‹ Vie de Saint Eutrope, premier évêque de Saintes et martyrChapitre 11 sur 19 · Chapitre XI · texte numérisé non relu

Chapitre XI

Sainct Pierre ayant receu de Iesus-Christ la charge de toute l'Eglise, l'administra premièrement en Iudée l'espace de dix ans, pendant lesquels les Apostres ne sortirent point pour aller prescher aux Gentils. L'an 39. de nostre Seigneur, il fonda l'Eglise et patriarchat d'Antioche, qu'il tint 7. ans, jus-

qu'à ce que l'an 45. de nostre Seigneur et 3. de l'Empereur Claude, ayant mis Evode pour Evesque d'Antioche, il vint à Rome et y establit le siège pontifical qu'il tint jusques à son martyre. S. Eutrope, sçachant que S. Pierre estoit à Rome, s'y transporta. S. Pierre luy fit un recueil très gracieux, s'enquérant de luy de Testât de l'Eglise de Rabylone et du progrez du Christianisme en cette contrée là, et en ayant ouy des choses remarquables, avec beaucoup de louanges de l'Evesque Abdias qui s'acquittoit dignement de sa charge, tressaillit d'ayse, bénissant Dieu de ce que l'arbre de la foy planté par les mains de S. Simon et S. Iude, en ce terroir autres-fois stérile, portoit de si bons et beaux fruicts. Et prisant la vertu de S. Eutrope et la noblesse de son extraction, et en outre lisant en sa face la beauté de son ame et la générosité de son naturel, le print à grande affection. S. Eutrope, tant qu'il luy estoit possible, n'esloignoit de veuë S. Pierre; il hantoit autour de luy, il oyoit ses admirables discours, et en recueilloit comme une soigneuse abeille le miel d'une divine science que S. Pierre espandoit de ses lèvres sur l'esprit de ses auditeurs. Maistre vrayement digne d'un tel disciple, disciple certainement digne d'un tel maistre.

Or d'autant que la science chrestienne est pour addresser l'esprit aux œuvres, vertueuses : car elle n'est pas semblable aux discours de Leosthenes desquels Phocion disoit qu'ils ressembloient aux cyprez ; car ils sont grands et hauts, mais ils ne portent point de fruict, S. Eutrope, dés qu'il fut instruict par S. Pierre, se monstra tout prest à aller la part où S. Pierre, comme chef de l'Eglise, le voudroit envoyer. De fait, S. Pierre sçachant le pouvoir que Jésus -Christ luy avoit donné, et l'obligation de l'exercer au salut des âmes, les embrassant toutes d'un soin et vigilance pastorale, envoya par toute l'Italie, France, Espagne, Afrique, Sicile et es autres isles, des Evesques et des Prestres pour les illuminer des rayons de l'Evangile. En France il enuoya les Ss. Martial, Materne, Valérien, Sabinien, et autres, entre lesquels un des plus signa-

lez fut S. Eutrope, auquel il donna de bons advis pour la conversion des infidelles : «Employez, luy disoit-il, tant de beaux et riches talens dont Dieu vous a enrichi. Produisez des effects esgaux à la grâce que Dieu vous a communiqué. Preschez le Royaume du Ciel à grand effort, enhortez à la vertu puissamment... » Ayant dit telles ou semblables parolles, il luy donna sa bénédiction Pontificale avec ample pouvoir de prescher, baptizer, confesser et faire toutes les autres fonctions que peut faire un Prestre : car il n'avoit point esté encores promeu à la dignité d'Evesque, comme il fut par après par S. Clément, ainsi que nous dirons. S. Eutrope, muny de toutes sortes d'armes spirituelles et animé d'un grand et syncère amour de Dieu et d'un zèle ardent de gagner les âmes à leur créateur, sortit de Rome avec quelques autres que S. Pierre luy avoit associé pour venir quant et luy combattre l'infidélité. Ses compagnons allèrent qui ça qui là. S. Eutrope fut conduit par l'esprit de Dieu vers le pays de Saintonge.

De l'arrivée de S. Eutrope en Saintonge et avec quel succez il y entra et prescha l'Euangile.

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