet, il y retourna le lendemain et trouva le malade mort ; il en conçut une douleur si vive de n'avoir pas volé à son secours pendant la nuit, qu'il voulut le jour même confesser sa faute et se flageller publiquement au réfectoire.

L'exercice de si grandes vertus lui procura tant d'estime que beaucoup d'illustres matrones voulurent, à son exemple, secourir les pauvres; bien plus, ceux mêmes qu il rencontrait dans les rues s'inclinaient devant lui, et quelquefois, dit Guarmi, dans son Compendium historique, il était accosté d'un si grand nombre de personnes qu il n'était pas aisé de s'approcher de lui.

Sur le lit de mort il s'écriait : « Mes pauvres ! Qui aura soin de mes pauvres? Qui fera l'aumône à mes pauvres?» C'est clans ces pensées qu'il quitta la terre dans la cité de Ferrare, le 24 novembre 1660, pour aller jouir de la félicité des Bienheureux. L'auteur précité dit, que le 26, jour de la sépulture, « la foule accourut à ses funérailles comme à une grande solennité; mais, à son grand déplaisir, il se trouva que le cadavre du défunt n'avait pas été exposé dans l'église; le cardinal Giacomo Francesco, légat de la cité, l'avait défendu pour qu'il ne fût pas dépouillé par les habitants, qui tous, tant était grande la vénération publique, eussent voulu le dépouiller, pour se procurer des reliques du serviteur de Dieu». Le Père Grana était parvenu à toutes les charges de l'Ordre, jusqu à la suprême préfecture ; il s'en était dépouillé pour vaquer plus facilement au service des infirmes.

V. Le Frère Giacomo Giacopetti. — Il n'est pas facile d'esquisser en peu de mots une vie si féconde en mérites cpie celle du Père Giacomo Giacopetti. Il était né le 25 novembre 1591; il fut appliqué al étude de la grammaire et de la musique. Venu à Rome, il s'y consacra à la médecine ; déjà il était médecin praticien dans 1 hôpital de San- Spirito, lorsque attiré par les exemples du Père Camille, il demanda avec instance d'être reçu parmi ses fils spirituels. Le Saint, qui connaissait déjà ses dispositions, l'envoya à Naples pour y faire son noviciat en qualité de frère laïque, sa modestie s étant refusée à entrer dans l'état clérical. Dès les premiers jours, il montra cet esprit d'ardente charité qui l'embrasait; bientôt il devint le modèle non seulement des novices, mais encore des profès et de ceux qui avaient achevé leur probation. Très pauvre pour lui-même, il n'avait qu'un vêtement déchiré,- un chapeau et un office de la sainte Vierge, content, au surplus, de la pauvreté la pins sévère et la plus rigoureuse. Saint Camille, informé de son zèle, ne tarda pas à l'appeler à Rome pour y remplir l'office de sous-maitre des novices et de sous-ministre de la maison. Cet emploi dura jusqu'en 1630, époque où il fut destiné au lazaret du pape Jules,

'i- ' CHAPITRE XXX

hors la porte du Peuple. Giacomo resta deux ans dans cette prison ; atteint du mal, auquel il n'échappa que par miracle, il l'ut, après un court repos, envoyé par les supérieurs à l'hôpital de Gênes. A peine eut-il paru dans ce lieu de misères, qu'il semble être un ange consolateur. Se faisant tout à tous, il ne se contentait pas de surveiller les infirmiers, pour en obtenir l'exact accomplissement de leur office ; il se réservait de veiller à ce qu'on administrât avec décence les sacrements; il voulait encore que les infirmes ne manquassent d'aucune des douceurs qui peuvent alléger l'ennui d'être enfermés dans un hôpital.

A cette fin, il recourait à la piété des riches et ouvrait, dans l'hôpital, un dispensaire rempli de préparations, de conserves, de fruits, de rafraîchissements et de toutes les délicatesses propres à soulager les convalescents ou les malades. Quant à lui, il les distribuait avec un tel sentiment de bonté, qu'il en doublait le prix.

La charité seule n'enflammait pas notre Giacomo. Tout rempli de l'esprit de Dieu, il parlait des choses célestes avec de si nobles accents, qu'il captivait par ses paroles même les doctes et les savants. Dévoré de zèle pour le salut des âmes, il s'appliquait à convertir les Juifs et un grand nombre lui dut le salut éternel. Très dévot à la très sainte Vierge, non seulement il la vénérait avec une singulière affection, mais il voulait, pour l'édification commune, célébrer avec des lumières et des cantiques ses fêtes solennelles.

Combien il était détaché de la terre et des siens, on va le voir par un fait. En faisant le pèlerinage de Lorette, il passa par son pays natal ; moins par besoin que par mortification, il voulut demander l'aumône de porte en porte.

Or, à une porte, il se trouva en face de sa soeur, qui, reconnaissant l'habit de l'Ordre, demanda des nouvelles de son frère. Giacomo sourit, et, sans se faire reconnaître, sacrifia à Dieu le plaisir d'être reconnu et accueilli des siens.

La pratique de tant de vertus le rendait aimable à tous ; pour lui, il pensait bassement de lui-même, et ne se ré-

jouissait guère que des mépris et des humiliations. Un jour entre autres, le Père Général Xovati le voyant passer : « Voilà, dit-il, ce grand hypocrite, qui s'en va ainsi négligé,pour se faire croire un saint, et qui demande à rester dans les hôpitaux pour ne faire qu'à sa volonté. » A ces paroles, Giacomo répondit sans hésiter : « Loué soit Dieu qui ùte tout crédit à mes fonctions et permet qu'on me tienne pour ce que je suis ! » Et se tournant vers le Père Général, il le pria humblement, puisqu'il connaissait le mal, de vouloir bien appliquer le remède.

On ne peut pas croire que Dieu laissa son serviteur sans lui départir différents dons et grâces signalées. Nous rappellerons seulement qu'il délivra un ami du grave péril de perdre sa liberté et sa réputation : Giacomo lui avait fait connaître le contenu d'un écrit, dont il n'avait pu pénétrer le secret que par révélation d En-Haut.

Mûr pour le ciel, Giacomo quitta la terre à l'âge de soixante-cinq ans, le 14 juillet 1656. En servant les pestiférés avec des fatigues inouïes, sans prendre aucune prècaution , il fut enlevé en peu de jours et mourut victime de son dévouement. Longtemps avant il avait prédit le jour de sa mort. Quand son cadavre fut porté en terre, les fossoveurs attestèrent qu'il s'échappait du cercueil un parfum délicieux qui étonna l'assistance. Heureux d'avoir pu imiter si bien les exemples de son Père !

Après ces fidèles imitateurs de saint Camille, nous citerons encore quelques illustrations de l'Ordre. C'est par ses héros qu'une armée se recommande ; c'est par ses saints qu'un Ordre religieux se crée des titres à l'admiration et à la reconnaissance des peuples.

Le Père Jean Coquerel, originaire de l'Artois* était très versé dans le connaissance des langues. En Hollande particulièrement, il convertit un grand nombre d'hérétiques. Provincial de l'Ordre à Mantoue, il prédit, au duc Vincenzo, lapproche de la peste et plusieurs autres choses ; durant la contagion il montra beaucoup de calme et d'intrépidité; par son exemple et par ses discours, il animait

les autres à servir les malades; malade à son tour, il mourut, en 1630, victime de sa charité. Son austère et sainte vie méritait une fin aussi glorieuse. On raconte de lui qu il vécut dans les hôpitaux, qu'il ne buvait que de l'eau, dormait sur la terre nue et se donnait la discipline avec des chaînes de fer.

Le Père Joseph Romaguerra soupirait ardemment après le martyre; il obtint enfin la permission daller aux Indes, où il espérait atteindre le but de ses vœux les plus chers. Mais Dieu disposa autrement de sa vie, et lui demanda un autre sacrifice à peu près semblable. Tandis qu'il assistait un mourant à Madrid, il fut mortellement frappé par un assassin; il offrit sa vie à Dieu pour obtenir le pardon du meurtrier, et expira en paix, en 1640.

Le Père Jean-Baptiste Xovato, de Milan, fut célèbre par ses ouvrages sur la sainte Eucharistie, et les gloires de la bienheureuse Vierge Marie. Après avoir supporté avec courage les souffrances très vives d'une longue et douloureuse maladie, il mourut en paix à Milan, en 1648.

Le Père Jean-Baptiste Contronibus, de Naples, fut si remarquable par la charité qu'il montra dans le soulagement des orphelins et des veuves, que le pape Paul V le choisit pour son aumônier, et tous reconnaissaient en lui le père des pauvres. Il fut un des plus zélés défenseurs de l'Institut, et mourut à Rome en 1651.

Le Père Michel Monserrat, d'Aragon, fut le premier à propager 1 Ordre en Espagne, ce qu'il fit avec une ardeur tellement apostolique, que Philippe IV se sentit porter à fournir des sommes considérables et à accorder des privilèges pour de nouvelles fondations. Après l'établissement de plusieurs Maisons dans ce royaume, Dieu récompensa son zèle par la mort du juste. Il s'endormit dans le Seigneur à Madrid, en 1654.

Le Frère Pierre Suardi, de Bergamo, fut célèbre par sa piété angélique. Il reçut de Dieu le don des miracles. Il mourut plein de ferveur à Naples, en 1656.

Le PèreBcnedetto Salgado, deMontfort Delemos, était un homme très profond, qui mérita par ses vastes connais-

sances le titre de « philosophe », quand il était professeur au collège d'Alcala. Il joignait à de rares talents une admirable sainteté. Il se dévoua avec une sublime constance au service des malades dans l'hôpital de Madrid, où il fut attaqué d'une fièvre contagieuse dont il mourut, ;i la fleur de 1 âge, en 1670.

Le Père Sébastien Bianchi, de Garezzo, était un religieux: d'une vie très austère et d'une grande charité. Par son exemple et ses exhortations il porta les princes et les grands d'Espagne à soigner les malades dans les hôpitaux, où il passa les jours et les nuits, et finit par sacrifier généreusement sa vie; il mourut dans le collège de Madrid, en 1672.

Le Père André Sicli, de Païenne, était un ardent propagateur de l'Institut; sa charité le porta à voyager dans le Mexique, le Pérou, le Brésil et dans presque toute l'Amérique, fondant des hôpitaux, assistant les malades, servant ceux qui étaient atteints de maladies contagieuses. Il avait une dévotion toute particulière pour la sainte Vierge, et, en implorant son puissant secours, il fit de nombreuses conversions, guérit des infirmes, délivra des possédés, et opéra plusieurs autres miracles. Il mourut en Portugal, eu 1694, et fut favorisé d'une vision de la très sainte Vierge, qui l'appela à l'éternel repos.

Le Père Nicolas de Morthier, de Tournay en Belgique, homme d'une immense érudition, fut célèbre par son habileté dans les langues grecque et hébraïque. Il publia plusieurs savants ouvrages et édifia tous les religieux par l'exemple des vertus les plus rares, ce qui lui valut la charge de Général de l'Ordre en 1699. Il gouverna plusieurs années en cette qualité, à la grande satisfaction de l'Institut, car il avait le talent si difficile d'allier la douceur à la sévérité, de concilier le zèle avec la piété et la compassion. Il mourut de la mort des justes, dans la maison de la Madeleine, à Rome, en 1730.

Le Père Pantaleone Dolera, de Gènes, publia de nouveau en italien avec des additions la Vie de saint Camille qui avait été écrite par le Père Sanzio Ciccatclli quelques

années après la mort du Saint. Il fut un parfait imitateur des vertus du charitable Fondateur; il était si éloquent et si persuasif, quand il remplissait le ministère apostolique, qu'il convertissait un grand nombre de pécheurs; il leur inspirait des sentiments de pénitence autant par son exemple que par ses discours. Il fut élu Général en 1710, et trois ans après, sa grande humilité lui ayant fait résigner cette charge, il se retira à Turin, où il mourut d'une sainte mort en 1737.

Et enfin, pour en passer sous silence un grand nombre d'autres, le Père Martin d'André Pérez, de Castelmimbrex en Castille, après avoir été professeur au collège d'Alcala, et supérieur de plusieurs établissements en Espagne, alla propager l'Institut en Amérique, où ses efforts furent couronnés d'un plein succès. Lima fut le théâtre de ses travaux et de sa vie exemplaire. Infatigable dans son zèle pour le salut des âmes, d'une humilité incomparable, très sévère pour lui-même, scrupuleux dans l'observance de ses vœux et de ses règles, très fervent dans la prière, il marcha sur les traces de saint Camille, dont il fit revivre les vertus. Il fut, en outre, favorisé du don de prophétie, de celui de guérisons, et d'autres grâces privilégiées. Il mourut à Lima, le 15 août 1770, dans la soixante-deuxième année de son âge1.

Xous pourrions citer d'autres noms, mais il faut laisser aux vertus que nous admirons la parure de la modestie. Nous ne soulèverons donc point le voile qui les cache aux veux de la foule et nous laisserons aux ano-es le soin de les contempler. Ces exemples suffiront pour montrer que, dans la suite des siècles, malgré les faiblesses de l'humaine nature, malgré les séductions du monde et les entraînements des révolutions, les Fils de saint Camille sont restés dignes de leur Père.

i. Blanc, Vie de S. Camille, [>. 386 et passim.

Les Fin- de l'homme, compositions de M. Ciappori. — 1. L;i bonne Mort. Le péché originel ayant mis en notre corps un germe de corruption, le corps meurt, se décompose et tombe en poussière. Mais notre corps ressuscitera : « Je sais, disait Job, que mon Rédempteur est vivant et qu'à la fin des temps il me ressuscitera de la poussière. >■

S. CAMILLE DE LELLIS

T R ADUC T I O N

Benoit Evèque, Serviteur des Serviteurs de Dieu, Ad perpetuam rei memoriam.

p?=^£^3 e zèle de la miséricorde que rappelle l'exemple du | A Père céleste et que propose si souvent renseigne-

Ksi? ment du Sauveur, c'est là ce qui distingue les disciples du Christ et les enfants de la sainte Eglise des adeptes des sociétés humaines. Aussi bien à l'amour qu'ils ont les uns pour les autres, on leur reconnaît la science qui surpasse toute autre science, et on les sait vraiment appartenir au royaume du Fils de Dieu. Cette loi de charité n'a pas été gravée dans le cœur de pierre des Israélites; la race de Lévi ne l'a point eue en héritage , et la famille

d'Aaron ne l'a point reçue avec la prérogative du sacerdoce; c'est dans le cœur des Fidèles que le Saint-Esprit l'a répandue avec abondance et suavité. Car, de même qu'elle a l'ait de l'étranger de Samarie le prochain du Juif languissant, ainsi elle a relié entre elles par les liens de la fraternité toutes les nations de l'univers. Cet esprit de charité a vraiment renouvelé la face de la terre; aussi le genre humain, accablé -eus le poids du péché et des peines qui l'ont suivi, n'a-t-il plus. considéré cette vallée des larmes comme le lieu de son exil et de son châtiment, mais comme le théâtre de la charité et celui de son pèlerinage vers le bonheur. Alors les infirmités de ce monde, ce lot commun imposé à tous les membres d'un même corps, sont devenues, pour ceux qui les endurent, un motif d'expiation de leurs fautes et l'occasion de leur salut éternel. Quant à ceux qui y compatissent, elles ont augmenté leurs mérites et leur ont donné la confiance d'obtenir pour eux la miséricorde qu'ils avaient eue pour les autres.

Rempli de cet esprit venu du Ciel et bien supérieur à celui du siècle, le bienheureux Camille de Lellis a pieusement entrepris de donner ses soins à tous les malheureux, et principalement aux malades. Ceux qui ne le touchaient par aucun des liens du sang, qu'ils fussent ou non de sa patrie, pressé par la charité du Christ, il se fit un devoir particulier de les soulager ; il eut même, pour eux, plus que ne réclame la piété filiale et fraternelle. Bien plus, voyant qu'il ne pouvait étendre partout son zèle et ses soins à ceux (pie visite le malheur, ni les continuer aux âges à venir, au delà des limites imposées à sa vie, il suscita dans les autres ce même esprit dont il était dévoré, et, après les avoir enchaînés par le lien perpétuel de la charité et de la profession du vœu de religion, il leur confia et leur recommanda, près des malades, les soins continuels de l'âme et du corps. Et comme maintenant il est prouvé qu'avec la grâce de Dieu, ce Bienheureux a pratiqué la vertu à un degré de perfection que la raison humaine et les forces naturelles ne sauraient atteindre, le Seigneur Tout-Puissant ayant même daigné glorifier sa sainteté par d'éclatants miracles opérés en présence des enfants des hommes, du haut de cette chaire de vérité, avec l'assentiment de nos vénérables Frères les cardinaux, les patriarches, les archevêques et les évêques assemblés en grand nombre à la Cour de Rome, et pour répondre au désir de l'Eglise universelle, [Nous le

proposons à juste titre à la vénération et aux hommages, à L'invocation des peuples, à l'imitation de tous les Fidèles ; et telle est la déclaration que Nous faisons par la teneur des présentes lettres.

Il naquit à Bocchianico, petite ville du diocèse de Chieti, dans les Abruzzes, l'an du Seigneur 1550, après des présages de sa sainteté future. Sa mère l'avait conçu dans un âge déjà avancé. Un jour, il lui sembla en songe qu'elle avait mis au monde un enfant portant une croix sur la poitrine et en conduisant une foule d'autres également marqués d'une croix. Camille fut cependant loin de répondre d'abord à ces présages : il passa sa jeunesse dans le vice et s'adonna surtout passionnément au jeu, y dépensant santé, réputation et fortune. Il le lit si bien, que les hontes de la pauvreté le forcèrent d'aller remplir, d'abord à Rome, à l'hôpital des Incurables, une charge très humiliante, bien peu en rapport avec l'éclat de sa naissance, de s'engager ensuite dans les tra\aux de la milice de Venise ; puis enfin de venir prendre place à Si[>onte parmi les serviteurs du couvent des Frères capucins. Partout inconstant, partout à charge à lui comme aux autres, la patience du Dieu de miséricorde ne l'abandonna cependant jamais ; il avait daigné l'écarter de cet abîme qui toujours se creuse de plus en plus : de l'habitude affreuse du blasphème, trop ordinaire aux joueurs. Pour lui montrer enfin les richesses de sa miséricorde, il le lit un jour sortir du sommeil de la mort, et, de sa main puissante, étendant sur lui son bras, il le ramena île la voie de la perdition au chemin du salut.

Un jour, en voyageant seul, Camille se rappelle les paroles de pieuses exhortations qu'on lui avait faites autrefois, et qu'il n'avait écoutées qu'avec mépris. 11 les médite, il y pense cette fois sérieusement; et voilà que, tout à coup saisi d'une lumière intérieure, il se prosterne à terre, frappé du souvenir de ses fautes, effrayé du jugement de Dieu, et il ne se relève pas avant d'avoir détesté les erreurs de sa vie par l'acte du plus parlait regret, et résolu de garder invariablement la grâce du Seigneur à l'avenir. De ce jour, Camille devint un homme nouveau.; car non seulement il s'abstint de toute espèce de vices, mais encore il se mit à tendre au plus haut point de la perfection chrétienne. Il revêtit l'habit de saint François, à Siponte, dans l'Ordre des Frères capucins ; mais, une plaie que depuis longtemps il avait à la jambe s'étant rouverte à

plusieurs reprises, deux fois ses Supérieurs, à leur grand regret comme au sien, le renvoyèrent, et il se trouva ainsi forcé de quitter un genre de vie austère, bien chère à son cœur. De retour à Rome, il rentra dans son ancien hôpital, dans la maison de Saint-Jacques des Incurables, dont il devint, par cette disposition de la Providence, le directeur.

D;ms cette charge, Camille, qui songeait moins à servir les hommes qu'à servir Dieu, avec tout le zèle et le soin possibles, se dévoua tout entier à soulager les malades dans leurs besoins. Mais ne se voyant pas en cela assez secondé par ceux qu'un salaire matériel amenait au service de cet hôpital, il se mit à songer en lui-même au moyen d'avoir des ouvriers plus fervents, en leur proposant des récompense i bien autres qu'un salaire, des mérites spirituels. 11 s'ouvrit de son projet à saint Philippe de Néri, un apôtre de la charité, sous les ordres et le bon plaisir duquel il s'était placé. Il l'approuva et l'encouragea même. Alors, avec quelques aides de cette maison d'abord, puis bientôt avec le concours toujours croissant de pieux fidèles, il établit une association de laïques qui, dans cet hôpital même de Saint-Jacques, se dévouèrent au service de Dieu et au soin des malades, par amour pour Dieu, sans autre espoir que celui de la vie future. Méprisant donc tout contentement personnel et surmontant avec l'aide d'En-Haut les calomnies des envieux, ils persévérèrent si bien dans leur entreprise, qu'en peu de temps ils avaient déjà répandu leur charité même en dehors de leur maison. Du domicile qu'ils avaient pris dans Rome, ils allaient partout, accourant au soulagement des malades pauvres, dans les hôpitaux comme dans les maisons particulières, rendant à la ville entière d'incroyables services. Et ces services furent encore plus éclatants, lorsque des ecclésiastiques vinrent en grand nombre se joindre à Camille. Car, alors, Camille lui-même, sur le conseil de son directeur saint Philippe, lit ses études aux cours du Collège romain.

Après avoir laissé là l'exemple d'une étonnante humilité, il fut ordonné prêtre; dès lors il s'attacha avec eux à rendre à la fois aux malades les soins de l'âme et du corps. Notre très sage Prédécesseur le pape Sixte V en fut touché lui-même, et par ses lettres apostoliques données à Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, à la date du 18 mars de l'année 1586, il approuva à perpétuité, en en faisant l'éloge et en le recommandant, un Ordre dévoué comme celui-là au service de

TRADUCTION 4oo

Dieu et au soin des malades pauvres, dans lequel, sans se lier aucunement par l'obligation d'un vœu, on se propose de pra-i tiquer volontairement la pauvreté, la chasteté et l'obéissance. Il le confirma ensuite sous le nom de Congrégation des Ministres des Malades, lui accorda, dans sa bienveillance, plusieurs induits et plusieurs privilèges tant spirituels que temporels.

Entre autres faveurs, par lettres spéciales du 26 juin de la même année, il fut accordé à tous les membres de cette Congrégation de porter, comme marque distinctive, une croix de couleur rouge sur le côté droit de leurs vêtements. En peu de temps, sous la conduite et l'impulsion de Camille, cette Congrégation produisit, non seulement des fruits abondants, mais encore des hommes remarquables vinrent en accroître le nombre. Aussj son siège fut-il transporté de la ville au quartier de la Colonne, dans une maison plus vaste, celle de Sainte-Marie-Madeleine. Tous ceux qui s'y faisaient inscrire avaient déjà pour but d'y mener la vie religieuse, sous les lois si prudentes de Camille et les règles tracées par lui, avec profession solennelle de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, et service continuel des malades, sans en excepter même le cas de maladie contagieuse. On présenta ces règles à notre Prédécesseur le pape Grégoire XIV d'heureuse mémoire, et après les avoir examinées et approuvées, il lui plut d'ériger la susdite Congrégation en Ordre régulier sous le nom et la dénomination de Clercs réguliers, Ministres des malades. Ses membres présents et à venir resteraient partout placés sous sa protection immédiate et spéciale et à jamais sous celle du Siège apostolique. Dans sa libéralité, il les dota même de faveurs et de privilèges fort extraordinaires ; c'est ce qui ressort pleinement et distinctement des lettres de notre prédécesseur Grégoire données à Saint-Marc, l'an de l'Incarnation du Seigneur 1591, le onzième jour des calendes d'octobre.

On se figure difficilement les services que cette nouvelle école de charité rendit aux hommes de toute condition et pour le corps et surtout pour l'âme. Désormais, les malades ne virent plus avec douleur la peine de l'abandon et de la solitude s'ajouter à l'accablement que cause la maladie; désormais, accablés sous le poids des reproches de la vie passée, ils n'eurent plus à craindre de subir le passage difficile de la mort, sans y rencontrer l'expiation de leurs fautes ; désor-

mais, enfin, l'ennemi du genre humain, qui poursuit de sa rage maligne les mortels malheureux réduits à l'extrémité, ne les a plus trouvés dépourvus de la force que donne la réception des sacrements, ni privés de la consolation et du secours qu'apportent les exhortations de la foi. Les hôpitaux y rencontrèrent la bonne tenue, les Ministres un adoucissement à leurs travaux, et les pasteurs partout secondés furent soulagés dans leurs peines, leurs soucis et leurs craintes. Alors faut-il s'étonner qu'en un si court espace de temps, on ait, aux applaudissements des peuples et avec l'encouragement des évêques, érigé tant de maisons de cet Ordre dans toute l'Italie, la Sicile et jusque dans les provinces reculées, ensuite dans toutes les contrées de l'Europe. Et n'est-ce pas là, qu'avec nombre d'avantages et de profits pour les peuples, brille cet esprit d'extraordinaire charité que Camille a suscité et développé dans ses enfants et ses disciples.

Dans cette œuvre salutaire, dont il était l'âme et le fondateur, il a scrupuleusement accompli lui-même toutes ces règles de la perfection chrétienne, qu'il avait donnée aux autres et principalement celle qui est la plénitude de la loi : la charité. Cette charité, il Nous a été donné, dans ce qu'on a recueilli de sa vie, comme dans les choses qu'il a faites et dont Nous avons des preuves très certaines, d'en reconnaître la grandeur et la sublimité, l'étendue et l'élévation. Lorsque les créatures sont ordinairement pour les autres un aliment au feu de la concupiscence, il n'y voyait, avec cette charité sublime qui procède de Dieu et ne cherche que Dieu, qu'un motif de piété envers le Seigneur et une occasion d'exercer la miséricorde envers le prochain. Aussi, tout ce qui se présentait à lui lui fournissait-il une nouvelle raison d'aimer et de louer chaque jour son Créateur, d'enflammer son cœur de nouvelles ardeurs. Souvent, dans ses fréquents entretiens sur Dieu, et dans ses actes d'ardente charité pour lui, il se prenait à verser des larmes et son cœur brûlait d'un tel amour, que parfois il s'échappait de son visage un rayon sensible de lumière. Néanmoins, il se reconnaissait en gémissant incapable d'aimer, comme elle le mérite, la Bonté infinie ; aussi, aurait-il voulu avoir des âmes infinies pour les employer entièrement à l'amour de Dieu. Ce désir l'embrasait tellement, qu'il ne se mettait jamais à remplir, près du prochain, les œuvres de son pénible ministère, qu'avec l'intention de prouver, dans la mesure de ses forces, son obéissance au

Dieu qu'il entrevoyait dans les pauvres. Cette pensée ne le quittait jamais, tant il l'avait au cœur.

Aussi bien, en menant sur la terre cette vie quasi du ciel, on le vit parfois dans d'étonnantes extases, entièrement privé de l'usage de ses sens, le corps tout entier élevé et suspendu au-dessus de terre, se mêler à la compagnie des esprits bienheureux ; grâce à leur aide et à leur protection il échappa à nombre de circonstances dangereuses, et saint Philippe de Xéri apporte ce témoignage, que des anges apparurent debout à côté de ses compagnons pendant qu'ils servaient les malades. Le Seigneur l'avait aussi comblé d'autres dons surnaturels : de l'esprit de prophétie, du don de guérison et d'un merveilleux empire sur les lois de la nature. Qu'il ait eu ces faveurs du Ciel, il en donna pendant sa vie des preuves nombreuses. Cependant Camille se refusait à voir cette sublimité de vertus et ces faveurs d'En-Haut, pour ne songer volontiers qu'à la bassesse de son humilité. Jamais, en effet, il n'oublia qu'il avait à expier ses fautes d'autrefois. Souvent même il s'appelait le pire des pécheurs, se reconnaissant indigne de vivre parmi les hommes et se disant, avec une intime persuasion, destiné à alimenter le feu éternel. Et cette humilité fut bien la raison de ces continuels exercices de mortification et de pénitence, dont il macérait sa chair. Mais la principale faveur du Ciel en lui fut cette disposition d'esprit, qui lui faisait rendre par devoir, sans trêve ni repos, aux malades, qu'il avait adoptés dans le Seigneur, des services pénibles et repoussants. Il était loin de se laisser éblouir à l'éclat de cet Institut si agréable à Dieu et aux hommes, dont il était le Fondateur et qu'il avait administré avec tant de sagesse, propagé même au loin. Bien au contraire, redoutant ce nom de Fondateur qu'on lui donnait un jour, il alla, après avoir mis la dernière main au bon état et à la règle de son Ordre, jusqu'à renoncer humblement et spontanément à la charge de Préfet, que, pendant vingt-sept années, il avait exercée avec tant de patience et de sollicitude. „

De la sorte il pourrait dire à ses Frères avec Celui dont il avait appris à être doux et humble de cœur : « Je suis au milieu de vous comme un serviteur. » Et en cela n'ont-ils pas encore trouvé un nouvel avantage, puisque à voir les exemples de ce chef d'Ordre dont ils avaient jusqu'alors reçu des lois et des règles de vie si sages, ils avaient ensuite de plus en lui un parfait modèle de soumission et d'obéissance.

Mais, voyons quelle n'a pas été l'étendue de son amour, puisqu'il a porté les fruits de sa charité à tous ses frères dans la tribulation, à toutes les âmes dans la détresse. Nous n'avons pas en ce genre à retracer ici tout ce que faisait régulièrement Camille pour secourir les pauvres, les nourrir, les recevoir dans sa maison, pour protéger les jeunes personnes et les placer, pour défendre et soulager la veuve et l'orphelin. Une œuvre entre toutes, qu'il avait faite son œuvre et celle de ses disciples : soigner l'âme et le corps des malades, démontre assez l'étendue presque immense de sa charité. Quel est en effet, dans Rome entière, le malade pour lequel Camille n'ait eu quelque sentiment de commisération ? Près de qui n'est-il pas allé, lui portant lui-même les soins et les consolations jusqu'au dernier moment, ou bien se substituant ses disciples pour donner les soulagements désirés ? Trouvez quelqu'un manquant de tout, abattu par la maladie, ou bien effrayé par une crainte excessive de la mort, auquel il n'ait pas apporté les secours particuliers de l'âme et du corps, et dans le cœur duquel il n'ait laissé l'espoir du salut éternel? D'autres étaient-ils enchaînés par le vice et le péché? ignoraient-ils les mystères, les dogmes de la religion? il s'appliquait à les ramener au propos de mieux vivre et à les faire rentrer dans le sein de la bonté divine; il les instruisait des vérités de la foi et des préceptes du Seigneur. Il est même prouvé que, quelques hérétiques étant tombés malades à Rome, la charité et la compagnie de Camille jointes à ses instructions et à ses exhortations les saisirent tellement et les éclairèrent au point, qu'avec l'aide de la grâce de Dieu ils revinrent à l'Eglise catholique.

Ses travaux en cette matière, dans tous les quartiers et les maisons de Rome, furent considérables et de chaque jour. Quant aux hôpitaux ouverts au public et surtout à l'hôpital du Saint-Esprit, son zèle y fut tellement assidu, qu'il semblait en avoir fait le but de toutes ses pensées et de tous ses soins, le siège perpétuel de sa vie. On le vit là devancer dans l'accomplissement de toute espèce d'offices, non seulement les serviteurs et les aides, mais encore les supérieurs eux-mêmes. Des charges étaient-elles réparties sur plusieurs têtes, seul il embrassait tout et s'en acquittait avec un empressement incroyable. Les malades avaient en lui tout ce qu'on peut attendre d'un ami, d'un proche, de ses parents. Une mère aimante n'a pas plus de sollicitude pour son fils languissant

que n'en avait Camille pour chacun de ses malades, prévenant leurs désirs, leur procurant les consolations, la commodité, les soins humiliants et surtout l'expiation pour leur âme avec la sainte réception des sacrements. Particulièrement attentif à ceux dont on s'écartait, ou par crainte de la contagion, ou à cause du dégoût et de l'horreur que soulevait leur maladie, il n'hésitait pas à les prendre dans ses bras, à les réchauffer sur sa poitrine, et à les couvrir de ses vêtements. Là souvent, à des journées remplies de labeurs, il ajoutait des nuits laborieuses encore, ne se laissant arrêter, ni par la gêne, ni par la douleur (pie lui causait un ulcère à la jambe joint à une hernie grave. Oubliant même de prendre de la nourriture, du sommeil et du repos, il tomba plus d'une fois à terre près de défaillir, le corps exténué de fatigue.

Restait à voir, par les preuves que Nous en avons sous les yeux, si la charité de Camille en était arrivée à ce degré, qu'il avait promis, avec ses compagnons, de donner ses secours et ses soins aux malades atteints de la peste. Quatre années à peine après la Confirmation apostolique accordée à ce nouvel Ordre, une épidémie avec une excessive cherté des vivres tomba sur Rome, et la cité frappée par ce double fléau se remplit de larmes, de deuil et de ruines. Les uns mouraient de la force du mal, les autres de nécessité et de faim, bon nombre de peur et de découragement. Mais la crainte et le danger qu'encouraient leurs jours les poussaient tous à chercher ailleurs la sécurité et la vie, ou au moins à ne s'exposer pas au péril. Quanta Camille, dédaignant sa propre conservation et sa vie, il n'hésita pas un instant à se dévouer avec ses disciples au salut de tous. Aussi bien le vit-on sans relâche, non seulement, dans tous les hôpitaux ouverts au public, aider de ses exhortations, de ses conseils et de ses soins les malades pauvres, mais encore entrer dans les maisons particulières, y pénétrer même parfois par les fenêtres à l'aide d'échelles, quand il en trouvait les portes fermées. Les quartiers retirés, les réduits obscurs, les étables mal entretenues, il les visitait scrupuleusement pour y chercher les malades, les affligés, tous ceux qu'accablait la nécessité, afin de les secourir par tous les moyens en son pouvoir, les consoler, panser leurs plaies, en essuyer le pus, enlever leurs ordures et nettoyer leurs lits. Il ouvrit en outre un nouvel hôpital dans sa maison religieuse, un second dans le quartier Cœlimontano, près de Saint-Sixte. Il en établit un troisième aussi sur

la ponte du Capitole, dans la rue dite délie Carrozzc, et de tons côtés, il y lit transporter des malades, il y en porta luimême plusieurs chargés sur ses épaules. Son cœur enfin était partout dans les quartiers de Notre ville pourtant si vaste, pour y donner des exhortations et des soins. Aussi a-t-on pensé avec raison, que le Dieu clément, qui, dans son courroux se souvient de sa miséricorde, avait voulu, dans ce fléau déchaîné sur Notre ville, lui opposer en l'occasion, pour l'adoucir, Camille et les disciples formés à son école.

Ce fléau apaisé, voilà que deux ans après, une nouvelle espèce de calamité fournit à Camille l'occasion de prouver sa charité envers le prochain en danger. Une crue excessive des eaux du Tibre inonda un jour une grande partie de Rome. Déjà les bâtiments contigus à la maison du Saint-Esprit étaient envahis, et l'eau parvenait même dans les salles inférieures ; Camille, effrayé d'un si grand danger pour ses malades, se jette au milieu des eaux et se met à transporter ailleurs sur ses épaules les malades et leurs grabats, et cette peine immense ne cesse point pour lui, que trois jours après, quand il vit tout placé en lieu sûr. Si, au témoignage de la Vérité Eternelle, personne n'a plus de charité que celui qui donne sa vie pour ses amis, comment ne pas reconnaître de l'héroïsme dans celle de Camille, puisqu'il n'a pas hésité à exposer souvent et manifestement sa vie, pour sauver les pauvres du Christ, et que toujours il lui a préféré le salut du prochain dont il avait si grand désir.

Et son ardente charité ne s'est pas bornée à l'étendue de Notre seule ville de Rome, elle embrassa aussi d'autres villes et d'autres contrées, où il alla porter les fruits et les avantages de son Institut. Il parcourut l'Italie presque tout entière, en v faisant le bien, opérant des prodiges de charité, subvenant à l'occasion à toutes les nécessités. La peste ravageait des progrès de sa contagion les villes de Noie et de Milan. Chacun alors, sous aucun prétexte, ne voulait de relation avec ces villes; volontiers, les habitants en fussent sortis pour aller ailleurs. Camille part spontanément avec le feu de la charité dans le cœur, et il renouvelle partout, dans ces deux villes, avec une égale admiration pour tous les habitants, les exemples étonnants de vertu que Rome avait vus autrefois.

Apprenant que la rareté des vivres a jeté le bourg de Bocchianico, sa patrie, dans une grande détresse, il quitte Rome

au plus vite pour s'y rendre et, avec les ressources de sa prévoyance, les bons offices de sa charité, voire même des prodiges éclatants obtenus du Seigneur, il relève merveilleusement ses concitoyens de leur détresse. Et cette ardeur de la charité, il la conserva avec bonheur et sans affaiblissement jusqu'à la fin de sa vie, jusqu'au terme de sa belle carrière.

Eprouvé lui-même pendant trente-trois mois par une maladie de langueur, une fièvre lente et accablante, il apprit du Ciel à l'avance le jour de sa mort. Il la désirait vivement, n'attendant rien autre du Seigneur, n'ayant dans le cœur el sur les lèvres que l'amour du prochain, ne faisant pas d'autres recommandations à ses compagnons et à ses disciples; enfin, le 14 juillet de l'année de grâce 1(514, la soixante-cinquième de son âge, il s'envola dans le royaume de la charité parfaite, après avoir pieusement reçu les sacrements de l'Eglise.

Quiconque a connu ses peines et ses travaux n'hésite pas à croire que le juste Juge ne lui ait donné la couronne de justice, quand, par des miracles de sa puissance, il a prouvé qu'il avait pour agréables les pieux offices de tout un peuple assemblé à ses funérailles. Et comme le bruit de ces miracles et de la sainteté reconnue au serviteur de Dieu s'est répandu partout et que l'opinion est constante à cet égard, facilement ou en est venu à établir à ce sujet les procédures légitimes. L'autorité ordinaire d'abord, puis apostolique, les ayant faites et en ayant approuvé la validité, après en avoir mûrement tout examiné à plusieurs reprises, après en avoir Nous-même, dans la charge de Promoteur de la Foi, que Nous exercions alors, présenté jusqu'aux plus petits points douteux, Notre Prédécesseur d'heureuse mémoire le pape Benoît NUI, sur l'avis de la Sacrée-Congrégation des Rites, a déclaré que Camille avait certainement pratiqué la vertu dans un degré héroïque. C'est ce qui résulte de son décret du 24 juillet de l'an 1728. Bientôt après, la même Congrégation examinait les miracles que l'on disait arrivés, après la mort de Camille, par son intercession. Le résultat de cet examen Nous fut soumis, alors que Nous étions déjà assis sur le Siège de Pierre et après avoir invoqué les secours des lumières d'En- Haut, repris eniconsidération les preuves apportées, il Nous a paru bon, sur les neuf chefs proposés, d'en approuver deux surtout comme indubitables.

Le premier est relatif à un polype énorme qu'une jeune fille de Viterbe avait dans les narines et que, malgré tous les soins, elle conservait depuis plusieurs mois. Elle en fut radicalement guérie au seul contact de la tunique du serviteur de Dieu. L'autre a trait à une accumulation de maladies mortelles : lièvre maligne, inflammation des poumons et de la plèvre, ulcère même à la gorge, dont Catherine Dondula, enceinte de six mois, était atteinte et qui, au rapport des médecins, l'avait mise à la dernière extrémité. Or, en buvant seulement de l'eau dans laquelle on avait délayé de la poussière recueillie dans la chambre du serviteur de Dieu, tout avait aussitôt disparu et la malade recouvrait à l'instant, non seulement la santé, mais encore les forces d'autrefois. Ces miracles, Nous les avions approuvés et publiés par un décret en date du 20 septembre 1741, quand bientôt après, la Sacrée-Congrégation Nous demandait de déférer en toute sûreté au même serviteur de Dieu les honneurs de la Béatification.

Aussi, le 2 février de l'an 1742, en la fête de la Purification de la bienheureuse Vierge Marie, jour dans lequel il est dit, qu'autrefois Camille, éclairé d'un rayon de la lumière divine, s'est converti à la bonne moisson, Nous avons rendu un autre décret qui le béatifiait formellement. La solennité en fut ensuite célébrée régulièrement à Rome, dans la basilique du Prince des Apôtres, en vertu de Nos lettres apostoliques du 7 du même mois et de la même année, données sous l'anneau du Pêcheur. Cet honneur, accordé au Bienheureux et rendu avec tant de zèle par les Fidèles, fut suivi de nouveaux miracles, qui semblaient manifestement montrer la volonté dans cet accroissement de sa gloire sur la terre.

Aussi, selon l'usage et en vertu de Notre autorité apostolique, avons-Nous nommé trois évêques pour instruire ces miracles, et, ayant reconnu la validité des formalités auxquelles ils se sont livrés, trois de ces miracles furent soigneusement discutés dans la susdite Congrégation des Rites. On entendit, comme il convenait, à ce sujet, le rapport des hommes de l'art ; on fit avec raison de nouvelles recherches sur la continuation des guérisons obtenues, et deux surtout furent trouvées dignes de Notre approbation. C'est pourquoi, après y avoir Nous-même donné tous Nos soins particuliers, invoqué les lumières du Saint-Esprit, jugé de leur évidence et de leur cei*titude, Nous les avons approuvés et publiés par Notre décret du 1er mai de l'année précédente 1745. Le premier est la gué-

rison de Lucie-Thérèse Petti, jeune fille du bourg de Caprarola. La poitrine mal conformée depuis sa naissance, elle ne respirait qu'avec grande difficulté. Le mal augmenta avec les années : car survinrent des sécrétions purulentes, mêlées de sang, avec une tumeur extérieure, cpii la mirent dans une telle prostration de forces, qu'elle ne paraissait point devoir traîner plus longtemps une existence si pénible pour elle comme pour les autres. Dans la force même de ses douleurs, elle invoqua le secours de Camille ; puis, ayant bu de l'eau à laquelle on avait mêlé de la poussière en question, elle fut. dans l'espace d'une nuit, guérie de tous ses maux, et elle retrouva parfaitement la force et la santé. L'autre est la guérison instantanée de Marguerite Castelli, jeune fille de dix-huit ans, de la petite ville de Marino. Par un vice de tempérament qu'elle avait contracté dès le sein de sa mère, elle était souvent atteinte île pustules malignes. Ces pustules augmentèrent >i bien en nombre, que son corps ne forma bientôt plus qu'une plaie continuellement couverte d'une humeur fétide. A cela s'ajoutaient une fièvre aiguë et une telle privation de ses sens et de l'usage de ses membres, qu'on la croyait près d'expirer. Tout à cou]) on lui impose l'image du Bienheureux Camille, sa mère et sa sœur font une petite prière; et voilà cpie, sortant, pour ainsi dire, du sommeil de la mort, elle se rétablit à merveille ; son corps désenfle subitement, les croûtes tombent, la fièvre la quitte ; elle peut aussitôt se lever de son lit, travailler et marcher en toute assurance de force, et, jamais dans la suite, elle n'éprouva plus les atteintes de ce mal invétéré.

La même Congrégation des Rites fut ensuite consultée sur le point de savoir si, avec cela, on ne pourrait point sûrement procéder à la Canonisation du Bienheureux Camille. Sur l'avis unanime et affirmatif de nos vénérables Frères les cardinaux composant cette Congrégation et celui de Nos chers Fils attachés à son Ordre, après avoir Nous-même préalablement tout pesé et adressé à Dieu de ferventes prières, Nous avons enfin, le 10 août de l'année suivante, en l'anniversaire du jour oùle Seigneur, dans ses impénétrables desseins, a élevé Notre indignité au Souverain-Pontificat, déclaré, par un décret rendu public, au sentiment de cette Congrégation. Et, parmi les raisons dé ce décret, Nous n'avions pas seulement les vœux communs des peuples chrétiens et de Notre chère ville, mais encore les instantes prières et les supplications de ladite

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Congrégation , des Clercs réguliers , Ministres des malades. A cela étaient venus s'ajouter un jour, près des Pontifes romains Nos prédécesseurs, les prières des catholiques Rois des Espagnes, Philippe III et Philippe IV, d'illustre mémoire, celles de hon nombre d'ecclésiastiques et de personnages éminents de l'ordre séculier. Récemment encore, Notre cher Fils dans le Christ, l'illustre Charles, roi des Deux-Siciles, et Notre très chère Fille dans le Christ, son épouse Marie-Amélie, pareillement illustre reine des Deux-Siciles, un certain nombre d'autres, Evêques et Princes, l'élite de la noblesse de la cité de Naples, ces enfants qui nous sont si chers, Nous ont fait présenter humblement leurs demandes à ce sujet. Aussi bien, Nous sommes-Nous alors concerté avec tout le collège de Nos vénérables Frères les cardinaux, dans un consistoire secret tenu devant Nous, le 18 avril dernier. Leur avis ayant été pareillement que, l'état et le mérite de la cause Nous étant connus, il fallait, toute réserve faite d'ailleurs, faire plus encore, Nous avons convoqué, par lettres, bon nombre de Nos vénérables Frères, archevêques et évêques établis dans l'Eglise, et Nous avons décidé, selon l'usage et comme il convient de le faire, de prendre leurs suffrages en cette matière. Alors, du consentement desdits cardinaux, évêques et de tous les Ordres de la Cour de Rome, Notre très cher Fils Jules-César Fagnan, avocat de Notre Cour consistoriale, exposa d'abord pleinement et publiquement les actes, les vertus et les miracles du Bienheureux Camille. Ensuite ayant soumis, à l'appréciation de chacun d'eux, un résumé succinct exactement tiré des travaux de ladite Sacrée-Congrégation, avec la série des faits attribués, Nous avons, le 10 du présent mois de juin, demandé aux mêmes cardinaux, patriarches, archevêques et évêques, assemblés devant Nous, dans un consistoire demi-public, assisté de Nos chers Fils les notaires du Siège apostolique et des auditeurs des causes de Notre Palais, s'ils pensaient qu'on pût prononcer la Canonisation officielle du Bienheureux. Tous, d'un consentement unanime, furent d'avis de le faire.

Alors, ayant inscrit chacun de leurs suffrages, Nous avons ordonné de les conserver dans les archives de l'Église romaine. Nous les avons ensuite exhortés tous à offrir à Dieu leurs prières, pour lui demander en Notre faveur le secours de la lumière d'En-Haut. Bientôt après, Nous ordonnions un jeûne général dans la ville; Nous désignions les églises dans

lesquelles les Fidèles, qui prieraient avec Nous, gagneraient l'Indulgence; Nous multipliions l'offrande du Saint-Sacrifice, pour demander au Dieu tout-puissant de daigner Nous prêter la sagesse qui l'assiste à son trône et éclairer les ténèbres de Notre cœur.

Arrivé enfin au jour consacré au martyre des Bienheureux apôtres Pierre et Paul, au milieu des joies éclatantes de l'Église romaine, précédé de tous les ordres du clergé séculier et régulier, suivi des officiers et des ministres de Notre Cour, entouré d'une couronne remplie de frères dans le sacerdoce,Nous Nous sommes rendu, selon le rite des prières solennelles, dans le Vatican, au tombeau du Bienheureux Prince des Apôtres. Là Notre cher Fils Joachim Portocarrero, cardinal-prêtre, au titre des quatre Saints couronnés, Nous présenta les prières et les supplications desdits Princes souverains, des personnages éininents, celles des Eglises et de la Congrégation des Clercs réguliers. Ayant alors invoqué avec gémissements le nom de Dieu, à la louange de la sainte et indivisible Trinité, pour la gloire de l'Église triomphante, la consolation et le soutien de l'Église militante, Nous avons, par l'autorité de N.-S. J.-C, celle des saints apôtres Pierre et Paul et la Nôtre, de l'assentiment et de l'avis de tous ces frères assemblés, comme nous l'avons dit plus haut, défini et déclaré Saint ledit Camille de Lellis, prêtre du diocèse de Chieti, Fondateur de la Congrégation des Clers réguliers, Ministres des malades, à cause de l'excellence de sa foi, de sa charité et des autres vertus qu'il eut dans un degré héroïque, comme l'ont prouvé et le prouvent pleinement les miracles opérés par son intercession. Nous avons ordonné de le regarder tous comme un Saint et de l'honorer au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

A tous les Fidèles, qui vraiment contrits se seront confessés et visiteront chaque année, le 14 juillet, l'église Sainte-Marie- Magdeleine de ladite Congrégation des Clercs réguliers, ou l'on conserve pieusement le corps du Saint, Nous faisons miséricordieusement et à perpétuité, par Notre autorité, remise de sept ans et de sept quarantaines sur les pénitences qui leur auraient été enjointes, ou qu'ils devraient autrement.

Puis, après avoir chanté, pour le service du Dieu tout-puissant, l'hymne de la louange et de la confession, Nous avons offert en esprit d'humilité à l'autel de la Confession du Bienheureux apôtre Pierre le sacrifice non sanglant de Notre

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salut, avec mémoire de saint Camille confesseur, des saints Fidèle martyr, Pierre et Joseph confesseurs, Catherine vierge, que Nous avons aussi solennellement inscrits au catalogue des Saints ; enfin Nous en avons à tous ceux qui étaient présents accordé l'indulgence plénière de leurs fautes.

Que la sainte Eglise de Dieu tressaille et qu'elle se réjouisse dans le Seigneur, il conserve et vivifie en elle l'esprit de la sainteté et de la charité. Que les Fidèles s'excitent à marcher sur les traces si belles de ce Saint, pour mériter d'être aidés de ses suffrages. N'ayant plus dans ce royaume du bonheur, où n'entrent point ni les chagrins, ni la mort, à exercer ces œuvres auxquelles sa miséricorde s'était habituée, il s'étudiera volontiers dans les difficultés et les malheurs de notre vie, à nous soulager, par son intercession et à écarter de nos têtes les châtiments de la colère divine.

Et, afin que tout ce que Nous avons dit parvienne à la connaissance de tous, pour la consolation et l'instruction du peuple chrétien, Nous avons décidé, par la teneur et l'autorité de Nos présentes lettres apostoliques, d'en ordonner la publication, enjoignant à tous d'avoir, pour les copies ou exemplaires imprimés des présentes souscrits de la main de quelque notaire public et munis du sceau de quelque personne constituée en dignité dans l'Eglise, la même foi qu'aux présentes elles-mêmes, si elles leur étaient présentées ou produites.

Que personne donc ne se permette en aucune façon de toucher à ce recueil de Nos définition, décret, inscription, ordre, prescription, indulgence et volonté, qu'il n'ait pas pas même l'audace de s'y opposer témérairement. Si quelqu'un l'ose, qu'il sache qu'il encourra l'indignation du Dieu toutpuissant et des Bienheureux apôtres Pierre et Paul.

Donné à Saint-Pierre, l'an de l'Incarnation du Seigneur mil sept cent quarante-six, le troisième jour des calendes de juillet, la sixième année de Notre Pontificat.

Les Fins do rhorunie. — 2. La mauvaise Mort.

êg§J a.rmi les motifs d'espérance et les symptômes de salut qui se révèlent au regard éclairé par èsstëtt'.* la foi, à travers le combat effroyable que l'Esprit du mal incarné dans la Révolution livre à la société chrétienne, la résurrection des anciens Ordres religieux n'est certes pas un des moins frappants. Depuis que l'éloquence du Père Lacordaire a reconquis en France, pour la robe blanche des fils de saint Dominique, le droit de patrie et de cité, chacun des Instituts religieux, décimés en 93, proscrits durant de longues années, expulsés depuis, réapparaît à son tour, reprend à l'heure fixée par la Providence son rang dans l'armée du Christ, et apporte sa pierre pour le relèvement de l'édifice social près de s'écrou-

1er. Que dis-je ? Des Ordres inconnus jusqu'ici parmi nous, mais merveilleusement appropriés aux besoins actuels de la France, viennent nous offrir le contingent de leurs services et les trésors de leur dévouement. Pour n'en citer qu'un seul, qu'il me soit permis de dire quelques mots de l'Ordre des Clercs réguliers, Ministres des infirmes, fondé à Rome par saint Camille, à la fin du seizième siècle.

Depuis sa fondation cet Ordre s'était répandu dans les principales villes d'Italie, en Espagne, en Portugal et jusqu'en Amérique. Mais, chose étonnante, il n'avait jamais pénétré en France. Et cependant saint Camille de Lellis ayant été le Vincent de Paul de l'Italie, ses fils ne devaient pas rester à jamais inconnus dans la patrie du Thaumaturge de la charité au dix-septième siècle. Aussi la Providence permit-elle que Mgr de Marguerye, évèque d'Autun, pendant un séjour à Rome, apprit à les connaître et à les apprécier. En 1870, il les appela dans son diocèse, leur confia la garde de la chapelle rebâtie de Notre- Dame de la Chaux et le soin des prêtres que l'âge ou les infirmités forcent à renoncer au saint ministère ; il les chargea en môme temps de remplacer dans leurs fonctions ceux qui momentanément sont empêchés de les remplir.

C'est là qu'en moins de huit ans, à l'ombre de l'antique et miraculeuse statue de Notre-Dame, les bons Pères Camilliens placés encore, il y a quelques mois, dans le réduit le plus humble et le plus étroit, ont pu, au prix de mille privations et avec le seul appui de Dieu et la bénédiction de l'immortel Pie IX, s'organiser, établir un Noviciat et envoyer déjà trois co-

lonies de religieux, l'une à Lyon, l'autre à Lille et la dernière à Cannes, ce qui a permis au Révérendissime Père Général de constituer en France une pro-province de son Ordre. C'est là qu'en ses dernières années, avec les seules ressources que leur fournissait au jour le jour la douce Providence et la bienveillante approbation de Mgr Perraud, ils ont construit une partie notable de la maison spacieuse où désormais ils pourront se développer et se livrer, dans une plus large mesure, à la mission de dévouement qu'ils sont venus remplir parmi nous. C'est là enfin, dans ce petit cénacle de Notre-Dame de la Chaux, qu'ils ont prié et réfléchi pour savoir de quelle manière ils pourraient témoigner leur gratitude à la France qui les a accueillis avec tant d'empressement, qu'ils aiment comme une seconde patrie et comme la fille aînée de l'Eglise, et à quelles œuvres de charité ils pourraient se consacrer de préférence, pour être, le plus possible, utiles à notre généreuse nation.

Or l'expérience, la lecture d'ouvrages spéciaux et les conseils de personnes expérimentées ont fixé leur attention sur les points suivants, qui rentrent essentiellement dans la fin de leur Institut :

1° Dans les grandes villes et les centres considérables de population, des maisons de santé, ouvertes aux personnes qui doivent subir des opérations ou suivre un traitement prolongé, seraient nécessaires. Eh bien ! ces maisons sont rares ; on n'en trouve guère surtout qui soient affectées uniquement aux hommes et où l'on soit assuré de recevoir, avec les soins les plus intelligents pour le corps, les secours

spirituels plus indispensables encore. C'est pourquoi les Pères Camilliens se sont empressés de fonder à Lyon une maison de retraite et de convalescence, en attendant qu'ils puissent y former un établissement répondant exactement au but qui vient d'être indiqué ;

2" La France compte depuis un certain nombre d'années des sœurs de bon secours, appartenant à diverses Congrégations et se dévouant avec un zèle admirable à visiter et à soigner les malades à' domicile. Mais jusqu'à l'arrivée des fils de saint Camille, elle n'avait point d'Institut d'hommes consacrés à ce ministère si relevé aux yeux de la foi, et souvent si difficile et si délicat. Ces excellents religieux sont venus combler cette lacune, et déjà Lyon et Lille les ont vus prodiguer à des hommes atteints de toutes sortes d'infirmités les soins les plus attentifs et les plus pieux. J'ajoute qu'ils compléteront cette œuvre de miséricorde par la visite et l'assistance, purement spirituelle et à domicile, des malades à qui ils donneront aussi des soins corporels dès que les circonstances le permettront ;

3° Les Universités catholiques, qui refleurissent en ce moment avec une facilité si merveilleuse et si évidemment providentielle, ont besoin pour leurs dispensaires d'un personnel qui, par vocation et pour l'amour de Dieu, se consacre au soin des malades. Aussi 1'éminent archevêque de Cambrai et Mgr le recteur de l'Université de Lille ont-ils accueilli avec bonheur les religieux de Saint-Camille et leur ont-ils confié un dispensaire d'hommes dans cette grande et généreuse cité ;

4" Plusieurs hôpitaux militaires en France sont encore confiés à de simples infirmiers qui, habitués aux exigences d'une rude discipline, ne connaissent guère les délicatesses que réclament les pauvres soldats malades ou blessés. Les admirables fils de l'Apôtre de la charité en Espagne, les frères de Saint- Jean-dc-Dieu, se sont chargés, il estvrai, de quelques hospices militaires ; mais absorbés par la plus touchante des infirmités, je veux dire par les malheureux aliénés pour lesquels ils ont été plus spécialement établis, ils ne peuvent suffire à tout. Les Pères et les Frères de Saint-Camille viennent leur tendre une main fraternelle et sont prêts à se dévouer dans les hôpitaux où l'on voudrait accepter leurs services ;

5° Enfin, en temps de guerre, les ambulances demandent des hommes d'un dévouement à toute épreuve, qui ne craignent pas d'aller sous le feu de l'ennemi relever les blessés et les mourants pour les transporter en lieu sur et leur donner les premiers soins. Durant la néfaste campagne de 1870, on a vu avec admiration les Frères de nos Écoles chrétiennes s'arracher aux luttes pacifiques de l'enseignement et devenir, sous l'inspiration de la charité et du patriotisme, de sublimes brancardiers. Mais c'était, si je puis dire, par un héroïque écart de vocation : ces bons Frères ne sont pas destinés par état à soigner les malades et ne peuvent les absoudre. Eh bien ! les fils du pieux Camille de Lellis revendiqueraient comme une noble part de leur héritage et de leur mission, si le fléau de la guerre venait de nouveau nous visiter, là faveur d'affronter la mitraille pour recueillir ceux qui tombent au champ d'honneur, pan-

ser leurs blessures et aider aux aumôniers, ordinairement trop peu nombreux, à préparer les mourants à paraître devant Dieu. Ils se rappellent que leur Fondateur envoya ses religieux jusqu'en Hongrie avec les troupes italiennes, en 1595 et en 1601, et qu'ils eurent la glorieuse tâche de soigner les blessés dans les hôpitaux de Vienne, de Comorn et de Presbourg, de les relever sur le champ de bataille pendant le siège de Strigonie et sous les murs de Ganissa en Croatie.

Pour parler des temps présents, ce sont les Pères Camilliens qui prodiguèrent leurs soins aux officiers français mis hors de combat à Solférino et furent seuls chargés de secourir les blessés de Custozza. Enfin ces dignes religieux recueillirent et soignèrent en 1867 les soldats frappés à Mentana, et, en 1870, ceux qui tombèrent héroïquement sous les murs de Rome et à la brèche de la Porta Pia.

Par une coïncidence frappante et qui semblait révéler les précieux concours qu'ils nous apportaient quelques mois seulement après leur arrivée dans notre Patrie, les religieux de Saint-Camille assistaient, le cœur navré, à ses désastres et n'hésitaient pas à installer dans leur trop étroite demeure quelques-uns de nos pauvres soldats blessés ou varioleux. Ils leur donnèrent les soins les plus touchants, ainsi qu'aux autres victimes de la guerre qui étaient placées à l'hôpital de Cuisery. En l'absence des médecins attachés presque tous aux ambulances de l'armée, le R. P. Zannoni, aidé de ses dignes auxiliaires, traita les malades avec une habileté si dévouée et si visiblement bénie de Dieu, dans la petite cité de Cuisery et

dans les paroisses environnantes, qu'il sauva une multitude de personnes atteintes même de la variole noire et confluente.

Ajouterai-je, au risque de blesser la modestie de ces excellents religieux, qu'au témoignage de ceux qui les ont vus fréquemment et les voient encore presque chaque jour à l'œuvre, notamment à l'hôpital de Cuisery où ils ont sollicité comme une grâce de veiller les malades à la salle des hommes, ils ont hérité de leur intrépide et saint Fondateur une calme vaillance en face des plaies les plus hideuses et une douceur, une compassion quasi maternelles, pour les victimes de la souffrance ?

Et maintenant que je me suis efforcé de faire brièvement connaître les fils de saint Camille et l'importance des œuvres auxquelles ils veulent bien offrir leur coopération, il me reste à dire qu'ils font un pressant appel aux cœurs dévoués qui se sentiraient surnaturellement inclinés vers le service des infirmes.

« La France, lisons-nous dans la Notice abrégée du Saint, est la nation généreuse entre toutes, elle a des vocations sublimes pour toutes les causes grandes et saintes, et ses dévouements couvrent le monde. »

File a déjà donné, ajouterai-je, plusieurs de ses enfants au Noviciat de Notre-Dame de la Chaux, mais saint Camille demande en plus grand nombre les vocations françaises, afin de pouvoir exercer la charité en France partout où l'on acceptera son concours. En retour de leur immolation, il promet aux âmes intrépides, oublieuses d'elles-mêmes, qui se rangeront sous

^o4 CONCLUSION'

l'étendard de la Croix rouge que l'Eglise a donné à son Ordre comme un signe distinctif et le symbole de la charité dont les membres doivent être embrasés, il promet, dis-je, des plaies à panser, des maladies souvent repoussantes et même contagieuses à soigner, des infirmes révoltés à réconcilier avec la douleur, des pécheurs parfois endurcis à ramener au Dieu du Calvaire, en un mot une vie de sacrifice qui s'épuise rapidement dans les veilles. Mais aussi, et en attendant la récompense éternelle, saint Camille ne craint pas de leur assurer les bénédictions de tant de malheureux soulagés, réconfortés jusque dans les bras de la mort ; cette suavité intime promise par Xotre- Scigncur aux compatissants : Beati miséricordes ; ces délices et cette paix que le prophète Isaïe annonce à ceux qui procurent le soulagement et le repos aux accablés de ce monde : Hœc est requies mea reficere lassum et hoc est meinn refrigerium ; et à plusieurs d'entre eux, peut-être, la palme du martyre cueillie au chevet des cholériques on des pestiférés !

Les Fins de l'homme. — 3. La Couronne des élus ou le Paradis.

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