‹ Vie de Saint Camille de LellisChapitre 7 sur 49 · Baunard, Panégyrique de S. Camille de Lellis, p · texte numérisé non relu

Baunard, Panégyrique de S. Camille de Lellis, p

reux soldat des grandes compagnies du seizième siècle n'est, après la bataille, qu'un joueur intrépide et un bretteur; il perd tout son argent, ses vêtements, son temps, et, hélas! aussi son âme. Dans sa détresse, le fils des Lellius a mendié et s'est fait goujat. Au milieu des affaissements passagers de sa vertu, il lui reste la noblesse de la foi et le reconfort des bonnes pratiques. Lui. le joueur de jour et de nuit, ne jure pas, ne blasphème pas, ne se parjure pas, ne trompe pas, ne se laisse pas aller au libertinage; quand l'Eglise l'ordonne, il s'agenouille aux pieds du confesseur et se relève, non pas parfait, mais contrit et meilleur; s'il passe devant un monastère, il entre pour prier ou pour entendre la parole de Dieu; il se sent saisi par une main invisible qui l'attire vers les hauteurs de la perfection; en Italie, en Dalmatie, en Espagne, en Afrique, il se débat sous l'étreinte; mais je ne sais quelle voix du ciel lui dit secrètement qu'il finira par se rendre.

Quand Dieu veut racheter une âme du mal ou de l'erreur, il lui fait entendre trois voix qui la désenchantent, l'éelairent et la convertissent. Il y a premièrement la voix de la douleur qui fait retentir cet oracle : « Le bonheur n'est pas de ce monde, il faut le chercher ailleurs. » Il y a, en second lieu, la voix de la conscience qui s'exprime par le remords et crie : « L'homme est mauvais, il n'y a que Dieu qui soit bon. » Il y a, enfin, la voix du ciel qui parle à l'âme et lui dit avec un accent victorieux : « Dieu seul est capable de te remplir, le reste n'est que néant. » Déjà, nous avons vu comment Dieu avait frappé Camille dans sa famille, dans sa condition et dans sa personne; nous avons admiré, en même temps, comment, parmi ces épreuves, il trempait le courage de son serviteur, humiliait son orgueil, brisait tout autour de lui et l'initiait au service des malades. Nous allons voir maintenant par quelles vicissitudes de piété et de fortune Camille s'achemina, sans le savoir encore, au service de toutes les infirmités.

Il n'y avait pas encore, dans Camille, un solide senti-

ment de la vraie piété, s'il se souvenait de son projet de vœu; mais de toute façon, il était fort éloigné de toute idée de clôture; bien qu'il souffrît du froid et de la pauvreté de ses haillons, il ne voulut pas accepter un vêtement que lui offraient les Capucins, dans la crainte qu'une semblable charité ne tendit à le revêtir entièrement de L'habit de leur Ordre. Les rigueurs de la saison le contraignirent enfin à accepter cet habit; son intention, au surplus, était de rester encore quelque temps au service des Capucins, de gagner quelque argent, de passer comme il pourrait l'hiver, ensuite de revenir au jeu, à la guerre, à la vie de plaisirs. Autres étaient les vues de la Providence : Dieu devait le frapper d'un coup décisif, dont il garderait dans son eœurles traces ineffaçables, et qui allait changer l'orientation de sa vie. Un incident sans importance en fournit l'occasion à la divine sagesse.

Les Pères de Manfredonia envoyèrent Camille à Castello di San Giovanni, distant de quatre lieues, pour porter une charge de vin qu'on leur avait donné à titre d'aumône. Du vin à conduire, c'eût été, pour beaucoup d'autres, l'occasion dune joyeuse ribote; le vétéran s'acquitta fidèlement de la commission. L'affaire terminée, il s'en tretint le soir avec les pères Capucins, qu'A allait bientôt quitter. L'un d'eux. Fia Angelo (et il fut vraiment un auge pour Camille), l'entretint quelque temps; assis à ses côtés, sous un berceau de vigne, il lui parla du Sauveur des âmes, lui fit connaître la malice du péché, lui enseigna comment il devait le détester, le fuir et faire pénitence; puis, passant à des sujets plus terribles encore, il lui représenta la vanité des biens de ce monde, le néant de la vii', la mort, le jugement, l'enfer, l'éternité. Camille écouta très attentivement ces beaux avis et s'achemina le jour suivant, de grand matin, vers Manfredonia.

Tout pensif, il suivait le chemin, monté sur son âne, as<is entre les deux outres vides, réfféchissant aux pieux conseils de Fia Angelo. fout à coup, il lût frappé comme Saul sur le chemin de Damas; environné d'une lumière (■('■leste, illuminé dans son entendement, échauffé dans

son cœur, il vit clairement l'immense bonté de Dieu, la beauté de la vertu, la vanité du monde, la laideur du péché, les illusions qui l'avaient abusé, les dangers au milieu desquels il eût pu périr. Sous l'impression de cette vive lumière, il conçut, de ses égarements, un regret si profond, que son cœur était comme déchiré et brisé par la violence de la douleur. Frappé de ce sentiment, comme ravi par cette lumière, ne pouvant contenir son ('motion, il saute à terre au milieu du chemin, tombe à genoux sur une pierre, commence à répandre un torrent de larmes, déplorant avec amertume les désordres de sa vie, répétant ces paroles entrecoupées de gémissements et de sanglots : « Ah! malheureux, comment n'ai-je pas connu plus tôt le Seigneur? Pourquoi suis-je resté si longtemps sourd à sa voix? Comment ai-je pu offenser un Dieu si bon et si miséricordieux? Ah! n'eût-il pas mieux valu pour moi n'avoir jamais vu la lumière du jour? Pardonnez-moi, Seigneur, pardonnez à un grand pécheur (pu tombe ii vos pieds et accordez-moi le temps de faire une sincère pénitence ! »

En prononçant ces paroles, il pleurait et se frappait vigoureusement la poitrine ; telle était sa confusion qu il n'osait plus lever les veux au ciel, s'estimant indigne de le regarder. Et il ne cessa de rester à genoux, de répandre des larmes, qu'après avoir rendu de très humbles grâces à la divine bonté qui l'avait supporté jusqu'alors avec une si grande miséricorde, et formé la solennelle résolution de ne plus l'offenser jamais. Après avoir renouvelé sonvœu d'entrer au plus tôt chez les Capucins, il résolut de consacrer le reste de ses jours à une austère pénitence et répétait souvent : « Je ne suis plus du monde ! Je ne suis plus du monde l ! »

Cet événement mémorable eut lieu le 2 février 157."), fête de la Purification de la Sainte-Vierge. Camille avait alors vingt-cinq ans. Sa prodigieuse naissance, qui avait

1. Ciccatclli, Vita di S. Camillo de Lellis, p. li, in-i". Rome,

comble sa famille d'allégresse, avait eu lieu pendant l'année sainte ; ce fut encore pendant une année jubilaire, celle du pape Grégoire XIII, qu'en renaissant à la vie de la grâce, il combla de joie les anges qui célébraient, par des chants, au ciel, la conversion d'un pécheur. C'est le jour de la Purification qu'il devint tout autre; purifié par ses larmes, il reconnut devoir ce bonheur à l'intercession de la très sainte Vierge. Ce jour fut , pour Camille , durantsavie entière, unjour de plus pieuse dévotion ; il s'y livrait aux plus doux épanchements; il l'appelait le jour de sa conversion définitive, conservant dans son cœur le souvenir de ce rare bienfait de la divine miséricorde. Depuis lors, jusqu'au dernier moment de sa vie, jamais sa conscience ne lui reprocha d'avoir commis un péché grave, du moins qu'il reconnût pour tel. Dans le fond de son cœur, il avait conçu, pour l'offense de Dieu, une telle haine, qu'il déclarait vouloir se laisser plutôt mettre en pièce que de commettre sciemment et volontairement, je ne dis pas un péché mortel, mais même la plus légère faute.

Camille remonta sur sa bète de somme et se dirigea

vers Manfredonia, bien différent de ce qu'il était avant son départ, tellement décidé à prendre 1 habit de Capucin, que s'il en avait, disait-il, trouvé un sur sa route, il s'en serait revêtu sans la permission des Pères.

En arrivant à Manfredonia, il se prosterna aux pieds du Père gardien; lui raconta, avec des soupirs et des gémissements, ce qui lui était arrivé sur la route, et lui demanda, avec les plus vives instances, le saint habit: prêt, ajoutait-il, à se consacrer, comme un vil esclave au service de tous les frères. Le Père gardien fut natU- Tellement surpris d'un changement si brusque, d'une dévotion si rare, de sentiments si affectueux; reconnaissant, à ne s'y pas tromper, qu'un tel changement venait du ciel, il consola Camille et lui promit de le faire recevoir au plus tôt dans l'Ordre. Camille, enchanté de cette réponse et déplorant amèrement ses fautes passées, commença, dès ce jour, à fréquenter les sacrements et à se

livrer aux actes d'une austère pénitence. A tout moment, il renouvelait les bonnes résolutions qu'il avait prises ; absorbé clans de profondes méditations, il considérait combien Nôtre-Seigneur avait été miséricordieux à son égard, en lui conservant la vie au milieu de tant de dangers, quand lui-même pensait, même alors, si peu à Dieu. Embrasé des flammes du saint amour, il s'agitait, se tourmentait, remplissait l'air de soupirs et rendait mille actions de grâce pour l'inappréciable bienfait de sa conversion.

C'est par de semblables réflexions qu'il fournissait ebaque jour, à sa ferveur, un nouvel aliment, ne cessant jamais de vaquer, outre ses devoirs ordinaires, aux travaux les plus bas et les plus vils du couvent. Par exemple, il nettoyait la maison, balayait la cuisine, bêchait au jardin, se levait avec les frères pour matines, méditait tout le temps qu'il consacrait à l'oraison mentale, prenait la discipline avec les religieux. Tout le carême, il garda la stricte observance, chose qu'il n'avait faite de sa vie, sachant à peine ce que c'est, que jeûner. Le Père gardien le voyant, après les fatigues continuelles de la journée, les augmenter encore la nuit par les pénitences et les disciplines, lui en témoignait sa compassion. Camille lui répondait : « Ce que je fais n'est rien; je dois pour expier mes péchés pratiquer bien d'autres macérations. » En souriant, il ajoutait : « Si vous, mes révérends Pères, qui êtes vieux et infirmes, et des hommes si parfaits, faites tant de pénitences, pourquoi moi qui suis jeune, bien portant, robuste et si grand pécheur, n'en ferais-je pas de plus grandes encore?... »

Quoiqu'il eût été informé surnaturcllement de sa vocation, il désirait uniquement servir Dieu dans la simplicité de son cœur et recevoir la qualité de frère lai. Mais tandis que Camille se livrait avec ardeur et persévérance aux travaux quotidiens de la pénitence monastique, arrivait àManfredonia le Père Montefiore ; exactement informé de sa conduite et de la singulière bonté de son nouveau converti, il l'accepta en qualité de novice clerc et 1 en-

voya à Trivcnto pour qu'il y prît l'habit et commençât son aoviciat. Dans ce voyage, on peut dire que la divine Providence lui envoya, comme au jeune Tobie, un ange pour gardien et pour guide. Un soir, arrivant près d'une rivière, ignorant la profondeur de ses eaux, il crut pouvoir la passer à gué. A peine fut-il arrivé au milieu de la rivière que, sur le point d'être entraîné par le courant, il entendit une voix qui paraissait venir du sommet des montagnes. « Arrête, arrête! lui criait-elle, ne passe pas outre, retourne au rivage, sinon tu périras. » A ce cri, Camille épouvanté rebroussa chemin sans avoir pu jamais reconnaître qui avait proféré ces paroles. Le crépuscule tombait, il fut contraint de passer la nuit sous un arbre, mouillé jusqu'aux os, n'ayant ni un aliment pour prendre son repas, ni un autre lit que la terre nue.

A Trivento, il fut revêtu du saint habit ; mais, dans son désir de servir Dieu, il ne souhaitait jusque-là que d'être reçu frère lai. Quelques mois durant, il persévéra dans la pratique de toutes les vertus, en particulier de l'humilité et de l'obéissance, mais avec une telle ferveur qu'on lappelait le frère humble. Dieu permit cependant que la robe en drap dur, battant continuellement sur le pied nu, renouvelât son ancienne plaie, qui s'élargit de manière à le faire boiter. Quand il fut admis à prendre officiellement l'habit, il ne crut pas devoir trop s'en préoccuper, et même en avant donné avis au PèreMontefiore, celui-ci l'encouragea et lui dit qu'il n'avait rien à craindre; (pue lui-même, avant d'entrer en religion, avait les deux jambes malades, et qu'après avoir revêtu l'habit de religion, il se trouva guéri. Tout le contraire arriva pour Camille : les remèdes n'apportaient aucun adoucissement à son mal, la plaie paraissait plutôt s'envenimer et l'on désespérait de la guérison ; il fut donc contraint à son grand regret, partagé par les Pères, de quitter l'Institut. Le provincial, Jean de Umser, le voyant triste et affligé jusqu'aux larmes, lui promit de lui rendre l'habit, dès qu il serait guéri de sa plaie.

L'âme de Camille, encouragée par cette sage promesse,

en éprouva une grande consolation. D'abord il accepta cette épreuve comme venant de Dieu, résolu d'ailleurs de marcher, en tous temps, en tous lieux, malgré tous les obstacles, sur les traces de Jésus crucifié. Ensuite, afin il obtenir sa guérison et de purifier de plus en plus son àmc, il se dirigea vers Rome pour y gagner l'indulgence jubilaire. Une première lois déjà, il avait retrouvé la santé chez les Incurables de Saint-Jacques ; il se mit dans cet établissement, une seconde lois, au service des pauvres. Là, avec un genre de vie, grâce au ciel, tout autre qu'auparavant, il servit les pauvres, pendant quatre années, et, montant de gracie en grade, passa par tous les emplois de la maison. L'assistance despauvresne faisait qu'accroître sa chanté; nuit et jour, il prodiguait tous ses soins et marchait à grands pas dans le chemin de la perfection.

A cette époque, il avait choisi pour père spirituel 1 illustre saint Philippe deNéri, fondateur de la congrégation de l'Oratoire, personnage d'une sainteté extraordinaire. Les dimanches et fêtes, il se confessait à lui, dans 1 église Saint-Jérôme de la Charité, où saint Philippe célébrait les saints mystères et lui distribuait de sa main le pain de vie. Mais, voyant que sa plaie était parfaitement cicatrisée depuis sept mois, jaloux de mourir sous l'habit de la pénitence, Camille ne voulait pas différer plus longtemps son retour parmi les Capucins. Cette détermination, communiquée à saint Philippe, n'obtint pas son agrément, mais le Seigneur permit que le pénitent passât outre à 1 avis de son confesseur, pour le délivrer de ce scrupule du vœu qui 1 inquiétait. Sa réadmission n'éprouva, du reste, aucune difficulté. Le Père Marie de Tusa, qui l'avait licencié à Tormanuri . était devenu procureur clc son Ordre à Rome Dès qu'il vit Camille, il se rappela de sa promesse et 1 accepta : il l'envoya recevoir l'habit à Penna, ville des Abruzzcs, avec ordre de reprendre son noviciat à Tagliaeozzo. L'élévation de sa stature avait persuadé aux religieux, peut-être par allusion au glorieux martyr, de lui donner le nom de frère Christophe. Camille resta clans l'Institut, cette seconde fois, environ quatre mois, édi-

fiant ces bons pères, qui le voyaient égaler en perfection non seulement les novices, mais même les anciens. Dieu, dont les desseins sont impénétrables, mais dont la volonté fait loi, permit que le frottement de la robe rouvrît cette malheureuse plaie à Tagliacozzo comme à Trivento. A son grand regret, Camille dut sortir une seconde tois de l'ordre des Capucins.

Dans l'infinie variété de ses opérations, Dieu opère suivant la même méthode. Pour la vocation des âmes, il ao-it comme il agissait dès le commencement pour la création du monde. D'abord il crée des germes, jette des semences ; puis il les laisse se développer et se multiplier, chacune conformément au type dont elle contient le germe; à la fin, il intervient de sa personne, décide tout par luimême. « Librement esclaves sous la main de la Providence, » dit le comte de Maistre, nous agissons dans la

pleine liberté de nos initiatives, jusqu'à épuisement de nos desseins et parfois de nos passions; Dieu cependant nous amène avec force et douceur à la fin qu'il assigne à notre destinée.

Dieu avait mis dans Camille le o-ernie d'un religieux: voilà pourquoi, jeune encore, à l'àg-c de dix-huit ans, même avant sa conversion, nous le voyons à Fermo et à Aguilès, qui frappe à la porte des Franciscains et leur demande l'habit de la pénitence. Cette porte se ferme, il insiste ; plus tard, devenu fervent, il reçoit deux fois encore l'habit de Saint-François, à Trivento et à Penna. Deux fois il faut le déposer. — O mon Dieu! vous qui lisez dans le fond de mon cœur, est-ce que je me tromperais en voulant me donner avons? — Non, Camille, tu ne te trompes pas; tu seras religieux, telle est bien ta vocation. Mais ne sais-tu pas que, dans l'armée du Christ, il y a ceux qui combattent par l'apostolat ; il y a ceux qui parlementent et négocient par la prière; il y a enfin ceux qui assistent les mourants et relèvent les blessés. Or, prête l'oreille, écoute, ouvre les yeux du cœur, c'est à ce poste d'infirmier que Dieu t'appelle : a Tu seras le garde-malade de l'armée chrétienne. »

VOCATION DE S . CAMILLE 6i

Aussi bien, Camille de Lellis porte en lui le germe d'un hospitalier. C'est pourquoi nous le voyons aller, sortir, rentrer, dans les hôpitaux de Rome; d'abord comme infirme, ensuite comme infirmier, enfin comme économe. Et admirez l'admirable Providence ! Cette infirmité qui vient de lui fermer le couvent des Franciscains est justement la réquisition mvsténeure qui le conduit à l'hôpital où il trouve la clef* de sa destinée. Hier, il se désolait de son impuissance à servir Dieu dans le cloître; mais le service du prochain, n'est-ce pas excellemment le service de Dieu?... Toutes les voix se sont fait entendre; tous les germes reposent en lui : quel rayon va les faire éclore et préparer la moisson ?

Les événements persuadèrent à Camille que Dieu ne voulait pas qu'il lit profession dans un ordre religieux, ni qu'il menât, dans quelque cellule, une vie solitaire et retirée. Sans s'opposer plus longtemps aux vues de la Providence, il résolut de s'appliquer tout entier au soin des malades et de rendre ainsi de grands services à la religion. Dans cette intention, il se rendit à Rome; il trouva, dans l'hospice Saint-Jacques, la place d'économe vacante. Les administrateurs, qui connaissaient sa vertu, se décidèrent sans peine à lui confier cet emploi.

Camille s'acquitta de sa charge avec tant de zèle, de vigilance et de piété chrétienne, que bientôt cette maison ressembla a un monastère, non seulement par les soins et les attentions délicates dont les malades furent entourés, mais aussi parla vie exemplaire des emplovés de l'hôpital. A ces serviteurs des malades, il inspira la crainte de Dieu, leur persuada de fréquenter les sacrements, les exhortant à les recevoir au moins une fois par mois, et s'efforça de communiquer, à tous les infirmes, quelques étincelles de cette charité ardente qui enflammait son àmc.

C'est à cette époque qu'il introduisit la pieuse coutume de laver les pieds aux pauvres avant qu'on les plaçât dans leur lit d'hôpital. Pendant qu'on leur donnait à manger, pour qu'une préoccupation d'esprit relevât cet acte animal, il voulut que l'on fit une lecture spirituelle. Telle

était son ardeur, sa persévérance réfléchie clans ses louables et saintes fonctions, que, les derniers jours de carnaval, qui se célébraient à Rome par des mascarades et autres divertissements, il ne franchissait jamais les portes de l'hôpital, pour aller, comme les autres employés de l'établissement, voir courir et grimacer les masques. Dans ces occasions, il redoublait, au contraire, de soins et de vigilance auprès des infirmes, ses délices et son unique délassement. Malgré l'extrême répugnance qu'inspirent toujours les malades, il portait si loin l'amour qu'il leur témoignait, qu'il lavait de ses propres mains leurs vêtements pleins de saleté et de pourriture. Son administration était douce, sa bonté extraordinaire ; il ne commandait point par des paroles sévères, mais par l'exemple et en mettant le premier la main à l'œuvre.

Quand il prenait ses repas, afin que sa vue lui inspirât de l'éloignement et du mépris pour la sensualité, il plaçait ordinairement une tète de mort sur la table.

Pour le bien de la conscience, il continuait de s'adresser à saint Philippe de Néri ; le thaumaturge, le voyant de retour de chez les Pères capucins, lui dit : « Mon bon Camille, ne vous avais- je pas dit de ne pas rentrer en religion, que votre plaie se rouvrirait et cpie vous ne puniriez persévérer?... » Cependant, le saint vieillard, sachant que, dans cette démarche, son pénitent n'avait eu d autre motif que le désir d'une plus grande perfection, continua de le recevoir au nombre de ses enfants spirituels.

Malgré des marques si nombreuses de la volonté divine, il sentit se réveiller encore dans son âme le même désir de rentrer dans le même Ordre, pour faire pénitence et accomplir son vœu. Les saints ne lâchent pas facilement prise; parce qu'ils ne se décident qu'après de longues réflexions et sous l'impression de la grâce de Dieu, ils s'obstinent saintement dans leur résolution première, jusqu'à ce que Dieu leur ait manifestement intimé d'en faire le sacrifice. Ceux à qui le monde reproche l'abdication de leur volonté sont, au contraire, ceux qui se

distinguent le plus par l'héroïsme de la persévérance. Étant donc occupé par l'administration de l'hôpital Saint- Jacques, Camille tenta pour la troisième l'ois de se faire Capucin, et renouvela ses instances près du Père de Thusa. Ce Père Jean-Marie, qui l'avait revêtu deux lois de l'habit, ne voulut pas l'admettre une troisième, mais, pour le tranquilliser sur ses scrupules, lui délivra le certificat suivant : a Moi , Jean-Marie de Thusa, procureur en la Cour romaine des Pères capucins, certifie, par le présent, que Camille de Lellis, de Bocchianico, n'est pas apte ii entrer dans notre Institut, à cause d'une infirmité incurable qu'il a à la jambe, car nos constitutions défendent de recevoir, dans ces cas, qui que ce soit dans notre Ordre : et pour mieux nous assurer que son mal ne pouvait être guéri, nous ne nous sommes pas contenté de notre propre témoignage, nous avons voulu en être convaincu par l'expérience, il a pris deux fois l'habit, et ces deux fois, il a été contraint de le. quitter et de sortir de l'Ordre. En foi de quoi, je délivre le présent certificat, signé de ma propre main. — Fait à Home, le 15 novembre 1580. — Signé : P. Jeax-Maiuf.. »

Camille ne fut pas encore tranquillisé par ce certificat; dans son vœu, il ne s'était pas engagé spécialement à se faire Capucin, mais plutôt à être Frère franciscain de l'Observance. C'est pourquoi il essaya de demander l'habit dans le couvent de l'Ara Coeli, où, du reste, et pour le même motif, il ne put être admis. Le Procureur général, Daniel de Sokluna, lui délivra, le 19 décembre 1581, un autre certificat de refus sans réserve.

Ces actes d'autorité régulière rendirent, à Camille, une tranquillité parfaite; il ne songea plus désormais à devenir Franciscain.

Saint Camille assisté par les anges. En effet, saint Philippe de Néri vit les anges suggérer à saint Camille les paroles par lesquelles il exhortait les moribonds. — Composition et dessin de M. Ciappori.

Commencements de la Congrégation des Ministres des infirmes.

n continuant de vaquer aux devoirs de sa charge, libre de tout scrupule de vœu et parfaitement Cjj» tranquille, dit le Père Ciccatelli, Camille tourna tout son zèle et tous ses soins à se perfectionner lui-même dans la sainte vertu de charité. Nombreuses et très industrieuses étaient les diligences dont il usait pour éveiller, dans les serviteurs de l'hospice, un vrai et chaud amour des pauvres. Mais, comme ils étaient souvent changés et que leur service procédait moins du cœur que de l'avidité pour le gain, ils manquaient souvent à leur devoir. Camille se sentait pénétré d'une singulière douleur quand il les voyait si froids pour (aire le lit des infirmes ou pour leur présenter la nourriture; et quand, appelés, ils étaient si paresseux ou si lents à accourir. Surtout, il ne pouvait se consoler quand, se trouvant près des malades à l'extrémité ou à l'agonie, il les voyait abandonnés des prêtres; il jugeait qu'un tel inconvénient était le plus honteux pour

le christianisme. Sans cloute, il s'appliquait, autant qu'il le savait et le pouvait, à remédier à tout désordre; il privait ses yeux de sommeil: il veillait des nuits entières: il se cachait derrière les lits, observant si les gardiens dormaient-, si, appelés, ils étaient prompts à secourir; il les réprimandait ensuite avec énergie s'ils manquaient; ou bien il leur infligeait différentes pénitences et les chassait de l'hôpital. Cependant, il comprenait que ses forces ne pouvaient suffire a porter une si grande masse de maux, et il ne cessait de s'adresser à la miséricorde de Dieu, dont la puissance pouvait seule faire honneur à une telle charge, Un soir" entre autres, que, recueilli en lui-même, il se tenait debout au milieu de l'hôpital et méditait silices embarras, il lui vint en esprit que l'unique remède serait de fonder une congrégation d'hommes pieux, qui ne serviraient pas misérablement par l'espoir de la récompense, mais pour le seul amour de Dieu, avec cette tendre sollicitude des mères dans l'assistance de leurs enfants malades. En repassant dans son esprit cette réilexion, ou plutôt cette inspiration divine, il se proposa de tenter l'entreprise et d'employer toutes ses forces à la taire réussir, bien qu'il se trouvât dans les plus mauvaises conditions de succès, seul, simple séculier, pauvre, privé de tous les appuis et de toutes les faveurs du siècle. Cette inspiration significative fut envoyée par le Seigneur à notre Saint-Père, l'an 1582, dixième du pontificat de Grégoire XIII, vers la fête de Marie toujours Vierge, enlevée vers le ciel : ce fut la première ébauche de tout l'Ordre : Camille ne songeait alors qu'à foncier une simple congrégation de séculiers, pour le seul service de l'hôpital de Saint-Jacques et des autres hôpitaux de Rome1. » Par la méditation et la prière. Camille s'était donc convaincu : 1° que, sans entrer dans 1 ordre des Capucins, mais en usant de miséricorde, spécialement envers les plus besoigneux, il obtiendrait infailliblement miséricorde près du Père Céleste ; 2° qu'il ne pourrait, avec des

1 Ciccatelti et Dolera, Vita di'San Camillo de Lcllis, p. 21.

f)6 CHAPITRE III

mercenaires, ni par supplication, ni par vigilance, ni par menaces, ni par châtiments, organiser un service d'hôpital : 3° qu'il n'obtiendrait l'humanité et le zèle au service des infirmes que par la charité de Dieu, et que, par conséquent, il devait songer a la création nécessaire pour produire de tels hommes. On comprend, en effet, et sans

■ >-i and effort de réflexion que, sauf les parents envers

leurs proches, car personnelle hait sa propre chair,

l'homme n'est pas naturellement incliné à l'assistance des malades. Pour l'homme bien portant et peu ou point pieux, rien n'est plus répugnant qu'un lit d'où émanent les odeurs de la fièvre; rien n'est plus odieux qu'un malade, dont la triste situation peut exciter la compatissance, mais dont les douleurs attristent l'âme et dont les soins obligent aux plus dégoûtantes servitudes. En feignant une délicatesse qu'on n'a pas, on s'éloigne donc, dans la réalité parce qu'on se refuse à une œuvre pourtant si nécessaire, qu'on ne pourrait, sans crime, la déserter. Que si quelque misérable, afin de gagner sa pauvre vie, consent à s'enrôler pour de l'argent, il ne cherchera qu'à gagner le plus possible en s'astreignant au moindre service. Vous garderez ces mercenaires tant que vous n'aurez à leur confier que des malades anodins ; mais le jour où vous aurez quelque infirmité terrible à secourir, les mercenaires se tireront vers la porte de sortie ; et si la porte éclate, ils s'enfuiront comme une volée de petits oiseaux à l'éclat d'un coup de fusil. On ne risque pas sa vie pour quatre francs ; ou, si on la risque, c'est bête. Continuellement occupé de son pieux dessein, Camille, comme le Prophète royal, n'accordait ni repos à ses yeux, ni trêve à ses affectueux désirs. Afin que. si telle était sa volonté, il se plût à perfectionner en lui ce qu'il avait commencé, Camille adressait à Dieu de ferventes prières, accompagnées de larmes, de jeûnes, de disciplines et autres afflictions corporelles. On lui a souvent entendu répéter que, pour faire croître cette petite plante, il lui en avait coûté bien des pleurs, et qu'il avait passé des nuits entières en oraison, à gcnoux'Sur la terre nue. Dans

ce même temps, il portait sur son corps un cilice rude et noueux, et entourait ses reins, en guise de ceinture, d'une plaque de fer-blanc, armée de pointes.

Pour mettre la main à l'œuvre, il communiqua doue, à quelques employés de l'hôpital, hommes de grande vertu et bien dignes de cette confiance, son pieux projet. Cinq seulement lurent l'objet de ses prédilections : il ne faut, en effet, pour les débuts, que des hommes d'élite, des natures généreuses, des forces d'entraînement ; lorsqu'ils sont décidés, ils entraînent la masse qui se laisse mener, et entre, presque sans le vouloir, parfois en gémissant, dans cette carrière de sacrifices, où elle étonne d'ailleurs par sa bravoure. Ces cinq sujets de choix, pierres fondamentales de l'ordre des Camilliens, étaient Bernardino Norcino dell'Amatrice, Cursio Lodi d'Aquilée, Francesço Profeta, prêtre, de Randazzo, Ludovico Altrobelli, et un autre, qu'à son prénom Bénigne, nous soupçonnons Français. En hommes de cœur, tous de signalée vertu, dit le Père Guardi, ils répondirent qu'ils étaient prêts à le suivre sur-le-champ au travail ou à la prospérité, mais jusqu'à leur dernier jour.

Entre Camille et ses compagnons, il fut convenu qu'ils se réuniraient, tous les jours, dans une vaste salle de l'hôpital, disposée en forme d'oratoire, avec un autel surmonté d'un crucifix en relief. C'est là que, libres d'obligations envers les pauvres et les malades, ils s'exerçaient ;i l'oraison mentale et aux actes de mortification ; c'est là qu'ils récitaient les Litanies, s'entretenaient des choses célestes et des moyens nécessaires pour répondre dignement à leur héroïque vocation. Ces pieux exercices termines, ils sortaient de l'oratoire comme des séraphins embrasés d'amour, et l'on s'imagine aisément avec quelle ardeur ils volaient au secours des malades. C'est la période de leur vie cachée : ils persévérèrent quelque temps dans ce genre de vie, sans changer leur vêtement de service, conservant les habits laïques ; ils n'éprouvèrent pas moins une douce joie et d'ineffables consolations.

A toute œuvre qui commence, il faut, pour la fortifier,

l'épreuve. La tempête, en agitant le jeune arbre, lui fait pousser de plus profondes racines; la persécution, en s'acharnant contre le fondateur, l'oblige à mieux concentrer ses desseins et à les défendre avec une plus mâle résolution. Le démon, le grand semeur de zizanie, prévit donc les fruits abondants que ces heureux commencements pouvaient produire pour le salut des âmes ; il essaya d'étouffer le bien dans son germe et d'arracher cette plante avant qu'elle n'eût pu grandir. A un homme jaloux et pervers, irrité de ce que, étant de service, il n'avait pas été appelé à l'oratoire, le démon suggère de raconter aux administrateurs quelques calomnies contre Camille, pour le faire soupçonner de former, dans ces réunions, un complot tendant à s'emparer de l'hôpital et à en exclure les administrateurs. A cette époque, étaient gardiens de l'hôpital Saint-Jacques, le prélat Cusani, depuis cardinal, Alexandre de Grandis, Tarquinio Lipari et Ciantrcs de Lejou. Ceux-ci, jaloux de s'acquitter de leur devoir et de conserver leur prééminence, firent appeler Camille, comme l'inventeur de cette nouveauté, lui adressèrent quelques paroles dures et lui signifièrent d'avoir désormais à s'abstenir de toute réunion et même à déménager son oratoire.

Rien ne saurait exprimer la profonde douleur qu'éprouva, dans cette occasion, le serviteur de Dieu. Bien que les pensées ambitieuses qu'on lui prêtait gratuitement ne se fussent même pas présentées à son esprit, il fut violemment tenté d'abandonner la maison et d'aller servir ailleurs, où, sans obstacles et sans troubles, il exécuterait librement son projet. Toutefois, reconnaissant (pic c'était là une épreuve du démon qui semait l'ivraie pour étouffer le bon grain, il se soumit entièrement à la volonté divine. Mais comme il tardait à détruire l'oratoire qu'il avait improvisé, l'exécution de cet ordre fut confié à d'autres qui s'en acquittèrent promptement. Dans leur précipitation ou par malice, ils ne se contentèrent pas d'enlever l'autel ; ils déposèrent indécemment le crucifix sur le pavé, derrière une porte. Camille, entrant dans la

salle, la trouva toute bouleversée et eut le chagrin de voir sou bien-aimé crucifix placé clans un endroit trop peu convenable. Le cœur pénétré de la douleur la plus vive, il se prosterna la lace contre terre, offrit avec amour ses prières à Jésus crucifié, enleva respectueusement de ce lieu l'image sainte et la rapporta le nié nie soir dans son appartement.

La nuit suivante, Camille étant en oraison, agenouillé devant ce même crucifix, désolé de se voir traversé dans son pieux dessein, passa de longues heures a exhaler ses justes regrets, versant des torrents de larmes et suppliant Dieu de lui accorder un remède à ses maux. Enfin, vaincu par la douleur, il se coucha et s endormit. Pendant son sommeil, il eut un songe mystérieux. Le Christ détachait ses bras de la croix, il inclinait vers Camille sa tête couronnée d'épines et. de ses lèvres livides, laissa tomber ces paroles : a Xe crains rien, Camille ; poursuis ton ouvrage, je serai avec toi. »

« Entendez-vous, s'écrie le récent panégyriste du saint : c'est h' mot de Jésus-Christ à quiconque entreprend quelque chose pour Dieu; mais c'est surtout le mot de Jésus crucifié à quiconque sert, pour lui, le pauvre et le malade. ■ — ■ Je suis avec toi, ô frère et sœur de charité, ô médecin, ô prêtre, ô ami, ô sauveur, qui te penches sur un lit de souffrance : car cette chair humaine que tu panses et que tu guéris, c'est ma chair meurtrie, e est ma chair crucifiée, e est ma chair rédemptrice : c'est Jésus-Christ, c'est moi. Regarde ces plaies livides, ces membres ensanglantés, regarde cette tète brûlante, reg-arde ce cœur brisé : c'est ma tète, c'est mon cœur, e est mon humanité, c est la représentation de ma personne divine. De la ces adorations du malade et du pauvre, qui font l'émotion sacrée de l'histoire des saints et (pu ne s'adressent à l'homme que parce qu'ils se sont adressés premièrement à moi : Christo inpauperibus'.iG serai avec toi ! Ah ! ne détourne donc ni ta vue ni ta main de ces infirmités de l'homme de douleurs. Ces douleurs turent les miennes, à moi ton frère, ton ami, et c'est par de

telles blessures que j ai guéri tes maux. Tu communies à mon corps qui fut livré pour toi, et tu ne voudrais pas communier à mes membres qui souffrent comme moi ! M aimes-tu donc? m'aimes-tu ?Ah ! plutôt tri ompbe d'aise, tressaille d allégresse, car cette chair hideuse a été, elle aussi, une chair baptisée, une chair consacrée, une chair communiée ; elle deviendra un jour une chair glorieuse ; elle ira prendre sa place à côté de la mienne, et de ce lit de douleur elle passera au trône d'honneur où je lui prépare une place ' ! »

Cette vision et ces paroles du Christ chassèrent du cœur de Camille toute incertitude. S'étant réveille, il rendit grâce à Dieu qui l'avait comblé de toute consolation, et se trouva rempli d'un tel courage, si fermement décidé à poursuivre son œuvre, que toutes les puissances de l'enfer n'auraient pu le détourner de sa sainte résolution. Lorsque le jour parut, il ranima le zèle de ses compagnons, qui, soldats nouvellement agrégés à la milice du Christ, s'étaient trouvés timides en présence de l'opposition. Fortifiés par la promesse divine, malgré la défense des administrateurs, ils commencèrent à faire lace à l'ennemi avec intrépidité et à se réunir avec leur dévotion ordinaire, non plus ouvertement dans quelque oratoire, secrètement dans l'église de l'hôpital, dont les clefs se trouvaient entre les mains de l'aumônier, le Père Francesco Profeta. C'est là qu'ils se livraient sans bruit à leurs exercices de piété ; et, tandis que les autres serviteurs de la maison dormaient ou allaient se distraire en ville, eux, au lieu de se récréer, gardaient la clôture, conversant avec Dieu, macérant leur corps par la discipline, lisant quelque livre de spiritualité, se fortifiant ainsi dans la vertu.

Comme il pouvait paraître douteux que la vision de Camille fût vraie, parce qu'il l'avait eue pendant son sommeil. Noti e-Seigneur voulut le confirmer dans cette créance par une nouvelle preuve de sa bonté. Camille a

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