‹ Vie de Saint Eutrope, premier évêque de Saintes et martyrChapitre 3 sur 19 · Chapitre II · texte numérisé non relu

Chapitre II

.... Sainct Eutrope, estant bien cultivé dès sa jeunesse par l'instruction des bons maistres que le roy son père luy donna, porta de bons et de beaux fruicts de vertu. Et de vray, comme il estoit d'un naturel fort généreux, recognoissant que l'oysiveté est un rejetton de la lascheté, il la fuit à tout, entre-tant, voire croissant la vivacité de son naturel par l'exercice des bonnes lettres. Il ne fut pas du nombre de ceux qui, pour estre issus de grande maison, se font à croire que la grandeur gist à mespriser le travail comme propre de gens de qui la fortune n'est pas encores faicte, et qu'au demourant leur occupation ne doit estre autre que la jouissance des passe-temps et plaisirs pour couler toute leur vie en délices. Le roy son père grandement aise de celle bonne inclination, et voyant à l'œil la gemillcsse, promptitude et clarté d'esprit du jeune prince son filz, se résolut de la seconder par le secours de maistres sçavans.... Le roy Xerxes mit Eutrope souz la conduite de

HHHM

bons maistres, qui l'addressèrent et menèrent àlacognoissance tant des langues qui estoient pour lors en vogue, que de la philosophie et des mathématiques. Le prince s'estudia soigneusement à la langue Greque, qui avoit grand cours tant parmy les peuples Occidentaulx que parmy les Orientaux, veu particulièrement que les plus doctes hommes qui eussent fleury jusques à lors, avoient par l'entremise de ceste langue transmis leur science à la postérité. Et d'autant que les Chaldéens estoient fort versez es mathématiques, et notamment en l'astrologie, il puisa en sa source la cognoissance des movuemens, révolutions, aspects et influences de ces corps célestes. De manière que ainsi comme Harpalus, lieutenant d'Alexandre le grand, en la province de Babylone par ordonnance de son maistre asia es vergers royaulx des arbres et plantes de la Grèce, de mesme tant les maistres Grecs que les Chaldéens entèrent sur l'esprit de ce jeune prince les greffes de plusieurs sciences, s'aymant à le cultiver, veu son naturel si docile et si maniable que, ne voulant point estre forcé, il se laissoit aysément conduire à la raison. Or bien que, comme Alexandre disoit jadis de soy, il estima plus louable de surmonter les autres en l'intelligence des choses hautes que non pas en puissance, ny en force et addresse du corps, si est-ce que, pour ne laisser rien en arrière de ce qui semblerait requis pour l'accomplissement d'un jeune prince issu d'une telle maison, il s'addonna aux exercices de la personne et au maniement des armes. Tel estoit S. Eutrope en ses jeunes ans; tels ses estudes; telles ses occupations.

Du voyage qu'il fit en Judée.

Page 1