‹ Vie de Saint Eutrope, premier évêque de Saintes et martyrChapitre 2 sur 19 · Chapitre I · texte numérisé non relu

Chapitre I

La vertu est une plante pleine de suc, et embeue d'une sève si forte et si pénétrante qu'elle prend en toutes sortes de terroirs. Les arbres, selon leur diverse nature, requièrent un terroir différent pour y germer, pousser, croistre et fructifier. L'arbre qui dégoutte l'encens n'est produict qu'au cœur de l'Arabie. Les planes ne s'ayment point à Rezzo de Calabre. Les palmiers se chargent de force fruict en Judée, et en Italie sont stériles. Mais la vertu, comme une plante divine, porte quant et soy une humeur radicale si puissante, qu'elle sur-

monte les mauvaises qualitez du cœur auquel elle est transplantée et y porte de très -beaux fruicts, comme advint à saincte Marie Magdaleine, sainte Marie iEgyp tienne,, sainct Guillaume, comte de Poictou, qui, semblants devoir estre du tout infertiles si ce n'est à produire du mal, ont par la force de la vertu poussé de belles fleurs de mille saincts désirs, et ont meury à perfection les fruicts d'une accomplie saincteté. Bien que, si la grâce et la nature se trouvent ensemble de bon accord à pousser l'homme à la vertu, lors il y va à voyles et à rames, comme on dict. Or entre toutes les qualitez naturelles, celle qui sert grandement à ceci, est une vraye et non sofistiquée générosité, qui anime l'esprit comme l'esprit anime le corps, et le rehausse par dessus les difficultés qu'elle mesprise et maistrise, les pressant et foulant d'un cœur masle et vigoureux, ceste générosité reluit notamment en la noblesse qui ne dément point par ses actions le nom qu'elle porte, et ne faict point des-honneur à la vertu de ses devanciers qui par leur exploits signalez luy ont acquis et mérité ce tiltre. Ainsi sainct Eutrope, duquel nous prétendons escrire la vie, a esté remarquable et en la noblesse de son extraction et en la générosité de son naturel et en l'employ de l'un et de l'autre, si que il seroit mal-aysé à discerner s'il a esté plus noble de race que généreux de nature, et plus noble et généreux que vertueux. Mais qu'est-il besoin de mettre comme en débat ces trois belles qualitez qui ont esté en luy de si bon accord pour le rendre en toutes façons recommandable? suffira de dire qu'estant issu de sang royal, il a vescu royallement, et estant doué de générosité, il n'a faict rien laschement, et ayant, à l'ayde de ces deux supports joincts à la grâce de Dieu, acquis une vertu fort éminente, il l'a exercée très noblement et très généreusement, accompagnant toutes ses actions de noblesse, générosité et vertu. Or pour ne dilayer davantage à satisfaire aux pieux désir que le dévot lecteur a de sçavoir le parentage et les mœurs du glorieux S. Eutrope, avec tout le demourant de sa vie, cest excellent et noble personnage, au

rapport de ceux qui ont de main en main jusques à nous transmis ce qu'ils ont au vray sceu des plus anciens qu'eux, fut Chaldéen de nation ou, comme les autres client, Persan.... Le père de S. Eutrope fut roy de Perse et de Babylone.... estant de beaucoup inférieur en puissance à l'ancien Xerxes qui fut monarque des Perses 500. ans auparavant, et fit marcher un million d'hommes souz ses enseignes, voguant contre la Grèce avec un grand nombre de navires. Quelques années après l'heureuse naissance du fdz de Dieu (car les histoires ne marquent pas précisément quelle année ce fut) de Xerxes et de Guina, sa légitime espouse, nasquit S. Eutrope, très digne fleuron de celle royalle tige que Dieu tira des ténèbres en la lumière de ceste vie pour esclairer un jour par sa doctrine le peuple Saintongeois pour lors environné des ténèbres de l'infidélité.

De son éducation.

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