‹ Vie de Saint Camille de LellisChapitre 9 sur 49 · Guardi, Ristretto cronologico, p. 'i · texte numérisé non relu

Guardi, Ristretto cronologico, p. 'i

ETABLISSEMENT DEFINITIF o;

vents, ni les intempéries de la saison ne purent jamais diminuer leur ardeur. Toutefois, Camille, en homme sensé, comme doit l'être tout fondateur d'Ordre, dut se demander devant Dieu si son œuvre ne réclamait pas d'importantes améliorations. La mal' aria, occasionnée par les exhalaisons du Tibre, retardait leur rétablissement et pouvait ramener de nouvelles maladies. Le régime intérieur laissait à désirer. Leurs lits étaient des nattes où ils reposaient, où plutôt brisaient leurs membres fatigués par de longues veilles. Pour s'abriter, ils n'avaient que deux petites couvertures de laine, achetées par leur protecteur, Fermo Calvi. Leur nourriture était si mauvaise qu'ils ne mangeaient que du pain cuit dans l'eau, et encore, le plus souvent, pour ne pas perdre le temps à allumer du feu, ils se contentaient d'y ajouter quelques raisins secs. Avec un tel régime, on ne peut ni vivre, ni mourir; on acquiert beaucoup de mérite pour le ciel, mais on se rend inutile sur la terre et on se tue.

Camille résolut donc de quitter la petite église de la Madonnina et de transporter son séjour dans un milieu plus salubre. Dans la rue des Botteghe oscure, non loin de la maison professe de la Compagnie de Jésus, il trouva une maison à sa parfaite convenance. Le seul obstacle qui l'empêchait d'en prendre possession, c'était le manque d'argent; la vente entière était de cinquante écus, il fallait payer d'avance pour la moitié de l'année. Néanmoins, plein de confiance en Dieu, dont il avait toujours vu s'accomplir les promesses, il pensait se tirer d'embarras par la libéralité de Pompée Baratelli, Lombard, son ami, à qui il avait fait part de son inquiétude. Celui-ci, édifié de sa ferveur, et désireux de voir s'établir à Rome une congrégation si utile aux infirmes, résolut d'assister Camille. Beaucoup d'autres congrégations s'étaient déjà établies, et, à cause des décrets du Concile de Trente, on ne pouvait avancer qu'avec réserve. Cependant Pompée, tout joyeux, tira de sa poche, trente écus, somme plus que suffisante pour payer le premier terme; la maison fut louée; les gardes-malades en prirent possession en jan-

vier 1585. Ils n'étaient plus que trois, car ils n'avaient admis à la Madonnina aucun autre compagnon, excepté un certain Palamède qui, voyant leur genre de vie austère, rentra dans le siècle.

Quoique logés dans cette maison, ils ne cessaient de fréquenter les hôpitaux, soir et matin, sans interrompre un instant leurs exercices spirituels de mortification et d'oraison. Leur pratique embrassait ainsi l'action et la contemplation, imitant, dans cette double vie, le divin Rédempteur, qui, de jour, prêchait, consolait, guérissait les malades, et passait la nuit en prière. Le bruit de leurs vertus héroïques se répandit dans Rome et porta beaucoup de personnes de haute condition et de toutes qualités ii se joindre à eux; comme l'Institut était d'une grande austérité et répugnait aux sens, plusieurs mouraient ou s'éloignaient volontairement. Il n'en resta qu'un très petit nombre, animés d'un excellent esprit, ennemis de la sensualité, désireux même de mourir au milieu des dégoûts et des épreuves si pénibles à la nature, dans l'infection des hôpitaux. Il s'en trouvait de toutes les natures, et, dans le nombre, des ignorants, et des hommes instruits parlant plusieurs langues. Camille les admettait tous volontiers, n'exigeant aucune condition pour les recevoir, voulant qu'ils fussent éprouvés et purifiés pour ainsi dire, par l'Institut même. Il ne fallait, en effet, à la Congrégation naissante, que des hommes zélés et courageux, qui courussent résolument au devant des coups de la mort et qui fussent capables de triompher des obstacles presque invincibles (pie l'on rencontre, à chaque minute, dans les asiles de la misère.

Tous étaient largement secourus par les aumônes abondantes du pieux Pompée, qui les aimait tendrement ; non content de leur payer la rente du loyer, il avait donné, à son boulanger, l'ordre de leur fournir tout le pain qu'ils demanderaient. Volontiers il leur rendait visite, leur faisait présent quelquefois de vingt, quelquefois de trente écus, pour subvenir à leurs besoins. Enfin il semblait que Dieu eût fait naître à dessein cet homme gêné-

reux, pour être, dans des commencements si difficiles, leur soutien et leur appui. Sa charité s'était élevée à un si haut degré de perfection, qu'il dit plusieurs fois, à Bernardino, que, quand il n'aurait plus le moyen de les aider, il prendrait du service comme domestique ou irait couper du bois dans la montagne, pour les secourir de son salaire et au prix de ses sueurs; tout riche qu'il était, il voulait devenir indigent et s'approprier, par les sacrifices de son or et l'offrande de ses labeurs, les labeurs et les mérites de ces intrépides serviteurs du Christ.

Pompeio Baratelli leur manqua un jour, mais non la Providence, qui les couvrait de ses ailes et leur envoya un autre protecteur. Un certain Maurizio, massier du Pape, ami intime de Bernardino, étant tombé malade, obtint de Camille, par son intermédiaire amical, d'être porté dans leur maison pour v être soigné et guéri. La charité avec laquelle le soignèrent les Camilliens fut si grande, qu'il leur fit donation d'un immeuble, dont le prix s'éleva à environ cinq cents écus. Quelques années après, Maurice, avant échangé cette vie contre une vie meilleure, les institua héritiers de tous ses biens, héritage qui fut très utile à leurs commencements. A Bernardino, à cause de sa giande affection, il laissa en particulier sa masse d'argent, dont le prix fut d'ailleurs mis en commun.

Avec ce secours, Camille maintint la Congrégration jusqu'à l'époque où elle fut confirmée par le Saint-Siège, et put, grâce à cette confirmation, recueillir des aumônes. C'est ainsi que Celui qui orne les champs et nourrit les oiseaux du ciel environnait de son attention et assistait dans la pauvreté ses courageux serviteurs.

Quoique l'intention du Père Camille, en fondant la Congrégation, fût principalement de secourir les malades de l'hôpital Saint-Jacques et des autres hôpitaux de la Ville sainte, on comprit bientôt que telle n'était pas la volonté de Dieu qui, dans d'humbles débuts, prépare de grandes 'choses. Dans le lait, il n'était pas difficile de se convaincre d'une telle vérité, si l'on considère, d'une part, quel humble dessein avait conçu Camille, et, d'autre

part, quelle œuvre Dieu voulait tirer des intentions de son serviteur. Dans son premier projet, qui fut comme le troue principal de toute la plante, Camille voulait simplement fonder une Congrégation et renfermer dans les murs de l'hôpital Saint-Jacques : Dieu éclaira Camille d'une lumière suffisant à sa capacité et conforme à son premier dessein. Mais Dieu, qui ne voulait pas une œuvre si restreinte et simplement plantée sur le sol d' autrui, sema sous les pas du fondateur tant de difficultés qu'il le contraignit de sortir de son hôpital, pour s'étendre et se propager dans tout le monde chrétien. Camille avait résolu de n'enrôler que des laïques; mais Dieu, qui connaissait les inconvénients qui en résulteraient pour le salut des âmes, disposa tout de telle sorte que le fondateur fut promu au sacerdoce et que la Congrégation se remplit bientôt de prêtres. Camille avait voulu établir une Congrégation libre et non liée par des vœux solennels, et les Souverains-Pontifes , non seulement l'approuvèrent comme telle, mais relevèrent à la dignité de Grand Ordre. Camille n'avait pas d'abord pensé à secourir les pestiférés et les malades enfermés dans les prisons; mais Dieu avait décidé que nulle classe d infirmes ne serait privée de l'assistance des gardes-malades et les disposa à se placer sans crainte au milieu des victimes de la mort. Camille n'avait pas songé à assister les malades dans les maisons particulières; mais Dieu, voyant le grand nombre d âmes que le démon entraînait dans les abîmes par les attaques multipliées, le força en quelque sorte d'accepter ce ministère, le plus important de tous aujourd'hui pour le monde catholique. On ne saurait donc trop admirer la sagesse de la divine Providence qui, après avoir suscité, dans l'Eglise, tant d'ordres pour le salut des âmes dans l'état de santé, voulut, quand la charité se refroidissait, que le vieux monde semblait pencher vers sa ruine, faire naître un ordre religieux, qui eût pour but principal d'aider les mourants aux prises avec les angoisses de l'agonie. On ne doit pas moins admirer avec quelle souplesse de foi et de charité, Camille se prêta aux volontés

de Dieu. Au fur et à mesure qu'il plut à la divine Sagesse de l'appeler à de grandes choses et de l'illuminer pour leur parfaite exécution, Camille resta comme un enfant, dans la main de Dieu, et, par sa déférence surnaturelle, devint le fondement principal, la pierre angulaire de ce grand édifice de charité. L'œuvre sera bientôt sous nos veux; elle franchira toutes les limites du dessein primitif; elle se répandra jusqu'aux extrémités de la terre et le soleil ne se couchera plus sur son empire.

Parmi les pieux devoirs que remplissaient Camille et ses compagnons dans l'hôpital du Saint-Esprit, avec un zèle au-dessus de tout élog-e, l'un des plus importants était de préparer à une mort chrétienne ceux qui se trouvaient en plus grave danger, de les consoler et de les fortifier, veillant sans cesse auprès d'eux, selon le conseil de l'Ecriture : Consolare illum in exitu mortis illius Eccl., xxxii-18). Ce rare dévouement excita la pieuse admiration de la cité romaine. Beaucoup de personnes de toutes qualités, tant de la noblesse que du peuple, des prélats mêmes, et particulièrement des étrangers, qui mouraient dans des hôtels, commencèrent à l'appeler auprès d'eux, quand la maladie offrait des caractères alarmants. C'était, à leur jugement, une grande imprudence de laisser dépendre, en ce moment suprême, le salut de leur âme des soins d'un parent, d'une femme, d'un serviteur, sachant par expérience que le plus grand nombre est plus empressé à recueillir l'héritage, qu'à s'occuper de lame du malade. Camille se référant à l'adage latin : l ox populi, vox Dei : La voix du peuple, c 'est la voix de Dieu, ne put résister à ces justes instances. Ses disciples reçurent l'ordre d'accourir, nuit et jour, au secours des moribonds. L'expérience a démontré que cette ordonnance est dans de nombreuses circonstances, pour le salut des âmes, d'une incontestable utilité.

Camille donna cette extension à son œuvre dans les derniers mois du pontificat de Grégoire XIII, qui passa à une vie meilleure le 10 avril 1585. La Société, jusqu'alors, avait porté le nom de Congrégation du Père

Camille. Chaque jour elle s'augmentait de nouveaux sujets; plusieurs demandaient de quel nom il fallait l'honorer. Sur l'avis réitéré de ses compagnons, tous prévenus d'un ardent amour pour les malades, il fut convenu qu'on les désignerait sous le titre de « Ministres des infirmes. » Le nom de ministre, réservé aujourd'hui à d'autres grandeurs, ne prêtait pas alors à ces interprétations ambitieuses; il n'était que l'application des paroles de Jésus- Christ dans l'Evangile : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir : Non veni ministrari, sed ministrare. »

Quelques mois après que la Congrégation eut reçu ce titre historique, Camille perdit son premier compagnon, BernardinoNorcino, qu'il avait tendrement aimé. Bernardino remplissait, depuis quelques années, l'emploi de garde-magasin à l'hôpital de Saint-Jacques, lorsqu'il entra dans la Congrégation, mais il avait passé une partie de sa jeunesse à vendre et à porter du bois à Rome, dans le quartier Ripetta. Dans cet humble exercice, il montrait tant de piété que, malgré les fatigues du jour, il ne manquait jamais de l'aire l'oraison depuis Y Angélus du soir jusqu'à minuit. Quand mâtine sonnait à la cloche franciscaine de 1 Ara Cœlî, il s'endormait jusqu'à Y Angélus du matin que lui portait la cloche de Saint-Roch. A l'arrivée de son message, il se levait et allait se livrer à son occupation ordinaire, qui consistait à porter, sur son dos, de lourdes charges de bois.

Souvent il lui arrivait de passer la nuit entière à méditer, à genoux, jusqu'au matin ; vaincu par la fatigue, il lui arrivait bien de s'endormir; le matin, il se réveillait son chapelet à la main, mais tout glace.

Non content de dompter son corps par la fatigue, il le macérait encore chaque jour par le jeune et la discipline. Très dévot à la sainte Vierge, dont la charité et les souffrances nous ont fait une mère, il s'efforçait encore d'être uni continuellement ;i Dieu, et parlait avec tant d'onction des choses du Ciel, qu'il inspirait la dévotion à ceux qui l'écoutaient. Dans les entretiens, sa ferveur était telle,

qu il tenait toujours la main appuyée sur la poitrine, comme s'il eût cherché à contenir l'ardeur extrême dont il sentait dans son cœur les embrasements.

On cite un mémorable exemple de sa patience à supporter les injures. Maurizio, massier du Pape, raconta de lui que, portant un jour du bois à Ripetta, il heurta, par inadve.rtence, avec sa hotte, un courtisan, un de ces hommes superbes qui s'irritent pour les plus futiles prétextes. Peu endurant par caractère, celui-ci, sans être retenu par la présence de la foule et par sa propre dignité, donna un grand soufflet à Bernardino. A 1 instant, comme s'il avait l'intention de venger cette insulte, Bernardino dépose sa hotte, court après celui qui l'avait outragé. Tous pensaient qu'il allait le frapper à son tour. Arrivé en sa jjréscnce, au lieu de se venger, il s'agenouille et lui adresse ces paroles avec douceur : « Vous m'avez donné un soufflet pour votre satisfaction, je vous prie de m'en donner un autre pour la mienne. » Et, suivant le conseil de Jésus- Christ dans l'Evangile, il tendit l'autre joue. Cet homme, rempli d'admiration pour une humilité si rare, se retira honteux et confus.

Pendant quarante ans, Bernardino fréquenta les sacrements avec la plus vive piété. Tant étaient grande la candeur et la pureté de son âme, que Jésus-Enfant lui apparut plusieurs fois d'une manière ostensible. Le fait fut raconté, à Camille, par le Père Octavien Capelli , son confesseur.

Bernardino éprouva néanmoins, pendant quelques temps, de terribles tentations touchant le mystère de la très sainte Trinité : il ne pouvait comprendre comment un Fils, coéternel et semblable, peut être engendré par le Père éternel. Pour se débarrasser de cette tentation, il pratiqua diverses pénitences, visita plusieurs fois les sept grandes églises de Rome, suppliant, à chaque station de son pèlerinage, le Sauveur de le délivrer de ce tourment. Dieu daigna le consoler : il lui apparut sous la figure imposante d'un vieillard, de la bouche duquel sortait un enfant, surpassant en beauté tous les visages des anges.

!)'i CHAPITRE V

(lettc vision le calma; dans la suite, il n'éprouva plus de tentations sur ce mystère.

Bernardino était d'ailleurs un homme si aimable, d'un caractère si attrayant, que sa seule présence consolait les malades; sans que sa ferveur première se refroidît jamais, il éprouva toujours pour eux les plus affectueux sentiments.

Ses paroles respiraient un tel charme, qu'il obtenait tout ce qu'il demandait. Etant encore dans le siècle, les jours de fête, il réunissait les pauvres enfants de la Ripetta, et montait sur un banc, au milieu de la place, pour leur apprendre à prier.

Encore jeune et désirant quitter Uratrice, son pays natal, pour se rendre à Rome, il ignorait s'il ferait bien de partir. Sur ces entrefaites, il lui sembla entendre une voix qui lui disait : « Sors de ton pays, et marche, car tu trouveras un écu sur la route. » Il n'avait pas fait trente pas qu'il trouva cet écu sur la route, et avec ce viatique put gagner Rome.

Quand la Congrégation sc réunissait encore dans la rue des Boutiques obscures, avant que Camille songeât à lui donner pour siège l'église de laMaddelena, toutes les fois <[ne Bernardino passait devant cet édifice, il disait à son compagnon : « Frère, cette église sera nôtre. » La chose était, à ses yeux, tellement certaine que, trouvant un jour les portes fermées, il dit à son compagnon : « Frère, mettons-nous à genoux et disons un Pater et un Ave à cette glorieuse sainte, car une voix intérieure me dit : « Cette « église vous appartiendra. »

LePèreMarcclloPallavicino,de la Compagnie de Jésus, vieil et intime ami du Père Camille et du Frère Bernardin, affirme que lorsque le Père Ridolfo Àquaviva s'efforçait d'obtenir la permission de passer aux Indes orientales, avant perdu l'espérance de voir ses désirs satisfaits et s'étant recommandé aux prières de Bernardino, celui-ci lui répondit : v Bannissez tout doute, vous obtiendrez ce jour même la permission demandée.» En effet, il l'obtint ce jour-là même, et envoyé par ses supérieurs, dans cette

mission lointaine, il eut le bonheur de remporter la palme du martyr aux îles de Salsetta.

Enfin, compagnon fidèle de Camille, Bcrnardino prit part à tous les travaux et à toutes les fatigues qu'ils essuyèrent dans les commencements laborieux de leur Institut, jusqu'à ce que cette faible plante eût jeté de profondes racine. Son plus vif désir était de voir la Congrégation confirmée par le Saint-Siège; mais ce n'est que parles prières au ciel qu'il put contribuer à obtenir cette faveur impatiemment attendue. Le 16 août 1558, à l'âge d'environ soixante ans, il rendit son âme à Dieu entre les mains de Camille qui, se voyant privé d'un compagnon si cher, le pleura amèrement. La Congrégation, à cette époque, n'avait point d'église à elle; par l'intermédiaire du Père Oetavien, son confesseur, il fut inhumé dans l'église des Jésuites, dans la chapelle des Anges, tombeau des religieux de cette vaste maison. Camille avait une si haute idée de sa bonté naturelle et de sa vertu chrétienne, qu'il croyait, d'une manière certaine, que l'âme de Bcrnardino n'avait pas eu besoin de passer par les flammes du Purgatoire pour aller au Ciel. Ce Frère fut le premier qui entra dans la Congrégation naissante, et le premier qui la quitta pour entrer dans une Aie meilleure. Prémices fortunées, fruit plein de saveur, heureux pronostic d'une abondante moisson.

La Vierge puissante. La Vierge, armée de la croix, repousse le Démon,

qui ligure les sept péchés capitaux.

Fresque de V. Orsel . dans l'église NoU-e-Panie de Lorette, à Pari^.

Les sept pêches capitaux. — ej -. L'Avarice , représentée par une vieille femme, qu'un loup accompagne. — Tiré d'un tableau italien du quinzième siècle, publié par Rosini.

Le Pape Sixte-Quint confirme la Congrégation par deux brefs.

•—'•■•; q$ ans l'Eglise de Jésus-Christ , Dieu appelle qui il • r 4t ^Ul pla*t a l'honneur des grandes entreprises; r. ( ,; /-> quand ses élus répondent à la vocation de la Pro- "~ vidence, ils travaillent, pour un temps, sur leur initiative personnelle et sous leur propre responsabilité; mais quand leur œuvre a triomphé des premières épreuves, il est juste et digne qu'elle s'éclaire de la sagesse et se fortifie par la grâce de la Chaire apostolique. Ainsi concordent, dans l'économie des œuvres saintes, les efforts île l'homme et les secours d'En-Haut. Une société particulière, qui voudrait procéder autrement, ne serait pas une affaire catholique et ne tarderait pas à succomber sous les vices inhérents à toutes les entreprises de l'homme seul.

La Congrégation prenait chaque jour un nouvel accroissement. Chaque jour entraient dans son sein des hommes courageux qui, fidèles aux instructions de Camille, se

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dévouaient au service des hôpitaux et prodiguaient leurs soius à tous les autres infirmes. A la maison, ils ne manquaient jamais de pratiquer l'oraison, les jeûnes, les disciplines et autres mortifications prescrites. S'ils n'étaient pas liés par des vœux, cependant ils vivaient dans la pauvreté, la chasteté et l'obéissance. La forme de conerréfiMtion manquait encore, le fond y était déjà. Camille pensa qu'il n'était pas convenable qu'un si grand nombre de personnes vécussent en communauté sans l'assentiment du Souverairi-rPontife. Tout entier au service des malades et sans souci de fréquenter les grands, il ne connaissait personne qui pût faire parvenir jusqu'au Saint-Père l'objet de ses vœux et de ses désirs. Dans sa ferveur il demandait à Dieu de le délivrer de cette peine; Dieu ne tarda pas longtemps a lui procurer un puissant protecteur.

Camille se trouvant un jour près de l'hôtel Muti, où habitait le cardinal Mondovij s'aperçut que ce cardinal était descendu conformément à l'étiquette du Sacré-Collège, pour accompagner un autre prince de l'Église. D'après l'extérieur affable du prélat, il jugea que la bonté de l'Emmenée lui promettait l'homme nécessaire pour seconder ses vues. Quoiqu'il ne lui eût jamais parle et ne le connût même pas, plaçant toute sa confiance en Dieu, sans autre préambule, il fit part au cardinal de son genre de vie, dé ses occupations, de son but pieux et le pria, pour aider la Congrégation naissante, d'implorer en sa faveur la bénédiction du Souverain-Pontife. Lecardinal édifié de la sincérité, de la candeur et du zèle de Camille, lui demanda s'il connaissait dans Rome quelque personnage en crédit, qui put donner des renseignements sur sa personne. Camille nomma quelques seigneurs romains, notamment Virgile Crescensio et Patrizio Patrizi; le cardinal lui répondit que ces deux noms suffisaient et qu'il pouvait compter sur son concours. Information prise près de ces seigneurs, lecardinal Mondovi sut. à n'en pas douter, les vertus qui distinguaient le serviteur de Dieu, les soins qu'il prodiguait aux pauvres et le zèle ardent

qu'il mettait à les secourir. A ces traits il reconnut le doigt de Dieu qui choisit les petits et les humbles, pour leur confier les œuvres de sa droite et les coups d'Etat de la miséricorde. Sur-le-champ, il se sentit prévenu d'affection pour le fondateur, et quelques jours après parla à Sixte-Quint de Camille et de ses compagnons. Sixte- Quint était ce pape justicier, qui domjîtait par la terreur l'Etat pontifical, et gouvernait avec une sainte hardiesse l'Eglise de Jésus-Christ. Ce lion, par certains côtés, était un agneau. Dès qu il sut que Camille et les siens s'étaient attiré, par leur dévouement, l'estime de Rome, il conçut l'espoir que cet Institut ferait le plus grand bien à la chrétienté. En conséquence, il confia l'affaire au directeur compétent et la fit examiner en congrégation.

Les avis furent partagés. Le cardinal San Severmo, mû sans doute par un saint zèle, soutint l'inutilité de nouveaux ordres et s opposa à la confirmation. Les Pères lui firent observer que cette Congrégation nouvelle n'était pas superflue dans l'Eglise, puisqu'elle s'occupait d'œuvres éminemment pieuses, tant pour le salut des âmes que pour le soulagement des corps, surtout dans la personne des pauvres; que ce nouvel Institut différait de ceux que l'Eglise possédait, puisqu'il avait pour but spécial de secourir les fidèles au moment de la mort, même en temps de peste, et qu'ainsi il méritait d'être confirmé par le Saint-Sièffe.

La conclusion était conforme au désir de Camille. La relation exacte de ce qui s'était passé fut faite au Souverain-Pontife par le cardinal de Sens, préfet de la congrégation des évèques et réguliers : elle fut favorablement accueillie. Un bref du 18 mars 1586 vint confirmer la Congrégation du Père Camille; c'est son premier titre d'honneur devant l'histoire.

« De toutes les œuvres de la chanté chrétienne, par lesquelles on acquiert, moyennant la grâce de Dieu, le salut éternel, celle-là, croyons-nous, doit plaire davantage au Rédempteur Jésus-Christ qui aide, dans les hôpitaux, les pauvres malades du Christ, les soulageant dans

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leurs nécessités spirituelle et corporelle. Notre cher fils, Camille de Lellis, prêtre du diocèse de Chieti, et ses compagnons, comprenant combien ce genre de dévouement était aoréable à Dieu et nécessaire au salut des

âmes, l'ont pratiqué de nos jours envers des pauvres du Christ dans les hôpitaux de notre ville avec non moins d'affection qu'une mère envers son fils unique; chaque jour encore ils ne cessent d'en fournir la preuve, en les exhortant en toute mansuétude et charité à la patience, en les préparant à recevoir les sacrements de l'Eglise, en les consolant à l'article de la mort et enfin en les disposant nuit et jour à la bonne mort. Et ce service ils veulent le rendre même en temps de peste, mal dont nous prions Dieu de nous garder. Camille et ses compagnons se proposent donc de vivre en commun dans la pauvreté, la chasteté' et 1 obéissance, sans toutefois y être astreints par un vœu, et servir ainsi Dieu et les pauvres; ils ont donc formé entre eux une Société ou Congrégation, sous le nom de Ministres des infirmes, dont le but principal est de servir les malades avec une ferveur spéciale de charité, mais toutefois avec notre agrément et sous le bon plaisir du Siège apostolique, espérant par là aller au devant d'une multitude d'inconvénients et de périls dans lesquels souvent lesdits malades sont tombés par défaut de tels ministres, et préparer beaucoup d avantages aux fidèles du Christ pour le salut de l'âme et du corps. Nous donc, favorable à leurs supplications, parfaitement informé de leur but pieux et de leur manière de vivre, de notre science certaine, approuvons et confirmons de notre Autorité apostolique, valable à perpétuité, cette société sous le nom de Congrégation des Ministres des infirmes ; Nous déclarons qu'elle sera régie et gouvernée par un supérieur, qui doit être prêtre, élu tous les trois ans, à la majorité des suffrages... Et parce que cette Congrégation a résolu de se priver de la propriété des biens temporels, Nous autorisons Camille et ses compagnons à demander l'aumône en dehors des églises, des monastères et des lieux pieux... Enfin pourvu qu'ils soient admis et approuvés

par le vicaire de la ville, Nous accordons aux prêtres delà Congrégation la permission d'entendre les confessions des malades dans les hôpitaux1. »

D'après ce bref, Camille et ses compagnons purent vivre en communauté, pratiquer les trois vertus monastiques, se consacrer au service des malades, même en temps de peste, non en vertu de vœux simples ou solennels, mais volontairement. Celui qui avait pu vivre pendant un an, menant une vie régulière, après avoir distribué ses biens aux pauvres un jour de grande fête et communié, faisait en présence du Saint-Sacrement et de quelques Pères connaître, dans une courte allocution, son dessein et sa volonté de vivre dans la Congrégation, dévoué au service des malades. La main sur l'Évangile, il jurait que si, renfermé quelque jour dans une cellule, il était tenté de quitter l'habit, il demanderait à Dieu sa lumière et ses grâces, pour ne point céder à la tentation ; il récitait ensuite quelques prières. Tout cela se faisait sans obligation de vœu.

Camille fut élu Supérieur d'une voix unanime, le 20 avril 1586. A dater de son élection, il redoubla ses austérités, montra une plus grande bienveillance envers les siens, donna de nouvelles preuves de sa charité pour le prochain et de son mépris pour lui-même. On le vit bientôt, bravant le respect humain, la besace sur les épaules, accompagné du Père Roger, prêtre anglais, parcourir les rues de Rome en mendiant. Dans cette première sortie, ils ne rapportèrent à la maison qu'un pain entier, avec quelques fragments; mais ils auraient pu remplir plusieurs fois les deux poches de leurs besaces avec les injures et les railleries dont les accablait la foule qui les prenait pour des vagabonds et des fainéants. Cette mortification ne/lura pas longtemps ; quelques jours après, la régularité de Camille et des siens étant connue, on leur apporta de tous côtés de brillantes aumônes.

1. Régulée et Constitutiones Religiosor. C. C. R. R.infirmi ministrantium, p. 1-8. Romse, 18i8, in-4°.

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Depuis cette époque, Camille regarda toujours le cardinal Mondovi comme son protecteur, son bienfaiteur et son père. Ce prélat ne fat cependant pas le seul à lui témoigner estime et affection; d'autres personnages non moins recommandables lui donnèrent aussi des preuves de leur bienveillance. Le cardinal de Sens ne se montra pas moins favorable, et quand il fit connaître à Sixte- Quint la décision delà Congrégation des Réguliers, il recommanda si vivement cet Institut, fit un éloge si délicat des vertus et de la charité du fondateur, que le Pape exprima le désir de le voir à son audience.

Camille, prévenu par le cardinal et par 1 intermédiaire du prélat Cuzano, se rendit au Vatican pour offrir ses hommages au Souverain-Pontife et le remercier du bref. Après avoir baisé humblement les pieds du Pape, il lui adressa ces paroles empreintes dune grande simplicité : « Très Saint-Père, je suis Camille, serviteur inutile que Xotre-Seigneur a choisi, malgré mon indignité, pour donner naissance à cette Congrégation, qui vient d être approuvée par Votre Sainteté. Recevez, pour cette grâce signalée, mes sincères actions de grâce; je la place aujourd hui et pour toujours sous le patronage du Saint- Siège, et j'espère (pie, par sa protection, elle recevra les plus grands accroissements. J'offre, comme preuve de ma gratitude, les prières continuelles de ce faible troupeau pour la santé de Sa Sainteté et pour la prospérité de son pontificat. » — Le Pape trouva les paroles de Camille pleine d'humilité et de sagesse: il fut charmé de son air vénérable. Dans sa réponse, il lui dit (pi il avait vivement désiré le voir, lui promit de l'aider et de le favoriser en toute occasion, et prit volontiers sous son patronage la Congrégation tout entière.

Camille, encouragé par la bonté du Pontife, s enhardit ;i lui demander, pour lui et les siens, la permission de porter une croix d'étoffe rouge adaptée à la soutane et au manteau, afin qu'ils fussent distincts des autres Clercs réguliers. Sixte-Quint acquiesça de grand cœur à sa demande, ajoutant qu'il était juste (pie 1 Institut, différant

des autres par son objet, en différât aussi par l'habit, et commanda qu'on lui adressât, à l'appui de la supplique, un mémoire justificatif. Le mémoire fut remis au Pape et renvoyé à la Congrégation des Réguliers. La Congrégation, par un bref du 26 juin 1586, accorda à Camille et à ses compagnons à perpétuité la faculté de porter, sur leur robe et sur leur manteau, une croix rouge d'un drap grossier, qu'on appelle vulgairement tané. L'Ordre des Ministres des infirmes porte, pour armes héraldiques, d'azur à une croix tannée dans un ovale rayonné d'or, l'écu timbré d'une couronne.

Camille, au comble de ses vœux, résolut de mettre à profit la grâce obtenue. Trois jours après, pour la glorieuse fête des apôtres Pierre et Paul, saints auxquels il avait une particulière dévotion, il se plaça lui-même la croix sur la poitrine, sur le coté droit du manteau et de la soutane, et la donna à tous ceux de sa Congrégation. Le même jour, ils se rendirent à la basilique de Saint-Pierre pour vénérer ses reliques et remercier Dieu de ces bienfaits. Il serait difficile de dépeindre l'étonnement extraordinaire que cette première apparition causa parmi le peuple. Cette croix d'un rouge vif se détache avec plus d éclat sur un fond noir; elle provoque l'attention et éveille la piété; on n'avait pas encore vu à Rome, où les coutumes variés abondent pourtant, des ecclésiastiques avec un semblable signe. On forma diverses conjectures : les uns pensèrent que c'étaient des Jésuites (pu revenaient des Indes, d autres des religieux de retour de la Terre- Sainte.

En cette fête solennelle des saints Apùtres, dans la première église du monde chrétien qui était ce jour-là fréquentée par une foule innombrable, le saint Fondateur s'offrit, lui et ses disciples, à la majesté divine et pria les saints apùtres de les couvrir toujours de leur protection. C'est ainsi (pion devait se souvenir à perpétuité, par un expressif symbole, du reconfort que Camille avait toujours rein delà croix; c'estainsi quese réalisait enfin le songe de sa mère enceinte, lorsqu elle rêva qu elle avait mis au monde

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un fils avec une croix sur la poitrine, un petit porte-étendard que suivaient un grand nombre déniants, tous décorés du même signe. Ces croix, qu'elle regardait comme des indices de mauvais augure, comme des pronostics de malheurs et même de ruine pour sa famille, recevaient, des bénédictions de la Providence, une signification diamétralement contraire. Dans sa vieillesse, le vénérable Père, rappelant ces contrastes, disait à quelques personnes de Boechianieo, son pays natal : « Voilà comment Dieu a fait servir, au salut d'un grand nombre d'âmes et à l'exaltation de sa gloire, la croix que notre mère croyait devoir être le signe avant-coureur de la destruction et de la ruine de sa famille. »

Peu de temps après que le Pape eut concédé à la Congrégation la faculté de porter ce signe de la croix, comme si le ciel eût voulu confirmer la décision pontificale, ce privilège fut accrédité par un événement merveilleux. II arriva à Rome un vieillard vénérable d'une grande bonté ; son nom était Van Adam. Ce vieillard appartenait à la Congrégation qu'avait fondée en Espagne, vers le même temps, le regrettable Frère Bernardin d'Obrégon, d'extraction noble, que Notre-Seigneur avait tiré de la milice et qu'il avait destiné, par une vocation particulière, au service des hôpitaux. Le Frère van Adam venait donc en Italie pour faire confirmer sa congrégation de Bernardins. A Rome, il cherchait, avec un soin particulier, à obtenir cette approbation par l'intermédiaire de l'ambassadeur de Sa Majesté catholique. Plusieurs cardinaux lui dirent que, s'il désirait se consacrer au service des infirmes, il n'avait qu'à entrer dans la Congrégation du Père Camille, confirmée naguère par le pape Sixte-Quint. Le Frère van Adam était indécis, et ne sachant quel parti prendre, il arriva qu'ayant apporté d'Espagne une petite croix de bois blanc, qu'il portait suspendue à son cou, un jour l'ayant retirée de son sein, il la trouva de la même couleur que celles des Ministres des infirmes. D'abord, il en fut surpris et crut peut-être un instant pouvoir expliquer naturellement, par l'effet de la chaleur physiologique, cette transformation :

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